LE COUP D'ÉTAT DES COMMISSAIRES
Mais si le fait ne fut pas très grave en lui-même, la cause qui l'avait produit l'était au dernier point. L'enquête que fit le général Broussier ne laissa aucun doute, non plus que la lettre du citoyen Laubert, présidant le gouvernement et qui regrettait qu'une affiche du citoyen Faypoult fût venue parler de droits du conquérant au moment où les Napolitains payaient avec plaisir l'emprunt forcé, parce qu'ils considéraient encore l'armée française comme une armée libératrice. Une réclamation plus énergique encore fut adressée au général en chef par la municipalité de Naples; le comité central du gouvernement joignait son appel aux précédents, suppliant le général en chef de lancer une proclamation qui paralyserait l'effet de celle des commissaires. Enfin le général Dufresse, chargé du gouvernement militaire de Naples, exprimait avec non moins de fermeté son indignation contre la manœuvre des commissaires civils et réclamait avec vigueur l'intervention du général en chef.
Dans cette situation, la première mesure nécessaire devait être de rendre impossible toute nouvelle révolte, et un troisième désarmement fut ordonné. Les généraux Duhesme et Olivier se réunirent chez le général Dufresse pour arrêter en secret les dispositions relatives à cette opération; toutes les troupes se trouvant à Naples occupèrent un matin les principales places par de fortes réserves d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie, ayant chacune vingt-cinq torches pour incendier les quartiers où se ferait la moindre résistance. Indépendamment des patrouilles qui, dans toute la ville, se succédaient sans cesse, vingt-cinq détachements, conduits par vingt-cinq des trente membres de la municipalité, proclamèrent à limproviste l'ordre du désarmement et annoncèrent les châtiments fixés; ils commencèrent de suite les visites domiciliaires, qui s'exécutèrent avec la plus grande
rigueur, surtout dans les quartiers habités par les lazaroni et dans les maisons occupées par des hommes connus pour nous être hostiles. Tout chef de famille chez lequel on trouva des armes qui n'avaient pas été déclarées, fut jeté dans les cachots du fort Saint-Elme; toute résistance fut punie de mort, et rien ne fut épargné puur imprimer une terreur efficace.
Mais tout cela ne pouvait être que préparatoire; le peuple n'avait eu en lin de compte que le tort auquel on l'avait provoqué. Encore qu'il fallait le prévenir, il fallait le venger en vengeant l'armée et le général en chef. Ce dernier même avait été insulté publiquement, insulté dans son rôle, dans sa personne et dans celle de ses compagnons d'armes. Certes, s'il avait pu descendre à chiltier de ses propres mains Faypoult de l'injure qu'il lui avait faite, il aurait débuté par une de ces corrections dont rien n'efface la trace, et il ne s'en cacha pas ; mais son dédain fit raisun de ce que provoquait une indignation devenue générale; ne s'occupant que de ce que prescrivaient et son devoir et sa dignité, comme chef de l'armée, il se borna à prendre le même jour un arrêté par lequel, après avoir récapitulé et les griefs et les conséquences que des mesures si déplorables ne pouvaient manquer d'avoir, il ordonna : Que les individus composant la commission civile, le commissaire, le contrôleur et le caissier sortiraient, dans les vingt-quatre heures, de Naples et, dans dix jours, du territoire des Républiques napolitaine et romaine; que, faute par eux de se conformer à cette disposition, ils seraient conduits hors desdits territoires et de brigade en brigade. De plus, tous les agents aux ordres de ces commissaires cessaient leurs fonctions sur-le-champ ; les fonctions attribuées aux titulaires de la commission, étaient provisoirement confiées au commissaire ordonnateur en chef.