LIVRE VI, cnAi'iTiu-; VI
avoi[en]t faict mescongnoistre Dieu et leurs sei<^neurs, et cherchoient quelque malle fortune, qui despuvs leur est advenue, comme avez veu.
[Chap. VI. Duront ce temps, qui est l'an M.CGGG LXXIX, au moys de mars, estoient trêves entre les dessusdits •, et vouloit le Roy paix, et par especial en ce quartier dont je parlé, mais que ce feust de tous points à son adventaig'e, comme jay dict. .la commençoyt à vieillir et devenir malade; et estant aux For^'es près Chinon' -', à son disner, vint comme en une percution et pertlit la parolle. Il fut levé de la table et tenu près du feu, et les fenestres closez; et combien qu'il s'en voulsist approuclier, l'on l'en garda (aulcuns cuydoient bien faire). Et fut l'an M CCCG IIII'^'', au moys de mars, que ceste malladie luy print '^. Il perdit
/) Noire ms., comme A et les premières èdilions, porte persécution ; perclusion D.
1. La trcvo. tondue pour une année, avait pris fin le 11 juillet 1479, et les hostilités, si^^nalées à leur début par la bataille de Guinej;ate, continuèrent Jusqu'à ce que l'hiver eut réduit momentanément à l'inaction Français et Hour^uignons. Ils ne conclurent aucune suspension d'armes avant le 21 août 1580. A cette époque, les plénipotentiaires des deux parties sifrnérent une trêve de sept mois, jusqu'au 15 mars 1 481 n. sL.
2. Le petit ciiàteau des Forfi;es. dans la paroisse de Saint-Henoît-du-Lac- Moi-l Iiulre-et-Loire' était bâti sur le versant d'un coteau, au i>ied dutiuel serpente l'étroit et profond vallon qui sépare en cet endroit la basse-l'orèt de la haute-forcL de Chinon. Ce manoir appartenait au seij^neur du lieu, Jean \'enault. fourrier des lo^^is du roi. (^est un ilimanche, api-ès la messe, à Saint-Henoit-duLac-Mort. pendant le dîner, que le roi fut frappé d'une conj^estion cérébrale. On i)utle l'apporter aux Forj^'-es. Il avait auprès de lui à ce moment Louis d'Amboise, évoque d'Albi, et Charles, son frère, les sei{;neurs de Gié, du Lude et d'Espinay. (G. de Coujiny, Chinon et ses environs. Tours, 1898, in-8, p. 32" ss.). Louis XI parait avoir séjourné aux Forfîes du 6 au 10 mars 1 i79 n. st. Ilin. ms.\.
3. Coumi.ynes a certainement commis en cet endroit mie confusion de datés, car il y a contradiction manifeste entre les premi(!rs mots du paragraphe « Durant ce temps, qui est l'an 1479 ;I480 n. st.) au mois de mars » et la phrase >< Et fut l'an 14S0 1481 n. st.) au mois de mars cfue ceste malladie lu;/ jirinl ••. Mal ser\i par sa mémoire (et on a vu cpiau point de vue des dateselle était souvent inlidèiei, (>onimynes a du confondre la première atta((ue <iui frapi)a Louis XI aux environs des Forces, entre le (i et le 15 mars 14"9 n. st. itin. ms.) avec une rechute qui est mentionnée pai- la (Chronique scandaleuse à la date du mois de mars 1 181, rechute (jui mit le roi en danjrer de mort «en sonhosteldu Flessis du Parc lez Tours « 11,106). L'erreur de Counnynes, qui peut après tout prosenir de l'addition postérieure du dernier mendire de la phrase, a causé celle de la plu])art des historiens qui s'accordent poui- dater du moi-; de mars 1 IM, aux For^^es, la première attaque du roi. (Ùarantc, Ilist. des ducs de liour(jo(jne, I.s2ii. XII,
40 MÉMOIRES DK l'IIlLIPPE DK COMMYNES [1480J
de tous points la jiiirollo et toute congnoissance et memoyre. Sur Iheure y arriva(stes) vous, nions'', nions'' de Vienne, qui pour loi's estoiez son medicin', et sur Iheure luy fut baillé ung- elistere, et ouvrir les fenestres et bailler lair. Et incontinent quelque chose de parolle luy revint et du sens, et monta à cheval et retourna aux Forces ; car ce mal luy print en une petite parroisse à ung- quart de lieue de là, où il estoit allé ouyr la messe ■^'.
Ledit seigneur fut bien pensé, et faisoit des signes de ce qu il vouloit dire. Entre les aultres choses demanda lofïicial de Tours pour se confesser, et feist signe que l'on me mandast, car j'estoye allé à Argenton •', qui est à quelques dix lieues de là. Quant je arryvay, je le trouvay à table ; avecques luy maistre Adam Fumée ^ , et qui autresfoiz avoit esté medicin du roy Charles"', à ceste heure dont je parle, maistre des requestes, et ung aultre medicin appelle maistre Claude '. Il entendoit peu de ce qu'on luy disoit.
;)i I du roy Charles, son père B, éJil.
189; Le^^eay, hist. de Louis A'/, II, 419: Michelet, Louis XL et Charles le Téméraire, p. 476). Il est probable que l'attaque de 1179 fut tenue secrète, car elle parait avoir été ignorée des ambassadeurs italiens qui résidaient alors à Tours. Pourtant Basin s'est fait l'écho des rumeurs fâcheuses qui coururent à cette époque sur l'état de la santé du roi, malgré tout le soin que ce prince mettait à éloigner les indiscrets (III, 49). Les lettres du Milanais Cagnola représentent à ce moment même Louis XI refusant toute audience et faisant semer déchausse-trappes les chemins qui aboutissaient aux retraites qu'il s'était choisies Kervyn, ouv. cit., I, 2r>5 ; cf. 238 .