‹ Mémoires;Chapitre 76 sur 222 · ATTAQUE MALADROITE · texte numérisé non relu

ATTAQUE MALADROITE

pour reprendre Città di Castello. Et en effet, le jour n'avait pas reparu, que déjà il se portait sur Montone, où, sans hésiter, il attaqua ces insurgés, les mit en déroute, et leur prit un drapeau.

La dépèche de Calvin étant parvenue dans la journée du 7 mai, le général Valette fit partir dès le lendemain au matm, et sous l'escorte de la colonne Guiminal , rentrée de Tavant-veille, les deux pièces demandées. Le même jour, Calvin se dirigea de Montone sur Città di Castello; mais, à peine sorti de ce village, il trouva la route couverte d'abatis et sillonnée par des coupures; sa marche, qui ne se fit plus qu'au son du tocsin, fut ralentie par des nuées de tirailleurs, faisant sur la colonne et aux cris de Viva Maria! un feu de fianc très nourri. Au reste, les forces insurgées ne se composaient pas seulement d'un ramassis de paysans et d'aventuriers, mais surtout de soldats organisés et commandés par des officiers de Tex-armée papale, par des émigrés français, que nous retrouvions partout où il y avait à verser le sang de leur nation, par des prêtres qui en fanatisme et en férocité ne le cédaient pas aux bandits de leurs montagnes; tous étaient encouragés par le voisinage de la Toscane, où ils avaient un refuge, et par celui de Sienne, où le Pape résidait encore et où se trouvait le foyer de la révolte. La marche de Montone à Città di Castello fut donc un combat non interrompu; mais rien n'arrêta la 41% qui, après avoir jonché la route de cadavres, arriva vers cinq heures du soir devant Città di Castello.

La porte de cette ville étant ouverte et seulement couverte par quelques pelotons, l'avant-garde précipita sa marche; mais, à l'approche de nos braves, les pelotons rentrèrent dans la ville et démasquèrent une pièce de gros calibre, chargée à mitraille; le coup parti. 14

tit, nous perdîmes des hommes, et la porte se ferma.

Ce début était fâcheux. Si devant l'ennemi le rôle des subordonnés est de se jeter en avant, celui des chefs est de les diriger, de les contenir au besoin; et certes, il no fallait pas grande sagacité pour comprendre qu'on n'enlève pas à la course une ville fermée, défendue par six mille frénétiques, flanqués d'une nombreuse artillerie. La porte laissée ouverte n'était qu'un piège, et un piège grossier, et la porte refermée pouvait en couvrir un autre ; du moins cette école faite devait rendre Calvin circonspect; mais, au lieu de prendre position et d'attendre les pièces qu'il avait demandées et qui étaient en route pour le rejoindre, il ordonna à ses sapeurs de briser la porte à coups de hache et permit que, pendant le travail, les soldats se tinssent prêts à l'attaque. C'est alors que, après avoir rechargé leur pièce de 24, après l'avoir remplie jusqu'à la gueule, les insurgés la tirèrent à travers la porte et renversèrent quarante-quatre hommes, presque tous grenadiers ou sapeurs, et dont dix-sept moururent sur place. Au même moment, une fusillade très vive partit du haut de la muraille d'enceinte, de toutes les fenêtres plus élevées qu'elle et même de la brèche faite dans la porte, tandis que plusieurs pièces, placées sur l'autre rive du Tibre, prenaient nos troupes en écharpe.

Il fallut les ravages de ce coup de canon, une fusillade meurtrière et le feu de huit pièces de canon pour éclairer, mais trop tard, Calvin sur l'imprudence ou l'impéritie d'une attaque pour laquelle il n'avait ni échelles, ni canons. Il réunit donc ses troupes sur une hauteur voisine, et en cela il fit bien; mais, à peine y étaient-elles, cet homme, incapable d'être autre chose qu'un très bon soldat, quitta sa position et retourna à Montone, donnant ainsi à l'effet de deux coups de canon le carac-

Page 1