CHEF D'KTAT-MAJOR DUNE DIVISION
de suite fut domptée; Albano avait pris les armes, et les rapides et brillants succès de Murât en avaient fait justice ; Orvieto n'avait pas tardé à suivre cet exemple, et le général Mireur l'avait fait rentrer dans l'ordre; puis Palestrina et Frascati, que le chef de brigade Girardon, de la 12" de ligne, officier de capacité et de résolution, avait battus et châtiés. Mais si ces levées de boucliers avaient été plus ou moins sérieuses, celle du Trasimène parut de suite d'autant plus grave qu'elle s'étendit à plus de pays et menaça nos derrières.
Le général Saint-Cyr fit donc en toute hâte partir deux bataillons pour renforcer les troupes du général Valette, commandant à Perugia; il approuva que les troupes en marche et destinées à renouveler notre corps d'armée (4) fassent arrêtées et employées à réduire les rebelles; enfin il créa la deuxième division du corps d'armée de Rome, en donna le commandement au général Valette, me nomma chef d'état-major de cette division, qu'il m'ordonna de rejoindre immédiatement à Perugia.
En recevant cet ordre, je courus le montrer au général Desaix, qui voulut bien en parler de suite au général Saint-Cyr; mais ce dernier, à la disposition duquel je me trouvais alors, répondit que, d'une part, il y avait d'autant plus d'urgence qu'il y avait plus de gravité; de l'autre, qu'il n'avait en ce moment que moi à qui il pût confier cette fonction ; c'était, à vrai dire, assez
(1) Le général Brune, commandant en chef de l'armée d'Italie, avait adopté l'idée de retirer de Rome tous les corps dont les officiers avaient pris part à la révolte et ne devaient pas s'embarquer avec le général Desaix ; puis, au moyen d'échanges successifs, de les remplacer par des corps de l'armée d'Italie, et autant que possible pai des corps arrivant de France. Or c'est cette espèce de dislocatio qui s'exécutait au moment où l'insurrection du Trasimène vint l'interrompre, sans que la suite des événements eût laissé la possibilité d'y revenir.
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exact; j'eus cependant quelque raison de croire qu"il avait été satisfait de trouver un bon prétexte pour enlever au général Desaix un officier que celui-ci désirait s'attacher.
Mon départ de Rome ne me fit pas néanmoins perdre tout espoir : rien n'annonçait que lexpédition dût prochainement quitter TEurope: l'attentat dont Dernadotle avait failli être la victime à Vienne semblait devoir changer la direction de fentreprise.et je pensais encore que le général Desaix aurait le temps de recevoir l'ordre que, relativement à moi, il m'avait promis de demander. Sur ces entrefaites, j'appris que le convoi de Givitaveccbia avait mis à la voile. Par ce départ, je manquais l'occasion de m'attacher à la fortune et à la gloire d'un de nos premiers généraux dans une campagne qui promettait d'être importante. Je me trouvais en outre séparé de tous ceux de mes amis que j'avais à Rome: La Salle, le plus tendrement aimé de tous: Daure. Knoring. Savarv. Morand et ce pauvre Guibert... Aussi, avec quelque distinction que je fusse employé, relativement à mon grade, je ressentis un très vif chagrin; mais la destinée compensa ce sacrifice involontaire: car jamais l'Egypte n'aurait pu me dédommager de tout ce que j'aurais manqué en quittant l'Italie; jamais elle n'aurait pu massurer plus d'avantages que la campagne de Rome.
L'insurrection du Trasimène eut les mêmes causes que toutes les insurrections qui l'avaient précédée : la composition des nouvelles autorités: le choix d'agents très malfamés; les contributions forcées des villes pour des fêtes dites patriotiques : les réquisitions pour ainsi dire inconnues des sujets du Pape: les vexations et concussions des percepteurs: les logements militaires, qui introduisaient dans l'intérieur des familles des étran-
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gers, d'autant plus désagréables aux maris et aux amants qu'ils paraissaient parfois plus agréables aux femmes; la loi qui défendait aux religieux de quêter et aux prêtres de faire des aumônes.
Les faits s'étaient passés tels ou à peu près tels qu'ils se passaient partout. Le 22 avril , au moment où , vers cinq heures du soir, les habitants de plusieurs villages se trouvaient réunis dans l'église de Gastel- Rigone, un nomme Guerriero Guerrieri survint avec un édit relatif aux frais dune nouvelle fête civique, dont les seuls préparatifs coûtaient déjà plusieurs milliers de piastres. Un 'Vicente, égide, proclama aussitôt cet édit. mais dans les termes et avec les commentaires les plus propres à en faire le sujet d'une révolution; tous ceux qui étaient présents prirent en effet les armes, et ce Vicente, qui s'était emparé de l'autorité, expédia sans retard à tous les curés de la circonscription des ordres formels pour faire remplacer les arbres de la liberté par des croix, pour faire armer et rejoindre tous les hommes en état de combattre, pour sonner le tocsin et faire parcourir les campagnes par des religieux et des la'iques prêchant la révolte.
Dans les premiers jours, l'appel ne rassembla que des paysans: mais bientôt ce noyau se grossit de douaniers, de braconniers, de contrebandiers, de ces vagabonds dont l'Italie fourmille, et de quinze cents galériens (jue l'on était parvenu à faire échapper des bagnes de Givitavecchia; quant aux armes, on n'était pas diflicile. Tout ce qui pouvait servir à tuer était bon, et les ressources ne manquèrent pas, car l'Italie est pleine de vieux châteaux, dans la plupart desquels se trouvaient des salles d'armes.
Pendant huit jours, cette prise d'armes se propagea comme un feu d'incendie, et d'autant plus aisément que
le général Valette, commandant tout le nord de TEtat romain, le territoire de Spoleto y compris, avait précisément quitté Perugia, siège de son quartier général, pour apaiser quelques mouvements insurrectionnels dans les départements duTronto et du Musone, et n'avait laissé presque aucune troupe dans le Trasimène; aussi l'organisation s'étant achevée sans rencontrer de résistance, les chefs insurgés de Castel-Rigone commencent à former des entreprises, se répandent par troupes de quatre à huit cents, ayant des tambours et le drapeau papal à leur tète, abattent les arbres de la liberté restés debout, arrachent les cocardes tricolores à ceux qu'ils surprennent en portant encore et lèvent de force des hommes et de l'argent aux cris de : Vivent le Christ, le Pape et l'Empereur î enfin ils annoncent l'attaque de Perugia et le massacre des autorités et de tous les Français.
Cependant le chef de bataillon Breissand, commandant la place de Perugia, avait fait, avec soixante à quatrevingts hommes qui restaient dans la place, une première sortie contre un parti de rebelles, qu'il avait dispersés en leur enlevant un drapeau ; puis il réclama de tous côtés des renforts. Ces renforts arrivés, une colonne mobile fut formée sous les ordres d'un capitaine de la 11* de ligne, nommé Guiminal, et cette colonne fut expédiée de suite sur Città di Castello, où cent'vingt hommes de la 15" légère, restés enfermés, malgré les ordres qui les rappelaient, étaient bloqués. Avant tout, la colonne Guiminal dut anéantir un fort parti d'insurgés retranchés au village et à l'abbaye de Magione; elle eut à souffrir d'une résistance assez vigoureuse, et, pour pousser jusqu'à Città di Castello, elle dut livrer d'autres petits combats et rétrograder par un itinéraire fort long, qui la força à rentrer trois
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jours après dans Perugia. Le résultat de tous ces retards fut que les cent vingt hommes, faute d'être secourus dans le temps prévu, se trouvèrent dans une position de plus en plus critique.
Le général Valette, rappelé par les événements, était rentré à Perugia peu d'heures après le départ de la colonne de secours; mais déjà toute communication était coupée avec cette colonne, et, n'ayant avec lui que les quatre-vingts hommes restés pour la défense de Perugia, il ne put agir que faiblement et d'une manière tout à fait accessoire.
Cependant les insurgés voulaient à tout prix s'emparer de Città di Gastello , lieu de ressources pour le pays qu'elle domine et point d'appui par les fortes murailles dont elle est entourée; ils avaient besoin de se fortifier du bruit d'un succès; par-dessus tout, ils désiraient se venger d'un certain BuOalini, misérable qui, revêtu de pouvoirs extraordinaires, extorqués aux consuls de Rome et au général Dallemagne, en abusait, au scandale de tous. C'est ce Buffalini qui, poussé par je ne sais quel intérêt, s'était opposé à ce que le rappel de la garnison de Città di Castello, rappel ordonné par le commandant Breissand, reçût son exécution. Les insurgés avaient donc porté là presque toutes leurs forces, et, au nombre de huit mille, ils assiégeaient les cent vingt hommes, contre lesquels ils crurent nécessaire encore d'ajouter l'emploi de la ruse. Secondés par un grand nombre d'habitants et sous toutes sortes de déguisements, trois ou quatre cents des plus braves d'entre eux pénétrèrent dans la ville; ayant abusé le commandant de la garnison, en feignant de traiter avec lui d'une capitulation, ils assaillirent à l'improviste des hommes épars, s'emparèrent des portes, les ouvrirent à leurs complices, qui en foule se précipitèrent dans la place, massacrèrent
la garnison, les autorités, tous les partisans de notre cause, et notamment ce Buffalini, dont la mort fut aussi juste que celle de tant d'autres fut déplorable (1).
D'après les ordres donnés par le général Saint-Cyr, la 11° de ligne, qui se rendait àModène, avait été dirigée sur Perugia, où elle arriva, le 5 mai, en même temps que moi. Le général Valette ignorait encore ce qui se passait à Città di Gastello, quoique d'un moment à l'autre il attendît la nouvelle que la garnison de celte ville avait été débloquée par la colonne Guiminal, dont à ce moment il n'avait pas non plus de nouvelles ; il voulut cependant profiter sans retard du renfort; mais la 11% trop fatiguée pour dépasser Perugia, ne put en repartir que le lendemain , jour d'une pluie tellement abondante que tout ce qu'elle put faire fut d'arriver à la Fratta, où l'officier qui la commandait, le chef de brigade Calvin, reçut la nouvelle de la perte de Città di Castello et du massacre de la garnison, de même qu'il y fut informé qu'un corps considérable d'insurgés, ayant du canon, se trouvait en position à Montone.
En transmettant, à la hâte, ces nouvelles au général Valette, Calvin y joignit la demande de deux pièces de canon, non pour battre ces insurgés en campagne, mais
(1 ) Il faut bien le dire, c'est uq de ces événements douloureux dont on n'aurait pas à gémir si les cliefs n'étaient pas si souvent inférieurs à leur mission. Celui qui commandait dans ceLto circonstance n'était certes pas fait jjour qu'on lui confiât des hommes. Il commit une série de fautes en n'e.vécutanl pas les ordres de son chef, malgré limpudente opposition d'un Buffalini; en croyant que l'on peut traiter avec des insurgés et se fier à eux; en n'ayant pas. du moment où il fut bloqué, choisi un lieu de ralliement ou de défense, tel qu'un couvent, une église ou tout autre bâtiment fort; en n'y ayant pas tenu tous les hommes réunis à l'abri de retranchements, et ne l'ayant pas approvisionné en vivres pour douze ou quinze jours, ce qui. dans une ville de six à sept mille âmes, est toujours possible pour cent vingt hommes ; enfin, en n'ayant pas fait de ce réduit un lieu de refuge pour tous les patriotes.