‹ Mémoires;Chapitre 77 sur 222 · PRISK DE CITTA DI CASTELLO · texte numérisé non relu

PRISK DE CITTA DI CASTELLO

tère d^ine défaite pour nous et d'une victoire pour les insurgés. Continuant môme son mouvement de retraite, il avait remis, le 9 au matin, ses troupes en marche, quand heureusement, à moitié chemin, il rencontra la colonne Guiminal, qui lui amenait du renfort, les deux canons et Tordre de se rendre maître de Città di Castello. En conséquence, le 10, s'étant frayé un passage à travers de nouveaux obstacles, et ayant fatigué plus que de raison ses troupes par tant de contremarches, Calvin reparut à une heure de l'après-midi devant Città di Castello et prit enfin position de manière à ne laisser de retraite aux insurgés que par la porte du Tibre; c'était leur abandonner la route de la Toscane; mais, pour intercepter cette route, il aurait fallu passer la rivière, ce que sans barque la crue des eaux rendait impossible, et se morceler, ce que les forces des insurgés ne pouvaient permettre. Il paraît que nos quatre bataillons et nos deux pièces, même vues du haut de leur position, ne semblaient pas terribles, car les insurgés, nullement intimidés, commencèrent l'attaque par le feu de huit ou dix pièces de canon. Par bonheur, leurs artilleurs valaient encore moins que leur artillerie et se laissèrent promptement réduire au silence. De nombreux tirailleurs parurent alors sur notre front, mais furent aussitôt repoussés, et, des coups de fusil étant partis de quelques maisons éparses dans la campagne, ces maisons furent brûlées ou rasées. Sans s'inquiéter de ce premier insuccès, les insurgés prirent le lendemain une position très menaçante, et, pendant que trois de nos compagnies d'élite les en débusquaient, ils firent sortir de la ville en bon ordre et soutenue par le feu de quelques pièces et par de nombreux tirailleurs, une troupe d'un millier d'hommes. Contre cette troupe fut dirigé le second bataillon de la 11% qui la chargea avec

212 MÉMOIRES DU GENERAL RARON THIERAULT.

tant de rapidité que non seulement il la bouscula, mais qu'il arriva encore avant elle à la porte par laquelle elle était sortie de la ville. Cette porte fut en toute h;\te fermée, de sorte que la plus grande partie de la troupe insurgée, restée dehors, put être tuée à coups de fusil et de baïonnette. De plus, le faubourg Sainte-Marie, d'où quelque fusillade était partie, fut brûlé en totalité.

Il était arrivé à ces assaillants ce qui arrive à presque tous les insurgés ; ils avaient procédé par attaques successives et par mouvements morcelés; ils s'étaient afïaiblis ainsi et d'eux-mêmes offerts à l'irrésistible vigueur de nos troupes, si bien que dans la nuit du 11 au 12, cinq mille d'entre eux, cédant au découragement et suivis des habitants les plus compromis, évacuèrent la ville, par la route de Toscane que nous n'avions pu protéger; ils emmenaient quatre pièces de campagne, et s'ils abandonnaient un obusier et treize pièces de différents calibres, du moins les avaient-ils encloués.

A la pointe du jour, le drapeau tricolore flotta sur les clochers et sur la porte sud de la ville, en même temps qu'une députation des habitants vint annoncer l'évacuation à Calvin et implorer sa clémence.

Il est à la guerre des décisions embarrassantes. Après les horreurs commises contre nos soldats et nos partisans, horreurs auxquelles la masse de la population n'avait pris que trop de part, la ville devait-elle être pillée comme châtiment et comme exemple? En d'autres termes, un grand nombre d'innocents (de fait, car d'intention il n'en était guère) devait-il être compris dans les représailles? En pareil cas, j'ai toujours été pour la négative; aussi, et même après une prise de vive force, aucun pillage n'a-t-il jamais eu lieu sous mes ordres. Quant à Calvin, il défendit le pillage, mais ne sut pas l'empêcher. Il eût suffi de faire occuper d'abord la

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