Molinet, II, 15'.; Chron. Scand., II
2. Maximilien, fils de rempereui- Frédéric, était petit-fils d'f>rnest duc d'Autriciie, dont un frère cadet, Frédéric, fut le père de Sij^ismond.
; Si. Sipismond ne mourut que le i mars 1 596.
20 iMÉMOIRES DE PHILIPPE DE COMMY.NES [1477]
oster à la sienne, car il n'eut jamais nulz enll'ans, si a esté deux foiz marié. Et en la lin, et puys trois ans', vaincu-' par aultre bande de ses serviteurs, a transporté toute sa seigneurie, et dès à présent, à sondit nepveu, ce duc Maximilian dont j ay parlé, à présent roy des Romains '. Il retint seuUement une pension, comme la tierce partie, sans y avoir aultre auctorité ne puissance, et plusieurs foiz s'en est repenti, si Ton m'a dict. Et, s'il n'est vray ce que l'on m'a dict '•■, si est il à croire, et telle est la fin des princes qui veullent vivre bestialement. Et ce qui les me faict tant blasmer, c'est la grant charge et grant office que Dieu leur a donné en ce monde. Geulx qui sont incensez, on ne leur doit riens reproucher ; mais ceulx qui ont bon sens et de leurs personnes bien dispousez, et n'emploient le temps k aultre chose que à faire les folz et à estre oisifz, on ne les doit plaindre quant mal leur advient ; mais ceulx qui départent le temps, et selon leur aages, une foiz en sens et en conseil, aultres foiz en féstes et en plaisirs, ceux là sont bien à louer, et les subjectz bien heureux d avoir tel prince. Geste guerre de Bourgongne dura assés longuement, pour les raisons de ces petites faveurs d'Almans^. Tou-
i) «lepuis troys mois en çaéd. 1524, Sauv. — j) vaincu est omis dans le ms. B et dans les édil. — k) ce m"a l'on dict édil. : ainsi qu'il m'a esté dit D.
1. C'est le 16 mars 1490 n. st. que cette cession fut réalisée, avec réserve du droit de chasse et de pêche, et moyennant promesse d'une pension annuelle de 52000 florins. Ce passage des Mémoires aurait donc été écrit en 1493 seulement, postérieurement à tout ce qui précède. On remarquera, du reste, qu'il y a contradiction entre cette phrase et ce qui est dit quelques lifrnes plus haut du même Sigismond à propos du comté de Ferrette : » Et la tient encore aujourd'uy. «
2. Dès le commencement de 1477, les Confédérés avaient opposé leurs prétentions sur la Comté de Bourgrofine à celles du roi de France, et tout ce que Louis XI put obtenir fut qu'ils n'envahiraient pas cette province avant le 1" mai. En Suisse, la question finit par se transformer en une simple affaire d'argent et il ne s'agit plus i{ue de savoir de quelles mains — françaises ou allemandes — les ligues prendraient les 100000 florins qu'elles réclamaient en échange de leurs droits sur la Haute Bourgogne. Néanmoins, au commencement du printemps de 1477, des aventuriers suisses, enrôlés clandestinement, couraient la Comté et unis aux soldats de ^'audrey infligèrent au sire de Craon, lieutenant du roi, un échec sensible à Vesoul (17 mars). Berne conjura vainement ses confédérés d'arrêter ces enrôlements illicites. Après de laborieuses négociations, le roi de France obtint la
tesfoiz. la force du Roy leur estoit trop g'rande. L'argent failloit aux Bourii^uignons, g^ens se tournoient; places se prenoient par intelligences '. l'ng coup le seigneur de Cran assiega la ville de Dolle, chief de la conté de Bourgongne. Il estoit lieutenant pour le Roy. Il n'avoit point grans gens, et les mesprisoit '" ' ; et aussi mal luy en advint, car par une saillie que tirent ceulx de dedans, il se leva très soudai ine ment et perdit " partie tle son artillerie et des gens quelque peu, qui luy fut honte et charge devers le Rov "-. Le Roy, marry de ceste adventure, commença à adviser de mettre aultres gouverneurs en Bourgongne, tant pour ce cas que pour les très grans" pilleries qu'il avoit faictes audit pays et qui, à la vérité, estoient trop excessives-^. Toutesfoiz, avant que estre desappoincté de ceste charge, eut quelque avantaige sur une bande d'Almans et de Bourgui-
l) }^ens qui esloieiit es places se tournèrent par intelli;i:ence D, édit. — m) Il n'y avoil point fri'ans jjens dedans, et les niéprisoit édit. Le sens de noire le.Tle. (fui esl relui des uiilres niss., est : Craon n'm^nil jias beaucoup de monde arec lui et il niéjirisail ses adrersaires. — n) dedans, il se lr<(ii\a Ires scinlxlaineinent sui-prins et perdit éd. Dup. — o les ^rans B, édil.
pn'rérence, et les cantons s'enj;am''i-ent à lui fournil- un cor]3S de (iOOO mercenaires (25 avril-29 mai 14771. t^inq mois plus tard les Suisses n'avaient pas encore tenu leur promesse, et ii-s nienées boui"{<uifïnonnes paralysaient l'action des émissaires français. Rien mieux, le 2'ijan%icr li7S, les Confédérés conchirent une ])ai\ perpétuelle avec Maximilien et Marie et renoncèrent moyennant 100000 florins à leurs prétentions sur la (^omté. I.ucerne seul refusa de sifiner et tlcmeui-a fidèle à la France. Heureusement pour les Suisses, Louis X! avait besoin d'eu.x et ne leur tenait jamais lonji^lenips rigueur. (Mandrot. liclal. de Louis \I arec les caillons Suisses, cit., p. \ô't ss.).
1. Il s'était montre- plein d'ari-oj;ance à l'égard d'Adrien de Hubenherg, avoyer de Herne. de .Jean ^^'aldnlann et des aidres ambassadeurs envoyés par les Suisses avec mission d'intervenir aujjrès de Louis XI en fa\eur des Comtois afiùt 1 i77 . Toutes les plaintes des Confédérés n'avaient lencontrc de ce coté que mépris et mauvais vouloir. [Ihid., p. \6^.)
2. Les flerniers nu)is de l'année 1 i77 fui-ent défavorables aux Français, La sur[)rise de (iray 29 septembre) et surtout le désastre subi par le sire de Oaon devant Dole j-^" ot-tobrej contraignirent les troupes royales à d\^lcuer la Coudé (-f. Molinet II. .iO ss. ; de Hodt, l'eldziuje. Il, 484).
3. Est-il bien Juste de dire, comme l'a fait M"" Dupont, que Conmiynes ne s'élève ctmtre les brigandages de M. de Craon qu'avec une prudente rései-vc et que l'espi-it de tolérance qu'il semble mettre dans son récil prêle fpu-lfpic vraisemblance aux accusations drmt lui-même devint bientôt l'objet Mémoires, 1, i.v ? M"- Du|ionl n(; s'esl-elle ])as méprise sur le sens du mot trop, (jui au W siècle signifie simplement Irès'l
22 ■ MÉMOIRES DE PUlLll'I'K DE COMMYNES [14771
gnons, où fut prins le seigneur de Chasteau Guyon, le plus grant seigneur de Bourgongne. Le demeurant de ceste journée ne fut point grant chouse. Je n'en parle que par ouyr dire, mais ledit seigneur de Cran y eut bon bruit de sa personne i' '.
Comme j'ay commencé à dire, le lîoy délibéra, pour les raisons dessusdites, de faire gouverneur nouveau en Bourgongne, sans en rien toucher aux prouffîctz et biensfaictz dudict seigneur de Cran, fors des gens d'armes qu'il luy ousta, excepté six hommes d'armes et douze archiers qu il luy laissa pour l'acompaigner. Ledit seigneui- de Cran estoit homme fort gras ; et assez content il s'en alla en sa maison, oîi il estoit bien appoincté. Le Roy ordonna en son lieu messire Charles dAmboise, seigneur de Chaumont -, très vaillant homme et saige et diligent. Et commença ledict seigneur à praticquer de vouloir retirer tous ces Almans qui luy faisoient la guerre en Bourgongne (non point tant pour s'en servir que afin de plus aiséement concjuerir le reste du pays, et de les mettre à sa soulde), envoya devers les Suysses, qu'il appelloit mess"'* des Ligues, et leur otTrit de beaulx et grans partiz. Premier, vingt mil francs l'an, qu'il donnoit au proutïict des villes, qui sont quatre, Berne. Lucerne. Suric. et croy que Fribourg y avoit part; et leurs trois quantons qui sont villaiges, envyrons leurs montaignes), Suysse, de qui ilz portent tous
p) B et lex édil. ajoutent : et s"v porta ti-es hardiment.
1. Le 15 juin Ml',, larnu-e royale mit le siè^^e devant Gy ^auj. dép' de la Haute-Saône , où le prince dOranjre s'était enfermé avec 3 ou 4000 hommes. Le 17, Craon remporta une victoire sifrnalée sur un corps de Bourjruignons et de Suisses que Ilufîues de Châteaufruyon et autres amenaient au secours des assiégés. Chàteauguyon fut pris et Gy se rendit le lendemain: mais, pendant le combat, le firince d'Orange avait réussi à s'enfuir Gollut, Mém. histor. de lu République Séquanaise, nouv. éd. p. 1377; Vaesen. Lettres.. VI. 192; Lettre; et Bulletins des armées de Louis XL cités, p. 20 ; Chron. Scand. II, 53). C'est le roi qui paya la rançon du seigneur de Chàteauguvon (BihI. nat., nis. fr. 23266, fol. 10 .
2. Par lettres du 12 octobre 1477, données à Melun ('\'aesen, Lettres, YI, 236 . Charles d'Amboise, comte de Brienne, était déjà gouverneur de Champagne.
le nom, Soleurei, et Ondevral '^ aussi' avoient part. Itom ving-t mil francs Van, qu'il donnoit aux particuliers et aux personnes de qui il se aidoit et servoit en ces marchez là 2. Il se feit '■ leur bourg^eois et en voulut lettre, et aussi leur premier alié. A ce point firent aulcune difficulté, pour ce que tous temps* le duc de Savoye estoit leur premier alié ; toutesfoiz ilz consentirent à ses demandes, et aussi de bailler au Roy six mille hommes continuellement en son service, en les payant à quatre florins et demy d'Almaig-ne le moys ; et y a tousjours esté ce nombre jusques au trespas dudit seigneur '\
l'ng- pouvre Roy n'eust sceufaire ce tour, et le tout luy tourna à son proufïict : et croy que à la fin sera leur dommaige, car ilz ont tant acoustumé l'arguent, dont ilz avoient petite conj^noissance par avant, especiallement de monnoye d'or, ({ue ilz ont esté fort près de se deviser entre eulx. Autrement on ne leur scauroit nuyre, tant sont leurs terres aspres et povres, et eulx bons cond)atans : pourquoy peu de g'ens assairoient ' leur courre sus.
Faict ces traictés et tous les Almans qui estoient en Bourg'ong'ne retirez au service et gaige du Roy, la puis-
q) Suleure, Condreval du. le ms. — r) Là se fist B, édit. — s) de tout temps édit. — t) essayeront éd. Diip. Ch. ; essaycroicnt l).
1. Lisez Ui'i : les linis cantons primitifs sont Schwytz, Uri et Unterwalden.
2. Ce sf)nt les ternies de l'alliance du 26 octobre 147Î, ratifiée par I^ouis XI le 2 jan\ier 1 175, (]ue Coinniynes reproduit ici. Cf. ci-dessus, L 276.
3. C'est le !> août I iso seulement, après d'intei-minalDles néjïociations, et lorscpie l'argent français eut enfin vaincu les derniers scrupules des petits cantons, {pie les (Confédérés se décidèrent à expédier au roi de France les 6,000 hnmmes depuis si lonf;fem])s |)roniis. Encore la nouvelle de la trêve niarcliande conclue le 21 août de la même année entre Louis XI et Maximilien eut-elle [)our cllet de renvoyer aussitôt en Suisse les bandes de mercenaires qui venaient de franchir les frontières du royaume. Dès lors et jus(iu'à sa mort, le roi n'eut i)lus à son service de contin^'-ents ofliciellement constitués, mais seulement des axenturiers (Reislaufer). Leur nombre paraît avoir été de 6000 environ jusfpi'en 1 iS.'i. Dès 147K, Louis XI faisait casser 500 lances et les i-emplavait par des volontaires suisses [Relui, de Louis XI Hvec les Suisses, p. is} ; cf. Spont, L;i milice des francs-archers, ds. Revue des (Jueslions fiislor., t. LXI, p. i62, ss.).
sance des Bourgongnons fut de tous polntz rompue K Et pour abréger la matière, après plusieurs menues choses faictes par le gouverneur, Mous*" de Chaumont, il assiégea Rochefort, ung chasteau près de DoUe, où esloit messire Claude de Vaudrey. Il le print par composition ~. Après assiega Dolle, dont son prédécesseur en Tollice avoit esté levé, comme j'ay dict, et fut prinse dassault. On dit (jue aulcvms Almans, de ces nouveaulx reduictz, cuiderent entrer pour la delfendre; mais en leur compaignée se misdrent tant de francs archiers, sans entendre la malice, mais seulement pour gaigner, que comme ilz furent dedans, que tout se print à piller, 'et fut la ville bruslée et destruicte ^
Peu de temps après ceste prinse, il assiega Aussonne, ville très forte; mais il y avoit bonne intelligence dedans : et escripvoit au Roy pour les offices pour aulcuns qu'il nommoit, avant que mettre le siège, ce que voulentiers luy fut accordé. Combien que je ne fusse point sur le lieu où ces choses se faisoient, si le scei je par ce que on rapportoit au Roy et par le^s lettres que on luy en rescripvoit, lesquelles je voyoies, et souvent en faisoie les responces par le commendement dudit seigneur . Audit Aussonne avoit peu de gens, et les chiefz accordez avecques ledit gouverneur, qui, au bout de cinq ou six jours, la baillèrent \
1. En vain, à plusieurs reprises, rarchcvéque de Besançon, Charles de Neuchâtel, avait promis aux Suisses 150.000 florins au nom de la province : Louis XI couvrit cette ofl're par une sui-enchère et les aventuriers furent rappelés.
'J. Le nouveau lieutenant du roi en Comté commenta ses opérations au mois de juin 147s, et, dés l'abord, le succès couronna ses ell'orts fie Hodl, Feldziifie, cité, II, 498 ss.i. (Claude de ^"fiudrey. seifineur de l'Aigle et de Chiilv, bailli de la Montajrne (1474], lame du parti boui-guifjnon dans la Ilaute-Hourjio^ne, s'était, en 14"7. empare « moitié par force et moitié par emblée » (Molinet. II. 47) du château de Rochefort ^auj. dép. du Jura, arr' de Dôle . Au printemps de 1470, Charles d'Amboise reprit cette place, dont la Iraliison lui ouvrit les portes. Elle fut mise à sac et bridée. Salins, Arbois. Polif^ny, Au.xonne puis A'esoul el toutes les places du nord de la Comté tombèrent au.\ mains des Français de fiodt. II, olO s.: Basin. III, 50 s.).
3. Mai 1479. D'Amboise saisit Dôle par trahison, en lit égorger les habitants el y laissa mille archers qui eurent ordre d'incendier la ville maison par maison (Chron. ScancL. Il, S7 : de Rodt, l. c).