‹ Mémoires;Chapitre 74 sur 177 · S janvier · texte numérisé non relu

S janvier

2. Le 17 janvier. Charles \'I1I avait envoyé à Ludovic le double des « articles » qu'il venait de passer avec le Pape. Et il accompagnait cette communication d'une lettre très affectueuse : Je ne vous vueil riens celier, maiz maintenant, mieul.Y que je ne feiz oncques. entenz user de vostre bon conseil et advis, duquel je me suis bien trouvé ». Le roi exhortait son allié à venir le rejoindre, et il ajoutait, quant au succès final de son entreprise : " Soyez asseuré, mon cousin, que vous et mon cousin le ^•ischancellier, vostre frere, en serez participans, veu les services et plaisirs que m'avez faiz (Orig. aux Arch. de Milan, communie", de ^L Pélicier .

3. 2S janvier. Genzano, dans la campagne de Rome, sui' la voie Latine et au bord du lac de Nemi, appartenait aux Colonna.

4. 29 janvier, ^'elletri, à une dizaine de kilomètres au sud-est de Genzano.

5. César Borgia, peu satisfait du rôle qu'on lui faisait jouer, gagna quelques gentilshommes de la ville et. dans la nuit du 29 au 30 janvier, déguisé en laquais de l'écurie royale, il réussit à se glisser hors de VcUetri (Sanudo, Spedizione. p. 197 s. ; Diarium de Burchard, éd. cit., II, 238 ss. . Le 6 février, Charles '^'^III écrivait de « Florentin » iFerentino) au duc de Milan : « Je congnois bien qu'il y a eu quelque faute et que quant j'eusse creu mon cousin le vischancellier, lequel entend les afîaires de Rome mieulx que nul autre, qu'il n'en feut ainsi allé ; mais je faisoie le tout pour le bien de mon affaire. -> Le ton de cette lettre est celui d'un écolier écrivant à son maitre : « Escripvez moy souvent et advertissez de ce qu'il vous semblera que j'auray à fere. car maintenant plus que jamais j'ay nécessairement à besongner de vostre bon conseil et advis. » (Orig. au.x Arch. de Milan, comm"" de M. Pélicier).

6. Pendant que Charles ^'III attendait vainement à A'elletri que le Pape lui envoyât un nouveau légat. Engelbert de Clèves et ses Allemands enlevèrent Montefortino. petite place sur un contrefort des Monts A'olsciens. Deux fils de Jacques Conti. qui était un ardent partisan des Orsini, furent faits prisonniers et imposés à une rançon de 2.000 ducats ^Delaborde, Expédition, p. 544; cf. Vergier d'honneur dans Gimber et Danjou, I, p. 324 s.) La maison des Conti était l'une des principales de Rome.

[liOri] LIVRE VII, CHAPITRE XVI 191

<'t puis'^ i^allaj a Valmonton, qui est des Couloiinoys ', et puis loi^ei' à quatre mil près du Mont Sainct Jehan ^, une très l'orte place, laquelle fut batue sept ou huyt heures et puis prinse d assault, et tout tué ce qui estoit dedans, ou la jjluspart (et estoit au marquis de Pescaire-^ et terre d'Ej^lisei : et y estoit toute larmée joincte ensemble.

Ht de là tira le Roy vers Sainct Germain, et y pouvoit avoir seize mil ou envyron% là où le roy Ferrand, nouveau couronné, estoit en champ, comme j'ay dit ailleurs, avecques tout ce qu'il pouvoit avoir fine de g'ens. Et estoit le dernier remède et le lieu pour combatre ou jamais non, car c'estoit l'entrée de son royaulme, et lieu adventageux tant pour le ruisseau que pour la montaigne ; et si envoya g'ens, quant et quant, pour garder et defTendre le pas de Cancele, à six mil de Sainct Germain, qui estoit ung pas de montaignes^. Avant que le Roy fust joincf à Sainct Germain,

q i)uis après alla le Roy édit. — r) joincl omis dans èdil.

1. 3 février. \'almonlone appartenait à Jacques Conti Sanudo, ^y edizione, 208).

2. Monle-San-Giovanni, non loin de la frontière napolitaine et sur la rive occidentale du Liri, place « de tout ce pays la plus renommée tant pour la force que pour le lieu où elle est assise » ^Charles ^'III au duc de Bourbon, de \'erly (Verolii, 9 février 1495, dans le recueil de la Pilor^erie, p. l'fi, et dans Dupont. Mémoires, Preuves, III, 392 s.'. Sommé de se rendre, le châtelain de Monte-San-Giovanni fit couper le nez et les oreilles à deux trompettes français. La place, investie par Montpensier, qui la canouna, fut enlevée d'assaut, le 9 féviicr, jiar La Trémoille sous les yeu.x du roi qui, de \'éroli oi'i il s'était lo^é dès le 6, assista à la prise. Le carnaj^e fut terrible, et près de 900 hommes furent massacrés par les vainqueurs.

3. .VIphonse d'Avalos, fils d'Inij^o d'Avalos et d'.\ntoinette d'Aquino, marcjuis de Pescara (1483), (^rand chambellan des rois de Naples Ferdinand I" et Alphonse II, tué en 1495 devant le mont Santa Ci-oce. Il avait épousé Diane de Cardona (Moréri au nom Avalos: cf. Xotar Giacomo, Crânien, p. 194).

4. Le 12 février, Charles VIII était à Ceprano, la dernière place des États Pontificaux, et, le lendemain, il atteijrnait San Germano, suivant ainsi la route des envahisseurs du loyaume de Naples, celle d'Othon IV en 1210. et celle de Lttuis d'Anjou en 1411. Ferdinand occupait à San Germano une position très forte, protégé qu'il était sur sa j^auche par le cours du Liri et le massif que domine le Mont Petrella, sur sa droite par les contreforts (le l'Abruzze et le Mont Cairo, sur son front par la Melfa, allluent du Liri, et jiar les forteresses que tenaient sur le territoire de l'Eglise des barons napolitains (Cf. carte de l'Etat-Major italien;.

5. Le " pas de Cancelle », près d'Arce, à une vingtaine de kilomètres au nord de San Germano, entre cette ville et Monte San Giovanni Campano.

192 MÉMOIRES Dr: piiii.iimm': di: commynes [1495]

s'en alla le rov Ferrand on «^rand désordre et habandonna la ville et passaij^e. Mons"" de Ciuyse ' avoit en ce jour la chargée de l'avant ^arde et estoit le Roy à la queuhe de Tadrano^arde ■■* -. Mons'' de Rieux-* estoit allé à ce pas de Cancelle [contre les Arragonoisj' qui aussi l'abandonnèrent, et entra le Roy audict Sainct Germain *. Le roy Ferrand tira droit à Gapoua •>, où refusèrent l'entrée à ses s^ens d'armes, mais ilz laissèrent entrer sa personne avecques peu de g-ens. Il n'y arresta point, et leur pria tenir bon pour luy et que le lendemain reviendroit''. et alla à Napples,.

s) Ce membre de phrase, après les mois charge de lavant-garde est omis dans les précédentes édii. — () Les mois entre crochets sont écjalement omis dans iédit. de 15'28, mais ont été rétablis par Sauvac/e.

A cet endroit la route est resserrée entre le rio Cancello,ainuent du Liri, et lé Mont San Martino. Si Charles \'III. après la prise de Monte San Giovenni, retourna au gîte à ^^croli, on peut croire qu'une portion de son armée poussa directement au sud en descendant la vallée du Liri.

1. Louis d'Armagnac, duc de Nemours, comte de Guise, vice-roi de Naples en 1501, iils de l'infortuné Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, et de Louise d'Anjou, né en 1471 à Sainte-Feyre Creuse), tué à la bataille de Cérignole. le 28 avril 1503, sans avoir été marié. Sur le lieu et la date de sa naissance voyez une note de M. Ant. Thomas, Écho de la Creuse, 23 janvier 1875.

2. Le comte de Guise franchit le Liri après la prise de Monte San Giovanni, et s'empara de Rocca Secca et de Rocca Guglielma, qui lui furent abandonnés sans combat. Dans la nuit du 11 au 12 févrici", on apprit au camp ri:)yal que Guise avait, sans coup férir, saisi également San Germano, déserté par iO escadrons et par 4.000 piétons aragonais, que le massacre de la garnison de Monte San Giovanni et la crainte d'être coupés avait frappés de panique (Delabordc, Expédition, p. 550 : cf. Charles \'III au duc de Bourbon, de " Bahe » i?; 12 février, dans la Pilorgerie, oui', cit., p. 179 s.. et Dupont, Mémoires, Preuves, III, 396).

3. Jean I^', seigneur de Rieu.x et de Rochefort, comte d'Harcourt, etc.. maréchal de Bretagne, né le 27 juin 1447, fds de François, seigneur de Rieux, et de Jeanne de Rohan. Après avoir longtemps combattu les Français, nommé par le duc de Bi'ctagnc, François, tuteur de sa fdle Anne, il négocia son mariage avec Charles A'III. Il commandait en Italie un corps qui opérait sur la droite de l'armée royale et faisait mine de prendre à revers la forte position de San Germaufi. Jean de Rieux fut marié trois fois et mourut le 9 février 1518 (de Maulde, Chron. de Louis XII, I, 290 n.).

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