‹ Mémoires;Chapitre 108 sur 177 · Jean de la Grange · texte numérisé non relu

Jean de la Grange

•H. Celte canonnade fit peu delTet. Les poudres avaient spufTerl du déluge de pluie tombé la nuit précédente.

i. Rodolphe de Gonzague.

5. Le marquis de Mantoue, écrit son chroniqueur p. 48), dut considérer (|ue. s'il laissait passer les Français, le duché de Milan était sérieusement menacé, que déjà, de Pontremoli à Gènes, la côte delà Méditerranée semblait perdue {■?! et que le Parmesan tout entier n'attendait qu'un prétexte pour se prononcer en faveur du roi. Il lui parut donc nécessaire d'agir: mais pour cela il lui fallait l'assentiment des provéditeurs. Ceux-ci, malgré leur répugnance à prendre la responsabilité de l'attaque, finirent par accéder au désir du marquis et lui donnèrent Tordre formel qu'il soUicitail

I i!>:ij

Liviti: vm. niAi'iTKi: xi 27.S

Chap. XI. j — Or iault enlcndre (jue le Roy avoiL mis l(UiL son elTort en son avangarde, où pouvoit avoir trois ti'iis cinquante hommes d'armes et trois mil Suysses, qui estoit l'espérance de Tost '. Et fîst le lloy mettre à pied avecques eulx trois cens archiers de sa garde, qui luy fut Jurant perte, et aulcuns arbalestriers à cheval, des deux cens qu'il avoit de sa garde. D'aultres gens de pied y avoit poy, mais ce qui y estoit y fut mis : et y estoit à pied avecques les Allemans En^^ilbert Mons' de Clevez, frère au duc de Clevez % Lornay •^, et le bailly de Dijon, chiel" des Allemans, et devant eulx l'artillerye. Icy feissent' bien besoing ceulx que on avoit laissé es terres des Florentins, et envoyez à Gennes, contre l'oppinion de tous. (>este avangarde avoit ja marché aussi avant que leur ost,

l laisoiont Lencj ; leirenl Diijj.

Piitili, au contraire {Diario. dans Muratoii. XXIA', cil. '21). affirme que (juiizague aUaqua contre la volonté des piovéditeurs, « ijui se conduisirent très sagement. Ils \oulaient laisser passer le mi cl ne point mettre l'État on péril, car, ainsi ([u'ils 1 enlendaienl fort bien, ime bataille est hasardeuse, et un Etat aussi puissant et de telle condition ijue celui de ^'enise ne se devait pas mettre en péril jiar une bataille ». On croirait, entendre ])arler Commynes! Toute semblable est l'opinion exprimée par le comte liernardin Forlebrazzi iLettre du 20 juillet, citée', dont le jugement ne pai-ait pas avoii- soud'ert des coups tei-ribles qui lui défoncèrent le crâne dans la jour née du 6 juillet. A son avis, il eut mieux valu permettre aux Trançais de continuer leur marche, car <■ ils se seraient rompus d'eux-mêmes ; mais le marquis en jugea dilVéremment » {AnnHles de Mitlipiero, dans rec. cité, J). Wl ss.).

1. ()utre les compagnons de Gyé et de Trivulce et nombre de gens des Ordonnances, celte avant-gaidecompienait les bandes allemandes d'Engelberl de Clèves cl les Suisses du bailli de Dijon, auxcjuels leurs chefs avai^-nt promis triple |)aye. A leur gauche se tenaient les arbalétriers gascons et 300 archers de la garde, que le roi avait démontés pour les faire combattre à pied. \ droite, l'artillerie suivait à même hauteur la grève du Taro.

2. Engelbert, comte d'Auxerre, puis de Nevers, d'Eu, etc., troisième fils de .(ean I, duc de Clèveset comte de la Marck,et d'Elisabeth de nourgogue, comtesse de Nevers. Il épousa, par contrat du 2.'5 févi-ier 1 18".», Chai-lolte de Hourbon-Vcndomc, et mourut le 21 novembre 1306 (Morérii. 11 était frère du duc de Clèves Jean II.

■S. Le Savoisien Louis de Menllion, seigneur de Lornay. commanda un corps d'Allemands au ser\ice d'Anne, duchesse fie lîi-elagne, et fut fait prisonnier à Chàteaubriant, le 2.3 avril 1 iss. Apiès le maiiage de la duchesse avec Charles \'III, il devint grand écuyer de la nouvelle reine et fut nommé par le roi capitaine des cent Suisses de sa garde (Hibl. nal.. l'iàies ort(/., vol. I"i8, doss. Lornay; cf. de Maulde, (lliron. de Louis XII. 1, 10.3, et Pclicier, Lettres de Chartes VIII, II, 29).

Dk Mandrot. — Mémoires de Philippe de Coniiiiy nés. — 1). 18

27 i MÉMOIRKS I)K l'IlIIJI'l'K DK COXMVNES [1495]

et cuydoit on qu'il/, deussent commencer, et pour cel;i la lit-on ainsi forte. Noz " deux aultres l^iitailles nestoient point si près ne bien pour se aider comme il/ estoient le jour devant. Et pour ce que le marcjuis sestoit ja ^ellé sur la g'reve et passé la rivière de nostre costé, et justement estoit à nostre doz quelque un^^ quart de lieue deiriere Tarriergarde, (et venoient ^' le petit pas, bien serrez, et à merveilles les faisoit beau veoir), le Rov fut contrainct de tourner le doz à son avangarde et le visai^e vers ses ennemys et s'approucher de son arriergarde et reculer de l'avangarde '.

J'estoys lors avecques nions'" le cardinal % attendant responce, et luy dis que je veoys bien qu'il n'estoit plus temps de s'i amuser, et m'en allay là où estoit le Roy (et partoys d'auprès des Suj^sses); et perdis, en allant, un<^ pa^ife, qui estoit mon cousin germain, et ung varlet de chambre et ung laqueys, qui me suyvoyent dung petit loing-; et ne les veiz point tuer. Je neuz point faict cent pas que le bruit commença de là où je venois, au moins ung peu derrière. C'estoient les Estradiotz qui estoient parmv le bagaige et au logis du Roy, où y avoit trois ou quatre maisons, et y tuèrent ou blessèrent quatre ou cinq hommes : le reste eschappa •^. Hz tuèrent bien .cent varletz

(() commencer et noz édit ; le reste est omis. — v) vcnoit ms.

\. Le mai-f[uis dut aborder la rive gauclic par un ^ué situé près el au-dessous de Fornovo (voyez la carte), et c'est ainsi que, se porlanl SIM" les derrières de rarmée fi-ançaise, il trouva en face de lui La Trémoillc a\ec l'arrière-garde, que la » bataille », tournant le dos à lavant-sarde, vint renforcer, en prenant position sur la g'auche, le long' de la rivière.

2. Sur la grève certainement, et sans doute aux abords du gué d'Oppiano, pai- conséquent à portée de l'avant-garde française.

.3. Commynes s'élançant pour rejoindre le roi, il est naturel que le tumulte causé par la subite irruption des Stradiots au milieu des bagages se soit produit derrière lui, sur sa droite. Les Grecs, au lieu de pousser leur attaque contre le flanc des troupes françaises, trouvèi'ent moins périlleux et ])lus profitable de se jeter sur les pavillons du roi, déjà dressés sur la colline qui domine la route du nord. Gilbert Pointet dit en effet que (Charles VIII avait quitté Fornovo après dîner, c'est-à-dire, suivant l'usage de l'époque, dans la matinée, pour aller se loger à un mille au delà, en face des positions de l'armée italienne, et la bataille ne commença qu'à 3 heures de l'après-midi.

[1495] Liviu: VIII. (iiAi'niii: xi 27."

(Il- sommiers, et mirent le caiiaj'e en f,^rant desordre. Comme j arrivay là où estoit le Roy. je le trouvay (jui faisoit des chevaliers, et les enneniys estoient ja fort près de hiy : et le fit Ion cesser. Kt oyz le bastard de Bourbon. Mathieu ', à qui le Roy donnoitdu crédit et à"' iin^ appelle Riiillippes du Moulin % simple gentilhomme, mais homme da bien, ((ui appelloient le Roy, disant : n Passez. Sire, passez I » et le tirent venir devant sa bataille et devant son enseig-ne : et ne veoye nul homme plus près des ennemys -^j excepté ce bastard -^ : et en ung- moument y (et n'y avoit point ung quart d'heure que j'estois arrivé), et estoient les ennemys à cent pas du Roy, ainsi mal gardé et conduyct. Et n'alloient point ainsi ses prédécesseurs à la bataille, mais estoient myeulx gardez : au fort =, il est bien gardé qui Dieu garde, et estoit bien vraye la prophecie de frère Jheronime' que Dieu le conduisoit par la main. Son arriergarde estoit à la main dextre de luv, ung peu reoullée: et la plus proche compaignée de luv. de ce

II- à e<l omis i>:tr /es- pdil. — .r nul/, lumiiiK's plus prés des oniicnivs qiiL- luv éilil. — y, Les (inutrz deniiera ihdIs sont omis par /es édit. — : du my, qui estoit aussi mal ^'ardé et conduict ({ue fust jamais prince ne jrrant seifriicui-: mais au fort êilit. — u/ ilu vénérable tVere Hieninyme (jui disoit édit.

1. Mathieu, dit le (irand bâtard de lîourbon, fils naturel de Jean II, duc de lîourbon et de Maricueritc de Bruant .\rcli. nat.. Titres de In nmison ducale de Bourbon. V. 1397 3. cote 619 . .<ei{,'neur de lîouthéon-en-Forez

20 juillet 1 18() , de Chàfeau-Hei^'uier oct. 1 î86^i et du Bois-dOinjj:t ,1495\ gouverneur et amiral île Guyenne, gouverneur de Picardie 149S. P 139' 3, cotes tJ2l. tj21. 627, 619). capitaine de 100 lances, maréchal el sénéchal de Bourbonnais J503). II était mort en septembre 150.) (P. Anselme. I. 312 .

2. Philippe du Moulin, conseiller et chambellan du roi. fils de Jean du Moulin, seipneur de Bris et de Fontenay-en-Brie. et de Mar>,nieiite de Houvroy. dite de Saint-Simon. Capitaine de IJlaye 149 5 . il axait la conduite des 30 lances du duc de Bourbon en 1493 (Bibl. nat.. Pièces orig., vol. 2070, doss. Moulin, n"' 44 ss.). Il épousa Charlotte dArpou^res, dame de Gironde, veuve de Jean, bâtard d'IIarcourt ^Arcli. nat., P 1359 ', cote 67»'. à laquelle Ciiarles d'Anjou laissa par testament 10.000 1. t. Bibl. nat.. Pièces orig.. vol. el doss. cit., n" 47;. Philippe tlu Moulin mourut entre le 4 août et le 23 nov. 1306 (Dupont, Mémoires, H, i72 .

3. Gilbert Pointet écrit aussi que le bâtard de Bourbon ne quitta pas Charles VIII pendant le combat La Pilorj^crie, oui', cité, p. 350 ss), et Jacques de Thevray, que le roi était « petitement accompagné » {même ouv., 349 s.^.

27(j MÉMOIKES DI-: IMIll.ll'l'i; DE r.OM.MV.NES [140*>]

eousté, estoit Robinet de Frammesellcs '. (jui nienoit les gens du due d Orléans, envyron ([uatre vini^ts lances, et le seiji^neur de la Trymoulle, qui avoit environ quarante lances. Les cent archiers Escossoys y estoient aussi, qui se misdrent en la presse comme hommes d'armes. Je me trouvay du costé gauche -, où estoient les gentilz hommes des vingt escuz et les aultres de la maison du Roy, et les pensionnaires. Je laisse à nommer les cappitaines, pour brielVeté; mais le conte de Foix estoit chiefde ceste arriergarde.

Comme j'ay dict, ung quart d'heure après que fuz arrivé, estant le Roy ainsi près d'eulx, les ennemys gettent les lances en l'arrest, et se myrent ung poy aux galotz ^, et en deux compaignées donnèrent. Noz deux compaignées de la main droicte et les archiers Escossoys chocquerent presque aussi tost lune comme l'autre, et le Roy comme eulx. Le eousté gauche, là où j'estoye, leur donna sur le eousté, qui fut grant avantaige, et n'est possible au monde de plus hai'diement donner que Ton donna des deux coustez. Leurs Stradiotz, qui estoient à leur queuhe, virent fouyr mulletz et coffres vers nostre avangarde, et que leurs compaignons gaignoiont. Tous allèrent ^ celle part, sans suyvre leurs hommes d'armes, qui ne se trouvèrent point aompaignez; car, sans double, si ung mil cinq cens chevaulx ligiers se fussent meslez parmy nous, avecques leurs cvmetaires au poing, qui sont terribles espées, au ^ petit nombre que nous estions, nous estions desconfictz sans remède. Dieu nous donna ceste aide, et tout aussi tost

/>) au galop édit. — Cj gaignoient tout. Hz allèrent édil. — d veu le édit .

1. Robert ou Robinet de Framezelles. seigneur de Framezelles, de Franc et du Vergy, conseiller et cliambellan de Louis, duc d"Orléans. et son bailli de Sézanne (S août 1491 . lieutenant des 100 lances sous la charge du duc. puis capitaine de 100 lances d'ordonnance en 1499. Cette annce-là, il touchait 2.000 livres de pension. U vivait encore le 4 juillet 1512 (Bibl. nat. , Pièces orig., vol. 1231, dossier Framezelles: cf. de Maulde. Chron. de Louis XII, ï, p. 59, not.).

2. Du côté de la rivière, puisque les Français avaient, à ce moment, la face tournée vers le sud.

'l49oJ LIVRi: VIII, CHAPITRE XI 277

comme les coups des lances furent passez, les Ytaliens se m\ rent tous à la fuyte, et leurs g-ens de pied se jetterent au coustau '", ou la pluspart.

A ceste propre instance qu ilz donnèrent sur nous, donna le conte de Gaiasse sur laveng'arile ; mais ilz ne joignirent point si près, car, quant vint 1 "heure de coucher les lances, ilz eurent peur et se rompirent deulx mesmes '. Quinze ou vingt en prindrent là les Almans par les brides f^ quilz tuèrent; le reste fouyt mal'' chassé, car le mareschal '' mettoit grant peyne à tenir sa compaignée ensemble, car il veoit encores grand compaignée assez près de luy : loutesfoiz quelzqu'uns en chassèrent, et partie de ces fuyans venoient le chemin où nous avions combatu. le long de la grève, les espées au poing, car les lances csloient gettées. Or vous l'ault sçavoir que ceulx qui assaillirent le Roy se myrent incontinent à la fuyte, et furent n\erveilleusement vivement chassez, car tout ala après. Les ungs prindrent le chemin du villaige dont estions parti/, les aultres prenoient le plus court en leur ost - : et chassa tout, excepté le Roy. Avecques poy de gens demoura. qui se mist en grand péril pour ne venir quant et nous. Lung des premiers hommes tué fut le seigneur Rodof de Mantoua, oncle dudit marquis, (pii devoit mander à ce messire Anthoyne dLrbin quant il seroit temps qu'il marchast ' ; et cuydoient que la chose dust durer comme font leurs faictz d'armes d'Ytallve. De cela s'est excusé

p aucosté éilH. — /' k-s Alleiiwins. |):ir le» hcndt-s èilil. — // lui mal éilil. Il «le Gié èilil .

1. (^aiazzo ()ui. |jL'rM>mu'llcnu'nt. st- comporta \ aillammeiil.v se sentit si bien battu que. dés la nuit suivante, il I éciivil au duc de Milan « non senza jfian duloi- daninio ■> Il fnllo d'urine tlel Tara, l c. .

2. Il semble <jue ceux-là i(|)asséi-enl le Tain soit à la liauteui' de Felejjrara et d'Ozzano, soit un peu plus en aval vnv. la carte). On veira plus bas que les hommes daruies français pouisui\ irent les lii\aids du coté de l'oinovf). ce qui semble indiquer que les Italiens reprirent, pour la ])lupart. le jîuc <|u'ils a\'aient passé pour venii'.

3. On a vu plus liant (pi'.Vntoine de Montefeltre avait le commandemenl dune escatire destinée à soutenir celle <lu ca|)itaine j;énéi-al.

278 MliMOlRES DE PHILIPPE DK COMMYNES [1495'

ledit messire Anthoine , mais je croy (ju'il ne vit nul/, signes pour le faille venir. Nous avions grant séquelle de varletz et de serviteurs, qui tous estoient à lenviron de ces hommes darmes ytaliens et en tuèrent la pluspart de ce ({ui en fut tué : et presque tous ' avoient des haches pour coupper boys en la main, de quoy ilz faisoient noz logis, dont ilz rompirent les visières des armez J. et leur en donnoient de grans coups sur les testes, car bien mal aisez estoient à tuer, tant estoient fort armez, et ne viz tuer nul où il n'y eust trois ou quatre hommes à l'envyron : et aussi les longues espées qne avoient noz archiers et serviteurs firent grant exploict '. Le Roy demoura ung peu au lieu où on 1 avoit assailli, disant ne Aouloir point chasser, ne aussi tirer [k l'avangarde, qui sembloit estre recullée. Il avoit ordonné sept ou huyt gentilz hommes jeunes, pour estre prés de luy -. Il estoit bien eschappé au premier choc, veu quil estoit des premiers, car ce bastard de Bourbon fut prins à moins de vingt pas de luy et en emmené en l'ost des ennemys \

I la phisparl :ceulx-ci presque loutt'V///. — j acmclz Lenrj.Dup. niéiiicm.il .

1. Bernaixlin Fortebracci raconte que. jeté à bas de son cheval, il dut à son armement paj-faitement ajusté de n'avoir pas le corps percé de coups : miis sa tète casquée fut fracturée en trois endroits.

2. .Tacques Galiot. Imbert de la Platriére. seijrneur de Bourdillon. Jean de Saint-Amadour. Antoine des Aubus et autres combattirent vig-oureusenient aux cotés de leur maître Dupont. Preuve.t de Coinmynes. III. i21' : mais la plupart d'entre eux. sans excepter notre auteur, ne résistèrent pas au plaisir de la poursuite, plaisir lucratif lorsque la <• chasse » se terminait par la capture de quelque prisonnier de marque.

.3. Le roi avait, ce jour-là, retenu Matliieu de Bourbon <• pour son frère tl'aiMiies ». Une troupe italienne de 25 hommes bien armés, ayant reconnu Charles VIII à son accoutrement, fondit sur lui. et malgré ses prouesses. allait le démonter, lorsque, du revei-s de son épée. le bâtard détourna un « bourdon bessé droit » qui menaçait son mailre. Au même moment, un « frrand Lombard » frappa d'un coup d'épée la tète du cheval du vaillant MaHiieu et avec tant de force que le mors tomba à terre. L'animal ayant mis le pied dessus, arracha dans sa chute le gantelet de son cavalier, l'entraina au plus épais des ennemis, revint sur ses pas et finit par le faire prendre au moment où. sérieusement atteint, il allait succomber sous le nombre (Récit imp. aux Preuves de Dupont. III, 411 s.\ (Gilbert Pointet J. c.) et André de la \'igne p. 351 s.) veulent que le bàtai-d ait été pris en po'ji"suivant un ^'énitienqui s'enfuyait. Benedctti, qui a imaginé un retour • ifr.-nsif des Italiens à la fin de la journée, prétend qu'à ce moment Manloue lui-même s'empara du bâtard, qu'à son costume il prit pour Charles ^"III.

Liviti: VIII, ciiAPniŒ XII 279

[Chap. XII. Or se trouve '■ le Roy, en ce lieu que je diz, en si petite compaij^née qu'il n'avoit pour toutes gens que ' un<i^ varlet de chambre appelle Antlioyne des Aubux ', petit lioinme et mal armé; et estoient les aultres un"; peu espars, comme me compta le Roy, dès le soir, devant eulx mesmes, qui en dévoient avoir jurant honte de lavoir ainsi laissé. Toutesff)iz encores luy arrivèrent ilz à heure, car une bandepetite de quelzques hommes d'armes desrompus, venans au \ou<ji; de ladite g-reve qu ilz veoient toute nette de gens, vindrent assaillir le Roy et ce varlet de chambre. Ledit seigneur avoit le meilleur cheval du monde pour luy, et se remuoit et deiFendit ; et arriva sur l'heure de "' ses aultres gens qui n estoient gueres loing de luy, et se myrent les Ytalliens à fouyr. Et lors le Roy creut conseil, tira à 1 avengarde, qui jamais nestoit bougée et au Roy vint bien à point ; mais si elle fust marchée cent pas, tout lost des ennemvs fuyoit". Les ungs disent ([uelle le ilevoit iairi' , les aultres disent que non -'.

/>• li'i)ii\;i L'ilit. — / (ju'il n'a\iiit point, de toutes j;x^"^- 'lue édil. — m) riicure qiiekiiie nombre de édit. — n) se fut mis en fuite édit.

Mais la Chroninne du mar([uis. ([ui dnit élrc- bien inrnrniéc. dit foi-incilemeiil que Matliieii l'ut fait prisonnier, comme le veut Commynes, « au premier choc ». tandis que le roi se portail au secours de son arrière-^arde. Emmené à Mantoue. le jirisonnier fut remis en liberté i)ar le marquis le 26 sept. 1 l!!.). sans l'approbation du irou\ ernement vénitien ^Lu/.io et Henier. art. cilé. p. 221 : cf. la lettre» de Piero \'ettori. citée, dans Desjardins, Xéffoeinlions. I 624 ss.. le Diurio de Priuli, dans Muratori, XXn', col. 22, et Sanudo. Diarii, I. 84 î , Un certain niMubrc de Français de l'arrière-frai'de. ((ui fut enfimcée dès l'abord, furent ég'alement pris, mais bientotabandonnés par leurs adversaires, contraints eu.\'-mèmcs de s'enfuir Sanuflo. S[)edizione. il'J .

1. .Xntoinerles Aubns, aiirès a\<)ir faitiiartie de la maison de (>liarles ^'II1, servit Louis XII en (jualité de valet de chambre jusqu'en 1512 Dupont, Mémoires. II, 176, n. .

2. La discussion durait encoi'e au temps de Brantôme, qui avait entendu le duc Henri de (iuise blâmer très ff>rt l'attitude passive du maréchal de (ivé à la journée de Fornoue, D'après lui, le maréchal aurait du tout au moins envoyer au secours du roi ses troupes léf^ères 'Ed. Lalanne, II, p. 351 s. . M. de Maulde, au contraire, fait de (îyé le véritable héros de Fornoue et affirme que par sa hardiesse et sa prudence il sauva l'armée française [Procédures j)nlil.. cit. p. 4 1i. Poin-tant. comme l'a remarqué M, Delaborde, il n'est pas doutcu.v que si, i)ro(itant du trouble jeté dans le camp ennemi pai- les fuyards du corps de (^aia/.zo, G,\é avait passé le torrent pour se porter résolument en a\ant, toule l'armée italienne aurail été mise en déroute ^KxpédHion, 64" .

280 MÉMOIUKS DE PHILIPPE DP; COMMY.NES jl4-î)*)I

Nostre bande, qui chassa, alla jus([ues hien près du bout de leur ost. tirant vers Fournove : et ne veiz onccjut's recepvoircoup à homme des nostres que à Julian Bornel " '. que je veiz cheoir mort d'unj^- coup ([ue luy donna luij^ Ytalian en passant : aussi il estoit mal armé. Et là on s'arresta. disant : « Alons au Roy ! » et à ceste voix s'arresla tout pour donner alayne aux chevaulx, qui estoicnt hiei^ laz, car il/, avoient g-rant pièce couru par mauvais chemin et pais de cailloux. Auprès de nous passa une compaig'née de fuyans de quelque trente hommes d'armes, à qui on ne demanda riens : et estions en doubte. Dès que les chevaulx eurent ung^ peu pris d'alayne i', nous mismes au chemin pour aller au Roy, que ne savions où il estoit, et allasmes le grant trot. Et n eusmes t^ueres allé que le vismes de loins:, et fîsmes descendre des varletz et amasser des lances par le champ'/, dont il y en avoit assez, par especial de bourdonnasses, qui ne valloient g^ueres et estoient creuses et ligieres, qui ne pesoient '" point une javeline, mais bien painctez ; et fusmes mj'culx fourniz de lances que le matin. Et tirasmes droit au Roy. et en chemin trouviismes ung' nombre de g'ens de pied des leurs. (|ui traversoient le champ*, et estoient de ceulx qui s'estoient cachez aux coustaulx. que avoit mené ' le marquis sur le Roy. Plusieurs furent tuez, aultres eschapperent et traversèrent la rivière ; et ne si amusa Ion point fort. Plusieurs foiz avoit esté crié per aulcuns ", en combatant : c Souvien^^ne vous de Guyneg-ate ! » C estoit pour une bataille perdue du tems

o) Bourgneuf édil. — p) reprins leur alayne édit. — q/ par le camp édil. — r ne pesans point Sauv. ; ne passoient point Dup. — s) le camp édil. — / qui avoient mené édit. — u aulcims des nostres édit.

1. ,liilien Bnurnel, écu^er. conseiller et chanihellan du roi. seiirneui' dit Chevalart en Forez, capitaine de 30 lances l'ournies ; 1491-1490), lils puiné de Guichard Bournel. seijrneur de Namps. et de .Teanne de ^^'issocq. Il avait épousé Jeanne, dame du Chevalart el du Palais-lès-Feurs en Fore/, qui. le 1'^'^ septembre 1495, donna reçu au trésorier des jïuerres de 90 1. t. dues à son défunt mari pour ses j;afrcs de capitaine pendant le second qu.iitier de l'année en cours Bibl. n a t., Pièces oricf.. vol. 472, doss. Bournel: cl". P. Anselme. VIII, 1Ô5\

;l40o] Liviii: VIII. ciiAi'iTitK XII 2S\

<lu roy hoys unziesme '' contre h; rov des Romains pour soy estre mys à piller le bai;a<i^e ' ; mais icv "' n'y eut riens ])ris ne pillé. Leurs Estradiotz prindrent des sommiers ce ((u'il/. voulureut ; mais ilz n'en emmenèrent que cinquante et cinq, tous les meilleurs et myeulx couvertz, comme eeulx du Hoy et de tous ses chambellans '. et un^^ varlet de chambre du lioy, appelle Gabriel', ([ui avoit ses relicques sur luy, (|ui lonj^; temps avoient esté aux roys. et conduist)it lesdils sommiers, pour ce (jue le lit du Roy y es toit •^. Grant nombre d'aultres eotfres y eut perdu/, et g'ectez et robez par les nostres mesmes ; mais les ennemys neurent fjue ce ([ue je diz. Fn nostre ost y avoit ^raiit secpielle de paillais et paillardes à pied. (|ui lirenl ^ le donimaiii;-e des morts. Tant dunj^ eousté que d autre (croy en dire près la vérité, et bien informé des deux coustez . nous perdisiues .lullinn Bonnet'^, le cappitaine de la porte ilu Roy "' et un:;' gentilhomme de vin nt eseu/. : des arehiers

l'j unziesme, en in Picardie ëdil. — w)icyest omis dans les précédenlex éililions. — xi ennduisoit iesd. pièces, parce que ledicl Roy y esloil édil. — y) faisoicnt éilit. — z 15nuri;neuf édil

1. < >n sp snuviotit qui'. |>cndan( ct'tle lialaillo, ii\ iro le 7 août 147!». les clicrs de larmée française, d"Ksquercles, Torcy et les autres, enlraînérenl leur cavalerie A la pnursuile de ravant-frarde fie Maxiniiiien. que. pendanl leur absence, les francs-archers, s'élant débandés jiour piller les ba^aj^es de l'eunenii. se firent ])res(iue tous tnassacrer. et (jue le champ demeui-a aux Houifîuifriiuns. '^'oyez ci-dessus, p. 34 s).

2. D'après la relation dite fillicielle (deMaulde, Procéd. polit., loc. cit.), les ennemis emmenèrent de 30 à 40 sommiers a])partenant au Roi et aux seifrnem-s de Gyé. de Piennes et de I,a Ti-émoille : mais, coumie rindiqie ("ommynes, des maraufleurs qui suivaient l'armée française en ratièrent de leur coté plus de jO d'entre les meilleiu-s : ils s'appi'oprièrent (juantilé d'arfrenteric. de dra[)s de soie et de laine et de fourriu-es pi-écienses. I.e pillajre par les « esfradeurs » j^'recs et vénitiens des bafjraf,'es et du lo^is de ("harles \'III cxpli(|ue la perle de deux de ses étendards, de son casque et de son épée de pai-afle. de son sceau, d'un jiortrail du dauphin Chark-s- Orland et de nombre flobjets de curiosité que le roi rapportait de Xa])les (;i'. iJelaborde. ICrpédltlon. fiid .

3. M"' Duponl Mémoires. II. 17s nomme ce valet de chambre (iabriel de la Rondinière. mais la lielalion dite o/Jicielle l'appelle dabi-iel de la Chambi-e.

4. Corr. Rourncl. Il signait « .Julien Rournel » Cf. p. i)rée. .

5. Oïlinct du (ial est porté sur les élals des officiers du lîoi comme ayant rempli les fonelirms de capitaine fie la poite en 1 llto llisl. de Charles \'J[1, '■>10. cit. p. Dupont. .Mémoires. II. S"'» . .\u dossier du Gai Pièces oriçf., vol. r26t)'i un personnaf;e du même nom. fie famille nftrmande, est qualifié à

2S2 .-MÉMOinKS DK IMllMl'Pli: Di: CMMMVNES [1495]

Escossoys on mourut lunil ; d'autres lidiiinies à cheval de ceste avang-arde envyron vingt; à 1 enlour des sommiers, soixanteoucjualre ving^t varletz des sommiers : eulx perdirent trois cens cincjuante hommes d'armes '. mors en la place, et jamais nul ne fut pris prisonnier, qui par adventure jaîuais n'avint en halaille. De Stradiotz en mourut poy, car ilz se mirent aupiliaige; et en tout y mourut i)ien trois mil cinq cens hommes, comme plusieurs des plus g-rans de leur cousté mont compté- (autres mont dict plusi ; mais il y mourut de g-ens ■' de bien et en veiz en ung roolle jusques à dix huyt bons personnaiges. entre lesquelz y en a\()it quatre ou cinq du nom de Gonsague'', qui est le nom du marquis: et y perdit bien soixante hommes d'armes'', gentilz hommes de ses terres : et à tout cecv ne si trouva ung seul homme à pied. Et est garant chose avoir esté tué tant de gens de coup de main, car je ne croy point que l'artillerie des deux costez tuast dix hommes^, et ne dura point le combat ung quart d'heure ; car dès ce

.'Il mais il niniiriit des iccns e(/(7. — 7j) hommes (l'ai-mes f.s/ omis par les éili leurs.

la date du 31 oct. li'J, écuyci'. liomme darmes de la ,;,'arde du duc de (iiiyenne.

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