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cieux durent être livrés. Cependant, malgré tant de levées et de saisies, depuis onze décades aucune solde n'avait été payée lorsque le général Masséna arriva le 24 février (3 ventôse) prendre le commandement de son armée. Le général Berthier ne s'était pas vu nommer avec plaisir un remplaçant. Outre la passion qu'il avait pour Mlle Visconti, que Bonaparte appela la « bêtise de Berthier », il avait un autre intérêt à ne pas quitter Rome. Il avait espéré, tout en restant général en chef de l'armée d'Italie, garder le commandement supérieur de l'armée de Rome. Or Masséna n'était pas seulement un successeur, c'était un rival, et le général Berthier lui prépara l'arrivée la moins brillante possible. Comme en fait foi certaine dépêche au Directoire, il avait fait craindre à l'armée que, sous l'administration de Masséna, elle ne toucherait ni la gratification promise, ni l'arriéré de solde de quatre mois; il avait favorisé la mise en circulation d'une prétendue lettre, d'après laquelle les officiers de l'ancienne et glorieuse division Masséna étaient censés déclarer qu'ils ne serviraient plus sous les ordres de ce chef.
L'esprit des troupes était donc préparé contre le général Masséna, qui eut, outre cela, le malheur de trouver Rome occupée par la 11" de ligne, qu'en 1796 il avait fait renvoyer de sa division; par le 7" hussards, qu'il avait maltraité je ne sais plus dans quelle occasion, et par les corps de la division Bernadotte, dont j'ai raconté la rixe avec notre division à Laybach. C'était d'ailleurs le moment où dans toute l'Italie l'insurrection et la révolte semblaient être dans l'air (1). Dans un de ses rapports au
(1) A Mantoue, révolte de la division Baraguey d'Hilliers; à Peschiera, insurrection de la division Guieu, je crois; à Brescia, fermentation dans les troupes de la garnison; à Ferrare, mouvement dans la division Delmas; à Gênes, révolte des troupes, qui refusent d'aller en Corse.
L'ARRIVKE DE MASSEKA. 147
Directoire, le général Berthier dit lui-même que, à l'exception de quatre demi-brigades, toutes celles qui se trouvaient en Italie s'étaient révoltées. Ce qui ne l'avait pas empêché décrire à ce même Directoire : « Le général Masséna vient d'arriver; il trouve une armée disciplinée et estimée par sa conduite. »
Donc, le 22 février (4 ventôse), le général Masséna reçut le commandement de l'armée et le prit sans qu'il y eût la moindre opposition. Le lendemain avait été fixé pour les honneurs à rendre à la mémoire du général Duphot, et, en présence comme sous les ordres du général Masséna, cette cérémonie funèbre eut lieu sans apparence d'hostilité (i).
Ainsi le 23 février se passa dans le plus grand ordre et dans le calme; mais, par une coïncidence fâcheuse, le général Masséna était arrivé à Rome n'ayant avec lui que trois aides de camp; Campana, incontestablement le plus habile d'entre eux, partit de suite pour Naples, chargé d'une mission importante, et ce fut dans cet isolement que le général Masséna se trouva aux prises avec des troupes qui, en dépit des louanges qu'on leur prodiguait, lui étaient remises en véritable état de souffrance et d'exaspération; ce fut également au milieu des perplexités de ce début que le général Berthier, ne paraissant soucieux que d'aider son successeur à sortir de la détresse qui était son ouvrage, l'entraîna à ordonner l'enlèvement de toute l'argenterie des églises. Impolitique surtout en un tel moment, cette mesure devint aussitôt l'occasion de bruits indignes, officiers et soldats criant que le général Masséna venait s'emparer de toutes
(1) Elle eut lieu sur la place Saint-Pierre. L'endroit où le général Duphot avait été assassiné fut purifié par des décharges de mousqucterie. Une urne contenant les cendres du général fut portée au Capitule et placée sur le chapiteau d'une colonne antique.
les ressources du pays et achever de mettre l'armée dans la misère; que cette nouvelle spoliation allait raviver la guerre, et qu'on avait besoin de la paix. Gomme conséquence, le 24 février, à deux heures de l'aprèsmidi , le général Masséna fut averti par le général Valette de ce fait que tous les officiers subalternes de l'armée, en quittant la parade, venaient de se rendre au Panthéon et s'y étaient formés en assemblée délibérante.
Tel fut le commencement d'une révolte militaire que je ne vis pas éclater, dont je n'ai pas par conséquent à raconter les phases, mais qui, après avoir donné l'exemple de l'émeute et provoqué un mouvement heureusement réprimé de six mille Napolitains et autres lazaroni , obligea le général Masséna à transférer son quartier général hors de Rome et rendit le commandement de l'armée au général Berthier, qui accepta. Cependant, après avoir pris acte de ce commandement en passant les troupes en revue dans la matinée du 26, le général Berthier, n'ayant plus rien qui pût l'intéi'esser à Rome, crut prudent de rejoindre son quartier général de Milan, et, sans se douter qu'il existait encore un général en chef de l'armée de Rome nommé Masséna, il partit sans se mettre en rapport avec lui et en déléguant son illégitime autorité au général Dallemagne, qui dans toute cette affaire avait joué un rôle suspect, au point d'être le seul qui eût la faveur des révoltés.
En même temps les commissaires civils Monge, Daunou, Florent et Faypoult envoyés à Kome, les trois premiers pour organiser la République, le quatrième pour administrer les finances, et dont le principal devoir était de ne pas empiéter sur les pouvoirs souverains du Directoire, déclarèrent que le général Masséna, en s'éloignant de Rome le 7 ventôse, et le jour d'après du camp de