‹ Mémoires;Chapitre 58 sur 177 · CJ. ci-dessus p. 139. n · texte numérisé non relu

CJ. ci-dessus p. 139. n

2. La lipue entre Florence, Naples et Milan avait été renouvelée le 8 juillet 1470 avec l'approbation de Louis XI Louis XI au duc de Milan. Ani^-^ers. 7 août (1470) (Vaescn, IV. 133; cf. Perret, Relations, cit., I. ai!». e( Huser. Beziehungen, 156. 445 . Cette approbation fut invoquée dans la réponse que le gouvernement floi-entin opposa, le 6 mai 1494. aux ambassadeurs que Charles VIII avait expédiés à Florence afin de tenter un suprême effort pour obtenir de Pierre de Médicis une déclaration catégori(iue en faveur de la France {Desjardins, Négociations. I, 411 ss.*.

3. Cette légation florentine avait ]iour chefs Gui d'Antonio Vcspucci et Pierre Capponi. Leur instruction, datée du 30 mars 1494, est imp. ds. Desjardins, our. cité. I, 369-373. Elle ne différait guère des précédentes et l'objet de la mission était bien de « dissimuler ». Très informé par Ludovic le More des c( i>rali(iues » du gouvernement llorentin avec le. nouveau roi de Naples. Alphonse. Charles ^■III fut sur le point de refuser l'entrée du royaume à ces ambassadeurs et ne les reçut que sur les instances du duc de Bourbon. Ils ne tardèrent pas à informer Médicis de l'état d'esprit du roi de France et lui conseillèrent d'accorder le passage et les vivres qu'on lui demandait; mais, pour toute réponse. Pierre fit arrêter ses cousins ,Iean et Lorenzino de Médicis. chefs du parti français à Florence (Delaborde. Exjtéditinn, p. 354. Après un séjour inutile de deux mois à Lyon, Vespucci et Capponi furent invités à quitter le royaume en même temps que tous les agents de la maison de Médicis. Ceux des autres banques fiorentines purent demeurer à Lyon, tant le roi désirait faire entendre qu'il ne con-

[I49ij LivKK VII, ciiAi'iTKt; vu 1 i3

tousjours quelcun einiemv cludil de Medicis, et par especial ceste foiz ledit Pierre Capon *, qui soubz main advertissoit ce que on devoit faire pour tourner la cité de Florence contre ledit Pierre, et faisoit sa charg-e plus ai^re qu'elle nestoit, et aussi conseilloit que on bannist tous Florentins du royaulme : et ainsi fut faict^'. Et diz cecy pour myeulx vous faire entendre ce qui advint après; carie Roy denioura en grant ennemytié contre ledit Pierre, et lesdits seneschal et «-eneral, et avecques j^-rant '' intellig-ence avecques ses ennemys en ladite cité, et par especial avecques ces Capons et deux cousins germains dudit Pierre, et de son nom propre ''.

Chap. VII. .l'ay dit ce (jui advint à Uapalo par mer. Don Federic se retira à Pise et Livorne, et despuis ne

(• et i^cneral avoit-nl j;i-ant.. édil.

ifondait pas les sentiments des Fldrentins avec ceux de leur gouvernement ihid., [). 336\ \'espucci cl Capponi quittèrent Lyon vers le 22 juin (Desjardins, Ni'(fociiilion.s, I, p. 407 ss.).

1. Pierre Capponi. diplomate, homme de guerre, prieur, consul de la monnaie (l-isO-llSS , jronfaloni-er de Florence ; I î92\ né le IS août 1117, tué devant le château de Solliana le 25 septembre 1496, était le lils de Gino Capponi et de Lena, fille de Raimond Mannelli. Il épousa Niccolosa (niicciardini { Vila di Piero Capponi, écrite au 16"^ s. par V'incenzio Acciauoli et p. p. (ïius. Aia/./.i. dans .Irc/i. slor. ilHliiino. t. I^^ ïxy.i. p. 2; cf. .\ntice bin<jr. tlans Desjardins. Xé(inri;ili(>ns. I. 307. i

2. Xi Desjardins, ni M. Delahorde n'ont admis la justice de racciisatit)n portée par Commynes contre Capponi; Le premier a publié .\é(focinlions, I, 303 s.) deux lettres de cet envoyé à Pierre de Médicis, datées de Lyon le 9 mai 1491, dans lesquelles il lui rapporte (jue Briçonnel lui a fait ollViisecrètement de rarj;cnt poiu- ren\ersei- le j^ouvernenu-nt tics Médicis et pour lui substituer une autorité plus favorable aux desseins du roi de France. Il ajoute qu'il a feint d'entrer dans les vues de l'éxcque de Saint- Malo. afin de le faire parler. Peul-èlr? cst-co là en ellet ce qui a induit Commynes en erreur sur les véritables sentiments de (Capponi, à moins (pic ce dernier, se sentant surveillé, n'ait juj;é prudent de détoiu-ncr par une franchise simulée les soupçons de son niaiti-e. Il est certain (pie Pierre Capponi fut des premiers, (piel((ues mois plus tard, à se tourner cimtre Medicis et à porter contre lui une sentence de i)erpétuel exil, (juichainlin l'accuse d'ailleurs de n'a\(>ir i)as été très consistant dans sa conduite politicpie (cf. P. Villari. GiroLimo SnvonarnUi. Florence, 1S69, I, p. 215).

3. Le () mai 1491, (Charles \'III (it part à Ludovic le More de l'indignation que lui causait l'arrestation de " Laureiicin et .lohanin <> de .Médicis. ■• Hz sont mes olliciers et serviteurs, écrivail-il : je serois très desplaisant cpie pour avoir pris mon service ilz eussent mal et dommaif;e. •> Kl il ne parlait de rien moins que de « vcnjrer ledit oulli-aijie <> (Lettre ov'n;. aux Arch. de Milan, coimiiuni(i. par M. Pélicier).

144 MEMoiuKs D1-; l'iili.ii'i'i; UE (:<>.\im\.m;s [t49i'

recueillit les g'ens de pied qu'il avoit mis en terre. Et se ennuyèrent fort les Florentins de luy, comme plus enclins et de tout temps à la maison de France (jue à celle d'Arragon. Et l'armée qui estoit en Rommaij^ne, combien qu'elle fust la plus foible, toutesioiz leur casprosperoit, et commencèrent poy à poy à reculer'' don Ferrand, duc de ('alahre. Et le Roy se mist en oppinion de passer oultre, solicité du seigneur Ludovic et des aultres que ay nommés. Et luy dist le seig-neur Ludovic à son arrivée : >< Sire, ne craignes point ceste emprise. En Ytalie a trois puissances que nous tenons grandes, dont vous avez Lune, qui est Milan. L'autre ne bouge, qui sont Veniciens; ainsi n'avez à faire que à celle de Napples, et plusieurs de voz prédécesseurs nous ont batiiz, quant nous estions tous ensemble. Quant vous me vouldrez croire, je vous aideray à faire plus g'rant que ne fut jamais Charlemaig-ne ; et chasserons ce Turc hors de ceste empire de Go.istantinoble aiséement, quant vous aurez ce royaulme de Naples ». Et disoit vray du Turc qui reg'ne, mais que toutes choses eussent esté bien .disposées de nostre cousté. x\insi se mist le Roy à ordonner son affaire, selon le vouloir et conduicte dudit seigneur Ludovic : dont aulcuns des nostres eurent envie, (et fut quelque chambelan et quelque aultre, sans propos, car on ne se pouvoit passer de luy ; et estoit pour complaire à nions'" d'Orléans, qui prétend " droit à ladite duchié ' f), et sur tout ce gênerai, car ja se estimoit g-rant, et y avoit quelque envye entre le seneschal et luy : et dist ledit Ludovic au Roy, pour le faire -'' demourer, qui mouvoit ledit g-eneral à parler contre luy. Et disoit '' qu'il tromperoit la com-

d) c'eal-k-dire k repousser ; peu à peu à rcciieillii- éd. Dup. — e) qui prctendoil édil. — /') duchié de Millau éd. Dup. — (j) Et dict. led. Ludovic quelque mot au Roy et à luy pour le l'aire éd. Dup. — h) i. e. le général Briçonnet disait que Ludovic, etc. La fin de la phrase précédente doit s'entendre : ce qui mouvait le général à parlercontre lui, Ludovic, pour faire demeurer le roi en France.

1. Comme petit-fils de Louis, duc d'Orléans, frère de Charles VI, mari de Valentine lîUe de Jean-Galéas Visconti, duc de Milan, née en 1370, morte en 1408.

paignée; toutesfoiz il estoit myeulx séant qu'il s'en fust leu, mais jamais n'avoit eu crédit ' en choses d'estat et ne s"i conf^noissoit, et si estoit homme le«,àer en parolles, mais bien affectionné à son maistre*.

Toutesfoiz il fut conclud d'envoier plusieurs hommes en ambassade, et moy entre les aultres à Venise -. Je demouray à partir aulcuns jours, pour ce que le Roy fut malade de la verolleJ, et en péril de mort pour ce que la fièvre se mesla parmy ; mais elle ne dura que six ou sept jours 3. Et me mis à chemin : aultres ailleurs ^ ; et laissay le Roy en Ast, et croioie fermement qu'il ne passas! point oultre. Je allay

I ne vint en crédit éd. Dup. ; n'ouvrit en crédit éd. I^'j-JS. — j) de la petite verolle édit.

1. Cette intrigue, qui se noua jiendant la maladie que Charles VIII fit à Asti, est racontée par Delaborde Expédition, p. îOS ss.\ Sur le conseil du Bolonais Jean Iîentiv(i<;lio, Pierre de Médicis fit secrètement des ouvertures à Louis, duc d'Orléans, afin que. profilant des difiicullés où se trouvait son royal cousin, il fit en sorte de le hrouillei" avec le duc de lîari. ce qui. selon toute ap|)arence, met Irait fin à l'entreprise de Naples. Briçonnet. qui détestait Ludovic et voulait ménafi-er le pape, dont il attendait ce chapeau qu'il désirait si fort, était de connivence. A la prise de possession du royaume de Naples se substituait la reconnaissance de la suzeraineté du roi de France et le paiement d'un tribut annuel par Ali)lionsc d'Arajrfm. Cette solution, on le verra, n'était ])as pour dé]>!aire à Conmiynes. Le duc d'Orléans devait y ^'ajrner une j)artie du Milanais. Le chambellan dont parle notre auteur était Miolans. notoii-i-mcnt favorable aux Arafionais. et " l'autre », PJiilip|>e de Savoie, comte de Bresse. M. Delaborde conclut des efTorts pour la i)ai.v qui furent tentés à ce moment par Commynes, cpi'il prit sa part de celte intrigue, mais les termes dont il se sert feraient croire que, s'il tendait au même but. renvoyer le roi en France, il suivit une voie diirérente. Charles A'III, encouraf^-é par de \'esc à poursuivre son entrel)rise, refusa l'otTre plus ou moins sincère de .300 000 ducats de tribut annuel, que Laurent Spinelli, l'ancien ag;ent des Médicis à Lyon, lui fit au nom du roi Alphonse.

2. Il avait été fortement question d'envoyer le seigneur d'Argenton à Florence. Briçonnet préféra l'éloigner et, a[)rès c)uel(|ues hésitations, l'expédia à Venise Kervyn. Lettres et .\é(jori;ilinn.>;. II. p. l^i).

3. Charles ^'III "tomlia malade le 1.3 sept. 119i. Le 1". sa maladie fut reconnue pour être ime alTecliim éruptive. On retrouve partout le nu>t de vérole, c'est-à-dire vai-iole. mais le peu de durée de rindis])osition le roi se leva dès le 21 seiUembre indi(pie, et Paul .Io\e le dit. t|ue ce fut tout au plus une variolo'i'de " telle (|u'elle advient aux ])etis enfans pi i'I'rnd. cit., I, 33J. Le roi fut soigné jiar Théodore (îuai-nerio, de Pavie, son médecin, et par celui du duc de Milan, Ambrogio Bosate.

4. Commynes partit vers le 2.') sc|)tend)re pour \'enise ; le cardinal de la Rovère. le 26. pour Gènes, où il remplaça, à la tète de la Hotte, le duc d'Orléans, malade de la fièvre et |)ressé de se rapprocher de Milan. Montpensier avait quitté. Asti deux ou trois jours plus tôt pour la Koniagne. Db Màndrot. — Mémoires de Pliilippe de Commyues. — II. 10

en six jours à Venise, avecques mulctz et train, car le chemin estoit le plus beau du monde. Et craignois bien ù parler''", doubtant que le Roy ne relournast ; mais Nostre Seig'neur en avoit aultrement dispousé. Et tira droit à Pavye, et passa par Casai, vers ceste marquise ', qui estoit bonne pour nous et bonne dame, grant ennemye du seigneur Ludovic ; et luy la haioit bien aussi. Arrivé que fut le Roy à Pavye '^, commença ja quelque poy de souspeçon, car on vouloit quil log-east en la ville et non point au chasteau, et il y vouloit loger et y logea : et fut enforcé le guet ceste nuyt, comme me disrent' de ceulx qui estoient près dudit seigneur, dont se esbahit ledit seigneur Ludovic, et en parla au Roy, demandant s'il se souspeçonnoit de luy '^. La façon y estoit telle des deuxcoustés que l'amytié "' ne pouvoit gueres durer; mais, de nostre cousté, parlions plus que eulx, non point le Roy, mais ceulx qui estoient prouchains " de luy ^. En ce chasteau de Pavye estoit le duc de Milan dont a esté parlé devant, appelé Jehan Galiace, et sa femme, fille du roy Alphonce, bien piteuse, car son mary estoit là malade et tenu en ce chasteau, comme en garde.

k] à partir édit. — l) nuyt. gens me le dirent., ckmt éd. Diip.: gens me dirent... qu"il y avoit danger dunt Sauv. — m) L'éditeur de IÔ-2S, Snuv. etDup. impriment nuiciée ; le second en suggérant qu'aniilié pourrait être préférable. — n prouchains parens édit.

1. Charles VIII quitta Asti le 6 octobre, et maigre Ludovic, se rendit le lendemain à Casai, chez la marquise de Montl'eirat, qui lavait invité. Il passa auprès d'elle trois jours à festoyer, et sur la demande qu'elle lui en fit, prit officiellement le marquisat sous sa protection. André de la Mgne ne tarit pas sur les splendeurs de la réception qui fut olVerte. à Casai, au loi de France {\'ergier d'honneur, dans Ciniber et Danjou, Arch. cur. de l'hist. de France, t. 1).

2. Le 11 octobre, Charles arriva à Borgo-Ticino, et ilfit le même, jour son entrée à Pa^•ie \Magenta, / Visconti e gli Sforza net castello di Pavia. Milan, 1876, in-fol., p. 530).

3. Les mêmes précautions avaient été prises la veille, sur l'oi-dre du roi, au château de Vigevano. somptueuse résidence des ducs de Milan, où Charles \'lll était Thôte du More. Cette mesure de méfiance mit le comble aux aiipréhensions du duc de Bari i^Sanudo. Spcdizione. p. <)"J .

4. Les amis du duc d'Orléans « che aspira a quello Stato », de Philippe de Bresse « chc travagliei-ehbe uno mundo col suo cervello », et du prince d'Orange i^Phil. ^'alori à Pierre de Médicis, de Terracine, 7 octobre, dans Desjardins, A'égocialions, I, 460).

et son lilz, qui encores vit pour le présent ', et une (îUe ou deux -^ ; et avoit lentlant lors quelque cinq ans. Nul ne veoioit " ledit duc, mais bien l'enfant. Je y passay trois jours avant le Roy, mais il n'y eut remède de le veoir, et disoit l'on qu'il estoit malade f\ Toutesfoiz le Roy parla à luy, car il estoit son cousin germain 3 ; et m'a compté ledit seig-neur leurs parolles, qui ne furent que choses générales, car il ne vouloit en riens desplaire audit Ludovic : toutesfoiz me dist qu'il l'eust voulentiers adverti. A celle heure propre, se gecta à genoulx ladite duchesse devant ledit Ludovic, luy priant qu'il eust pitié de son père et frère. 11 luy respondit qu'il ne se pouvoit faire; mais elle avoit meilleur besoing de prier pour son mary et pour elle, qui estoit encores belle dame et jeune ''.

De là tira le Roy à Plaisance "\ Auquel lieu eut nouvelles ledit Ludovic que son nepveu, le duc de Milan, se mouroit. Il print congié du Roy pour y aller ; et luy pria le Roy qu'il retournast, et il le promist. Avant qu'il fust à Pavye, ledit duc mourut". Incontinent, comme en poste, ala à Milan; et veiz ces nouvelles par les lettres de l'ambassadeur venicien qui estoit avecques luy ~, qui l'escripvoit à Venise et advertissoit qu'il se vouloit faire duc. Et, à la vérité dire,

o) ne veit édil. — p estoit bien fort malade édit.

1. I"iaiK(jis Sforza, né en 1 190, envoyé en France par Ltmis XII en 1 190, abbé de Marmouf iers en 1504, mort en 151 1 d'une chute de clieval (Moréri).

2. Bonne, née en 1191, mariée en 1518 à Sijiismond, roi de Pologne, morte à Bari en 1558, et Ilippolyte, née en 1193, morte en 1501 (Ibid.).

3. Pai- sa mère, Cliarlotle de Savoie, sœur aînée de la duchesse de Milan, Bonne, femme de (îaléas-Marie. Ludovic n'osa pas s'opposer formellement à lentrcAue des deux princes. Jean-Galéas, m;dade et alité, recommanda son fils au roi de France.

1. L'infortunée duchesse refusa d'abord, dit-on, de recevoir le roi de Fi'ance, et, saisissant un couteau, s'écria qu'elle se le planterait dans le cccur plutùt que de toucher la main de l'ennemi du roi de Naples, son père. Le Unchniain, elle se radoucit et consentit à voir Charles ^'III (Magenta, 1 Visconli c (jU Sforza, cité, p. 530 s.).

5. Le roi séjourna à Plaisance du 18 au 23 octobre (Séjours, cites, p. 50 ; Sanudo, 672).

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