Ibid.. p. 166 "ss
3. Les ambassadeurs allemands arrivèrent à Malines le 14 avril 147". Ils furent reçus par la douairière de Bourfroj^ne. qui se hâta d'écrire à l'Empereur de presser le départ de son fils. Jbid.. p. 168 s.^.
faire, quand ilz seroient à Gand, et comme ladite damoiselle estoit bien dispousée à leur intention, et plusieurs d'auprès elle. A ce conseil se tindrent ces anibassjideurs de l'Empereui" et tirèrent tout droit à Gand, nonobstant ce qui leur avoit esté mandé le contraire : dont le duc de Cleves fut fort mal content ; toutesfoiz il ne scavoit point encores l'abillité " des dames. Il fut advisé en leur conseil qu'ilz seroient ouyz, et feut dict c[ue après qu'ilz auroient dict leur créance, que ladicte damoiselle leur diroit i^ qu'ilz fussent les très bien venuz et qu'elle mettroit en conseil ce qu'ilz luy auroient dict, et puys leur feroit faire responce, et qu'elle ne diroit riens plus avant ; et ainsi le conclusit ladite damoiselle.
Les ambassadeurs dessusdits présentèrent leurs lettres quant il leur fut ordonné, et dirent leur créance, qui estoit comme le mariage dessus dit avoit esté conclud entre l'Empereur et le duc de Boury-ong'ne. son père, et de son sceu et du consentement d'elle, comme apj)aroissoit par les lettres escriptes de sa main, laquelle ilz monstrerent, et aussi le dyamant. qu'ilz disoient avoir esté envoyé et donné en signe de mariage. Et requeroient bien fort lesdits ambassadeurs, de par leur maistre, qu'il pleust à ladite damoiselle accomplir ledit mariage, en ensuyvant le vouloir et promesse de son dit seigneur et père et la sienne, et declairer devant les presens si elle avoit escript la dite lettre ou non, et si elle avoit vouloir d'entretenir sa promesse '. A ces parolles, et sans demander conseil, respon-
o) Abillité a remplacé dans le ms. le mol voulenté qu'on Ironie dans les autres mss. et édit. — pi leur diroit : « Vous soyez les très bien venus B, édit.
1. L'électeur de Trêves, le duc Louis de Vcldenz et leurs compagnons arrivèrent à Gand le 16 avril 1 î'7, avec une suite de 300 chevaux, et furent reçus le surlendemain par la duchesse Marie à l'hôtel do Ten 'Walle. L'évêque de Metz, ((ui, avec Georges Ilesler, avait préparé les voies, demanda en français à Mademoiselle de Bourgogne si elle était disposée A exécuter l'engagement quelle a\ait pris du vivant de son père, et il lui présenta la lettre et l'anneau d'or orné d'un diamant qu'elle avait naguères adressés A Maximilien (Rapport du chapelain .lacob au duc Maximilien. dans Chniel, Mon. Habsburyica, I, I, 41, p. 146, cité par Rausch, p. 170 s.\
dit ladite damoiselle quelle avoit escript lesdites lettres par le commendement et vouloir de son père et envoyé ledit 'f dyamant, et quelle en avo[uojit le contenu. Lesdits ambassadeurs la niercierent bien fort et retournèrent joyeulx en leurs logis ' .
Le duc de Gleves fut fort mal content de ceste responce, qui estoit opposite de ce qui avoit esté conclud en conseil, et remonstra '' à ladite damoiselle qu elle avoit mal parlé. A quoy elle respondit que aultrement elle ne povoit faire, et que cestoit chose promise, et quelle ne povoit aller encontre *. Veu ces paroUes et qu il congneut bien qu'il y en avoit plusieurs céans de son oppinion, il se délibéra peu de jours après de se retirer en son pays et se depporter de sa poursuite. Et ainsi se j^aracheva ce mariage, car ce duc Maximilian vint à Coulongne, où aulcuns des serviteurs de ladite damoiselle - allèrent au devant de luy. Et croy bien qu ilz le trouvèrent mal fourny d'argent et luy en portèrent, car son père a esté le plus parfaictement chiche homme, prince que aultre ', qui ayt esté de nostre temps.
Le dessusdit fîlz d'empereur fut amené à Gand ■\ acompaigné de sept ou huit cens chevaulx ; et fut achevé ledit mariage^, qui de prime face ne porta point grand utilité aux subjectz de la dicte damoiselle, car^ en lieu d'apporter
q) et encores baillé B. éd. Diip. Ch. — r] et remonstra fort A D, édit. — s) allei- au contraiie B D. éd. Dup. — ^ que prince ne aultre édil. ; plus que prince ne autre D.
1. Le mariage pai- procuration fut célébré le 21 avril. Le duc de Veldenz représenta Maximilien (Rausch, p. 171).
2. Claude de Neufchastel, seigneur du Fay, le seigneur d'Illens Guillaume de la Baume, et Olivier de la Marche Kausch, ouv. cit., p. 175i.
3. Parti de Vienne le 21 mai 1477, Maximilien fît son entrée à Gand le 18 août. Le même soir, à 11 heures, il se présenta de^■ant la duchesse. Les dames le baisèrent à l'arrivée. M"" de Bourgogne avait, suivant un vieil et naïf usage, dissimulé dans son corsage un œillet que le prince y devait découvrir : mais il ne put réussir à le trouver, et il fallut que, sur l'avis de l'cvcque de Trêves, ^Iarie entr'ou\iit son vêtement. [Rapport des envoyés brandebourçieois. cité par Kausch, p. 177). La cérémonie des fiançailles fut célébrée immédiatement Oliv. de la Maiche, III, 244\
4. Le 19 août 1477, à cinq heures du matin, dans la chapelle de l'hôtel de Ten Walle (Oliv. de la Marche, III, 244).
arfj^ent, il leur en failloit". Leur nombre n'estoit point suffisant à une telle puissance que celle du Roy ; et ne se accordoientpas fort leurs conditions avecques celles des subjectz de ceste maison de Bourgong-ne, lesquelz avoient vescu soubz princes riches, qui donnoient bons estatz et tenoient honnourable maison et pompeuse, tant en meubles que en service de table et habillemens, pour leurs personnes et serviteurs. Les Almans sont fort au contraire, car ilz sont rudes et vivent rudement. Et ne faiz nulle doubte que avec garant et saige conseil, et encores ayent '" la grâce de Dieu, fut faicte ceste loy et ordonnance en France que les filles ne heriteroient point audict royaulme, pour éviter que il ne fust en la main de prince de nation estrange et des estrangiers ', car à grant peyne les Françoys l'eussent peu souffrir, ne [ne] font"' point lesaultres nations, et, à la longue, il n'en est nulles des grandes dont le pays à la iin ne demeure aux païssans-^. Et le povez veoir par France, où les Angloys ont eu des seigneuries puys quarante ans (et pour ceste heure nont que Callays et deux petitz chasteaulx qui leur coustent bien cher à garder - : le demourant ont perdu beaucop plus legierement qu'ilz ne le conquirent, et en ont plus perdu en ung jour quilz n'en gaignerent en ung an), et aussi par ce royaulme de Napples et par l'isle de Cecille et aultres provinces que les Françoys ont possédé par longues années; et pour toutes enseignes n'y est memoyre d'eulx que par les sépultures de leurs prédécesseurs. Et, encores
u] il leur en falluit bailler D. éd. Dup. — v, lisez ayant D. — w) et aussi ne font édil. — .r) puissans dans le ms.; païsans A, éd. Dup. Ch.; à ceu.x qui sont des pays, Sauv. Lencj. : ne demeure en la possession de ceulx qui sont diidit pays D.
1. CI Ce nous conscntion que les filles héritassent., je perdroye la couronne, et vendroit au royaulme de Navarre, et puis à »mp autre que dit (est en vostre livre, que eut l'autre fille, cl puis au roy d'An^rleterre. Hem aussi, si les filles heritoient. ilz les Bnurfiui^^nons perdmient tout ee qu'il/, ont eu de la couronne, car le roy .Jehan et le roy Charles, qui le leur baillèrent, n'eussent pas estez roys.. » i Louis XI à du Bouchajje, du Plessis, 9 octobre (1480), ds Ymherl deBalarnai/, cité, p. 89).
2 « Callaix, Guynes et aulcuns autres petis fors qui sont de nulle estime » (Wavrin, II, IM}.
16 MÉMOIRES DE PHII.IPl't: DK CO.MMYNES [1477]
[ce] que l'on endurast bien de prince de pays estrang-e, qui seroit en petite compaig^née bien rei^lé[e^ et luv saif^e, si [ne I le peult l'on point aiséenient faire de <>^rant nombre de gens (car il [V] amené a^ecques luy ou mande, pour quelque occasion de s^uerre, s'il en a. aux subjectz), tant pour" l'adversité des meurs et conditions que pour les viohinces, et qu'il/, n'ont l'amour au pays que ont ceulx qui en sont nez, et surtout quant ilz veulent avoir les oiïices et beneffices et les g-rans manymens du pays. Ainsi a bien à faire ung- prince destre bien saig-e, quant il va en pays estrang^e, pour accorder toutes ses villes-. Et si unç^ prince n'est loé de ceste vertu sur toutes les aultres, qui vient de la grâce de Dieu seullement, quelque autre bien que 1 on en sceust dire, rien n'est d'estimer; et s'il A'it eag-e d'homme, il aura de grans troubles et affaires, et tous ceulx qui vivront soubz luy, et par especial quant il viendra sur la viellesse et que ses hommes et serviteurs n'y auront plus nulle espérance d amendement.
Achevé que fut le mariage dessusdit, leurs affaires n'en admenderent gueres, car ilz estoient jeunes tous deux. Ledit duc Maximilian n'avoit congnoissance de rien, tant pour sa jeunesse • que pour estre en pays estrange, et aussi avoir esté assés mal nourry. autmoins pour avoir '' congnoissance de grant chose. Et si n'avoit point de gens pour pouvoir faire grand effort - ; et alloit ce pais en grand trouble et a faict jusques icy, et esti apparant de faire encores.
y) car il amené avec lui sri-ant monde ou mande édit. ; et s'il en amené ,
eu'lx veniiz. à jri'ant peine se peult il faire qu'il n'y ait de Tenrye, discord et division, tant pour!). — : Saiivarfe /ui/). toutes ses xieUes. et peut-être a-t-il raison contre Dupont Mémoires . H. IS-J n. '2 et p. 414 ; cf. ci-après liv. ^'II. chap. XIX . L'expression avait cours au XV' siècle. Tout ce passade a été remanié par Lenglet [cf. Dupont, II, IS-J, n. 3). — a) pour n'avoir éd. Dup. Ch.