‹ Mémoires;Chapitre 109 sur 177 · suivant la Relation d'île officielle · texte numérisé non relu

suivant la Relation d'île officielle

2. C'est le chiiïre fourni par la mèiiie Relation. Jacques de Thevrav, témoin ocidaire. annonce au duc d'Orléans, pour les Italiens seuls, une perte de 200 à 300 hommes d'armes et de 1.000 fantassins environ (La Pilorgerie. ouv. cité, p. 349 s.V Gilbert Pointet donne, du côté italien, 200 hommes d'armes, et au total 4.000 hommestués. et pour les Français 50 à 60 hommes, sans compter les blessés. Le mari[uis de Mantoue, toujours hâbleur, écrit à sa femme le lendemain delà bataille qu'il a perdu beaucnup d'hommes de marque, mais les Français incontestablement plus de monde au total Luzio et Renier, ouv. cité, p. 221 s.). Le caiclinal d'Esté ne craint pas. le 12 juillet, d'annoncer plus de 3.000 morts jjour les Français Ihid.). Sanudo accuse la mort de sO barons français, dont 1(5 capitaines renommés, et en tout celle de plus de 2.000 ennemis contre Oiio tués ou blessés italiens (Spedizione. p. 4"9 . (.)n trouve dans le \'er(fier d'honneur la liste des j;entilsliommes de cette nation qui périi-ent à Fornoue. telle qu'elle fut saisie le lendemain de la bataille sur un messager qui la poi-tait à Milan.

3. Luzio et Renier (Ouv. cité) en nomment trois : Rodolphe, l'oncle paternel du marquis, Giovanni ^laria et Guidone. L'Hist. de Charles VllI

p. 166) cite encore le fils de Giovanni Gonzagrue.

4. L'oi-age violent (jui éclata pendant le combat fut pour beaucoup dans le médiocre résultat de ce duel d'artillerie.

!li95] LIVIŒ VIII, CHAPITRE XII 283

([u ilz (Hirenl rompu/ ou jette/, leurs lances, toutfouyt^ La (.liasse dura envvron trois (juarts d'heure. Leurs batailles d Vtallie n'ont point de couslume'' destre telles; car il/ «ombatent escadre après escadri' '', et dure ([uelque foi/ tout le jour sans ce (jue l'un^' ne l'aultre i^aii^iie.

La fuyte. de leur cousté. fut ij;'rande, et fouvrent bien trois cens hommes d armes et la plusparl de leurs l']sti"adiol/. Les un ns fuyrcnt à Uejii'e ■', (jui est bien loini;- de là; les aultres à Parme, où y povoit bien avoir huyt lieues 3. Et à l'heure ([ue la bataille fut ainsi meslée, le matin, fouyt d'aveccpies nous le conte de Petillanne et le seig-neur ^ irU'ille l'rsin, mais cestui là n alla (jue en une maison d un g'entilhomme ^ : et estoient là sur la foy, mais viay est (jue on leur faisoit y-iand tort. Ledit conte alla droit aux «■nnemys (il estoit homme bien con^-neu des t^ens d'armes, <'ar tousjours avoit eu chai'<>e tant des Florentins (jue du l'oy Ferrandej, et se print à crier : « Petillano, Petillano >' , i't alla après ceulx qui fuyoient'"; car (piant il y arryva, il/ chargeoient en leur est les tantes, et y avoit grant nombre de mulletz chargés. 11 alla après les fuyans/ plus de trois lieues, criant que tout estoit leur et qu'il/ vensissent au gaing^, et en ramena la plusparl et les asseura : et quant il neust esté, tout fust fouy', et ne leur estoit point petit

c accoiislumé er/t7. — d) escrade après cscradc ins. — e) qui fuyrent èdit. — /) Passarje omis pnr les prérédenls éditeurs depuis les mots car quant..

I. l']n somme, ixmr l)i't>f (ju'ait rté l'cn^a^ioment , le cIidc- l'ut terrible, et Paul .Fovc déelare ([ue depuis deux sièelcs itu n'avait, en Italie, verse autant de sanf^dans une bataille. Mantoue eut trois clievaux tués sous lui.

'J. He^j^io, à 28 kilom. de Fai-mc au sud-est.

'■i. Vn peu plus de 20 kilomètres seulement i(>f. la note de Sau\ af;c, fol. CXI.VIII v").

1. X'irffinio Orsini, soutirant, était demeuré en arrière, à Fornovo. Mal sinxcillé, il s'échappa et aurait réussi à {raj^ner la Lf)ml)ardie(P. .love, Trad. cit.. 1, 1.30). (iuazzo {Historié, éd. 1547, p. 191) veut qu'il ait rejoint à Asti, (Charles ^'1II, qui, le \oyant •■ lutto malincolico ■), lui rendit la liberté « con gran beni^nita ■>.

.'>. .Nicolas Orsini. pendant la marche des Français, chevauchait à la suite de leur arrière-f^arde avec le capitaine florentin François Secco. Dans le désordre de la " chasse » (et non pas le matin, comme le dit Communes), il faussa compafrnic à ses gardiens, et j^agna fi tcmtc bride les lignes italiennes

28 i Mi'iMoiuKs t)K piiii.ii'pi-; di-: co.m.mvnks [1495]

réconfort que dun"^ tel homme parti d^vecques nous. Kt mist en avant le soir de nous assaillir, mais ilz ne voulurent entendre : depuis le ma compté, et si a'' le mar(|uis de Mante, disant cjue ce fut luy ([ui niist ce parti avant; mais à dire au vray, si n'eust esté ledit conte, il/ fussent tous fouvz la nuyt.

Comme tout fut assemblé auprès du Pxiy, il '' vi'oil encores hors de leur host forant nomhre d honunes d aimes en bataille, et s'en veoit les testes seullemenl et les lancers, et aussi de' g'ens de pied, et y avoient tousjours esté; nuiis il y avoit plus de chemin qu'il ne sembloit et eust fallu repasser la rivière, qui estoit creue et croissoit-/, car tout le jour avoit tonné et escleré et pieu merveilleusenient. et par especial en combatant et chassant. Le Hoy mist en conseil s il devoit marcher contre ceulx là ou non. Avecques luy avoit trois chevalliers ytaliens : runj< estoit messire Jehan Jacques de Trevolse, <|ui encores vit et se g'ouverna bien ce jour ; l'autre avoit nom messire Francisco Sico, très vaillant chevaliei', soudoyé des Florentins, homme de soixante douze ans; l'autre messire Camille Vitelli. Luy et trois frères'' ' estoient à la soulde du Uoy, et y vindrent de Civita de Castelle 'jusques vers Seresanno pour estre à ceste bataille, sans estre mandez, où il y a ungg-rant chemin : et quant il veit qu'il ne povoit attindre le Roy avecques sa compaig-née, ledit Camille y vint seul. (]es deux furent d'oppinion que l'on marchast contre ceulx que l'on veoit encores. Les Françoys à qui on en demando ne furent point de cest advis, mais disoient que on avoit assez

g) et aussi le me compta édil. — h) on pilil. — / des édil. — j) croissoit (l'Iieui'c en heure édit. — Al trois de ses frères éilit.

iSanudo, Sijedizione, -liSO:-cl'. Bem-delti. oiir. cité . Il faut tout l'aplomb du mar(|uis pour avoir, dans sa lettre du 7 juillet, osé compter Pitigliano parmi ses ])risonniers de marque ! (Luzio et Ilenier, ouv. cité, p. 221 s.).

1. Camille \'itelli, fils de Nicolas, créé duc de Gravina et marquis do Sant'Aii^elo par (Charles ^'III. Tué en l i95 au siège de Circello Dupont. Ménioires. Il, -iSl .

2. (^itla di (lastello. petite ville située dans la haute vallée du Tibre. De cet endroit à Sarzanne, il y a plus de 200 kilomètres.

' I ilJ5] LIVUI-: VIII, CIIAIMTRE XII 28.')

laict et qu'il estoit tari, et (|u'il se fnilloit loj^er. Ledit iiiessire Francisco Sico souhstint fort son oppinion, nioiistrant g-ens qui alloient et venoiont au Ioiil;- d'uiii^ grant clii'inin ([ui alloit à Parme, qui est' la plus prochaine ville (le leur retraicte. alleguoit que cestoient fuyans ou qui en revenoient. Et ad ce (jue sceusmes despuis, il disoit vray, et sa'" paroUe et contenance estoit duny" hardi et saige chevalier ; et qui eust marché, tout iuyoit (et tous les chiei'z \c m'ont confessé, et quelqu'un devant le duc de Millani, <pii eust esté la plus grande victoire qui ait esté depuis deux cens] ans° et la plus prouflitable; car, qui en eust bien sceu user et faire son [)rouiïict et sainement se conduyre et bien traicter le peuple, huit jours après le duc de Millan iieust eu, au myeulx venii* pour luy, que le chasteau de Millan, à l'envye que ses subjectz avoient à se tourner. Et tout ainsi en fust il allé des Veniciens, et neust point esté besoing de se soucier de Napples, car Vénitiens n'eussent sceu où recouvrer gens, hors Venise, lîresse et Cremonne ', qui n'est que une petite ville : tout le reste eussent perdu en Ytalie. Mais Dieu nous avoit faict ce que me dist frère Jheronime, l'honneur nous estoit demouré ; car, veu le peu de sens et d'ordre qui estoit parmy nous, tant de bien ne nous estoit point deu, car nous n'en eussions sceu user pour lors ; mais je croy que si, à ceste heure, qui est l'an M GCCC 1111"'' XVII, ung tel bien advenoit au Roy, il en sçauroit myeulx ordonner.

l'estant en ce propos, la nuyt sapprouche /' et ceste compaignée qui estoit devant nous se retira en leur champ-,

/) estoit édit. — m} clà sa édil. — n d'iinf-- est nmis par les édilcurs. — (»' (le|)uisdixanséd(<. — p) s'approche éd. h'>'2SSanv. Leiuf. : s'approclia éd. Dup.

1. BrcsciaetCi'cmone un simple ra.sieiio) étaient soumises aux ^'énitieMs.

2. D'après la Chronique de Jacques d'Atri p. ôO , désespéré par la jierte de tant de seif^neurs d'im]iortance et par la conl'usion où l'indiscipline et la rapacité d'une partie de ses f^ens avaient plonj^é son ai'mée, François de (îoiiza'îue tint vaillamment tctc à la panitjuc. Rentré dans son camp, il passa la nuit debout, selForçant de remetti-c un peu d'ordre parmi ses troupes. Il rel'usa d'ordonner la retraite sur Parme, cf)nvaincu que s'il lAcliait pied, les Français reprendraient toute leur audace et (pi'arniée et Étals, tout serait perdu en Italie.

286 MÉMOIRES DI-: piiii.ii'i'i: di-: ruMMVNKS [149o]

et nous de l'autre costé. Nous allasnies loj^er k un<^ quart «le lieue de là où avoit esté la bataille, et descendit le Hoy en une sensé ou mestairie pouvrenient ediffiée ' ; mais il si trouva nombre infini de bledz en gerbe, dont tout lost se sentit. Aucunes autres maisonnetes y avoit auprès, qui peu servirent, car chascun log-ea comme il peult, sans faire nul quartier. Je scay bien que je couchay en une vij^ne, bien empressé sur la terre, sans aultre avanlaig'e - et sans manteau, car le Uoy avoit emprunté le myen le matin, et mes sommiers estoient assez loino^, et estoit trop tart pour les chercher. Qui eut de quoy iit collation ; mais bien peu en avoient, si ce nestoit quelque loppin de pain pris au ■^aing- d un varlet. Je veiz le Roy en sa chambre, où il y avoit des gens bleciez, comme le seneschal de Lyon -^ et aultres qui faisoit habiller, et faisoit bonne chère : et se tenoit chascun à bon marchant, et n estions point tant en i^loire comme peu avant la bataille, et veyons les ennemys près de nous. Geste nuyt firent no/. Almans le guet tous, et leur donna le Roy trois cens escuz : et le firent bon, et sonnoient bien leurs tabourins.

1. M. Dclabopde est d'avis Expédition, p. 618) que Charles \'III passa cette nuit à Felesrara, à l'entrée de la petite vallée arrosée par le Dordone. C'ite opiniiin s'appuie sur un passaarc du \'er(fier d'honneur p. 39! portant que le combat eut lieu à <■ Virsrera ^FeleJ^ara). joignant le Vau-aux-Rux. à environ deux milles de Fornovo ». C'est en elTet sur la grève du torrent, au pied des collines qui bordent à l'ouest la vallée du Taro que le ciioc a di'i se produire. Benedetti II. c.) et Sanudo Spediz. . p. i~9 disent que. le soii-. les Français se retirèrent x'ers les hauteurs, en se dirigeant du côté de la via romea. On en peut conclure que le roi passa la nuit, sinon à Felegara même, du moins aux environs, dans quelque métairie située sur la hauteur cl un peu veis le nord. Le lendemain, Charles VIII alla se loger une lieue plus loin, à Medesano (voy. la carte).

2. Avanlaiçie a le sens d'aJbrt (Cf. Godefroy, Diclionn. de l'anc. langue. au mot).

3. Gilbert du Gué. seigneur des Ternes, de Putet et d'Ussel en Boin-bonnais. conseiller et chambellan du roi. bailli de Màcon, sénéchal et ca])itaine de Lyon, après Guiot d'Uzie. flès 1493. Il exerçait encore cette charge en 1310. et il mourut avant le mois de février 1512 (Invent, des arch. commun, de Li/on, I, p. 51-84 pass. . A cette époque, son fils Claude était sous la tutelle de Blain Loup, seigneur de Beauvoir, et sa fille Françoise était déjà mariée à .\ntoine de Chauvigny. fils du seigneur de Blot i.\rch. nat.. P 1359-, cote "16 . Gilbert du Gué parait avoir épousé .\lix de Murol (Hibl. nat.. Carrés de d'Hozier, n° 337, doss. du Gué, à la date sans doute erionée de 1591, pour 1491).

[1495J LivKE viii, ciiAiMiiîi: xiii 287

Chap. XIII. I L'endemain au matin, nie deliljere '/ de continuer encores nostre praticque dappoinctement, tousjours d.'sirant le passade du Roy en seureté ; mais à pavne pi-u je trouver trompeté qui voulsist aler en lost des ennemys, à cause qu'il avoit esté tué en la bataille neuf de leurs trompetez, qui n'avoient point esté couG^neuz. et eulx en avoient prins ung des nostres : et si en tt'nt)ient '" unj^- (jmjay nommé, (pie le Roy avoit envoyé avant que la batailli' commençast'. Toutesl'oiz ung' y alla et |3orta ung- saulconduyt du Uoy ; et il/, m en raporterent '' un^- [)our parlementer à my chemin des deux ost[s!, qui me sembloit nud aise à faire; mais je ne voulois riens rompre ne taire difticile. Le R r»y nomma le cardinal de Sainct Malo et le seigneur de Gyé. mareschal de France, le seitcneur de Piennes, son chambellan, et moy en leur conq^aii^née : eulx nommèrent le marquis de Mante, cappitaine ti^eneral de la Seigneurie, le conte de Gaiasse (qui plusieurs loiz a esté nommé en ces Memoyres et n"a gueres estoit des nostres, et estoit cappitaine des gens du duc de Millau), et messire Lucque Pisan el messire Marquiso Trevisan, providateurs de ladite Si-igneurie de ^'enise. Et marchions si près deulx que nous les veyons (et n'estoient que eulx quatre sur la grève), car la rivière couroit entre nous l't eulx, qui estoit bien creue despuis le jour précédant; et n'y avoit riens hors leur ost, ne aussi de nostre costé n'y avoit riens plus avant (pie nous et nostre guet, qui estoit à cest endroit'. On leur envoya ung herault sçavoir s'ilz vouldroient point passer la liviere. Comme jay dict, je trouvoye bien difficile que nous " peussions assembler, et pensoye bien que chascun y feroit des doubles; et eulx le monstrerent, qui respondirent qu'il avoit esté dict que le parlement se feroit en mv chemin

(/) délibérai êdi(. — r) tuèrent édil. — s) et m'en rapportèrent Sauv. : el m'en rapporta Leng. Dup. — l) à l'endroit édit. — u] que nous nous édil.

I. Celui qui avait porté aux provéditeurs vénitiens la lettre écrite par Robertet sous la dictée de Saint-Malo et de Comniynes i^Cf. ci-dessus p. 2"2j.

2SS .mi':m(»iri;s di; iiiii,ii>i'i; i>k co.mmv.nks [149î>'

des deux ost[zj , et eulx avoient faict j)lus de la nioictié du chemin, et (ju'ilz ne passeroient point la rivière, et qu'iflz estoient tous les chiefz de l'ost, et (juilz ne se vouloienl point tous'' mettre en péril. Les nostres firent double de leur costé, qui aussi estimoient leurs jjersonnes, et me dirent que je y allasse, sans me dire que je y avoys à faire ne à dire. Je diz (pie je ne yroys point seul, et (jue je vouloye ung tesmoinjj^ ; et vint'" avecques moy uwj; appelle lîobertet, secrétaire du Roy, et ung mj-en serviteur et ung- Hérault. Et ainsi passay la rivière ' ; et me sembloit que si je ne faisois riens, au moing^s je me acquittois"^ A-ers eulx qui estoient assemblez par mon moyen. Et comme je fuz arrivé y, leur monstray= comment ilz n'estoienl point venus jusques en'^ my chemin, comme ilz avoient dict, et que pour le moing's ilz vensissent jusques sur le bort de la rivière : et me sembloit que s'ilz estoient si près, qu'ilz ne departiroient point sans parlamenter. Hz me dirent que la rivière estoit trop lar<i^e et couroit fort, par quoy ilz ne s'entenderoient '^ point à parler ; et ne sceuz tant faire qu'ilz vousissent venir plus loing-'', et me dirent que je feisse quelque ouverture. Je n'avois nulle commission, et leur diz que seul ne leur diroye aultre chose, mais que, s'ilz vouloient riens ouvrir, que j'en feroye le rapport au Roy. Et, estant en ce propos, vint ung' de nos heraultz qui me dist que ces seigneurs dessusdits s'en alloyent, et que je ouvrisse ce que je vouldroye : ce que je ne vouluz point faire, car ilz sça-

(' tous est amix dnns les édil. — ir) et pour tant vint édit. — .x) m'acqiiitteroye édil. — y) arrivée près eulx édit. — z) remonstray e(7/7. — a à édit. — b) s'entendoient édit. — c) plus avant édit.

1. Parle gué dOppiano, sans doute. — Sanudo raconte qu'à 16 lieuros d'Italie (c'est-à-dire au milieu de la journée, vers une heure de raprcs-midi). un trompette arriva au camp italien pour demander de la part du roi une (rcve de quatre heures. Il annonça en outre l'approche des personnajics français nommés dans les « Mémoires ». Le marquis de Mantone, le comte de Caiazzo et les pi-ovéditeurs se i^ortèrent à leur rencontre; mais lorsqu'ils furent arri\'és à quelque distance de la rivière, ils n'aperçurent sur l'autre rive que le seiftneur d'Argcnton accompagné de quelques Français ; les lrt»is autres ambassadeui-s annoncés n'y étaient pas iSpedizione, p. 487).

[t49o! LlVRi: VIII, CHAPITRE XIII 281)

voient du vouloir du Rov plus que mov, tant pour en estre plus prochains que pour avoir parlé à lui en l'oreille en nostre partement ; mais de son affaire présent je en sçavois iuilant que eulx pour lors.

Le marquis de Manto me commença fort à parler de la bataille et me demanda si le Roy leust faict tuer, s'il eust esté pris : je luy diz que non, mais faict '' bonne chère, et que le Roy '' avoit cause de Taymer, car il luy faisoit acquérir grant honneur en l'assaillant. Lors il me recommenda les prisonniers, et par especial son oncle le seigneur Rodof/^ (et lecuidoit vif; mais je sçavoys bien le contraire). Je l'asseuray que tous les prisonniers seroient bien traictez, et luy recommenday le bastard de Bourbon, qu'il tenoit. Les prisonniers estoient bien Jiisez à penser, car il n'en y avoit point, qui n'advint par adventure jamais en bataille, comme Tay dict : et y avoit perdu ledit marquis plusieurs de ses parens, et jusques à sept ou huyt, et en toute sa compaignée bien six vingts hommes d'armes. Et après ces divises prins congé d'eulx, disant que avant la nuyt je retournerois, et lismes trêves jusques à la nuyt '.

d mais eust faict édil. — e] car le Roy édit. — /' de Rodol' dans le ms.

1. Suivant sa constante habitude, ayant à parler de lui-même, notre auteur est sobre de détails. Mais j;:râce à Sanudo [Spedizione, p. 487]. nous sa\niis qu'aiirés les salutations d'usage, ladroil Klauiand bma " ad summiiin » la bra\'oure des Italiens qui, la veille, s'étaient si hardiment mesurés avec les premiers barons et chevaliers du monde, constamment vainqueurs de leurs ennemis. Puis il ajouta (ju'assuré de la bonne foi des ^'énilieus, qu'il connaissait si bien, il s'était rendu auprès deux sans crainte, sur une sim|)le assurance verbale, alors (|ue les autres envoyés du roi avaient refusé de s'aventurer sans un sauf-conduit en l'orme. Ce saufconduit, M. d'Ar{rent<m le réclama, en s'engafjeant à ramener avec lui ses compagnons dès le lendemain malin, afin de conclure queicjue arrangement pour le bien des deux parties. Il déploia le grand nombre des morts qui gisaient encore sur le sol, mêlés au.x cadavi-es des chevaux, et il demanda aux provéditeurs s'ils avaient fait des ])risonniers. A (juoi il fallut bien répondre qu'on ne connaissait encore qu'im seul captif de marque, le bâtard de Jîourbon. Devons-nons ci-oireà l'exactitude d'un détail fourni par la (Chronique du tnarquis fp. 51). à savoir que, dès son arrivée, Commyncs prit à part Franvois de Gonzague et lui demanda une tiève, en promettant <|ue son maître ferait de lui le premier homme d'Italie, s'il le laissait regagner en paix son royaume, ouverture f)ui aui'ait valu à notre auteur cette réponse de Mantoue qu'il ne lui ai)i)artenait i)as d'accoi'der une tré^•e cl qu'il ne pouvait, cpiant à lui. que faire jusqu au bout son devoir de soldai :

De .Mandbot. — Mémoires de Philippe de Commynes. — II, 19

290 MÉMOIRES Di; IMIlLIl'I'fc; DE COMMYNKS [1495]

Arrivé que fuz là où estolt le Hoy, et ledit secrétaire avecques moy, ilz me demandèrent des nouvelles ; et se mist le Roy en conseil, en une pouvre chambre, et ne se conclusitff riens, que chascun regardoit son conniaignon. Le Roy parloit en l'oreille au cardinal; et puis me disf (jue je retournasse veoir qu'ilz vouldroient dire (or rem|)rise de parler venoit de moy, par quoy estoit vraysembable f|u"ilz vouloient que commentasse à parler), et puis me dist le cardinal que je ne conclusisse riens. Je n'avois ^arde de riens conclure, car on ne me disoit riens. Je ne vouloye riens repplicquer ne rompre mon allée, car j'esperoie bien ne gaster riens, et pour le moines veoir quelque chose des contenances de noz ennemys, qui sans doubte estoient plus espouventez que nous et par adventure eussent peu ouvrir quelques parolles qui eusjsenjt porté seureté aux deux parties, et me mys à chemin. Mais ja approuchoit la miyt cjuant je arrivay sur le bort de ladite rivière ; et là me vint une de leurs trompetes qui me dist que ces quatre dont jay parlé me mandoient que ne vensisse point pour ce soii-, veu qu'il estoit tard et que leur g-uect'' estoit assis d"Kstradiotz qui ne congnoissoient personne, et qu'il y pourroit avoir dang^er pour moy ; mais vouloit demourer ladite trompette la nuyt, pour me guyder le matin. Je le renvoyay, disant que le matin, envyron huyt heures, seroie sur le bort de la dite rivière, et que là il m'atendist, ou, s'il V avoit quelque mutation, que je leur renvoyroie ungherault ; car je ne vouloys point qu'il cong-neust ceste nuyt riens de nostre cas et si ne scavois quelle conclusion le Roy prendroit, car je veoie des conseilz en l'oreille qui me t'aisoient doubter. Et retournay dire ces choses audit seigneur.

Chascun souppa de ce qu'il avoit et se coucha sur la terre. Tost après mynuit me trouvay en la chambre dudit seigneur : ses chambellans estoient là, en estât de monter à cheval, et me dirent que le Roy deliberoit de tirer en

g) et ne conclud édit. — h) ce soir, à cause que leur guect édit.

[I495j r.ivKi: viii, CHUMiur-: xm 291

diligence jusques en Ast. ou es terres ' de l;i niai-cjuisc de Montferrat. Et me parlèrent de demourer derrière pour tenir le parlement : dont me excusa v, disant C[ue ne me vouloye point faire tuer à mon essient, et (|ue ne seroye point des derniers à cheval. Toust le Hoy J sesveilla, ouyt la messe, monta à cheval une heure devant jour, l'ne trompette sonna faicfcz bon 'juct ; mais aultre chose ne fut sonné à se deslof^i'er, et croy que aussi n'en estoit il nul besoin^-. Toutesfoiz c estoit donner eifroy à l'armée, au moins aux f?ens de congnoissance ' ; et puis nous tournions le dox aux ennemys et prenions le chemin de sauveté, cpii est chose bien espouvenlable pour ung ost ; et y a voit bien mauvaise saillie au partir du log-is ", comme chemins creux et boys. Et si nous torsimes ''', car il n'y avoit point tle g'uyde, et ois comme on demanda la j^uyde à ceulx (^ui conduisoient les enseignes et à celluy (pii faisoit l'office de grant escuyer : mais chascun respondit : '< Je n'en ay point '. " Notez (pi il ne failloit ' point de guyde, car Dieu

/) cl aux teii(^s édil. — /' ïanlost lo \\*\\ êilil. — A' Ft si nous en tur- (lismes èil. Sniiv. Lençj. et Dap.: teurclismeset/. /■'>:?.*. — / falloil é(/i7.

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