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COUVENT SACCAGE

apercevoir, sans que personne apparaisse, sans qu'aucun bruit se fasse entendre, si ce n'est dans le lointain les lugubres hurlements d'un chien. Dans l'étonnement de cette solitude je mets pied à terre et je pénètre dans le monastère. Un silence profond y règne ! J'appelle ! Après un long prolongement, ma voix s'affaiblit et se perd dans les ténèbres. Cependant, tandis que je suis les murs, un espace s'offre à ma vue ! j'approche et je me trouve devant des tombes recouvertes, devant d'autres creusées, pour un prochain emploi... De l'angle où je suis, partent deux des quatre galeries surbaissées qui entourent le cimetière: j'en prends une au hasard et, parvenu au bout de cette galerie, je distingue une faible clarté! C'étaient, au fond d'une chapelle, les dernières lueurs d"une lampe prête à s'éteindre. Un grenadier se hâte d'allumer un bout de cierge dont il se trouve pourvu: aussitôt nous apparaissent des tableaux déchirés, un autel démoli, des bancs, des vitres brisés, puis, parmi ces débris, un prêtre assassiné.

A cette terrible révélation je me décide à visiter tout le couvent; après avoir ordonné le secret sur ces nouvelles découvertes, si horribles, et chargé le commandant des grenadiers de placer des postes et des factionnaires, et de tenir le reste de sa compagnie réuni , je pars accompagné par quelques officiers et un des chirurgiens de la division; aux premières marches de l'escalier, je suis arrêté par un nouveau cadavre dont le sang ruisselle encore t... En tournant un corridor, je trébuche sur un troisième, tombé, celui-là, sur son crucifix. Enfin, et toujours guidé par le sang, j'arrive à une cellule, dans laquelle respire encore un des Trappistes : « Rassurez-vous! m'écriai-je en l'approchant. — Je n'ai plus rien à craindre », répondit-il d'une voix faible, mais sur un ton ferme. C'était un vieillard octogénaire, chef de la

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communauté depuis trente ans. « Seriez-vous blessé? » Il découvrit son vêtement tout baigné de sang. « Qui peut avoir... ? « Il fit signe qu'il ne désignerait personne. Déjà je me joignais au chirurgien pour aider à panser ce malheureux, lorsque, m'arrêtant de sa main défaillante et s'ciïorçant d'élever la voix, il nous dit : « Quand j'ai pris cet habit, j'ai renoncé au secours des hommes. Soumis à Uieu, je ne ferai rien pour abréger ma vie, ni pour la prolonger. » Sa résignation, son calme dans un moment aussi atroce, aussi solennel, nous avait stupéfiés, et je le regardais dans le silence du respect, de l'admiration et de la douleur, lorsqu'il ajouta : « Je pardonne à ceux à qui je dois cette nuit expiatoire. » Mes larmes coulaient; il vit mon émotion, et, me pressant la main de sa main déjà froide : « Mes enfants, nous dit-il. tout cela n'est rien. »

En m'arrachant à cette scène déchirante, j'apprends que toutes les personnes qui m'accompagnent, aj^anl mis pied à terre, se trouvent réunies dans deux pièces situées au premier étage et donnant sur la première cour. Je m'y fais conduire. J'étais consterné, anéanti; en entrant, je me jette sur un banc! Pauline vient à moi, et dans son regard je lis sa pensée : « Encore des horreurs! — Hélas! oui, des abominations! » Bien qu'assez nombreux, nous gardons le silence; tout à coup s'élève une grande rumeur, et le payeur entre en criant : « Général, général! » La disposition à l'épouvante est telle qu'un cri part de toutes les bouches et que tous nous nous précipitons vers la porte, croyant le couvent attaqué. Heureusement tout se borne à la querelle de deux grenadiers qui se disputent quelques poignées de riz.

Vers dix heures, des grenadiers trouvent caché dans une cave un des domestiques du couvent et me l'amènent! Cet homme, remis de sa frayeur, nous apprend

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