LA MARCHE SUR VIENNE
témoin de Tenthousiasme avec lequel un grand nombre de grenadiers et tous les sapeurs de la division, sans ordres et par un mouvement spontané, aidaient les canonniers. soulevaient les pièces et les caissons qu'au besoin ils portaient; lorsqu'il vit, dis- je, toute cette artillerie arriver au haut de la montagne, à travers un escalier de roches inégales, de près de deux lieues, il ne put cacher son étonnement et me dit ce mot que j'acceptai comme une heureuse prophétie ; « ...Avec de pareilles troupes, monsieur, et des chefs tels que les vôtres, il n'est pas de but qu'on ne puisse atteindre. »
Le 16 mars (26 ventôse), jour auquel le général Bonaparte gagnait la bataille du Tagliamento, notre division arriva par Sacile à Pordenone, d'où le 17 elle se porta à Spilimbergo. Enfin le 18, à la pointe du jour, et au son de toutes les musiques, elle effectua à gué et en bataille le passage du Tagliamento, le plus large et le plus considérable de ces torrents que Ton désigne en Italie sous le nom de torrent i cattivi. parce que, roulant sur un sable mouvant, il arrive que des hommes, des chevaux ou bestiaux, des charrettes ou voitures même y disparaissent sans qu'il en reste trace. Nous en fûmes quittes pour avoir de l'eau, l'infanterie jusqu'aux aisselles, la cavalerie jusqu'à la croupe des chevaux.
Le Tagliamento franchi, la division Masséna marchasur le fort d'Osoppo. L'ennemi y avait encore sept cents tonneaux de farine, trente-six mille rations de 'pain cuit, six cents sacs d'avoine et beaucoup de fourrage; cinquante hommes de cavalerie pressaient l'évacuation de ces magasins, lorsque le général Masséna, suivi de ses officiers d'état-major et de vingt-cinq chasseurs d'escorte, arriva, précédant la colonne dun quart de lieue, chargea les cinquante hommes, les mit en déroute, leur fit des prison-