‹ Mémoires;Chapitre 60 sur 177 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

î. Pietrasanta avait coûté aux Florentins 150.000 ducats et un siège de deux mois. Ils avaient acheté Sarzana aux Fregose de Gènes pour 2.000 florins.

5. Charles VIII quitta Plaisance le 23 octobre et, suivant la voie Emilienne, il coucha le 24 à Borgo San Donino. Le lendemain, il arrivait à

teau et le meilleur que eussent Florentins *, mal pourveu pour leur division '' -. Et aussi, à la vérité dire, les Florentins mal voulentiers estoient contre la maison de France, de laquelle i^z ont de tout temps estez vrays serviteurs et partisans, tant pour les affaires qu'ilz ont à faire '" en France pour la marchandise, (jue pour estre de la part guelfe. Et si la place eust esté bien pourveue, l'armée du Roy estoit rompue, car c'est ung païs stérile et entre montaignes, et n'y avoit nul/ vivres, et aussi les neiges estoient grandes. Il ne fut que trois jours davant '^, et y arriva le duc de Millan avant la composition, et passa par le Pont de Trémolo, où de ses gens de la vile et garnison eurent ung grand débat avecques de noz Almans, que eonduisoit ung appelle Buset, et furent tuez aulcuns Almans ^. Et combien que ne fusse présent à ces choses, si le m'ont compté le

v) leur grand division édit. — lo' à faire est omis par les édit.

Fornovo, dans la vallée du Tarn, et francliissait. le 26, le col do la Cisa. Ce passage, la haute vallée de la Magra et le revers méridional de l'Apennin jusqu'à Pontremoli, appartenaient aux Milanais. I^e roi fit son entrée à Pontrcmoli le 28 octobre Séjours, cités, p. 50\ Cette petite ville fortifiée, bâtie dans un triangle formé par le confluent des torrents de la Magra et du ^'erde, était au ^loyen Age la clef dos passages les plus fréquentés entre la Lombardie et la Toscane. D'après Sanudo (p. 102), Charles avait avec lui, à ce moment, une quinzaine de mille hommes, soit ".000 cavaliers et 5.000 Suisses.

1. Conduit par les Malaspina. ennemis des Florentins. Gilbert de Montpensier. avec lavant-garde, avait passé la montagne six jours avant le roi et s'était mis en possession de la plupart des châteaux de la Lunigiane, qui appartenait aux Florentins. Le roi arriva le 31 octobre devant Sarzana, place forte située au point où la route venant de Pontremoli rejoint celle qui conduit do Gènes à Pise. Sarzana était commandée et défendue par la citadelle de Sarzanella, une <i roque » très bien fortifiée, jadis érigée par Castruccio degli Antelminolii, seigneur do Lucques, dans le but de défendre le territoire environnant contre les incursions des Malaspina.

2. La place avait pour toute garnison 200 hommes commandes par Checco de Monte d'Oglio.

3. Charles VIII quitta Sarzana le 6 novembre et en confia la garde à Mons' de Citain i^Sanudo, our. cité. p. 109).

4. Ce << Buset » dont M"" Dupont, après Sauvage et Lenglet, a cru devoir germaniser le nom en « Buser », est vraisemblablement Antoine de Baissey, laailli de Dijon, qui avait, comme on l'a vu plus haut, la conduite dos Suisses. Ceux-ci, si on en croit Sanudo p. 105 . étaient là au nombre d'un millier, « et perle sue insolentie la terra fo in arme ». Dix-huit d'entre eux furent tués et plusieurs autres blessés dans la rixe qui éclata à Pontremoli sous les yeux du duc de Milan, parce qu'ils prétendaient mettre la ville à sac en dépit des Milanais.

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Roy, ledit duc et aultres. Et de ce débat vint depuis grand inconveniant, comme vous orrez après •.

Praticque se meut à Florence, et depputerent gens pour envoyer devers le Hoy jusques à XV ou XVI, disant en la cité quilz ne vouloient demourer en ce péril destre en la hayne élu Roy et duc de Milan, qui tousjours avoit son ambassade à Florence '-. Et consentit Pierre de Medicis ceste allée ; et aussi il n'y eust sceu remédier, aux termes en quoy les aiFaires estoient, car ilz eussent esté destruictz, à la-^ petite provision quilz avoient, et si ne savoient que c'estoit de gruerre. Arrivez quilz furent, otTrirent de recueillir le Roy à Florance et aultres parties; et ne leur chaloit à la pluspart, sinon qu'on allast là pour avoir occasion de chasser Pierre de Medicis, et se sentoient avoir bonne intellig-ence avec ceulx qui conduisoient pour lors les all'aires du Roy, que assez'-/ ay nommez.

D'aultre part praticquoit ledit Pierre par la main d'ungsien serviteur, appelle Laurens Spinelly ^, qui gouvernoit

a- ^•ou la édi(. — i/^ que plusieurs fois édil.

1. M. Dclabortle a fort bien expliqué la mauvaise humeur de Ludovic, qui avait poussé les Français en Lunij;iane, avec lespoir cju'ils en feraient la con(|ucte à son profit. Senare^a (Muratori, XXIV, col. 544) ]jrctend que Charles \'III s'était enf;a^c à restituer aux Génois les places dont les Florentins les avaient dépouillés, ce qui équivalait à les remettre à Ludovic. Mais le roi de France se méfiait déjà trop de son allié pour lui confier la ^arde de ses communications avec la Lomhardie. Le More demeura ti'ois jours avec le roi, le cjuitta le 6 novembre, et, après avoir reçu le serment des habitants de Pontrcmoli, repassa la montajine en compaj;nie de l'ambassadeur de ^'enise (Sanudo, Sjtedizione, p. 1()5i. Le 13 novembre, il rappelait ses troupes de Uomai,'ne et de Toscane, (l)elaborde, p. 138.)

2. Avant de se rendre auprès de Charles VIII, Pierre de Medicis avait entamé avec lui, et surtout avec le comte de Bresse et le seigneur de Miolans, de secrètes néfrociations, qui n'avaient pas abouti. Une lettre du roi de France à Ludovic le More, écrite le 22 octobre, énumère les cimditions de rullimatum que Charles avait pose à un envoyé de Medicis, ((ui était venu le trouver à Plaisance. Ces conditions étaient de livrer passade au.x Français, de les assister d'ar^rent et de toutes les choses nécessaires, de déclarer enfin l'alliance des Florentins avec le roi envers et contre tous (Copie aux Arch. de Milan, commun, par ^L Pclicier). A la nouvelle des premiers succès des Français en Lunij,'iane, le î^ouvcrnement floi'cntin décida de députer au roi huit des principaux de la Cité, et a\ec eux Pierre de Medicis (Extrait du l'rinrisla de Gac/dt, dans Archivio storico ilaliano, IV, 2° p., p. 4i, et Sanudo, 106.).

3. Laurent SpincUi avait été, pendant son séjour à Lyon, en relations fréquentes avec Commynes. C'était un des agents les plus employés da

sa bia3que à Lyon, homme de bien en son eslat et assé nourry en France ; mais des choses de nostre court ne povoit avoir nulle congnoissance, ne à grant peyne ceulx qui y estoient nourriz, tant y avoit de mutations. Et praticquoit ' avecques ceulx qui liaioient ceulx qui avoient l'auctorité = : c'estoit mons"" de Bresse, qui despuis a esté duc de Savoye, et mons"" de Miolant, qui estoit chambellan du Roy et gouverneur du Daulphiné *' '. Et vint devers le Roy tost après les aultres -, et aulcuns de la cité avecques luy '\ pour faire responce des choses qu'on leur avoit requises; et se voioit perdu en la cité, ad ce qu'il m'a dit, si ne faisoif^ tout ce que le Roy vouloit, duquel il cuidoit g'aig'ner la bonne grâce, et faire quelque chose plus que les aultres.

A son arrivée furent envoyés au devant de luy mons"" de Piennes, natif du pais de Flandres, chambellan du Roy, et le gênerai Brissonnet, qui souvent a esté nommé. Hz luy parlèrent '^ d'avoir l'obéissance de la place de Seresanne. ce que incontinent il fit. Hz luy requirent davantaige qu'il fist prester au R03' Pise et Liborne et Piètre Santé, Librefato. Tout accorda, sans parler à ses compaignons, qui savoient

s) Et praticquoit avecques ceulx qui avoient l'auctorité édit. — a) Ces 4 derniers mots sont omis dans les édit. — jb) Tost après les aultres vindrent aucuns de la cité avec luy pour., édit. — c) se veoient...s"ilz ne faisoient édit. — (/) Hz parlèrent aud. Pierre de Medicis.

Pierre de Médicis (Cf. Kervyn, Lettres et néçfociations. II, 63. et pass.) II vivait encore le 19 mai 1503 (Dupont, Mémoires, II, 350, n.). C'est lui qui fut charjîé d'offrir à Charles VIII, au nom d'.\lphonse d'Aragon, un tribut annuel de 300.000 ducats (Delaborde, Expédition, p. 411).

1. Jacques de Miolans, seigneur de Jarcieu et d'Anjou, en Dauphiné, et de Combronde, en Auvergne, conseiller et chambellan de Louis XI, qui le pourvut en 1466 de la capitainerie du Bois de ^'incennes. Gouverneur du Dauphiné (22 juin 1482), il fut remplacé le 13 novembre 14N3 par François d'Orléans, comte de Dunois. Ayant pris le parti du duc de Savoie dans sa querelle contre le marquis de Saluées, il vit ses domaines dauphinois confisqués par arrêt du Parlement de Grenoble 14 avril 14S7). Il rentra en grâce quelque temps ajirès 14S9) et fut réintégré par Cliarles \'III dans sa charge de gouverneur de Dauphiné (30 octobre 1401;. Capitaine des cent gentilshommes de la maison du roi, il mourut le 2 févi-ier 1496 (n. st.) (E. Pilot de Thorey, Cutal. des actes dn dauphin Louis II [Louis XI] relatifs à l'administration du Dauphiné, Grenoble, 1«99, in-8, 11,322 n.).

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