‹ MémoiresChapitre 36 sur 44 · LE MARQUIS DE POUDRAS · texte numérisé non relu

LE MARQUIS DE POUDRAS

Le Bussy-Rabutin de notre temps, ce romancier fécond, Foudras, était d'une bonne noblesse de Bourgogne, vrai gentilhomme, grand chasseur, buveur solide, beau joueur, et qui aurait fait un colonel de cuirassiers magnifique. Il contait bien, buvait ferme, ne se battait pas mal, mais c'était un drôle. Il lui manquait d'être né aux temps féodaux, où ses vertus auraient brillé, où ses vices auraient passé pour qualités. Assez spirituel et d'assez bonne grâce pour briller dans un salon, tout à fait sans scrupules et aimant la bonne vie d'Épicure, il commença par manger son patrimoine, se-

puisa en constructions, donna de grandes fêtes, reçut la fleur du faubourg Saint-Germain et de la province, se ruina, et quand tout fut fondu, s'adressa à ses amis pour avoir de l'argent. La foule des vieux convives, bien entendu, se dispersa aussitôt. Timon-Foudras resta donc seul ; il avait une femme élégante et distinguée, de moindre noblesse et des environs de Moulins, qui lui avait pardonné ses maîtresses et passé ses extravagances. Chose plus rare et plus charmante chez une femme, elle lui pardonna sa nouvelle pauvreté. Il s'était trop mêlé, et trop de plein pied, aux intrigues, cancans, discours et médisances des salons nobles, pour ne pas se trouver au courant de toutes les anecdotes surtout féminines, murmurées, publiées ou insinuées dans ces régions pleines de commérages. Je crois qu'il était apparenté aux F.... J...., dont un fils, le marquis, avait épousé M.. .., belle nymphe, grande, superbe, une blonde aristocratique, dont la fierté de sang avait quelquefois dédaigné de cacher ses caprices, comme, en général, elle dédaignait de cacher ses beaux membres en public.

Voilà mon Foudras qui a besoin de quelques écus, les demande aux F.... J...., est éconduit, se fâche, couve sa colère et se venge, en écrivant, comme jadis Bussy-Rabutin, l'histoire galante de sa cousine. Elle était longue l'histoire. Il la conta terriblement, avec mille réticences, ornements et fleurs du faubourg. C'est un art de méchanceté qui appartient aux vieilles races. Puis, notre bandit du

vieux monde alla hardiment chez les F.... J.... et leur dit, montrant le livre imprimé : « Rachetez les trois mille exemplaires, ou je publie. » Et on racheta î

Page 1