‹ Mémoires;Chapitre 38 sur 177 · N'alaciiie · texte numérisé non relu

N'alaciiie

94 iMl'^MOlHKS [tl': l'HII.II'l'K \)E CO.MMV.NIiS f^^^^j

de f»Tan(ls aniaslz de hcaulx meuhlcs cl I)a^ues et vaisselles pour parer sa maison. Toutes choses despeehoit de soy ou par son eoniniendenient. Il se lit fort craindre, car il devint oruel, et pu\s fut en ij^riefves nialadies incurables, dont, en assez jeune aau^e, comme de cin(juante trois ans ou envyron, il est mort, ayent eu toute sa vie labeur et travail, [jlus ' que de plaisir '.

Le Turc, que devant ay nommé, a esté sa'v^e et vaillant prince, plus usant de sens et de cautelle que de vaillance et hardiesse. Vray est que son père le laissa bien g-rand, et fut vaillant prince et print Andronopoly ', C|ui veult dii-e Icitéj d'Andrian. Geluy dont je parle print Constantinoble '^ en Taacfe de ving-t trois ans, qui veult dire '" cité de Constantin (je Tav veu painct de cest aag-e, et sembloit bien qu'il feust homme de g'randesperit). Ce fut une grand honte de tous les chrestiens de la laisser perdre. Il la print d'assault; et fut tué à la bresche l'empereur de l'Orient^, que nous appelions de Constantinoble, et maint aultre homme de bien, mainte femme forcée de g'rande et noble maison : nulle cruaulté n'y demoura à y estre faicte. Ce fut son premier exploict. Il a continué à faire ces grans choses, et tant que ouys une foiz dire à ung ambassadeur venicien, devant le duc Charles de Bourgongne, cju'il avoit conquis deux empires, quatre rovaulmes et deux cens cités : il vouloit dire Tempiie " de

0 et trop plus éd. Dnp., Ch. — ?îi) qui vauU à dire é(/(7. — n) Tempire omis du. li et édil.

1. Il s'af^it ici de la mort de Malhias, survenue à Vienne le 4 avril 1490 (el non 1491). Il avait alors environ cinquante et un ans.

2. Andrinople fut ainsi nommée (Adrianopolis) par lempereur Adrien, qui releva cette ville de Thrace, presque ruinée par un tremblement de terre. C'est en 1360 que le sultan Mourad I", IrisHÏeiil dusultan Maliometll, «"empara d'Andrinople.

3. 29 mai li53. Le pillage et le meurtre durèrent trois jours. Cf. H. Vast, Le sièqe et lu prise de Constantinople par les Turcs, ds. Revue histor., t. Xlil (1880), p. 1 ss.

4. Constantin XII Paléolo^ue Dragasès, fils de l'empereur Manuel II et d'Irène, fille de Constantin Draf;asès, né en 1403. empereur en novembre 1448, tomba glorieusement, les armes à la main, en défendant Constantinople, le 29 mai 1453 (Mas-Latrie, Trésor de Cliroiiol., col. I"ô8j.

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Constantinoble et celluy de Trapesonde', les royaulmes, la Bossenne-", la Servie, la Hermenye; je ne scaA' s'il prenoit la Morée pour ung'. Il a conquis mainte belle isle de mer en c-est archipel où est ladite Morée (les Veniciens y tiennent encores deux places -'), aussi l'isle de Ne<;-repont et de Methclin ^, et aussi conquist presque toute l'Albanye et l'Esclavonnie. VA si ses c()n{(uestes ont esté <i;-randes sur les chrestiens, aussi ont elles esté sur ceulx de sa loy jir()[>re, et y a destruict maint g'rant sei|;neur, comme le Cainiain ^ et aultres.

La phispart de ses œuvres, les conduysoit de luy et de son sens : si iaisoit nostre Roy et aussi le roy de Hongrie, et ont estez les trois plus grans hommes qui ayent reg-né despuis cent ans; mais Ihonnesteté et forme de vivre de nostre l{oy et les bons termes qu'il tenoit aux gens privez et estranges a esté toute aultre et mcilheure que des deux aultres : aussi il estoit roy très chrestien. (juantaux plaisirs du monde, ce Turc en a prins à cueur saoul et y a usé grant partie de son temps /' ; et eust encores faict beaucop plus de maulx qu il n'a, s il ne se iust tant occuppé. En nul vice de la chair il ne detl'ailloit, gourmant '' oultre mesui-e : aussi les maladies luy sont venues tost, et selon la vie, car il

o'j les r(i\auinfs tic la Bosnie èdil. — /; de son sens A. — cj) ne l'ailloit, granl gourmand B, édit. : il estoil gourmant l).

1. Lempire de Trcbizonde en Asie Mineure, fondé en 120! par Alexis Comniène, lugiLifde (^onslanlinople. comprenait la (^appadoee. la Pa[)hlagonic. le Pont et quelques autres provinces. Il l'ut détruit par Mahomet II en I 11)0.

2. (Conquise sur Etienne Thomas, roi de Bosnie ' 1 1 11-1 161). Cet te dernière année, Maiiomet II contjuit la Ser\ie.

3. Modon et Coron, au sud du Péloponése, qui ne tombèrent aux mains des Tiu'cs <|u"au mois d'août 1500.

1. I,a prise de .N'égrepont auj. Euhée par les Turcs, le 12 juillet 1170, cunsiimma la'^sei'vissement de la (îi'èce et l'ausa un grand ell'nii à la chrétienté tout entière. La caj^itale de 1 ile l'ut perdue par l'impéritie de l'amiral vénitien, Nicolas Canal, après une résistance acharnée des habitants, que Mahomet II fil tous massacrer 'Cf. L;i perilila di yieijroponle dans Archivio venclo, \X.\I1 (iSSfi , Ifi" s.: .\rchivio storico lom'bardo, XI 1884), 79; et Pierret. Ilisl. des relui, de lu France ,'ivec Venise, I, 551). Mitylène était tombée aux mains des Turcs ilès 1 162.

5. Kn 1 173. Mahomet 11 détrôna Pir-Ahmed (ou lîmir-Ahnied", le prince de Caramanie ou (îrand Karaman ^Mas-Latrie, oiiv. cité, coi. 1803).

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luv print une onlleure de jaml>es, comme j";iy ouv dire à ceulx (jui lOnt veu ; el luy xenoit au commencement de l'eslé (ju'elles ^rt>ssissoient comme unji;' liomme par le corps, el n'y avoil nulle ouverture, et puys cela s'en alloit: ne jamais cirurj^^ien n'y sceut entendre que c estoit, maisbien disoit l'on que sa i^rant iiormandie y aidoit bien et pouvoit eslre quel({ue punition de Dieu. Et ce qu'il se laissoit si peu veoir et se tenoit tant clouz en son serrial estoit afin qu on ne le congneust si delîaict, et c{ue à celle occasion ses ennemys ne l'eussent en mespris. Il est mort de l'aag'e de ciiujuanle et deux ans ou environ, assés soudainement. Toutesloiz il feit testament, et l'ay veu; et feit conscience d ung- mipost que nouvellement il a voit mys sus,, si ledit testament est vray. Or regardés que doit faire prince chrestien qui n'a auctorité fondée en raison de riensimposer sans leur congié ''.

Or voiez vous la mort de tant de grans hommes en si peu de temps, qui tant ont travaillé pour s'acroistre et pour avoir gloire, et tant en ont souffert de passions et de peyneset abregié leur vie, et par adventure leurs âmes en pourront souffrir. En cecy ne parle point dudit Turc, car je tiens ce point pour vuidé et qu'il est logié avecques ses prédécesseurs. De nostre Roy j'ay espérance, comme j'ay dict,. que Nostre Seigneur aj-t eu miséricorde de luy, et aura il des aultres, s'il luy plaist. Mais à parler naturellement^ comme homme qui n a grant sens naturel ne acquis, maisquelque peu d'esperiance, ne l'eust il point myeulx vallu et à tous aultres princes et hommes de moyen estât, qui ont vescu soubs ces grans et vivront soubz ceulx qui régnent, eslire le moyen chemyn en ces choses, c'est assavoir moins se soucier et moins se travailler, et entreprendre moins de choses; plus craindre à offencer Dieu et à persécuter le peuple et leurs voisins par tant de voyes cruelles que assez ay declairées par cy devant, et prendre plus* des aises et plaisirs honnestes? Leurs vies en seroient

r) sans le conf;ic de son peuple édi(. Ces mois sont omis dans D. — s) plusest omis dans B D el édil.

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plus long'iu's, les maladies en viendroieiil plus tart et leur mort en seroit plus re^retée, et de plus de g"ens, et moins <lesirée . et auroient moints de doubles à la mort'. Pourroit 1 t)n veoir de plus beaux exemples pour con- <^-noistre que c'est peu de chose que de l'homme, et que ceste vie est bien misérable et ]>riet"ve, et cpie ce n'est rien des ^rans et des petitz dès ce qu'ilz sont morts, que tout homme en a le corps en liorreur el en vitupère, et ([u'il fault que lame, sur l'heure qu'elle se sépare d'eulx. aille recepvoir son jugement : et j.i la sentence est donnée selon les œuvres et mérites du corps ".

[Livre VII, chap. I. Pour continuer les Mémoires encommancés, vous vueil dire'" comme advint que le Uoy ('harles VHP, de présent l'e^nant, entreprint son voyage trVtalie, auquel je fuz. et ])artit de la ville de Vienne, qui est en Dauphiné, le XXIP\jour d'aoust, l'an M CGCC IIIP^ XIII '^'', et fut retourné en son pays envyron le m.ovs d'octobre MGCGCIIII^^ XV-, où il y eut-^' mainte disputation scavoir s'il yroit ou non. car l'emprise sembloit à tous ^ens saijifes et expérimente/ très déraisonnable -^ et nv eut

t et auroient moins à doublci" de la mort D ; et auroient moyen de ne <l<)iil>ler la moi'l éd. l-i^i-i. C'est nrec ces mots que se termine, en son état ■iictuel. le nis. li. — u sir A DM. éd. Dap. et Ch. Les premiers éditeurs, S:iuv. el Lemj. terminent ainsi: Fit à la vérité, en l'instant que lame est î*epai-ée du corps, ja la sentence; est donnée de Dieu selon les (ouvres et mérites du corps, laquelle sentence s'appelle le .Iuj;enient jjarticulier. — Dj par moy Phili[>pe de Commynes encommencez des laitz et prestes durant le l'e^ne du feu roy I.oys unziesme. ((ue Dieu absolve, maintenant vous ■\eid.\ dire édil. — tr Lisez M(X^(L('.I llI^^Xn*. Suuvitfie n. le premier, reciifié celle erreur commune auc dirers mss. et uu.t plus anciennes éditions des Mémoires (cf. Dupont. Il, i^OU n. t\. — x] Avant l'entrei^rinse duquel vovape il eut .S'.iui-.; il v eut Lençj. En l'entrcprinse duquel vovai^^e il v eut Duj,.

1. C'est le 22 août M94 que (Charles VIII quitta Vienne (Isère/ pour GrenoV)le. Son séjour à Vienne a\ait été de trois Semaines environ (E. Petit, Séjours de Charles VIH. Paris, lS9(j, in-S).

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