‹ Mémoires;Chapitre 17 sur 222 · LE PONT D'ARCOLE · texte numérisé non relu

LE PONT D'ARCOLE

et Vignolle parvinrent à le retirer, alors qu'il allait tomber au pouvoir de l'ennemi.

Pendant cette meurtrière attaque, la division Masséna était restée en position à Ronco, afin d'assurer les derrières de la division Augereau contre tout ce qui pourrait survenir par la digue de Saint-Martin; mais, dans la nuit du 15 au 16, la brigade Guieux, de cette division, passa l'Adige au-dessous de l'embouchure de l'Alpon, se porta brusquement par la gauche de cette rivière sur Arcole qu'elle enleva, et, par suite d'une faute qui jamais n'a été relevée parce qu'elle venait de trop haut peutêtre, ou d'un malentendu qui n'a pas été expliqué ou d'une désobéissance que l'on n'a pas voulu punir, mais enfin par ce fait qu'on ne se trouva pas en mesure de soutenir cette brigade, elle dut, devant une contreattaque, évacuer Arcole et revint à Ronco en traversant en retraite le fameux pont, dont l'ennemi reprit possession et qu'il franchit en force; ainsi se trouva-t-ilen face de la division Augereau qu'il repoussa vigoureusement. Par cela même le général Masséna, qui, suivant la digue d'Arcole à Saint-Martin avec un seul bataillon et cent cinquante cavaliers de diiïércnles armes, venait de faire prisonniers cinq bataillons autrichiens (1), reçut l'ordre

l'Adige ; deux digues le traversent : l'une va de Ronco vers Saint- Martin, l'autre de Ronco à Arcole.

(1) Cette prise, qui au premier moment scmLile si surprenante, me fournit l'occasion de consigner un précepte de guerre important. Dans tout terrain où l'on n'a pas la possibilité de se déployer, il faut à tout prix éviter de former de la totalité de ses troupes une seule masse. Ainsi, forcés de marcher dans un chemin creux, sur une cliaussée ou une digue, il faut que chaque bataillon soit massé isolément, et que les bataillons soient à d'assez grandes distances les uns des autres pour que le désordre de l'un d'eux n'influe ni sur ceux qui le suivent, ni sur ceux qui le précèdent. Quand le général iMasséna se trouva avec un seul bataillon et cent cinquante dragons et chasseurs à cheval, à portée des cinq batail-

de rétrograder sur Ronco, ordre qu'il exécutait déjà d'après un rapport de son aide de camp Reille.

Enfin, et seulement dans la nuit du IG au 17, le général Bonaparte, profitant de tant d'essais successifs, parvint à faire passer, près de l'embouchure, l'Alpon à la division Augereau et la fit marcher sur Arcole par la gauche de la rivière, pendant que la division Masséna attaquait par la droite, c'est-à-dire par le pont, et c'est à cette double attaque que le succès de cette im})orlante opération fut dû; d'où il résulte que ni le général Bonaparte, ni le général Augereau ne passèrent le pont d'Arcole; que ce pont, après avoir été passé en retraite par le général Guieux, de la division Masséna. ne fut passé, par une marche en avant, que le troisième jour de la lutte et par le général Masséna, qui réussit cette manœuvre grâce à l'efl^ort combiné de la division Augereau.

Voilà les faits dans leur exactitude, faits que, sous le règne de Napoléon, peu de personnes eussent été d'humeur à rectifier, et qu'avec quelques erreurs M. Thiers a rétablis dans son Histoire de la Révolution (1). Les voilà tels que le général en chef lleille, alors premier

Ions autrichiens, ceux-ci, serrés en masse, s'avançaient sur la digue en colonne, sans intervalles et par conséquent réduits à la puissance du premier peloton. De suite il embusqua son bataillon, et, du moment où la tête de la colonne parut à bout portant, il lit commencer le feu sur elle et la mit en désordre. Les cent cinquante cavaliers, conduits par le chef d'escadi-on Reille, chargèrent aussitôt, traversant la colonne de la tête à la queue et suivis par l'infanterie à la baïonnette. De toute cette colonne, réduite à mettre bas les armes, il ne s'échappa que le général qui la commandait et ses aides de camp que Reille poursuivit en vain.

(1) M. Thiers dit que les drapeaux pris sur le pont d'Arcole avaient été donnés aux généraux Bonaparte et Augereau; mais comment eùt-on pris des drapeaux sur le pont? Ensuite, quelle assimilation, celle d'Augereau, simple général, à Bonaparte, général en chef?

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