En 1497 cf. ci-dessus, p
I I4y2j LIVRK VII, CIIAPITHK II 113
seigneur Robert estoit de la maison de Sainct Severin ^, sailli d'une fille bastarde ; mais ilz ne font point grant dilVerance en Italie d'ung î' bastard à ung légitime. Et diz cecv pour ce quilz aidèrent à conduyre nostre emprise d'Ytalie, tant en faveur du prince de Salerne, dont j'ay parlé, (jui est chief de ladite maison de Sainct Severin, que pour aultres causes que je diray après.
Ledit seigneur Ludovic commença tost à monstrer de fort vouloir garder son auctorité ; et fit faire monnoye où ledit duc estoit empraint d'ung costé et luy de l'autre-, qui faisoit murmurer beaucop de gens. Ledit duc fut marié avecques la fille du duc de Calabre 3, qui despuys fut roy Alplionce après la mort de son père le roy Ferrand, roy de Napples. Ladite fille estoit couraigeuse femme et eust' voulentiers donné crédit à son mary, si elle eust peu ; mais il n'estoit gueres saige et redisoit ce qu'elle luy disoit. Aussi fut long temps en auctorité '' le cappitaine de ceste Hocque de Milan, qui jamais n'en sailloit (et si commença à engendrer des suspessons) ; et quant l'ung filz sailloit, l'autre demouroit dedans. Pour abrevier '' ce propos, envyron ung an ou deux avant que allissions en Ytalie, ledit seigneur Ludovic, venant de dehors avecques ledit duc, pour faire son dommaige ^ l'amena pour descendre à ladite Roque, comme ilz avoientde coustume. Le cappitayne venoit sur le pont levyz, et ses gens à l'entour de luy,
y) dunfi: enfant édit. — =) fort couraigeuse et eust édit. — a) en grant auctorité édil. — b) abréger édit. — c) pour faire faire hommage Dupont, II. 'i07. n. I . Cet éditeur ne peut admettre dommaige, dont le sens est pourtant suffisamment écLiirci pur ce (fui suit.
1. M"* Dupont, (II, 306 n.) observe qu'au lieu de Sainl-Séverin il faudrait peut-être lire Sforcc en cet endroit, parce que Lisa, femme de Lionetto de San-Scv(!rino, seigneur de Caiazzo, père de Robert, était la fille naturelle de Mutio Attendulo Sforza et de Lucie Terzana. (Cf. ImhofT, Genealogiœ, loc. cit. .
2. Un ducat d'or aux deux têtes est décrit dans le Trésor de numismatique et de (ilifpti(iue. Paris, 1836, in-fol. Choix de monnaies, pi. xxxiv, M" 10. (Note de .M"" Duixmt, Mémoires, II, 306.)
3. Isabelle, fille d'Alphonse d'Aragon, duc de Calabre, et d'IIippolyte Sforza. Son mariage avec Jean-Galcas eut lieu le 2 février 14S9. Elle mourut le Il février 1524 (Moréri).
Ue .Mawiirot. — Mémoirex de Philippe de Commynes. — II. 8
ili MÉMOIRES DK PHILIl'I'H DE COMMYNES [1492J
pour haistT la main audit duc, comme est leur coustume. Geste foiz estoit ledit duc ung petit hors du pont, et fut contrainct ledict cappitaine de passer ung- pas par adventure, ou deux, tant que ces deux enll'ans de Sainct Severin le saisirent, et aultres qui estoient à l'entour d'eulx. Ceulx de dedans levèrent le pont, et ledit Ludovic fit alumer ung bout de houg-ie, jurant qu'il luy '' feroit trancher la teste, s'ilz ne rendoient la place avant la chandelle bruslée, ce qu ilz firent. Et pourveut bien ladite place et seurement pour luy, parlant tousjours au nom du duc, et fît ung procès à ce bon homme, disant qu'il avoit voulu bailler la place à l'Empereur', et fit arrester aulcuns Almans, disant qu'ilz traictoient ce marché ; et puys le ^ laissa aller. Et fit decappiter ung- sien secrétaire, le charg'eant d avoir fluide cest œuvre, et ung^ aultre qu'i disoit qu'il en avoit faict les messaif^es. Ledit cappitaA^ne long- temps tint prisonnier; à la fin le laissa aller, disant que madame Bonne avoit une foiz ofaingné ung frère dudit cappitaine pour le tuer entrant en ladicte Rocque et que ledit cappitaine l'en avoit g-ardé : par quoy, à ceste heure, luy sauvoit la vie. Toutesfoiz je croiz que s'il eust esté coulpable d'un^^ tel cas que d'avoir voulu bailler le chasteau de Milan à l'Empereur (lequel y pourroit prétendre droit comme empereur et aussi comme duc d'Autriche, car ceste maison y querelle quelque chose), il ne luy eust point pardonné, et aussi ce eust esté ung grant mouvement en Ytalie, car tout Testât de Mylan se fust tourné en ung jour, pour ce que du temps des empereurs ilz ne payoient que demy ducat pour feu, et maintenant sont fort cruellement traictez, églises, nobles et peuples, en vraye tirannye.
[Chap. III.] Se sentant le seig^neur Ludovic saisi de ce chasteau, et la force et g-ens d'armes de ceste maison soubz
d) leur ed(7. — e) les édil.
l. Le fluchtî de Milan relexait de l'Empire
I i!l2] L1VKI-: VII. cilAPiihi: m H8
su luiiin. pensa de tirer oultre : car (|ui a Milan à son coninuMidoinent, a toute la seio^neurie, car les principaulx de toute ladite seigneurie y demeurent, et ceulx qui ont la fi^arde et p^ouvernement des aultres places en sont. Et de ce ({ue contient ceste duchié, ne veiz jamais plus belle pièce de terre, ne de plus ^rant valeur, car, (juant le seigneur se contenteroit de \^M ducatz Tan, les subjectz ne seroient (jue trop riches, et vivroit le sei^ii^neur en bonne seureté ; mais il en lieve VT L M, ou W,]' M, qui est grant tirannie : aussi le peuple ne demande que mutation de seicrneur.
Se voyant, comme dit estj /, ce sei<j^neur Ludovic si près de achever son désir, et qui estoit marié avecques la fille du duc de Ferrare. dont avoit enfTans''^ ', mettoit peyne de <);-aigner amys. tant en ladite duchié que hors d'Italie. Et premièrement se alya des \ eniciens, à la préservation de leurs estatz -, desquelz il estoit g-rant amy, ou préjudice de son beau père, à qui les \'eniciens avoient osté poy paravant ung- petit pais appelle le Poulesan '^, qui est tout environné deaue et est habondant à merveilles en tous biens ; et le tiennent les Vénitiens jusques à demye lieue de Ferrarre, et y a deux bonnes petites villes que j'ay veues, c'est assavoir Roïgue '' et Labadie^; et se perdit, estant Veniciens seul[sj en guerre contre le roy Ferrand, roy de Napples lors (qui y avoit Alphonce, duc de Calabre, son iilz, avecques toute sa puissance), ledit seigneur Ludovic pour Milan, les gens des Florentins, du Pape et Bou-
f Ce voyant ce que dit est éd. IHiS; se voyant, ce que dit est éd. l)up. — g plusieurs enllans édit. — h) Roygne éd. lô2S ; Uovif>uc éd. Dup.
1. Ludovic a\ait é])nusé. le 18 janvier 1401, Béaliix d Kslc. fille d'Hercule, duc de Feri-are, qui mourut le 2 janvier 1197. Il en eut deux fils : Maximilien, né en 1491. duc de Milan 11512-1515 , mort à Paris en juin 1530, et franvois, qui gouverna aussi l'état de Milan, et qui mourut le 14 octobre 15.35.