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MA VIE

Le baron d'Eckstein m'arrache de ma mélancolie.

Le baron d'Eckstein, par la solidité, l'étendue, le compact et la lourdeur de l'érudition, ressemblait à un gros cheval du Mecklembourg. Haut en couleur, les pommettes rouges, les épaules larges, osseux, puissant, chargé de bagues, capable d'un labeur énorme et d'une activité soutenue, entraîné vers le catholicisme par le courant universel de ce nord scientifique, ennuyé de son ancien protestantisme, il manquait de toutes les qualités légères, vives, fines, de toute l'élasticité brillante de notre France. C'était ce qui le faisait réussir, au premier abord du moins. Son entrée lui fut assurée dans tous les salons et les boudoirs de la Restauration. Le ministère des affaires étrangères le soldait comme champion des dogmes catholiques; la Daterie romaine correspondait avec lui; et, par un mélange extraordinaire

d'érudition lointaine, de prosélytisme ardent, et de familiarité avec un certain grand monde, il se trouvait armé de puissance et de crédit. Au XVIIIe siècle, Fréret, Voltaire, Dupuy, avaient employé l'érudition à détruire la Bible, par la Bible la monarchie, par la monarchie le vieil État de l'Europe. Le déclamateur Volney avait.écrit les Ruines. Le sec et ridicule Dulaure avait battu en brèche l'ancien régime à coups de dissertations; le Citateur de Pigault-Lebrun n'était qu'un essai de destruction érudite. Voici une nouvelle armée d'érudits qui veulent reconstruire par les mêmes moyens ce que Voltaire et Raquai ont fait tomber. Le déluge d'Ogygès prouvera l'excellence de la légitimité. Des recherches bien portées sur les Vedas et sur Zoroastre établiront l'autorité du Pape. C'est à ce bizarre dessein que toute la vie du baron d'Eckstein fut consacrée. Étrange et honorable personnage, naïf, savant, intrigant, doué d'un mouvement d'esprit qui faisait rouler dans son cerveau enflammé toutes les idées des autres, honorable à bien des égards, aux pieds des belles, leur adressant des déclarations au nom de l'essence incréée et bâtissant pour elles de trèslourds madrigaux qui les comparaient à la Trinité. Quand ces grandes dames l'avaient écouté patiemment, les amours vénales ne lui déplaisaient pas et lui servaient de compensation et de contre-poids. Un jour, je ne sais quelle Vénus encore jeune, exposée àlavente ou au prêt, stipendiée de ses charmes dans une des foires publiques, une des boutiques de ce triste commerce qui joue à Paris, lui plut si

vivement qu'il l'emmena, lui donna un asile poétique dans un château loué près de Paris, prodigua pendant six mois sa science et sa fortune pour la fixer et la convertir et revint un certain soir au logis qu'il trouva dévasté, désert, privé de ses meubles et veuf de la divinité folâtre dont il avait tenté l'éducation impossible. Cela fit rire Malitourne et Véron, Ils valaient moins que cet ingénu, chargé de sanskrit et de grec.

On avait tourné en ridicule la tudesque éloquence du baron, qui, dans ses essais de journalisme, avait obtenu peu de succès. La forme et la grâce manquaient à son style. Quel écrivain, jeune encore et sans prétention, pourrait jeter le levain français dans cette pâte allemande? Je ne savais pas l'allemand; et quand mes amis de TOpéra vinrent de la part du baron m'offrir cette collaboration et cette tâche, je reculai d'abord. Pourquoi le baron ne me donnerait-il pas son style en mauvais français, sauf à moi de blanchir, polir, orner, passer au crible et au tamis ses impuretés et ses fautes? Ainsi nous commençâmes ensemble; puis je me mis à apprendre l'allemand; et, par degrés, ce fut sur le texte du baron que je rédigeai les vingt volumes du Catholique ; réservoir confus, bourbeux, mais vaste et puissant, de toute l'érudition allemande.

Tout isolé, n'ayant ni fonctions, ni place, ni rang, je demeurais exposé à toute l'artillerie en jeu des ennemis divers. Les défenses extérieures me manquaient. Pourtant l'état social du temps les fournit.

Et comme ma nature personnelle ne me portait à dérober rien aux autres, à supplanter, à perdre, à ruiner ou abîmer aucun rival, on me prit bientôt pour un innocent peu dangereux, vivant dans la solitude, ne manquant pas d'ailleurs de talent ; et tout cela me servit. Je me trouvai, par innocuité, jouer le rôle que jouent les plus malins. On me laissa faire. On n'eut pas peur de moi. On me permit de travailler. Le public acheva mon succès, et je fus maître sans coup férir de plusieurs positions , je vis s'élever derrière moi plusieurs fortifications derrière lesquelles je m'abritai. Le salon de Jouy où se brassait l'épigramme, où se fabriquait la poudre à canon contre Louis XVIII, m'avait ouvert cet étrange monde français qui — le plus sympathique et le plus social à ce qu'il prétend — est le plus farci de rivalités, pétri de poison et lardé de haines, qui existe. Mais je n'en avais pas profité; cela me faisait horreur.

De ce salon, je passai bientôt au Journal des Débats, à la Revue britannique, à la Revue des Deux Mondes, et de tous les côtés je rencontrai les mêmes guerres, les mêmes intrigues, les mêmes ruses odieuses, la même vénalité. Je me refusais à partager ces façons d'être. Comment me serais-je maintenu ?

Je passai pour un phénomène ridicule. J'avais loué, rue des Martyrs, en remontant vers Montmartre, un petit rez-de-chaussée de deux ou trois pièces, tout entouré de lilas fleuris, où je travaillais obscurément, sans aucun désir de gloire, sans au-

cun désir d'argent, heureux de lire Calderon, de lire Gœthe et de me promener à la campagne, de respirer l'air des bois et d'entendre la plus belle musique et le plus souvent et la plus exquise qui se pût trouver. Je buvais de l'eau. La plus grande sobriété présidait à ma vie. Les fonds que mon père et ma mère possédaient ne me regardaient pas.

Ces solitudes furent fréquentes dans ma vie. Je cherche la retraite après avoir fréquenté le monde et je comprends mieux les hommes. Par là, j'ai perdu beaucoup de forces sociales et gagné beaucoup de clartés intellectuelles. J'y voyais mieux. Il n'y a pas de prophète qui puisse voir clair dans la mêlée du combat. Par là j'ai senti de bonne heure le faux de chaque chose, la pente de mon temps et la profonde instabilité de la vie française : sable, atomes, poussière en littérature, en politique et en fait d'arts. J'avais vu en 1820 la stupide tragédie française, Germanicus, deux rhétoriciens et deux confidents armés d'hexamètres sonores, comme les soldats s'arment de leurs cartouches, défiler gravement devant un public hébété, le saluer d'un feu de file de sentences et être applaudis. Je voyais en 1829 le tapage coloré de la nouvelle école, le néant et l'éclat emphatique de Victor Hugo remplacer cet engouement classique. Les oracles de ma retraite solitaire me disaient que de tout cela rien n'était durable et valable. Je n'aimais pas davantage la façon dont on s'enrégimente en France pour faire de la littérature. Il semble que dans ce pays tout

soit soldat. Marmontel est colonel sous Voltaire et Ronsard généralissime commande à Baïf, Jodelle et Gie. Liberté de l'intelligence, vous en êtes l'essence même et la vie ! Et quel grade allez-vous donner à Michel Montaigne ou à Bossuet ! à Cervantes, à Shakespeare ! Cette fondamentale erreur à gâté jusqu'à notre Balzac, le romancier, qui se croyait maréchal littéraire/Ainsi la femme Russe veut porter l'étiquette sociale de son mari et se dit colonelle, générale et caporale. Mais l'Esprit!... le libre Esprit !... « Liber Spiritus ». Il n'a point de livrée, d'uniforme et de sac à traîner. Il est ennemi du rang, du pas et de l'exercice. La charge à deux temps et le pas accéléré ne lui vont guère. 0 libre et sainte intelligence, que j'ai toujours adorée, après l'amour! Tu es libre comme lui, et les peuples qui veulent enchaîner ou réglementer à jamais l'un et l'autre te répudient. Puissance sacrée! Ils répudient aussi l'amour et ils meurent ; car ils ne peuvent te faire passer dans leurs actes, pas plus que l'amour, et ces deux étincelles éteintes, la mort vient, et les époques byzantines finissent ainsi.

C'étaient des pensées que je me gardais de communiquer à aucun lorsque je venais à Paris; elles se reflétaient dans mes pages; elles plaisaient fort à Bertin l'aîné, misanthrope généreux; je ne les présentais que d'une façon oblique et comme par un rayon brisé, qui me faisait regarder comme un misanthrope arriéré, un enfant malade ou un maniéré de mélancolie. Surtout je les cachais à mes roués de l'Opéra, au docteur Véron, au camarade

Malitourne, au bouffon sec Romieu, à Roqueplan le prétentieux, l'homme que je rencontrais le premier au foyer des théâtres, au Café de Paris, quand j'y dînais (événement rare), ou chez Tortoni., glacier qui voyait affluer chez lui la jeunesse brillante, ou chez une ou deux actrices ou candidates au métier d'actrice dont je ne convoitais ni le cœur ni les charmes, mais dont ma curieuse indifférence s'amusait.

Je viens de nommer Véron. Ce personnage, triste héros de ce temps, était haut en couleur, figure mafflée, à peine un nez, écrouelleux, le col enfoncé dans les replis d'une étoffe qui protégeait sa maladie et la cachait, le ventre arrondi et pointu de bonne heure ; l'œil rond, brillant, scintillant et avide ; la bouche riante, la lèvre grosse, le cheveu rare, le sourcil absent, une tenue de petit laquais singeant son maître et se donnant des afféteries et des minauderies de salon* Quelque chose aussi de l'abbé jeune qui se fera gras par trop manger ; la parole haute, élevée, pointue, hardie, sifflante, prédominante ; souple ici, impertinent là-bas, se dandinant pour avoir l'air léger ; avenant, prévenant, souriant, bas et plat quand il le fallait ; la tête renversée> les joues gonflées, la face arrogante dès qu'il n'y avait rien à gagner, ou à craindre ; Scapin, Frontin et Turcaret, en y joignant le glouton, le spéculateur et le faux marquis ; Mereadet et Tuf- Hères et même un peu du bourgeois gentilhomme , voilà Véron. Il n'était pas méchant, pervers, ni sans intelligence. Il était sans principes. Il était

sensuel, égoïste, doué d'un flair que je irai vu qu'à lui. -

Il sentait l'à-propos, il en usait. Il savait toujours ce qui occupait les hommes et les intéressait. Par ce côté Véron n'est point méprisable. Personne dans notre époque, et après M. de Talleyrand ou Beaumarchais vers 1750, n'a eu comme Véron le nez au vent pour découvrir le profit, et la rapide course du lévrier pour l'atteindre.

Il devina que la littérature allait devenir industrielle. Il eut le vague instinct de la bêtise démocratique, ne sachant que faire, ayant besoin d'annonces, comme un aveugle de bâton. Véron précéda dans cette voie Emile de Girardin, autre aventurier supérieur, et généreux, trempé de philosophie, de politique et d'affaires. Mais, avant Girardin, Véron avait le premier compris que la société se défaisait, se décousait, s'en allait en charpie, et que bientôt une nouvelle Révolution succéderait à 1783. Au groupe de Jouy, groupe du Directoire, puant le musc, le vice et la prétention dans le vice, succéda sous mes yeux le groupe des Débats, non moins élastique, mais plus savant, plus initié dans l'avenir, fondu et mêlé dans les événements et les intérêts de la vie sérieuse, quoique cuistre. Il ressemblait assez, mais plus pédant, à l'autre groupe directorial des Michaud, que je venais de traverser et qui aussi datait de la phase de Barras. Michaud représentait une bourgeoisie différente de celle de Jouy — une autre fraction, la partie royaliste qui n'aurait pas repoussé une constitution, pourvu que le clergé et

le roi y eussent gardé l'autorité dominante. Ainsi le pays, se fractionnant en petits bataillons d'intérêts subdivisés, marchait à la ruine de la discipline comme de la liberté; sur tous ces drapeaux secondaires flottait écrite la devise : discipline, et l'autre devise: liberté; ici, autorité; là, indépendance. Comme chaque bataillon prétendait rester seul maître et écraser tous les autres, ce champ de bataille devenait une mêlée de calomnies et d'infamies où la discipline était anéantie comme la liberté.

Les échelons de ces petits partis, les uns descendant à la pure, plate et sombre monarchie, les autres s'élevant du bleu-utopie au pourpre sanglant des fanatiques insanités d'une Humanité déesse, étaient en nombre presque infini. Ils se battaient tous, se mêlaient, se détruisaient et de temps en temps se rapprochaient. Quand un groupe faible s'associait à un autre groupe faible, cette coalition qui attirait à elle d'autres faiblesses formait avec un noyau nouveau, passagèrement solide, bientôt fort, porté par le rumb de l'opinion, puis favorisé par les événements et qui, chargé d'électricité, allait heurter le pouvoir et le détruisait. Ainsi ont eu lieu toutes les catastrophes ; des procédés presque identiques et physiques les ont produites ; on s'est ligué contre Louis XYI, contre Robespierre, contre Barras, contre Bonaparte, contre Charles X, contre Louis-Philippe, et si Louis-Napoléon n'avait pas finement et sournoisement brisé la nouvelle ligue contre lui, il était perdu. Par son dernier coup d'adresse de 1869, en prorogeant une Chambre

législative où toutes les lâchetés combinées accouraient, où elles allaient créer un tonnerre destructeur, ce nouveau maître s'est sauvegardé.

Les orages politiques que j'ai vus successivement se former et éclater m'étaient étrangers. Il n'y en a qu'un où je me sois trouvé en jeu : moi, imperceptible élément, mais apportant quelques éclairs.

Cet orage est celui qui a foudroyé Charles X.

Je n'agissais pas contrairement à ma conviction et à ma pensée. Je n'étais ni noble, ni engagé dans l'armée noble. J'avais appris en Angleterre à détester toutes les oppressions; quant aux idées Spartiates, aux fantaisies aristidiennes et à la Brutus de mon pauvre père, elles ne me souriaient aucunement. Je fus du groupe bourgeois. Dans ¥ Opinion, le Miroir et ¥ Incorruptible, je fis aux ennemis la guerre d'escarmouche la plus vive. Sans scrupule et sans avoir rien à me reprocher, j'attaquai le camp des royalistes et des dévots.

Ces troupes légères, dont je faisais partie, abîmaient cruellement les bastions que l'on élevait sans cesse pour défendre le trône vieilli et l'autel cacochyme. Mais je ne détestais que les idées mauvaises. J'étais sans fiel. Je ne détestais que les servitudes ; pour les hommes, je les aimais. Je ne personnalisais pas l'épigramme et ne brutalisais pas la satire. Aussi ne pouvais-je guère prétendre qu'à une place secondaire, à un rang tout philosophique parmi les tirailleurs. Le l'eu était dirigé et nourri par Paul- Louis Courier et Béranger, deux curieuses têtes, très-puissantes.

Cela ne m'épargnait point les visites des attaqués, Un jour que le fantôme de Grimm m'avait obsédé plus que de coutume, je vis tout à coup paraître chez moi M. de Pradt en personne, qui avait daigné monter quatre étages et qui venait me donner une leçon dans mon réduit plus que modeste. La leçon fut longue, elle fut sévère; mais cependant elle commença par une exposition pleine de modération et même de douceur. Plusieurs fois je voulus placer quelques mots dans les courts intervalles de l'homélie ; mais d'un léger signe de la main, M. de Pradt me forçait au silence ; et ce signe était encore si paternel, que je crus recevoir la bénédiction. Le texte du sermon fut rénumération des injures que M. de Pradt prétendait avoir reçues de la Quotidienne et du Journal des Débats. Il me nomma tous les coupables ; il m'assura qu'il les avait tancés d'importance, qu'il les avait fait rougir, et qu'il en avait obtenu d'étranges aveux. Jusqu'ici rien ne me concernait; mais mon tour vint enfin, et l'homélie se changea bientôt en déclamation virulente.

A la véhémence de ce discours, au déluge d'épithètes polies qu'il faisait pleuvoir sur moi pour me forcer à la politesse, je crus avoir commis une grande faute soit en supposant des intentions que l'auteur n'avait pas eues, soit en citant d'une manière inexacte, soit en faisant un reproche immérité. Quel fut mon étonnement quand l'auteur irrité m'eut fait connaître la nature de mes torts î M. de Pradt m'abandonnait son ouvrage, il me laissait la liberté d'en dire tout le mal que je voudrais, mais il

était courroucé de la familiarité de ma critique et de la grossièreté de mes expressions. A cela près, il me permettait la censure aussi amplement qu'un autre archevêque l'avait permise à Gil-Blas.

Je demandai humblement en quoi consistaient la familiarité et la grossièreté qui lui avaient tant déplu. M. de Pradt daigna s'expliquer et me dit : « Vous vous êtes mis en scène avec moi, vous m'avez reproché des absurdités, des contradictions, vous m'avez appelé Monsieur l'abbé! Pensez-vous qu'en livrant mes écrits au public j 'aie abdiqué le rang que j'occupe dans la Société? Savez-vous que je tiens à ce qu'il y a de plus grand en France ?Parleriez-vous ainsi d'un Montmorency? » Ah ! me dis-je tout bas, voilà mon baron! libéral et philosophe quand il plaide pour les rebelles d'Amérique, archevêque et ambassadeur quand on critique ses ouvrages. M. de Pradt fit une longue harangue sur le thème que je viens d'écrire, et la termina par cette phrase remarquable : « Vous m'avez traité comme un prestolet, un procureur ou un journaliste. » Je sentis vivement cette gradation descendante : mais je me disais encore tout bas : Ah! si j'avais loué l'ouvrage, je n'aurais peut-être pas été placé avant le prestolet, mais j'aurais certainement obtenu le pas sur le procureur.

Après avoir écouté plus d'une heure, il m'arriva malheureusement de répondre que j'étais encore plus libéral que M. de Pradt, que le rang et le nom d'un auteur m'étaient fort indifférents quand j'examinais son livre, et que le plus grand seigneur per-

dait ses droits à mon respect, si, dans un écrit public, il avançait des propositions, il professait des principes et il débitait des maximes contraires à l'ordre établi, à l'autorité légitime, et favorable à la rébellion. Ici M. de Pradt s'écria : Vous avez tort! Douze fois au moins il repéta ces mots, élevant la voix à chaque exclamation, de sorte que le dernier Vous avez tort était de six octaves plus haut que le premier. Il sortit enfin, en m'intimant l'ordre d'être plus circonspect à l'avenir ; mais quand il vit que je le conduisais jusque sur l'escalier, il s'écria de nouveau : « Politesse tardive ! politesse tardive ! rentrez, monsieur, » et j'obéis.

Les hommes du monde latin ne se consultent jamais eux-mêmes ; ils ne se confessent qu'aux autres, tant ils sont sociables. Ils se confessent : 1° au prêtre pour leur âme ; 2° au commissaire de police pour leurs actes; 3° au voisin et à la voisine pour leurs mœurs. La première de ces confessions sociales produit l'idolâtrie ; la deuxième, la servilité, la troisième les cancans et les manœuvres. Toutes les trois rétrécissent l'intelligence, abaissent le sens moral et faussent la vie sociale. Un commérage éternel remue et transforme la Société ; une délation constante devient le grand ressort de la politique, et le confessionnal du prêtre, couronnant cet édifice, consomme l'universelle dégradation.

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