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Ischia, à l'entrée du golfe de Naples

De Mahdrot. — .Vénioires de Philippe de Commynes. — II. 12

178 MIÎMOIRES DE PHILIPPE DE COMMYNES [1 494 j

Rosanne et le comte de Pople '. Et me suis fort enquis comme on les fîst mourir ", car plusieurs les cuydoient en vie {[uant le Roy entra en Napples''; et m'a esté dit par homme de "' leurs principaulx serviteurs, que par ung More d'AITricque les fist assommer •'' (le(juel, incontinent après, par " son commendement, s'en alla en Barbarie, afin qu'il n'en fust point de nouvelles), sans espargner ces vieulx princes - qui trente et quatre ans y avoient esté 2. Nul homme n'a esté plus cruel que luy, ne plus vicieulx, ne plus g-ormant''3. Le père estoit plus dangereux, car nul ne congneut oncques son courroux et '^, en faisant bonne chère, prenoit et trahissoit les gens, comme le conte Jacques *

u) mourir si cruellement eJ//. — r) en la bonne ville et cité de Naples édil. — ir) Ces deux derniei's mots sont omis dans les édil. — x} assommer villainement et horriblement édit. — y) par est omis par Dup. — z) Le singulier vaudrait mieux, car il ne s'agit ici que du prince de Rossano. — a) que luy, ne plus mauvais ne plus vicieux et plus infect, ne plus fîorniant èdil. — h) nul ne se conj^noissoit en luy ne en son courroux, car édil.

1. .lean-PauI Cantelmo, duc de Sora (1453), comte de Popoli, fils de Nicolas, comte d'Alvito et d'Archi, duc de Sora, et d'Antoinette, fille du comte de Celano. Il épousa Catherine del Balzo, et prit part à la révolte des barons anj^evins contre Ferdinand 1''% mais il ne paraît pas certain qu'il ait été arrêté et emprisonné. D'origine française, les Cantelmi étaient arrivés à Naples avec Charles l" d'Anjou, en 1266 iS. Ammirato, Famiglie napolilane, p. 88; cf. de Lellis, Discorsi délie famiglie nohili del regno iti Napoli, 1654, in-fol., 1'" part., p. 131\

2. Commynes ne paraît pas avoir été très bien informé sur ces alTaires de Naples. Alphonse d'Aragon, usurpateur du troue de Naples, et son fils Ferdinand avaient soulevé contre leur domination tyrannique et centralisatrice la majeure portion de la noblesse, qu'ils lésaient dans ses intérêts, et (jui, de cœur, était denieiu-ée angevine. Au mois d'août 1485, Jérôme, prince de Bisignano, Antonello, comte de Marsico et prince de Salerne, et d'autres membres de la grande maison de San Severino, se mirent sous la protection du Saint-Siège, alors en guerre avec le roi Ferdinand, et appelèrent lîené de Lorraine ; mais le pape Innocent ^'III conclut la paix avec son adversaire avant même que le duc de Lorraine eût quitté la France (Voyez plus haut p. 106), et ses partisans livrés à leurs propres forces, furent contraints de se soumettre (octobre-décembre 1486). Malgré les promesses et les garanties, les exécutions se succédèrent à Naples pendant tout le printemps de 1487, et ceux dont la vie fut épargnée à ce moment, furent égorgés en niasse le 25 décembre 1491 (de Boislisle, Et. de Vesc., p. 45 ss.).

3. (( FerdinandusNeapolitanorum rex a puero conceptum odium servavit ad scnectutem : itaque indigne multa pra^terque regiam dignitatem etiam in innocentissimos homines paravit (Jovianus Pontanus (1431-1509) De Magnanimitate, cité par Thuasne, Djem Sultan, p. 240).

4. C'est le nom par lequel les documents de l'époque désignent Jacques Piccinino, condottiere fameux, qui ,loua ses services à Jean d'Anjou,

LIVUK VII, CHAPITRE XUl 17!)

([uil priât et feist mourir **, estant anil>assadeur devers hiv (le par le duc Francisco de Millan, duquel il avoit espousé'' la fille bastarde (mais il fut consentent du cas, car tous deux le craig'noient pour sa vertu et la se(juelle qu'il avoit en Ytalie des Brasisques), et estoit lilz de NycoUe Pyssenyn''^. Et ainsi, comme dict est, print tous les aultres, et jamais en luy n'y avoit grâce ne miséricorde, comme m'ont compté de ses prouchains/^, et n'avoit nulle compassion du peuple ■''.

(juant aux deniers, faisoient toute la marchandise du royaulme, jusques à bailler les pourceaulx à garder au peuple; et les failloit engresser pour myeulx les vendre, et, s'il/, mouroienl. failloit qu i les paiassent. Es lieux où croist huille d'holif, comme en Fouille', l'achaptoient '' pres(jue à leur plaisir, et semblablement le fromment, et avant c[u il fust mur, et le vendoient le plus cher qu'ilz povoient ; et si ladite marchandise s'abbessoit de pris, contraignoient le peuple de le reprendre ', et, pour le temps qu'il/ vouloient vendre, nul ne povoit vendre que eulx.Si ung seigneur ou baron estoit bon mesnager ou cuidoit espargner quelque chose, ilz luy demandoient à emprunter,

c) mourir villainemcnt et horriblement édit. — d) il avoit eu à femme et espouse édit. — e Noire ms. porte Pyseuyn. — f) prouchains parens et amis édit. — </) et jamais n'avoit eu aucune pitié ne compassion de son povrc peuple edil. — h) ilz lachaptoient, luy et son fils édit. — t) de la prendre éd. Du p.

duc de Calabre, contre Fei-dinand I", en 1460, et faillit faire triompher la cause anj^evine. Plus tard, Ferdinand lui confia le commandement de ses troupes et le combla de faveurs. Appelé à Milan parle duc François Sforza, celui-ci lui donna la main de sa fille naturelle, Drusiana, dans le but de mettre un terme à la rivalité (jui existait depuis 1116 entre les Sforzeschi et les Hracceschi, élèves du condottiere lîraccio de Monttme. mort en 1 124, dont Piccinino demeurait l'unifjue chef. En 1 i6j, « le cnmle Jacques » fut envoyé à Naples avec le titre d'ambassadeur du duc de Milan, sur le désir (ju'en avait exprimé Ferdinand P^ Il y fut brillanunent fêté, mais, le 24 juin, comme il prenait con^'é du roi, celui-ci le fit arrêter et mettre à mort Sismondi, Ilist. des répuld. itnl.. X, 26", cité par Dupont, Mémoires, II, HCf. cf. Perret, Relat. de lu France avec Venise, I, 332, 356 et pass.).

1. Nicolas Piccinino, capitaine célèbre, père de Jacques, mort en 14 i9 (Perret, I, 291 n.K

2. La Pouille (Puglia, Apulia), sur la côte orientale de l'ancien royaume de Naples, entre les golfes de Manfredonia et d'Otrante, a formé les provinces de Capitanate, do la Terre de Bari et de la Terre d'Otrante.

et luy failloit bailler par force. Hz leurs ostoient les races des chevaulx. dont ils en ont plusieurs, et les prenoient pour eulx et les faisoient li^ouverner en leurs mains, et en si grand nombre, tant chevaulx. juments que poulains, qu'on les estimoit à beaucoup de milliers . et les envoyoi en t paistre en plusieurs lieux et J pasturaiges des seigneurs et aultres. où ilz avoient '• grand dommaige. Tous deux ont pris à force plusieurs femmes. Es choses ecclésiastiques ne gardoient nulle révérence ne obéissance : ilz vendoient eveschez, comme celle de Tarente [que] vendit le père treize mil ducatz à ung Juif, pour la bailler à son lilz qu il disoit chrestien. Bailloit abbayes à ung faulconnier. et à plusieurs, pour leurs enfîans. disant : « Vous entretiendrez tant doiseaulx et les muerez ' à voz despens, et tiendrés tant de gens à voz despens. >• Le filz ne fît jamais karesme. ne semblant qu'il en fust. Mainte année fut sans se confesser ne recepvoir Dieu "'. Et pour conclusion, il n'est possible de pis faire qu'ils ont faict tous deux • : et aulcuns ont voulu dire que le jeune roy F^errand eust été le pire, combien qu'il estoit humble et gracieulx quand il mourut, mais aussi il estoit en nécessité.

Chap. XIV. , (jr pourroit sembler aux lisans que je disse toutes ces choses pour quelque hayne particulière que je auroys eue à eulx. Mais, par ma foy. non fois ; mais le diz pour continuer mes Mémoires, où se peult veoir. dés le

j Iieu\. aux éd. — k aultrc?. qui en avoient édit. — l et le? nicherez èdit. Diip. — 7)1 de recepvoir nostre Sauveur et Rédempteur Jésus Christ édit.

1. Cf. le jugement que porte sur ces princes de la Maison d'Aragon un autre contemporain, le Vénitien Priuli : « E volendo narrare la tirannia, la crudelta. i lu<suriosi e disonesti appetiti. i tradimenti. i rubbamenti. gli assassinamenti. gli omicidi del re Ferdinando e di Alfonso d'Aragona, siio pfiraogenito. duca diCalabria. padre di tradimenti. conservatore di ribaldi. non mi basterebbe un gran libro : che credo che Nerone fusse santo appressodi questi tiranni... » Debello (fallico commentarium. par M. Sanuto lisez Première partie des Diari de Girolamo Priuli". dans Muratori.t. XXIN', col. 16 .

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commencement de l'entreprise de ce vovage, que cestoit chqse impossible aux g-ens qui le guidoient, s'il ne fust venu de Dieu seul, qui vouloit faire son commissaire de ce jeune Roy bon, si pouvrement pourveu et conduict, pour chastierroys si sai^i^es, si riches et si expérimentez, et [avec] qui estoient " tant de personnaiges saiges, à qui la deiîence dudit royaulme touchoit, tant aliez et soubstenuz, et qui voient venir" ce letz sur eulx de si loing, qui jamais n'y sceurent pourvoir ne résister en nul lieu, car, hors le chasteau de Napples. n'y eut nul qui empeschast le Hoy ung jour naturel. Et, comme a dit ce pape Alexandre qui règne, les Françoys y sont allez/' avecques des espérons de boys, et de la craye en la main des fourriers pour marcher leur logis, sans aultre peyne : et dit des espérons de bois, pour ce que, pour ceste heure, les gens jeunes '' ^ quant ilz vont par ville, leur page leur mect une petite broche de bois dediins le soulier en pentouile '", et sont sur les mulles, branslans les jambes. El poy de foiz ont prins le harnois noz gens, en faisant ce voiage; et ne mist le Roy, depuis Ast. à entrer dedans Xapples, que quatre moys dix et neuf jours'. Lng ambassadeur en y eust mis une partie. Par quoy C()nclud[z ce propos, disant, après lavoir ouy dire à plusieurs bons hommes- de religion et de saincte vie, et à mainte aultre sorte de gens \c\và est la voix de Dieu " que la voix du peuple), que Nostre Seigneur les vouloit pugnir visiblement, et que thascun le congneut,

n) cl qui avoient èdil. — o venir est omis duns l'éd. Dup. — p) y Sfdit venu/ édil. — ([ j les Jeunes {rens de ce royaulme édil. — r soulier ou penlnulle édil. .\nlre le.i Ip esl plus précis ; pour inlroiliiire la broche de hoi.s. il j'iilUiil r:ihitllre le (luurlier du soulier en pnnloufle. — .s la\(>ix de Noslrc St-ij^ncui' J. i'.. édil.

1. (Charles N'Ill ((uitta .Vsti le (i octobre I 1!»1 et lit son entrée à Xaples le 22 lévrier I 10.').

2. (','imni\iu's désif^ne peut-être en cet endroit les <■ herniiles Saint-François " iiu " Bons Hf)nimes », cpii. sous la discipline de saint François de Paule, avaient été installés par Louis XI à la porte du cliàteau des Montils lès Tours voyez plus haut . L'ermite calahi-ais avait été proléj;é par le prince de Bisi{;nano, l'un des chefs du parti angevin, et persécuté \y<\r conti-e i)ar les Aragonais Delaborde, Expédition, p. 315).

182 MÉMOIRES DE PHir.lI'l'E DE COMMVNES [^^^4]

et par eiilx donner exemple à tous roys et princes de bien vivre et selon ses conimendemens. car ces seig'neurs d^ la' maison d'Aragon, dont je parle, perdirent honneur et royaulme et grans richesses, et meubles de toutes naturessi départis que à grant peyne scet Ion qu'ilz sont devenu/: puis perdirent les corps, trois en ung an ' ou peu davantaig-e, mais j'espère que les âmes nont point esté perdues. Car le roy Ferrand, qui estoit lîlz bastard d'Alphonce (lequel Alphonce fut saige roy et honnourable et tout bon), porta grand passion ledit Ferrand en son cueur de veoir venir sur lu}' ceste armée et qui n'y pouvoit remédier ; et veoit que luy et son filz avoient mal vescu et estoient très ha'iz (car il estoit très saige roy). Et si trouva ung livie. comme m'ont certifïié des plus prouchains de luy, (jui fut trouvé en défaisant une chappelle. où il y avoit escript dessus : Ae 7'oy '. avecques son conseil secret ' : et veult

/ Le voye ;»is. : Le ^'el■ié Shiiv. Dupont. Ch.: Hillenra on lit : La W-rilé.

1. Ferdinand L' mourut le 25 janvier 1 191 : Alphonse H, le 19 novembre sui\ant : Ferdinand IL le 7 septembre 1 196. Cela l'ait deux ans et se})t mois : mais, ainsi que le remarque Sanudo Spedizione. p. 194 . il est vrai qu" en moins d'un an et trois jours. Naples vit passer trois rois ».

2. Malgré l'hypothèse de Sauvatre. qui suppose que la suscriptitm italienne devait débuter par les mots II vero Le vrai) et les leçons l'uurniespar les manuscrits ou les éditions imi^rimées .. Le Verie ». « le voi/s « et « La vérité ». il jjarait bien qu'il tant lire « Le roy ». c'est-à-dire t(ue la suscription du livre en question en indiquait les destinataires Cf. Notar Giaconio, Cronica di .V<')po/(', Xaples, 18i5,in-8,p. 173). Saint Cataldus.évcque et ]>atron de Tarente.qui vivait au iv siècle, parvenu au terme de son existence, composa, dit-on. une ])rophétié. dont les termes menaçants, bien que values, sont rap|)ortés dans une plaquette de Barth. Moroni ir.tilnlée: \'ilHet mirHCula Sancti Cutnldi episcopi el ron/'e.s.son's. Tarentinœ ririt.ilia

patroni. Rome. 1614. in-4" cf. Historia Senensiiint. de Si}?'' Tizio. cit. par Delaborde. Expédition, p. 317 n. . La tradition veut que, le 8 avril 1102, le saint ait ajjparu à un diacre de Tarente, auquel il ordonna de se rendre solennellement, avec l'archevêque et tout le clergé de la cité, dans léirlise de Saint -Pierre. Là. dans un lieu désigné, la sainte compagnie devait détei'rei- certain livre en plomb, ipii )-enfermait des prophéties, et sur la couvertui-e duquel saint Cataldus lui-même avait inscrit le nom du personnage ancpiel ces prophéties devaient s'appliquer. Or, cette inscrijition se trouva. ]iaraît-il, contenir que le précieux volume devait être porté incontinent au roi Ferdinand, qui ne l'ouvrirait (ju'en présence d'im seul tém<iin. f)n -Noit que ceci cunfirme rh\ pothèse que nous a\'ons émise ]3his haut ])nur la lecture du mol défiguré par notre manuscrit. Moréri. ipii relate aussi cette histoire au mot Cataldus,. y \oit une pieuse fraude, dont l'objet était d'amener à récipiscence le roi Ferdinand, et il cite Pontanus De

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l'on dire qu'il contenoit tout le mal qui luy est advenu : et n'estoient que trois à le veoir, et puis le jetta au feu.

Une aultre passion avoit, que son lils Alphonce, ne Ferrande, fîlz de son filz, ne vouloient croire ceste venue, et parloient en grant menace du Roy et en grant mespris, disant qu'ilz viendroient au devant de luv jusques aux monts (et ils en furent bien près), et pour son commeudenient ne se vouloient taire. Et il leur disoit c[u'il " prioit à Dieu qu'ilz ne veissent '' jamais roy de France en Ylalie, et qu'il y avoit veu seuUement uni^ pouvre [homme] de la maison d'Anjou, qui luy avoit faict sousfrir beaucoup de peyne, (jui fut le (kio Jtdian, filz du roy llegnier '. Travailla fort, par un<4- ambassadeur appelle messire Camilo "' Pandolfe ■■^, faire demourer le Koy, avant qu'il partist •^, luy olfrant se faire son tiibutaire de cincpiante mil ducatz 1 an et tenir le royaulme de luy en l'oy et hommaige ; et voyant ne pouvoir parvenir à nulle paix ne appaiser lestât de Milan, print une maladie, dont il mt)urut % et en ses

// Ce pnsahqe, depuis les mola jnscjucs aux monts, a été omis jinr las jirévédenls éditeurs, (jul n'ont pu. en conséifuence, comprendre le sens (p'néral de la phrase, et t'ont dé/ianrée pur d'inutiles additions (Cf. Dupont, II. S/il n.) — ij) c[u"il ne vinsl edil. — ir (';i\ illn édit. — .r) im'il parlisl fie \'iennt' édil.

Sermone, I. II). Cet aulmn- (iiH-iit cii cllct tout au lonj;- les circonslanccs (le la clécf)uvcrtc. mais Nout ([uc {-i-IIl' maii.i'u\i-L' ail eu |><uir liut do dôci- (Icr le roi à expulser les Juifs du royaume de Naples.

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