‹ Mémoires;Chapitre 38 sur 222 · PIEU A PIED SI R LA ROUTE [)E VIENNE · texte numérisé non relu

PIEU A PIED SI R LA ROUTE [)E VIENNE

sirent l'ennemi jusqu'aux portes de la ville; mais là se trouvait réuni tout ce qui restait du corps que le général Masséna combattait depuis Fortuna, dont le nom demeurait un heureux présage. Or ce tout formait encore deux brigades d'infanterie, cinq bataillons de grenadiers, deux régiments de cavalerie avec neuf pièces de canon; et, malgré tant de défaites, gardant encore un très bon ordre, il occupait pour le moment une position qui pouvait passer pour formidable, soit deux montagnes boisées et séparées par un intervalle de quatre à cinq cents toises. Une brigade occupait chacune de ces montagnes, et l'intervalle était rempli par les cinq bataillons de grenadiers, l'artillerie et la cavalerie. Répartition vicieuse en ceci qu'il n'existait aucune troupe en réserve.

Devant cette situation, notre So"" de ligne fut chargée de commencer le combat par l'attaque de la montagne de gauche ; dès qu'elle fut aux prises, la 32* se porta sur la montagne de droite, et les carabiniers des 2" et 20*^ de ligne engagèrent le feu avec le centre. Les brigades autrichiennes, protégées par leur position boisée, firent une résistance opiniâtre: néanmoins la 32% parvenue vers cinq heures du soir au sommet de la montagne droite, se trouva avoir tourné les troupes qui en occupaient le talus et, les dominant à revers, les força à la retraite. Débordée sur un de ses flancs, la ligne n'était plus tenable; la 25' ne tarda donc pas à gagner du terrain, et le centre, qui n'avait plus d'appui, fut chargé sur ces entrefaites par les 2" et 20" de ligne, et mis dans une véritable déroute (1). Toutes ces troupes se retirèrent sur Neumarkt et, en majeure partie, se réunirent sur le

(1^ Mallieureuseinent, dans ce combat, nous eûmes à regretter le commandant de l'arlillerie, le brave Carrera, tué par un boulet sur ses pièces.

plateau qui se trouve au débouché du défilé de ce nom.

Le 3 avril; la division traversa Neumarkt, que l'ennemi avait évacué pendant la nuit, et alla bivouaquera Unzmarkt ; ce court trajet fut encore marqué par deux combats.

Le premier fut livré après Scheifling, contre une arrière-garde marchant avec du canon ; mais une demiheure suffît aux carabiniers et voltigeurs des 2° et 20' pour la rejeter sur le corps de bataille.

Le second eut lieu contre tout ce qui, sur ce point, restait de forces à Tennemi. Sous le feu le plus nourri, les deux demi-brigades rivalisèrent d'audace comme si elles avaient été chargées de décider de la réputation que méritaient les troupes de l'armée du llhin et celles de l'armée d'Italie ; luttant sans cesse d'héroïsme, elles abordèrent ce corps entier à la baïonnette, rompirent sa ligne et le forcèrent à une retraite précipitée. Une partie des troupes qui le composaient gagna les hauteurs, pendant que l'autre se retira en bon ordre par Neumarkt, la droite à la rivière et la gauche aux montagnes. La ville dépassée, les Autrichiens voulurent cependant prendre une position nouvelle et tentèrent d'effectuer leur ralliement .sous la protection d'une vive canonnade ; mais la 2% toujours plus terrible, chargea avec tant d'impétuosité tout ce qui tentait de l'arrêter, qu'aucun bataillon ennemi ne put se reformer. La nuit vint mettre fin à ce long combat dans lequel l'ennemi, qui cependant n'eut affaire qu'à deux demi- brigades, perdit quatre cents hommes, tués ou blessés, et huit cents prisonniers. Notre avant-garde prit position à un mille au delà de Neumarkt, et le reste de la division, le parc y compris, fut placé en avant et en arrière de celte ville, que le quartier général occupa.

Le 4, à la pointe du jour, elle était déjà en marche

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sur Judenburg, A une lieue en arrière de cette ville, Rothenthurm dépassé, se trouvait un bois, où l'ennemi crut pouvoir profiter d'un abri favorable et courir la chance d'un nouveau combat. La position était telle qu'elle laissait les résultats chanceux; le général Masséna la fit tourner, obligeant ainsi l'ennemi à l'évacuer, puis à se retirer au delà de Judenburg, où la division séjourna le 5.

On ne peut concevoir avec quel acharnement l'ennemi tenait pied contre nous pour couvrir le chemin de Vienne et sinon arrêter (il ne devait plus en avoir l'espérance), du moins ralentir notre marche. C'est pas à pas qu'on se disputait la route, et toujours au milieu des glaces et des neiges ; les Autrichiens, sans cesse réduits de nombre, ne semblaient pas encore découragés, et nos braves, qui répondaient à leurs feux nourris par des charges à la ba'ionnette, loin d'en éprouver la fatigue, devenaient irrésistibles.

Le 6, la division continua la glorieuse offensive en se portant sur Knittelfeld. L'ennemi, en abandonnant cette ville, la veille, en avait incendié le pont. La Muhr n'était pas guéable, il fallut s'arrêter jusqu'à ce que le pont fût rétabli ; mais il était à peine praticable que l'avantgarde le passa.

Le 7, toute la division s'avança sur Leoben. A Saint- Michael, elle atteignit l'arrière-garde autrichienne, et elle allait être attaquée lorsque le général Masséna reçut l'avis qu'un armistice venait d'ètrç conclu. Toutefois, se trouvant en arrière des limites fixées, il envoya au général ennemi un parlementaire pour le prévenir qu'ayant l'ordre de continuer sa marche jusqu'à Bruck, il voulait que Leoben fût évacué. On vint demander une heure... « Pas cinq minutes... », répondit le général Masséna; en effet, il continua à avancer, et, parvenu aux

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premières maisons de Saint-Micliael, il vit venir à lui un vieux général autrichien qui. la serviette à la main, lui dit : « Monsieur le général, il y a huit jours que je n'ai dîné ; ne pouvez-vous donc pas arrêter vos troupes et me laisser prendre mon repas? — Vous êtes fort le maître, lui répondit en riant le général Masséna, de prendre pour dîner et pour vous reposer tout le temps qu'il vous plaira; mais je ne le suis pas de ralentir ou de suspendre mon mouvement. Ainsi faites débarrasser la route, ou j'attaque. » Le général autrichien fit déblayer la route, et cette formidable division 3Iasséna traversa toute la division auli-icliienne, laissant cependant une demi-brigade pour l'observer, demi-brigade qui ne rejoignit la division que lorsque celte division autrichienne se fut retirée.

Arrivée le 7 à Leoben, la division y séjourna le 8, et le 9 se rendit à Bruck, petite ville située sur la Muhr, rivière qui, pendant les conférences de Leoben, servit de limite aux deux armées.

Ainsi se terminèrent les opérations de guerre de la division Masséna pendant les campagnes éternellement mémorables de 179G et de 1797. Sans rappeler les combats antérieurs, combats si décisifs, tels que ceux de Rivoli, et pour ne caractériser ici que la course triomphale qui en vingt- cinq jours termina par une série de victoires la campagne d'Italie, de Bassano jusqu'à Tarvis, et commença non moins glorieusement la campagne d'Autriche, de ïarvis à Leoben , on peut dire qu'une série si continue de succès n'était possible qu'avec des troupes d'élite conduites par un cbef délite. Il fallait avant tout la confiance et l'élan réciproques; or les troupes du général Masséna semblaient vraiment avoir son âme. Aucun mot ne peut rendre l'inlluence électrique, la puissance presque surnaturelle qu'il exer-

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