‹ Mémoires;Chapitre 87 sur 177 · Premier magistrat de la cité · texte numérisé non relu

Premier magistrat de la cité

5. « Liza Fusina è mia cinque luntana de la inclita cita ■> [Itinerariuni Marini Sunuli, dans Archivio Venelo, XXII, 1° part. (ISSn, p. 7). Montaigne écrira un siècle après Commynes : « Ghaffousine.. .n'est qu'une hostellerie i)ù l'on se met sur l'eau pour se rendre à Venise >> [^Journal du voyage de M. de Montaigne en Italie, etc. Paris, 1774, in 4", p. 91). C'est aujourd hui Fusina.

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beaulz tappis veluz dedans pour se seoir dessus. Et jusques là vient la mer et n'y a nulle plus prochaine terre pour arriver à Venise: mais la mer y est fort plate sy ne faict tormente, et à ceste cause qu'elle est ainsi plate se prend g^rand nombre de poisson et de toutes sortes. Et fuz bien esmerveillé de veoir Tassiete de ceste cité, et de veoir tant de clochiers et de monastères et si grand maisonnement, et tout en 1 eaue, et le peuple n'avoir nulle aultre forme d'aller que en ces barques, dont je crois qu'il si en fîneroit trente mil ; mais elles sont fort petitez. A l'environ de ladite cité y a bien soixante et dix' monastères, à moins de demye lieu françoise. à le prendre en rondeur, qui tous sont en ysle. tant d'hommes que de femmes, fort beaulx et riches tant de editfices que parement et ont fort beaux jardrins, sans comprendre ceulx qui sont dedans la ville, où sont les quatres ordres des mendians ' , bien soixante et douze parroisses - et mainte confrairie ; et est chose bien estrang^e de veoir si belles et si orpandes églises fondées en la mer.

Au dit lieu de la Chafausine vindrent au devant de moy^ vingt et cinq gentilz hommes, bien et richement habillez et de beaulx draps de soye et escarlate. et là me disrent que fusse le bien venu ; et me conduyrent jusques près la ville en une église de Sainct André, où de rechief trouvay autant d'aultres gentilz hommes, et avecques eulx les ambassadeurs du duc de Millan et de Ferrare. Et là aussi me firent une aultre harengue. et puis me misdrent en aultres bateaulx, qu'ils appellent platz, et sont beaucop

a) septante édil.

1. Carmes. Jacopins, Cordeliers et Augustins, les quatre ordres qui faisaient profession de mendicité.

2. ^'enise est bâtie sur soixante-douze lies, et chaque ilc possédait son église, sans parler de nombreuses chapelles.

3. C'est le 2 octobre 1494 que Commynes arriva à Venise. Plusieurs des détails de la réception qui lui fut olTerte sont répétés dans les lettres adressées par l'ambassadeur florentin Paul-Antoine Soderini à ses commettant-s, qu'a imprimées Kervyn ^Lettres et Xégoc. cit. II, 106 ss.).

plus grans que les aultres ' ; et en y avoit deux couverts de satin cramoisy, et le bas tappissé, et lieu pour se seoir quarente personnes en chascun '\ Me firent seoir au meillieu de ces deux ambassadeurs (qui est l'honneur d'Italie que d'estre au meillieu) et me menèrent au long de la grant rue qu'ilz appellent le Canal Grant - : et est bien large (les gallées y passent au travers, et y ay veu navyres de quatre cens tonneaulx et plus, près des maisons), et est la plus belle rue que je cro}- que soit en tout le monde et la myeulx maisonnée, et va le long de la ville. Les maisons sont fort grandes et haultes, et de bonne pierre, les anciennes, et toutes painctes ; les aultres faictes puis cent ans, toutes ont le devant de marbre blanc, qui leur vient d'Istrie 3, à cent mil de là, et encores mainte grant pièce de porfdle*^ et de serpentine sur le devant. Au dedans, ont, pour le moins en'' la pluspart, deux chambres qui ont les planchers ^ dorez, riches manteaulx de chemynées de marbre taillez, les chalitz des lits dorez, et les ostevens painctz et dorez, et fort bien meublés'' dedans. Et est la plus triumphante cité que jamais j'aye veue et qui plus faict d'honneur à ambassadeurs et estrangiers, et qui plus saige-

h) quarante personnes ; et chascun me firent éd. iHiS, me feit Sauv. Leng. Dup. — c) porphire édif. — d) pour édit.; dans notre ms. pour a été eorrigé en en — e) meublées édit.

1. Les « quarante gentilshommes qui en avaient reçu Tordre. ..allèrent à la rencontre de M' d' Argenton avec deux bucentaures » (Lettre du même ambassadeur, du 3 octobre, OUI', cité, II. 109; cf., p. 106, celle du 1" octobre).

2. Le Grand Canal a la forme d'un S et sépare Venise en deu.\ portions d'inégale importance. On trouvera une vue de A'enise au .w siècle reproduite, d'après un ms. du musée de Chantilly, dans le t. II de VHist. des Relat. de ia Fntnce avec Venise, de Perret, plusieurs fois citée.

3. LIstrie, province située sur la côte orientale de l'Adriatique, en face de Venise, appartenait alors à la République.

4. Plancher, dans le sens de plafond, était encore usité au 17* siècle (Cf. Littré, au mot). C'est dans ce sens également qu'on trouve le mot employé dans une lettre de Charles VIII au duc de Bourbon (de Naples, le 28 mars 1495}. « J'ay trouvé en ce pays des meilleurs paintres...pour faire aussi beaulx planchiers qu'il est possible; et ne sont les planchiers de Bauxe, de Lyon et autres lieux de France en riens approchans de beaulté et richesse ceux d'icy : pourquoy je m'en fourniray et les meneray avecques moy pour en faire à Amljoise » (La Pilorgerie, oui-, cit., p. 211 ss.). M. Miintz se trompe, croyons-nous, lorsqu'il attribue, en citant cette lettre, au moi plancher le sens de parquet. {La Renaissance, cit., p. 510).

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mont se ji^ouverne, et où le service de Dieu est le plus solliînipnelleiuent faict. Et encores qu'il y j)eult bien avoir d'aultres faultes, si croy je que Dieu les en aide, et pour la reverance quilz portent au service de TEt^lise.

En ceste compaig'nie de cinquante g-entil/ hommes me conduirent jusques à Sainct George ' , qui est une abbaye de moynes noirs relTormez. où je fuz loji^ié. Le lendemain me vindrent quérir et mener à la Sei<j^neurie -, et presentay mes lettres au duc, qui préside en tous leurs conseil/, et est à vie, et/^ honnouré comme un^ roy ; et s'addressent à luy toutes lettres , mais il ne peult ^ueres de luy seul. Toutesfoiz cestui cy a de lauctorité beaucop, et plus que n eut jamais prince quilz eussent; aussi il y a desja douze ans qu'il est duc, et l'ay trouvé homme de bien et saige et bien expérimenté es choses d'Italie, et douce et amyable personne 'K

Pour ce jour ne dis aultre chose ; et me fît on veoir trois ou quatre chambres, les planchers richement dorez 4, et les lits et ostevans ; et est beau et riche palaix de ce qu'il contient, tout de marbre bien taillé, tout le devant, et le bort des pierres dorées de ^ la largeur d'uns^ poulce par adventure. Et y a audit palais quatre belles salles richement

f) Les cinq derniers mois ont été omis dans les édil. précédentes. — 7 en édit.

1. Labbaye bénédictine de Saint-Georpfes le Majeur, sur l'île du même nom, à rexlrémilé du canal de la Giudecca. était d'ordinaire réservée au lof^ementdes ambassadeurs étrangers cf. Lefèvre-Pontalis et Dorez, Chron. d'Anl. Morosini, II, 159). L'église actuelle, conçue par Palladio, ne fut commencée qu'en 1556.

2. « Ce matin (ces gentilshommes) se sont, au nombre de trente, rendus avec les mêmes bucentaures à Saint-Georges, où il est logé, et l'ont conduit à l'audience (P. -A. Soderini aux Huit de Pratique, 3 oct. (1 i95, Kerxyn. Lettres et \egoc., II, p. 109 .

.3. Le doge Agostino Barbarigo fut nommé le 28 aoiit 1486. Il avait alors G6 ans, et portait toute sa barbe, qui était blanche, depuis la mort de son fils unique. Sa femme était de la maison Soranzo. Il mourut en 1501 (Sanudo, Vite de' dachi di V'ene=('ci, dans Muratori, X."SLn, cul. 1239 ss.). Sur l'organisation compliquée du gou\crnement vénitien, consulter les fragments du Traité anonyme du (fouvernement et ré(fime de la cité et Seiijneurie de Venise, publié en append. au t. II de l'ouv. cité de Perret.

4. Les chambres à plafonds dorés que Cnmmynes admira en 1194 au Palais Ducal, furent détruites par les incendies de 157i et de 1577.

De MiXDRct — Mémoires de Philippe de Coni'nunes. — 11. 14

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dorées et fort grant logis ; mais la court est petite. De la chambre du duc, il peult ouyr la messe au grant aultel de la chappelle Saint Marc, qui est la plus belle et riche chappelle du monde pour n'avoir nom que chappelle ', toute faicte de musaïque en touts endroitz : encores se vantent d'en avoir retrouvé'' l'art, et en font besong'ner au mestier; et l'ay veu*.

Kn ceste chappelle est leur trésor •\ dont l'on parle, qui sont choses ordonnez pour parer l'église. Il y a douze ou quatorze gros balaiz : je n'en ay \eu nulz si gros. Il y en a deux, l'ung poise sept cens, et l'autre huyt censcaratz, mais ilz ne sont point nectz. Il y a douze haulx de pièces de cuirasse ' d'or, le devant et les borts bien garniz de pierrerie très bonne J, et douze couronnes d'or, dont anciennement se paroient douze femmes, qu'ils appelloient roynes, à certaines festes l'an, et alloient par ces ysles et églises. Elles furent robées, et la pluspart des femmes de la cité, par larrons qui venoient d'Istrie ou de Friolle, qui est près d'eulx, qui s'estoient cachez derrière ces ysles; mais les mariz allèrent après et les recouvrèrent et misdrent ces choses à Sainct Marc, et fondèrent une chappelle où la Seigneurie va tous les ans, au jour qu'ilz eurent ceste victoire ^. Et est bien grant richesse pour parer l'église, avecques maints aultres choses d'or, qui y sont es potz de

/j) trouvé édit. — i) Il y en a douze aullres de pierre de quirasse éd. I52S et Dup. ; de pierres de cuii'asse Sauv. — j) très fort bonne éd. 1528, Sauv.

1. Ce n'est qu'en 1807 que S' Marc est devenu église cathédrale. Jusquelà, c'était la chapelle du Palais Ducal. Fondée en 828 par le doge Giusliniani Partecipiazio pour recevoir les reliques de saint Marc, rapportées d'Alexandrie, la chapelle primitive fut incendiée en 976 et remplacée par l'église actuelle, qui fut consacrée le 4 octobre 1111.

2. Les plus anciennes des mosaïques que Comniynes admira à Saint- Marc datent de la seconde partie du XI' siècle. Jusqu'en plein XVI* siècle, les Vénitiens continuèrent à préférer cet art, cher aux Byzantins, à la fresque si employée dans d'autres parties de la péninsule (Miintz, La Renaissance en Italie, cit., p. 308).

3. Malgré les déprédations dont il a été l'objet, ce trésor forme encore une des plus riches collections connues d'orfèvrerie religieuse. Cf. Em. Molinier, Le Trésor de la basilique de S. Marc, Venise, 1888, et Pasini, Tesoro di S. Marco, in-fol., 1886.

4. Sur cet épisode célèbre de l'histoire de Venise, voyez Sansovino, Venelia cilla nobilissima, Venise, 1663,in-4°, p. 493. C'est le 1" février que

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jacinte, damathiste''', de aguatte, et ung bien petit de bonne ' esmeraude ; mais ce n'est point grant trésor pour estimer comme Ton faict. Or et argent content ne tiennent ilz point '" en trésor, et m'a dict le duc, devant la Seigneurie, que c'est peyne cappitalle parmy eulx de dire qu'il faille faire trésor ; et croy quilz ont raison, pour doubte des divisions d'entre eulx. Après me firent monstrer leur arclienal ', qui est là où ilz tiennent " leurs gallées et font toutes choses qui sont neccessaires pour l'armée de la mer, qui est la plus belle chouse qui soit en tout le demourant du monde au jour d'uy ; mais autresfoiz il a esté (et est") la myeulx ordonnée pour ce cas.

En elfect je y sejournay huyt moys, detl'rayé de toutes chouses, et tous aultres ambassadeurs qui estoient là. Et vous diz bien que je les ay congneus si saiges et tant enclins à croistre leur Seigneurie, que, s'il n'y est pourveu tost, cjue tous leurs voisins en maudiront l'heure. Car ilz ont plus entendu la façon de eux^ defîendre et garder, en la saison que le lloy y a esté et depuis, que jamais; car encores sont en guerre avecques luy, et si [se] sont bien osez eslargir, comme d'avoir prins en Pouille sept ou huyt citez en gaige ; mais je ne sçay cjuant ilz les rendront '. Et quant le Hoy vint en Ytalie, ilz ne pouvoient croyre qu'on prist ainsi les

k] qui y sont, el pour la suite d'amatiste édil. — i, bonne omis dans les èdit. — m) pour estimer, comme l'on faict or ou arj^ent contant, et ilz n'en tiennent point édit. — n) où ilz esquipent Sauv. Lena \ où ilz trenncnlDw/j. — o) et est omis dans les édil. C'est de l'arsenal qu'il s'agit dans ce membre de phrase. — p) leur dans le ms.

le doge se rendait processionnellement à l'éfilise Santa-Maria Formosa, afin d'y commémorer l'événement raconté par Commynes (M. Sanudo, Vile dei duchi, dans Muratori, XXII, 441.

1. L'arsenal, complété entre 1307 et 1320, est entouré de murs crénelés et de tours. Sa porte principale date de 1460. On trouvera dans Bibl. de l'Éc. des Charles, III (1841), p.lS9 s., la description de cet arsenal, telle que l'a donnée Jean de Chambcs, beau-père de Philippe de Commynes, que Cliarles VII envoya à Venise au mois d'octobre 1459. Cette description a été reproduite par M"* Dupont, Mémoires, II, 408 n. Cf. le Traité du gouvernement de Venise, cité, dans Porret, II, 293.

2. Otrante, Brindisi, Monopoli, Pulignano. Les Vénitiens gardèrent ces places jusqu'en 1509.

places, ne en si poy de temps, car ce nest point leur façon : et ont faict et font mainte place forte depuis, et eulx et aultres, en Ytalie. Hz ne sont point pour se acroistre en iaste 'i, comme firent les Romains ; car leurs personnes ne sont point de telles vertus, et si ne va nul d'entre eulx à la g-uerre de terre ferme, comme faisoient les Romains, si ne sont leurs providateurs et paieurs ', qui accompaignent leur cappitaine et le conseillent et pourvoient l'ost. Mais toute la guerre de mer est conduicte par leurs gentilz hommes, en chiefz et cappitaines de gallées et naves ~, et par aultres leurs subjectz. Mais ung aultre bien ont il[sj au lieu dV aller en personne es armées'' par terre, c'est qu'il ne se faict nulz hommes de tel cueur ne telle vertu pour scavoir seigneurier *, comme ilz avoient à Rome; et pour ce n'ont ilz nulles questions civilles en la cité, qui est la plus grand richesse * que je leur voye. Et y ont merveilleusement bien pourveu, et en maintes manières, car ilz n'ont point de tribuns du peuple comme ont" [eujles Romains, qui fut '' partie cause de leur discention"' ; car le peuple n'y a nul crédit ne n y est appelle en riens, et tous offices sont aux gentilzhommes, sauf leurs secrétaires : ceulx là ne sont point gen-

q) Les édit. portent haste, ce qui, d'après la suite, parait bien être lu vraie leçon. — r) en lieu daller, en personne, aux armées Sauv. ; aux lieux des armées Dup. — s) pour scavoir seij;neurie éd. 15:28; pour avoir seigneurie Sauv. Dup. — t) la plus granl prudence Sauv. Dup. — u) comme avoient édit. — r) l'eurent édit. — lO) leur destruction Sauv. Dup. ; déseï^ tion e(7. 15^$.

1. « Et touchant à la manière de faire la guerre, la Seigneurie de Venise observe ceste ordre, c'est assavoir qu'elle envoyé ung ou deux providateurs, lesquelz demeurent continuellement avecques ceulx qui ont le gouvernement desd. guerres.. ; et leur office est de [leur] conseiller les choses qui sont à faire pour lad. guerre » [Traité du gouvernement de Venise, cité, dans Perret, II, 302 s.). « Il est aussi envoyé à lad. guerre ung aultre gentilhomme soubz nom de paguadour, c'est-à-dire de trésorier ou argentier, lequel reçoit et despend tout l'argent que la Seigneurie envoyé à la guerre » {même ouv., p. 304).

2. Ces capitaines étaient élus pour chaque « voyage » par le Grand Conseil. Le capitaine avait <• le gouvernement et régime de toutes les gallëcs envoyées aud. voyage, avec droit de haute et basse justice, tant au civil qu'au criminel, sur tous ceux qui prenaient part au voyage » (Perret, oui'. cité, II, 294).

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hlzlioinmes. Aussi la pluspart de leur peuple est estranger. Et si ont bien congnoissance, par Titus Livius ', des faultes que tirent les Romains ; car ilz en ont Ihistoire et aussi -^ les os en leur palais de Fadoua '-. Et pour ces raisoris et niiiintes aultres que je congneu en eulx, diz une autres loiz quil/. sont en voye d'estre l)ien gransy.

Chap. XIX.J Or fault dire (juelle fut ma charge, qui fut merciement des - bonnes responces qu'ilz avoient faictes à deux serviteurs du Roy qui avoient esté vers eulx, et que, à leur liance, il tiroit'' avant en ceste emprinse : car ce fut avant qu'il partist d'Ast. Aussi leur remonstray les longues et anciennes aliances qui avoient esté entre les roys de France et eulx, et davantaige leur olFris Brandis et Ottrente, par condition que, en leur l)aillant myeulx en Grèce, qu'ilz fussent tenuz le rendre. Hz me tindrent les meilleures parolles du monde du Roy et de ses affaires, car ils ne croioient [)oint qu'il allast gueres loing. Et de l'offre que leur feiz, dirent qu'ils estoient ses amys et serviteurs et qu'ils ne vouloient point qu'il achaptast leur amour. Aussy le Roy ne tenoit pf»int lesdites places, et si vouloit qu'ilz se missent'^ en guerre, ce qu'ilz ne voubnent point faire ■^. Et puys il y

j) et si en sont édil. — y) bien f;rans seifrneurs pour l'advenir édit. — Z; qui fut à cause des édil. — a) il tirast édil. — b) et que s'ilz vouloient, ilz se nietlroiont bien édil.

1. On sait que, si on en croit Sleidan (Lenj^let lY , 2* part., p. 122 , Comniynes, lui aussi, avait « dilijieninicnt leu et i-etenu toutes sortes d'histoires escrites en françois, et principalement des Romains ». Il possédait dans sa Jibrairie les œuvres de Tile-Live, en français.

2. Le Palaz/.o délia Ha^^ione, à Paflf)ue, l'ut construit par Pietro Cozzo entre 1172 et 1219. — La découverte, dans cette ville, en 1413, d'un cercueil de plomb renfermant des ossements, confirma la tradition d'après laquelle Tite-J^ive, né à .Mbano, près de Padouc. aurait habité et serait mort dans cette dernière cité. La translation de ces débris eut lieu avec une pompe extraordinaire, et le jiouvernement vota i)ar acclamation l'érection d'un mausdlée. Ceux des ossements qui ne furent pas dérobés par de fanatiques admirateurs de l'antiquité furent réj^arlis en divers lieux. L'os de la mâchoire fut déposé à la " (Lancellaria » de Padoue. Alphonse l", roi de Naples, obtint, en 1 lûO, un os du bras (Miinlz, La Renaissance en Ilalie., cit.. p. 283 .

3. Les re^nstres du Sénat contiennent im i-ésumé de la harangue que Piiilippe de (^immynes adressa an do^^e Haibari|,'o. 11 remercia d'aborrl le Sénat, au nom du roi de France, de l'accueil fait à M. de Cytain, de l'ordre

avoit ambassades de Napples, les suppliant tous les jours et leur offrant ce qu'ils vouldroient : et confessoit le roy Alphonce, qui lors regnoit, avoir failly vers eulx ; leur*^ remonstroit le péril que ce leur seroit si le Roy venoit au dessus de son emprise •. Le Turc'' leur envoya inconti-

c et leur édit. — d) Le Turc, de laultre coslc édit.

donné au capitaine g^énéral des galères de traiter les Français comme les sujets de la République, enfin des assurances d'amitié qui avaient été fournies à son maître. Il s'attacha ensuite à disculper ce dernier de tout projet menaçant pour la liberté italienne. La conquête du royaume de Naples, qui lui appartenait en droit, et la croisade contre le Turc, tels étaient les uniques objets de son entreprise. Les intérêts du Pape seraient sauve- {^ardés, puisque le roi continuerait à lui payer, pour Xaples, un tribut annuel de 43.000 à 11.000 écus. Oslie ne tarderait pas à être restitué au cardinal de Saint-Pierre es liens. Dans le nord de la péninsule, l'intention du roi Charles était d'envoyer un corps d'armée dans le Ferrarais cette menace avait sans doute pour but de décider \'enise à prendre pai-ti pour la France), tandis qu'un autre corps, commandé par ^I. de Montpensier, occuperait les places des Florentins, coupables d'avoir, à Porto \"enere et à Rapallo, assisté les ennemis de la France. Au reste, il ne leur serait rien enlevé, s'ils accordaient libre passage aux Français, et même, malgré sa préférence pour le gouvernement des Médicis, le roi ne les empêcherait pas, s'ils y tenaient, de se gouverner en commune. Lorsque la réception publique fut close, le seigneur d'Argenton fut admis, sur sa demande, à préciser, devant des auditeurs spécialement commis, certains points délicats. Il exposa que la Seigneurie aurait tort de voir avec chagrin un roi puissant s'emparer à Xaples du trône du roi Alphonse, car ce roi était préparé à accorder au gouvernement vénitien toutes les faveurs qu'il demanderait i qu'après avoir rétabli dans leurs fiefs les seigneurs napolitains qui avaient été dépouillés, le roi Charles ne garderait pour lui que peu de chose: enfin (et sur ce point l'orateur demanda le secret), en échange de l'assistance d'une vingtaine de galères et de quelque cent ou deux cents lances vénitiennes, le roi était prêt à accorder à la République la possession d'un port sur la côte napolitaine jusqu'au jour où il lui serait possible de l'échanger contre une place plus avantageuse en Grèce.

La réponse du Sénat, transmise à l'ambassadeur le 9 octobre, fut une véritable fin de non-recevoir. Par 151 voix contre 20. il avait été résolu qu'on agréerait les compliments et les assurances d'amitié apportés par le seigneur d'Argenton, mais que toute extension du traité jadis conclu entre la République et la couronne de France serait écartée comme inutile. Les progrès du Turc, vainqueur en Croatie, miraculeusement repoussé devant Belgrade, menaçant en Bosnie, seraient signalés à Charles VIII. Quant à Ostie, 148 voix contre 1 invitèrent le doge à prendre acte de la promesse que le roi ne garderait pas cette place, mais sans qu'aucune mention fut faite des prétentions du cardinal de la Rovère(.Sen. Secret., t. XXXV, 33 ; cf. trad. franc, dans Kervyn, Lettres et nègoc. cit., II, 111-113 et 121 s.). Notons que, le même jour, la Seigneurie faisait écrire à l'orateur vénitien à Milan qu'elle comptait bien que Ludovic réussirait à empêcher les Français de poursuivre leur entreprise sur Xaples et qu'on était surpris, à A'enise, que, parmi tant de têtes sages, personne en Italie n'eut encore trouvé le moyen de renvoyer le roi Charles au delà des monts Sen. Secr.. XXXV, 33).

1. On a vu plus haut que l'ambassadeur du roi de Xaples à Venise, avait nom Jean-Baptiste Spinelli, comte de Cariati. Il avait épousé Livia

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nent ambassadeur, (jue je veiz plussieurs foiz, qui, à la requeste du*" Pape, les menassoit s'ilz ne s' declarroieiit contre le Hov. A chascun faisoient bonne responce, mais ilz n'avoient à ce commencement nulle craincte de nous et ne s'en faisoient (jue rire. Et aussi le duc de Millan leur faisoit dire par son ambassadeur qu ilz ne se souciassent, et (ju'il savoit bien la façon de repvoier le Roy sans ce qu'il tint riens en Ytalie ; et autant en avoit mandé à Piere de Medicis, qui le ma dit. Mais quant ilz virent, et le duc de Millan, que le Roy eut/^ les places des Florentins entre ses mains, et par especial Pise, ilz commencèrent à avoir paour, et parloient de la façon de le garder de passer plus avant ; mais leurs conseilz sont long's, et ce pendant le Roy tiroit avant ; et prens alloient et venoient des uiv's aux aultres. Le roy d Espaicrne ' commençoit aussi à avoir paour pour ces ysles de Cecille et de Sardaig^ne. Le roy des Romains commença à estre envyeulx ; et luy faisoit on paour de la couronne imperialle, disant que le Roy la vouloit prendre cl en avoit requis le Pape : qui n estoit point vray -'.

e (i'unj; dans le nis. — f f[ue \c Roy avnil éilil.

(^aracciola. et un parent de sa femme. Tristan (.aracciolo, a laissé de lui un éloire intéressant par les détails qu'il foui'nit sur la mission à ^'enise de ce fidèle serviteur des souverains arajronais. Kn arrivant, il trouva le sénat divisé, mais en f^rrande majorité désireux de irarder une neutralité |)rudente. Il y avait là. ajoute le bio^rraplie, un orateur fran(,'ais qui appréciait très fort la sagesse italienne c'est de Conunynes qu'il s'ajrit . et il ne manqua pas d'informer son roi de l'adresse de Spinelli. et de l'exhorter à tout tenter |)<>ur le f^a^rner. C'est en effet ce qu'essaya de faire, par des moyens directs et indirects, le cardinal qui dirifreait le conseil du roi de France Hiiçonnet). 11 fit écrire à J. B. S[)inelli par des parents et amis de Naples, lui promettant honneurs et richesses, s'il voulait se déclarer le serviteur de la France. Mais l'adroit Napolitain ne répondit ni oui ni non. très résolu au f<md à demeurer fidèle à son roi, mais feifcnant d'hésiter, dans la crainte d'attirer sur les siens les rigueurs de létranfjer (Trisl. Caracciol>>. ./. li. S])inelli vil;i. dans Muratori, XXII, col. 14 s.,.

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