SUR MADAME DE STAËL
Staël-Holstein (Anne-Louise-Germaine Necker, baronne de), écrivain célèbre, née le 23 avril 1764, à Paris, où elle est morte, le 14 juillet 1817. D'origine genevoise, son père, qui venait de s'associer avec les frères Thelusson, banquiers, était bien loin sans doute alors de prévoir la haute fortune politique qui lui était réservée en France. Sa mère se chargea de son éducation. C'était une femme de vertu et de savoir ; mais la roideur pédantesque de ses principes , le puritanisme sévère et glaçant de ses mœurs, la rendaient tout à tait impropre à la tâche délicate et difficile qu'elle s'était proposée. Aussi, il ne tint pas à elle que le brillant génie de sa fille n'avortât, desséché dans son germe. Au lieu d'aider, en effet, par ses leçons et ses encouragements, au développement normal de cette nature que Dieu avait créée si expansive et si opulente, elle s'appliqua de tous ses soins, de tous ses efforts, à la comprimer, à la faus-
ser, à la pétrir selon un idéal étroit et mesquin fait à son image. Et peut-être serait-elle arrivée au but poursuivi par son aveugle sollicitude, si le correctif de cette inflexible discipline ne se fût rencontré pour l'enfant dans les douces paroles, dans les affectueuses caresses que lui prodigua son père. Ceci explique le véritable culte que, dans sa pieuse reconnaissance, elle professa toujours pour lui. N'avait-il pas été la rosée vivifiante, le soleil fécondant de ses jeunes années? La tendresse et l'admiration qu'elle lui avait vouées acquirent même dans la suite, sous la religieuse inspiration des souvenirs de son enfance, des proportions tellement exagérées, que, si l'on en doit croire un de ses biographes, Mme Necker de Saussure, elle conçut pour sa mère une jalousie dont celle-ci se sentit bientôt atteinte ellemême. S'étonnera -t- on après cela de l'étrange proposition qu'elle avait, à l'âge de dix ans, faite à son père, d'épouser, afin de le fixer près de lui, le célèbre historien anglais Gibbon, qui était bien l'homme le plus laid des trois Royaumes-Unis? Dans l'enfance si occupée de MlleNecker, tout fut sérieux, jusqu'à ses révélations mêmes. Son plus grand bonheur, dans les courts loisirs que lui laissaient ses études, était de faire mouvoir, dans une action tragique de son invention, des personnages découpés par elle dans du papier de couleur et dont elle improvisait et déclamait les rôles. Certes, rien de plus innocent que cette distraction, qui était presque encore un travail ; il fallut cependant qu'elle y renonçât, car, calviniste rigoureuse, Mme fNecker
n'était pas femme à entendre raillerie à l'endroit du théâtre. Un autre de ses bonheurs, très-singulier pour un enfant, et dont toutefois on ne songea jamais à la priver, était d'écouter discourir sur les sujets les plus variés, sur les plus hautes questions de littérature, d'histoire, de philosophie et de politique, les quelques écrivains distingués qui fréquentaient le salon de sa mère. Chaque semaine ramenait à jour fixe, chez Mme Necker, Thomas, Marmontel, Grimm, l'abbé Raynal, etc. Le charme que pouvaient avoir pour la précoce et pénétrante intelligence de Mlle Necker les graves matières traitées dans ces réunions ne saurait se comprendre, si la sévère direction imprimée par sa mère à ses études ne l'avait dès l'enfance familiarisée avec les plus sérieuses questions dont se soit jamais préoccupé l'esprit humain. Montesquieu ne quittait pas sa table de travail; Y Esprit des lois était le texte le plus habituel de ses méditations. A quinze ans elle présenta à son père de nombreux extraits qu'elle avait faits de ce hardi et profond ouvrage, accompagnés de réflexions que lui avaient inspirées les passages transcrits par elle. Quelques pages qu'elle écrivit vers le même temps sur la révocation de l'édit de Nantes parurent à Raynal si fermes de style et de pensée, que l'abbé philosophe, dont l'indigence s'était déjà enrichie des aumônes de Pechméja et de Diderot, parla très-fort de se les approprier, en leur donnant place dans une nouvelle édition de son Histoire des deux Indes.
Cette fièvre de travail avait occasionné de cruels
désordres dans sa santé. En tendant, jusqu'à les rompre, les ressorts encore délicats de l'intelligence de sa fille, Mme Necker avait brisé son corps, arrêté dans son développement. Toutes les forces vitales s'étaient, chez son enfant, concentrées au cerveau. Le célèbre ïronchin fut appelé. Il prescrivit la campagne et la cessation de tout travail. Soustraite à la rude discipline de sa mère, Mlle Necker alla habiter Saint-Ouen. Elle respirait enfin, avec quelle ivresse! Gomme elle se sentit heureuse de cette vie libre sous le ciel! Retrempé à cette source vive, son corps se redressa, son caractère fit peau neuve. De soucieuse, vaine et un peu pédante que l'avaient rendue sa mère et les livres, elle devint, par une transformation aussi rapide qu'inattendue, rieuse, aimable, pleine d'abandon et d'un naturel charmant. De tous les auteurs de sa bibliothèque, deux seulement l'avaient suivie dans sa solitude, les plus aimés : Richardson et Jean-Jacques. Il faut l'entendre raconter, à quinze ans de distance, ce qu'elle éprouva d'enivrement à la lecture de Clarisse Harlowe, faite au pied d'un arbre. Ressuscites par sa puissante imagination, par son émotion plus puissante encore, les héros de cette vivante peinture du cœur humain étaient passés pour elle du domaine de la fiction dans celui de la réalité. Elle les voyait, les entendait; elle tremblait, rougissait, pleurait, se sentait mourir avec Clarisse; elle s'indignait de toute son âme contre Lovelace. L'enlèvement de Clarisse par son séducteur, c'est elle qui nous l'apprend, fut un des plus grands événements de sa jeunesse.
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Lorsqif après cinq ans d'une administration marquée par d'importantes réformes, Necker se retira, en J781, devant les haines de la cour, et publia, en réponse aux attaques de ses ennemis, son fameux Compte rendu, sa fille, se faisant l'organe des sentiments de la nation, lui adressa une longue lettre pour le féliciter. En vain s'était-elle cachée sous le voile de l'anonyme ; son style et ses pensées la trahirent. Son génie avait déjà son cachet.
En 1786, Mlle Necker épousa le baron de Staël- Holstein, ambassadeur de Suède en France1. En 1788, elle débuta dans le monde littéraire par les Lettres sur les écrits et le caractère de J.-J. Rousseau2, hommage de reconnaissance filiale au génie qui l'avait formée, où la passion de l'éloge domine l'esprit critique. Présentée à la cour peu après son mariage, elle y reçut un accueil très-froid. Les courtisans s'amusèrent beaucoup « de ce qu'elle avait manqué une révérence et de ce que la garniture de sa robe était un peu détachée ». Dans une visite qu'elle fit quelques jours après à la duchesse de
i. Elle lit paraître un peu avant une pièce en trois actes et en vers, intitulée : Sophie, ou les sentiments secrets (Paris, 1786, in-8°), sans nom d'auteur et tirée à petit nombre. — Une autre pièce en • cinq actes et en vers, Jane Gray, composée vers la même époque, ne vit le jour qu'en 1790 (Paris, in-8°). Ces deux ouvrages ont été trop faibles pour être admis dans le recueil posthume des Essais dramatiques de Mme de Staël.
2. Ces Lettres (1788, in-12), tirées d'abord à vingt exemplaires, fureni réimprimées à Paris, 1789, 1798, in-8°? et 1820, petit in-12; elles donnèrent lieu à diverses critiques de la comtesse Alexandre de Vassyfnée de Girardin) et de Champcenetz, publiées lune et l'autre en 17,S'J.
Polignac, amie et confidente de la reine, elle oublia son bonnet dans sa voiture, et les courtisans qui se le dirent, de rire davantage encore.
La Révolution allait faire explosion. A bout d'expédients, la cour elle-même ne voyait plus au désordre des finances, à l'anarchie et à la banqueroute dont le royaume était menacé, qu'un seul remède, la convocation des états-généraux : remède décisif qui, pour avoir été appliqué trop tard, la perdit. Enthousiaste de la constitution anglaise, passionnée pour toutes les nobles idées de liberté, de réparation, de justice, Mme de Staël s'associa de tout son cœur et de toute son âme au grand mouvement national, tant qu'il se maintint clans les limites que lui avait tracées l'Assemblée constituante ; mais quand, rompant ses digues, il déborda, torrent fougueux, semant partout sur son passage la ruine et la mort, sans que sa pensée rétrogradât un seul instant par le regret vers un passé coupable devant sa raison, elle se sentit prise d'un dégoût mêlé de pitié pour ce peuple, victime hier, bourreau aujourd'hui, et d'une profonde horreur pour les nouveaux tyrans dont il s'était fait l'instrument aveugle et sans merci. L'arrestation de Varennes lui causa un sentiment de douloureux effroi, dont l'éloquente expression revit dans ses Considérations sur la Révolution française. Pressentant le 10 août, et pleine d'épouvante pour la famille royale, elle rédigea, vers le milieu de 1792, un nouveau plan d'évasion des Tuileries, qu'elle envoya au comte de Montmorin. D'après ce plan, le roi, la reine et le
dauphin, menés sur les côtes de Normandie, devaient être embarqués ensuite pour l'Angleterre. L'insistance qu'elle mit pour que le comte de Narbonne, dont le caractère léger inspirait peu de confiance à l'infortuné monarque, fût chargé de la conduite de cette difficile entreprise, empêcha qu'il ne fût donné suite à son projet. Elle sortit de France après le 2 septembre, se retira en Suisse, près de son père, et ne revint à Paris que trois ans après. Le coup de hache qui trancha, sur la place de la Révolution, la tête de Louis XVI, eut dans son cœur un si affreux retentissement, qu'une partie de ses facultés en sembla un moment paralysée. Elle n'eut bientôt plus qu'une pensée : arracher le plus de victimes qu'elle pourrait au bourreau ; et clans l'accomplissement de cette noble tâche, elle apporta, préparée qu'elle était au sacrifice de sa vie, toute l'exaltation de son âme généreuse. Malheureuse de l'exécution du roi, elle entreprit de sauver la reine. Et certes, les Réflexions sur le procès de la reine, par une femme (§ 1, août 1793, in-8°), plaidoyer à la fois ingénieux et énergique, auraient eu les honneurs du triomphe, si la reine n'avait été fatalement condamnée par avance. Plus d'un an après le coup d'Etat de thermidor, elle publia une brochure dictée par un ardent amour de l'humanité : Réflexions sur lu /><iix, ((dressées à M. Pitt et aux Français (Genève, 1795, in-8°), brochure qui fut citée avec éloge par fox dans le parlement d'Angleterre. Vers la même époque, elle fit paraître un volume contenant ses œuvres de jeunesse, intitulé : Recueil de morceaux
détachés (Lausanne, 1795, in-8c; Leipzig, 1796, in-8°), et parmi lesquels on remarque Y Essai sur les fictions et YÈpître au malheur. Puis elle donna le livre De l'influence des passions sur le bonheur des individus et des nations (Lausanne, 1796, in-8° ou 2 volumes in-12), livre qui « présente, suivant Chénier, des tableaux riches et variés, le besoin et le talent d'émouvoir, des traits ingénieux, de la nouveauté dans les expressions, et surtout une extrême indépendance1 ».
Sous le Directoire, Mme de Staël se fit l'âme du Cercle constitutionnel, dont Benjamin Constant, inconnu encore, se constitua l'orateur, pour défendre contre le club de Clichy cette administration qu'elle méprisait, mais dont le maintien lui semblait importer à la cause de la liberté. Ce fut à ses sollicitations près de Barras, et sous ses auspices, que l'exévêque d'Autun, Talleyrand-Périgord, fut introduit aux affaires étrangères (juillet 1797). Déjà, en septembre 1793, elle avait contribué, par ses actives démarches, à le faire rayer de la liste des émigrés. Les protestations du jeune conquérant de l'Italie la trouvèrent incrédule. Déjà, pour nous servir de l'expression d'un poëte, Napoléon perçait pour elle sous Bonaparte. Arriva le 18 brumaire; son salon devint le quartier général des opposants. Moins généreux que Louis XII, qui à son avènement au trône ne voulut point se souvenir des injures faites
1. La partie qui devait traiter de l'influence des passions sur le bonheur des nations n'ajamais vu le jour.
au duc d'Orléans, Napoléon consul, puis empereur, ne se rappela que trop qu'elle l'avait deviné et avait voulu barrer son ambition. Ce fut en vain que l'un des frères du futur César, Joseph Bonaparte, lui offrit, pour la gagner à la cause alors triomphante, la restitution des deux millions versés par son père au trésor royal en 1788, pour assurer le service courant. « H ne s'agit pas de ce que je veux, mais de ce que je pense,» lui avait-elle répondu; et cette fière réponse avait coupé court à toutes les négociations1. Un discours prononcé sous son influence par Benjamin Constant au Tribunal, et dans lequel il n'avait pas craint de signaler l'aurore de la tyrannie, irrita si fort contre elle le Premier Consul, qu'il enjoignit à Fouché, ministre de la police, de lui recommander, dans l'intérêt de sa tranquillité, de se montrer plus circonspecte à l'avenir. Ses fréquents voyages à Coppet, et la publication des Dernières vues de finances et de politique de son père, que Bonaparte qualifia tout haut de « régent de collège, bien lourd et bien boursouflé», achevèrent de la perdre dans son esprit. La vie de Mme de Staël, à partir de ce jour, ne fut qu'une incessante persécution. Fouché reçut l'ordre de s'emparer de sa personne. Sur l'avis que lui en donna secrètement Regnaud de Saint-Jean-d'Angély, elle se cacha à la campagne. Bientôt elle quitta sa solitude pour aller habiter à Saint-Brice (près d'Écouen), chez une de
1. On a prétendu sans fondement que Mme de Staël éprouva d'abord pour Bonaparte une passion qu'elle ne put lui faire partager, et que son opposition politique naquit d'an dépit d'amour.
ses amies, Mme Récamier, « cette femme si célèbre par sa beauté, et dont le caractère est exprimé sur sa figure même». Elle acheta ensuite, à dix lieues de Paris, une petite maison où elle se retira; mais elle y était à peine installée que, malgré les pressantes sollicitations du général Junot et de Joseph Bonaparte, le commandant de la gendarmerie de Versailles fut chargé de lui signifier qu'elle eût à s'éloigner dans les vingt-quatre heures, d'au moins quarante lieues de la capitale. Indignée, elle se réfugia alors en Allemagne, voulant, dit-elle, opposer l'accueil bienveillant des anciennes dynasties à l'impertinence de celle qui se préparait à envahir la France. Elle venait encore d'accroître sa réputation par son ouvrage Sur la littérature considérée dans ses rapports avec l'état moral et politique des nations1, et par le roman de Delphine*. A Weimar, l'Athènes germanique, où elle chercha un abri, elle vit Goethe, Wieland et Schiller; et les relations qu'elle noua avec ces génies illustres la mirent à même d'approfondir la langue et la littérature allemandes. Puis elle fit un voyage à Berlin, où elle fut accueillie avec une rare distinction par le roi et la reine. La mort de son père (9 avril 1804) la rappela bien-
1. Paris, an VIII (1800), 1801, 1818, 2 vol. ia-8°; ibid., 1820, in- 12, et 1842, in-18. Mme de Staël a adopté, dans cet ouvrage, le système de la perfectibilité, et peut-être est-elle la première qui l'ait appliqué à la littérature. (Voy. à ce sujet une Lettre à Fontanes. par Chateaubriand, insérée dans le Mercure, t. III, 1801.)
2. Delphine parut à Genève, 1802, 4 vol. in-12, et a été réimprimé depuis une quinzaine de fois, entre autres, Paris, 1820, 3 vol. in-8°, avec un nouveau dénomment, et 1829, in-18.
tôt en Suisse; et, ses affaires réglées, elle partit pour l'Italie. A son retour, elle séjourna une année à Goppet et à Genève, et elle commença à écrire Corinne, ou l'Italie, qu'elle alla achever dans une terre de M. de Gastellane, à douze lieues de Paris, et qui parut en 1807 i. L'immense succès qu'obtint en Europe ce roman, en rappelant son souvenir à l'empereur, lui suscita de nouvelles rigueurs de la part de la police2. Fouché lui intima l'ordre de sortir de France. Elle retourna alors à Goppet, où le prince Auguste de Prusse la visita. Elle alla ensuite passer à Vienne l'hiver de 1807 à 1808, et s'y lia avec le prince de Ligne et la princesse Lubomirska. C'est pendant ce séjour en Autriche que son fils aîné, le baron Auguste de Staël, âgé alors de dix-sept ans, eut à Ghambéry, le 29 décembre 1807, une longue audience de l'empereur, qu'il sollicita pour sa mère, l'assurant qu'elle ne ferait plus de politique. Napoléon fut inflexible. « De la politique, répondit-il, n'en fait-on pas en parlant de morale, de littérature, de tout au monde?... Que voulez-vous que j'y fasse? C'est sa faute; elle a de l'esprit, trop d'esprit peut-être; voilà ce qui fait qu'elle est insubordonnée. Elle a été élevée dans le chaos d'une monaTchie qui s'écroule et d'une révolution qui surgissait;
1. Paris, 1807, 3 vol. in-12, et 2 vol. in-8°. — C'est l'ouvrage le plus connu de Mme de StaëL Les principales éditions sont celles de Taris, L819, 4 vol. in-18; 1840-1841, 2 vol. in -8°, avec 300 Ggurea ; 1840, in-18, et 1840, in-12.
2» On croil «pic la critique de Corinne, publiée à cette époque au Moniteur, est de l'empereur lui-même.
elle a fait de tout cela un amalgame dangereux. Avec l'exaltation de sa tête, la manie qu'elle a d'écrire sur tout et à propos de rien, elle pouvait se faire des prosélytes; j'ai dû y veiller. C'est dans l'intérêt de ceux qu'elle pouvait compromettre que j'ai dû Péloigner de Paris.... Elle servirait de drapeau au faubourg Saint-Germain. »
De retour à Coppet, Mme de Staël y composa et y joua, pour se délasser, quelques petites pièces recueillies dans ses œuvres, sous le titre d'Essais dramatiques*, et y termina (1809) son ouvrage De r Allemagne1 . Malgré la proscription dont elle était frappée, elle vint, quelques mois plus tard, afin de surveiller l'impression de ce livre, s'établir à Blois dans le vieux château de Chaumont, successivement habité par le cardinal d'Amboise, Diane de Poitiers et Gatherine de Médicis ; puis au château de Fossé, dans le Blésois, chez le comte de Sallaberry, et enfin chez le vicomte (depuis duc) Mathieu de Montmorency. Là, elle apprit que les dix mille exemplaires qu'elle avait fait tirer de son ouvrage De l'Aile-
1. Les Essais dramatiques (Paris, 1821, in-8°, et in-12. contiennent sept pièces en prose : Agar dans le désert, scène lyrique; Geneviève de Brabant, la Snnamite, Sapho, drames; le Capitaine Kernadec, comédie; la Signora Fantastici, et le Mannequin, proverbes.
2. La l,e édition est de Paris, 1818, 3 vol. in-8°, et in-12. Cet ouvrage a eu de nombreuses éditions, soit à Paris (1814, 3 vol. in-8°; 1820, 2 vol. in-8° ; 1839, in-18) , soit à l'étranger (Londres, 1813, 1814, 3 vol. in-8° ; Genève, 1814, 3 vol. in-12; Leipzig, 1814, 4 vol. in-12). Il a été traduit en plusieurs langues et vivement critiqué en Allemagne.
magne avaient été saisis chez l'imprimeur et mis au pilon, et il lui fut commandé, de par le duc de Rovigo, ministre de la police, de sortir de France dans trois jours. Sa demande d'un sursis ayant été accueillie de la manière la plus ironique et la plus dure, elle regagna Goppet1.
Mme de Staël prit le parti de retourner à Goppet; mais elle aggrava encore sa situation lorsqu'on vint lui proposer de célébrer la naissance du roi de Rome, pour rentrer en grâce ; elle répondit par cette saillie ironique : « Tout ce que je puis faire pour lui, c'est de lui souhaiter une bonne nourrice. »
1. Voici la lettre par laquelle on répondit à sa demande d'un sursis :