LIVRE VI, CIIAI'ITKE V 'V
revenir", et en passant à Millan ', receu le duc de Millan qui est à présent, appelle Jehan Galliasse, à riionimaige de la duchié de Gennes, au moins madame sa mère, (|ui me feit riiDnimaine pour luy, au nom du Roy -. Et de là vins devers le Roy nostre maistre, qui me feit bonne chère et bon recueil, m'entremit de ses aiîaires plus qu'il n'avoit faict jamais, moy couchant avecques luy, combien que ne fusse di^ne et qu'il en avoit assés d'aullres plus ydoynes; mais il estoit si sainte que on ne pouvoit faillir avecques luy, mais que l'on obeist seullement ad ce qu'il commendoit, sans y rien adjouster du sien 'K
[Chap. V.] Je trouvay ung peu "" le Roy nostre maistre envieilly, et commençoyt à soy dispouser à malladie : toutesfoiz il n'y parut pas si tost, et conduysoit toutes les
u) Et puis mandé... men rclournay éd. Ch. ; et puis le Roy me manda., m'en rclourner éd. 15:24 el Duj). .Vou.s adoptons la leçon du ms. D. — r unj; peu es? omis dans Bel dans l'éd. Ch.
mes ambassadeurs., a donné bonne espei-ance et confort non pas seullement aux Fleurentins, mes bons amys, mais aussi à tous leurs aliez et bienveiilans De Cliaitres, 10 août 1478, dans Vaesen, Lettres. ^'II, 139>.
1. Commynes aiTi\a à Asti le 2.s août pour y recevoir la nouvelle de la mort de la duchesse de Savoie. Rolande. Le 30, il est à ^'erceil ; le 3 septembre, à Milan Kervyn. ouv. cit., I, 191 s.).
2. Dès tpie Louis XI eut ajipiis. ])ai' un avis de Commynes lui-même, le désir c.\pi-imé pnv la duchesse de Milan de se réconcilier avec lui, il s'était empressé d'expédier à son ambassadein- de pleins pouvoirs pour conclure, de concert avec Laurent de Méflicis, un traité de confédératif)n avec la duchesse, tutrice de son lils Jean-(jalèas 13 juillet 1178. La [)rincipale condition de celle alliance dex'ait être la confirmation, en faveur du Jeune duc, de l'investiture du liefde Gènes et de Sa\'one. et un pouvoii- convu dans ce sens fut envoyé le même jour au seigneur d'Arfienton. Le traité fut sipné à Florence, le IH août suivant Kervyn. our. cit., l. 185 ss.). Le 7 sejjlendîre, les souverains milanais i-alifiaient l'alliance et prêtaient entre les mains de l'envoyé du loi de Fiance leur hommage poui' (iènes et Savonc {Ihid., p. 197: cf.'\'aesen, Lettres, VII, 152 s.V
nais. .lean Louis lîossio. des compliments de condoléance au jeune duc Sa\oie, Philibert, i\ l'occasion de la mort de sa mère. U partit vers le 21 septeudjre liossio à la duchesse de Milan, 18 sept., dans Ker\yn, ouv. cit., I. 202 ss. . arriva à Lyon vei-s le I " octobre, et quitta cette ville vers le (i LionetLo de Ilossi à .\ntoine de Médicis, et Commynes à la duchesse de Milan, dans le même ouvrage, I, 214 ss.;. Le 12 octoljre, d'Argenton est au l'ont-de-SauliIre, près de Uomorantin, et quelques jours plus tard, à Toui's, où il retrouva son maître.
De Mandkot. — Mémoires (le Pkilipiie de Commynes. — U
34 MÉMOIRES DE PHILIPPE DE COMMY.XES |"1479]
choses par grant sens. Et encores luy duroit la guerre en Picardie, laquelle il avoit très fort à cueur, et si avoient ses adversaires dudict pays, s'ilz eussent eu le pouvoir "', et tant que ■'■ le duc dAutriche, de présent roy des Romains, aiant pour ceste année là les Flaniens à son commendement, vint assieg-er Therouenne ' : et mons'' des Cordes, lieutenant pour le Roy en Picardie, amassa toute larmée que le Roy avoit audit pays et toutes les frontières, et huyt mille francs archiers et lala secourir. Dès ce que le duc d" Autriche le sentit approucher, leva son siège et luy ala au devant ; et se rencontrèrent en ung lieu appelle Guyg-neg-aste - avec ledit duc y. Ledit duc avoit grand nombre de peuple dudit pays de Flandres, jusques à vingt mille hommes ou plus, et aussi quelque peu d"Almans. et quelzques trois cens Angloys que nienoit messire Thomas Auriguen •', ung chevalier d'Angleterre qui avoit servy ledit Charles, duc de Bourgongne. Les gens de cheval du Roy, qui estoient en plus grand nombre beaucop que les aultres, rompirent les gens de cheval du duc, les chassèrent jusques à Aire, et Phillippes Mons"" de Ravastin, qui les menoit ^. Ledit duc se joignit auprès de ses gens de
u) silz eussent eu le gouvernement A D. édit. — x) et tant que est omis par les édit. — y' les trois derniers mots sont omis par les édit. Avec led. duc avoit trrand nombre D.
1. Commynes commet une erreur d'une année et place en J4 7S des événements qui prirent place en 1479. Maximilien quitta Saint-Omer le 25 juillet 1470 et arriva devant Thérouanne le 29 Chron. Scand., II. 90 n.'i. La ville assiéjrée était défendue par Guichard dAlbon. seig-neur de Saint- André, lieutenant du duc de Bourbon, par Jean de Malleret et par Jean du Belloy.
2. Guine;rate ou Enguinesratte. Pas-de-("alais, arr. de Saint-Omer. La bataille l'ut livrée le samedi 7 août 1479. On trouvera dans la Chron. Scand. (II, 90-92) un récit du combat. La version bourguignonne est dans Molinet (II, 200-218), qui désigne cette rencontre st)us le nom de combat de la Vicfvillc.
3. Un Thomas Aurigan rendit Harfleur à Charles VII. le l".janvier 1450 n. st. de Beaucourt. Hist. de Charles VII, V. 26 . Celui dont il s'agit ici, créé chevalier avant la bataille de Guinegate, fut blessé plus tard au siège de Dordrecht (Molinet. II. 209. 284\
4. Les Français se jetèrent, par un mouvement tournant, sur les ailes des gens d'armes bourguignons, qu'ils séparèrent des Picards et qu'ils poussèrent le fer au dos jusqu'à Aire Molinet, II, 210).
pied. Le Rdv avoit en ceste armée bien quinze cens hommes d armes d ordonnance- ' : tous ne chassèrent pas, mais mons"" des Cordes, qui estoit chief. mens'" de Torcy avecques luy ; et combien que ce feust faict vaillamment, s'il nappartient point au chief de chasser. De l'avant garde et arrière «jarde aulcuns se retirèrent, soubz umbre '' de aller garder leurs places ; aultres fouyrent en bon essient. Les gens de pied dudit duc ne fouyrent point, si en furent ilz en quelque branle ; mais ilz avoient avecques eulx bien deux cens gentilz hommes de bonne estoffe, à pied, qui les conduisoient"^ : et estoient de ce nombre mons"" de Raumond, tilz de la maison de Savoye. le conte de Nansault '■'', et plusieurs aultres qui encores vivent. La vertu de ceulx là feit tenir bon à ce peuple; qui fust merveilleux, veu qu ilz veirent ^ fouyr leurs gens de cheval. Les francs archiers qui estoient pour le Roy se misdrent à piller le charroy dudit duc et de ceulx qui le suyvoient, comme vivandiers et aultres. Sur eulx saillirent quelques gens de pied dudit duc et en tuèrent quelque nombre '*. De la part dudit duc y eut plus de perte que de la nostre. et des gens mors et prins ^ ; mais le champ luy demoura, et croy bien que s'il
S' cinq cens A, E V S, XI ou XII cens Û, sur gratlaye. — a soubz coulleur AB, édit. — h veoient .4, édit.
1. 1.100 hommes d'armes au moins et 14.000 francs-archers. Du côté de Maximilien 825 lances, 20.000 Flamands à pied et 500 Anglais, en tout 27.400 combattants Molinet. II. 20i .
2. n Et avoient iceul.x {rrans personnages, et la plupart de leurs serviteurs et séquelles, chacun le bras dextre nud, pour demonslrer que peu ou néant ne doubtoient leurs ennemis. » Molinet, II, 206 ; cf. Interpol, de la Chron. Scand.. II. .392 .
3. Engelbert. comte de Nassau, fils de Jean, comte de Nassau-Dillembourg et de Marie de Loon et Ileynsberjr, chevalier de la Toison d'or, premier chambellan de Maximilien, inarié à Limboui-g de Baden, mort en 1504 (Dupont, II. 20'; n. .
4. Ils en firent une horrible boucherie, d'après Molinet. II, 211.
5. Le chiffre des morts, tel qu il est estimé par .Tcaii de Royeà 14 ou 15.000 en tout, dont 11 à 12.000 pour Maximilien, est extrêmement exagéré. Charles Visconti. écrivant le l" septembre à la duchesse de Milan, réduit les pertes bourguignonnes à « plus de 6.000 morts et 600 prisonniers à rançon, pour le moins •>. celles des Français à 2.000 francs-archers et une soixantaine d'hommes d'armes (Kervyn, ouv. cité. I,.290 . Basin. rapportant un on-dit. parle de 8 à 10.000 francs-archers demeurés sur le champ de bataille
36 MÉMOIRES DK Pllll.ll'l'i: DE COMMYNES [1479]
eust eu conseil de retourner devant Therouenne, cju il n'eust trouvé arme dedans, et autant à Arras. Il ne lousa entreprendre, qui fut à son dommaige ; mais en tel cas on n'est pas tousjours adverti du plus neccessaire ; et aussi il avoit des crainctes de son cousté. Je ne parle de ce propos que par ouvr dire, car je n'y estois pas : mais pour continuer ma matière m'en a fallu dire quelque chose.
Je estoie avecques le Roy, quant les nouvelles luy en vindrent. Et en fut très doulent, car il n'avoit point acoustumé de perdre, mais estoit si heureux, en tous ses faictz que il sembloit que toutes choses allassent a son plaisir. . Mais aussi son sens y aidoit bien à luy faire A-enir cest heur, car il ne mectoit rien en hazard et ne vouloit pour rien les batailles '', et ceste cy n'estoit point de son commendement. Il faisoit ses armées si g-rousses que il trouvoit peu de g-ens pour les combatre, et bien garny d'artillerie et myeulx que jamais roy de France. Et ainsi essaioit de soudainement prendre les places, et par especial celles qu'il sentoit mal fournies ; et quant il les avoit, il y mettoit tant de gens et d'artillerie que c'estoit chose impossible de les prandre sur luv : et s'il avoit dedans quelque cappitayne ou aultre qui eust povoir de la bailler pour argent, qui voulust praticquer avecques luy, il pouvoit estre seur qu'il avoit trouvé marchant ; et ne 1 eust on sceu espouventer a avoir demandé grant somme, et liberallement laccordoit ce que l'on luy demandoit, ou la pluspart''.
Il eust etfroy de prime face de ceste bataille, cuidant que l'on ne luy en dist point la vérité et qu'elle fust de tous points perdue', car il scavoit bien que si elle eust esté
c) pour riens chercher les balailles éd. Dup. Ch. — d) Les neuf derniers mots sont omis ,'iillears.
[Fragtnents incd., cités, p. 18). Ce serait plus de la moitié de l'efTectif total de cette milice pour le royaume entier! En fait, la bataille de Guinejrate fut la première et la dernière occasion où les francs-archers se présentèrent en bataille ranjice.
1. Le dépit de Louis XI fut intense, et il ne se },'-èna pas pour l'exprimer. L'interpolalour de la Chron. Scand. a rapporté quelques-unes des boutades qui lui échappèrent en celte occasion Chron. Scand., IL 393 .
perdue, ({u'il ovoit perdu tout ce qu'il avoit conquis sur ceste maison de Bourgonii^ne et en ces marches là. et le demeurant en grant esard ''. Toutesfoiz, quant il sceut la vérité, il eut pacience, et délibéra d'i donner ordre en façon que l'on n'entreprendroit pas telles choses sans son sceu, et fut très content de mons'" des Cordes '.
Dès à ceste heure là delil^era de traicter paix avecques ce duc d'Autriche, mais qu'il la peust faire de tout point à son adventai);-e, et que, en la faisant, il bridast si bien ledit duc par le moyen de ses subjectz propres, qui congnoissoit enclins ad ce qu'il chercheoit, ([u il n'eust jamais povoir de luy mal faire.
Aussi 1^ desiroit de tout son cueur de pouvoir mettre une grant police en ce royaulme, principallement sur la Ionjoueur des procès et, en ce passaii;e, bien Ijrider ceste court de Parlement : non point dyminuer leur nombre ne leur auclorité, mais il avoit contre cueur plusieurs choses dont ilz usoient'/. Aussi desiroit fort que en ce royaulme l'on usast dune coustume et d'ung poys et d'une mesure, et que toutes ces coustumes fussent mises en françoys en un^^ beau livre, pour éviter la cautelle et la pillerye des advocatz, qui est si grande en ce royaulme que en aultre elle n est semblable, et les nobles dicelluy le doyvent bien congnoistre. Et si Dieu luy eust donné la grâce de vivre encores cinq ou six ans. sans estre trop pressé de malladie, il eust faict beaucop de bien à son dict royaulme. Aussi les avoit il fort pressés et plus que ne feit jamais roy ; mais par auctorité et remonstrances ne luy ont peu [ne] sceu '' faire sollag-ier.
e hasard .1. édil. Duj) , Ch. ; liezard //, éd. Ii-2'i. — /" Ainsi dmis le ms. — a] Le z du mot il el le mol usoient lotil entier sont écrits sur (frattiuie dans le ms. Plusieurs clioses dont il les essay(jil éd. Iô'2't: dont il les hayoil éd. Sauv. Dup.Ch.; dont il la havFsoit D. — /i ne luy ont point sceu .1. éilil. Dup. Ch. ; on ne luy a sceu éd. l-^'J'i.
1. r)'Es(|uerdes fut pourtant la cause preniièn' de l'insuccès de Guincgatc, en ahantlonnant rarnice (pi'il coiurnanilail |)oui- se lanc-er à la poursuite de la cavalerie ennemie, alors que le cond:)at n'était pas teiininé. De plus, il ne pouN ait ifinorer ipi en en{,'agcant une bataille, il allait directement contre la volonté de son maître.
et failloit qu'il vint de luy. comme lors eust faict si Dieu Teust voulu proserver de maladie; : et pour ce, faict bon bien faire tandis que on a le loisir et Dieu donne santé '.
Lappoinctement que le Roy desiroit faire avec ledit duc d'Autriche et sa femme et leur pays, cestoit par la main des Gantovs traicter le mariag-e de monseifj:neur le daulphin, son filz, à présent Roy, avec la fille desdits duc et duchesse, et que par ce moyen luy laissassent les conté de Bourg-ongne, Auxerrois^, Maconnoys, Charroloys, et il leur rendroit Artoys, retenant la cité d'Arras en Testât qu il l'avoit mise, car la ville ce n'estoit plus rien, veu la closture de la cité ; car avant que le Roy print Arras, la ville clouoit contre la cité et y avoit ^rans foussez et grans murailles entre deulx. Ainsi la cité estoit bien close, laquelle estoit tenue du Roy par levesque : mais les seigneurs de ceste maison de Bourg-on^^ne ont tousjours. au moints puys cents ans en ça, faict evesque qui leur a pieu, et aussi cappitaine de la cité. Le Roy feit lopposite, pour augmenter son auctorité, et feit abaptre lesdites murailles et les faire au rebours; car la cité cloust contre la ville, et grans foussez entre les deux. Et par ainsi il ne donnoit rien, car la ville aujourd'uy fault qu'elle obéisse à la cité.
De la duchié de Bourg^ons-ne et conté de Boulonç-ne, les villes assises sur la rivière de Somme, des chastellenies de Peronne, Roye et Mondidier, il ne faisoit nulle mention. Et se menoient ces marchés, et y prestoient ! ceulx' de Gand l'oreille, et estoient fort rudes audit duc et à la duchesse sa femme. Et aucunes aultres des g-rans villes de Flandres et Brebant estoient assez enclins à leur voulenté, et par especial Brucelles, qui estoit grant merveilles ''', veu que les ducz Phillippe et Charles de Bourgongne y avoient tousjours demouré, et à présent si la tenoient encores lesdits duc et duchesse d'Autriche ; mais les aisez et plaisirs qu'ilz avoient euz soulz les seigneurs dessusdits leur
i\ donne santé et entendement aux hommes éd. ihiU el Sauv. — j) les contez de Bnuloijrne, Auxei-rois A B D. — A) qui estoit tant riche que merveilles éd. Iô'24, Sauv. Leng.