LE ROLE DE MACDONALD
car, en ce qui concerne les millions abandonnés au cousin Chanteloup, il ne faut pas une grande perspicacité pour comprendre qu'ils n'étaient pas destinés à la poche seule de ce parent caissier. Ils devaient être répartis en trois parts (1), savoir : une pour Merlin, Barras, etc., une pour les commissaires, les contrôleurs et receveurs, une enfin pour les employés et les frais d'administration, sur lesquels on devait gagner encore, indépendamment de ce que l'on aurait gagné, autratic des dégrèvements, au tarifage des bijoux. Or, partant du Directoire lui-même en passant par le commissaire, le caissier, le contrôleur, ces agissements spoliateurs devaient s'étendre à tous les agents subalternes, et la répression du général Championnet devait faire tort à trop de monde. Mais, pour lutter avec un tel chef, il fallait à cette bande un autre appui dans l'armée, et, je l'ai dit, le général Macdonald, qui, on l'a vu, restait encore à Naples, s'était fait leur champion, simplement parce qu'ils étaient les ennemis de son ennemi. Il fut donc convenu entre lui et ses protégés que ceux-ci dénonceraient de nouveau le général en chef et que. prônant de plus belle lui, le général Macdonald, ils continueraient à le représenter comme le seul capable de venger la dignité du Directoire, dignité compromise dans la personne des commissaires envoyés par lui. En faisant éclater un tel scandale, ils comptaient
(1) De fait, cette énorme somme se répartissait ainsi. Pour les Directeurs partageant, 1,480,000 francs. Pour les trois commissaires, 1,480,000 francs, à raison de 493,333 francs 33 centimes par tête, sauf la part du lion : plus 720,000 francs pour les frais d'administration. Et l'on ne s'étonne plus de l'arrogance de ces commissaires, prélevant leur part avant tout; de l'indignation du général en chef: de la brutale, inique et criminelle conduite du Directoire H son égard; on comprend aussi ce que son remplacement avait d'appâts pour un général ami, complice des commissaires et qui devait gagner à ce rôle, indépendamment des partages, la faveur et l'appui de la majorité des membres du Directoire exécutif.
pousser le général Championnet à dépasser les bornes de ses pouvoirs et le mettre ainsi, vis-à-vis du Directoire, dans une situation qui pourrait devenir un motif de destitution. En attendant, le général Macdonald se rendrait et s'arrêterait à Rome, où la commission le rejoindrait si elle était forcée de quitter Naples et où, suivant les circonstances, il serait à portée de revenir comme en mesure de continuer sa route.
C'est au milieu de ces menées et en préludant par mille chicanes au coup d'éclat prémédité, que l'on arrive au 5 février, jour où. vers quatre heures du soir, les murs de Naples se trouvèrent tout à coup couverts par un arrêté des commissaires civils, arrêté dépassant en audace, en perfidie, ce que Ton peut imaginer de i)lus odieux, de plus impolitique, de plus criminel, alors que tout devait être sacrifié pour ajouter à la confiance des Napolitains, pour justifier et fortifier de plus en plus leur respect à l'égard du général en chef, pour attester un accord sans lequel tous les pouvoirs sont affaiblis. Cet arrêté dénonçait le général en chef à l'armée et pour ainsi dire le traduisait à la barre de la populace de Naples, puis, révoquant les promesses d'indépendance et de constitution faites par le général en chef, au nom de la France, déclarait le pays soumis à tous les droits de la conquête. L'effet fut immédiat; une révolte éclata, et le sang français coula de nouveau.
Aux premiers coups de fusil tirés, le général Dufresse, commandant la place de Naples, et le général Broussier, ce jour-là de service, marchèrent en personne et, de toutes parts, firent marcher contre les révoltés des colonnes composées d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie. La rapidité des mouvements et la vigueur de la répression furent telles, qu'avant la nuit l'ordre fut rétabli.