Ferdinand V fie (Catholique
2. Il est certain qu'au début Maximilien laissa le champ libre à Charles \'III, leurré qu il était par 1 espoir d un ajjpui qui lui permettrait de mettre la main sur les possessions des \'énitiens en terre ferme, ou même sur le Milanais ' Archivio slor. itnl.. VU, 2" part.. p.S09'. Lui aussi, et avec (juclque sincérité peut-être, parlait de croisade. Vers la fin de 1594. il annonvait même au cardinal de Gurck qu'au printemps il serait en Italie, afin de s'entendre avec le roi de France au sujet des mesures à prendre
216 MÉMOIRES DI-; l'uii.ii'i'i: m: commvnes fl495J
Iilt, pour ces doubles, ces deux roys envoyèrent grosses ambassades à Venise, mo}- estant là. comme dit est. Quatre y en envoya-'' le roy des Romains, car il est'' voisin. L'evesque de Trente en estoit le principal, deux chevaliers et unjjf docteur, à qui tut taict jurant honneur', et les logis bien acoustrez. comme à moy . et dix ducatz par jourpour leurs despens, et leurs chevaulx delFraiez, qui estoient demourez à Trevise '. Incontinent vint ung très honneste chevalier d'Espaigne, bien acompaigné et bien vestu, qui aussi fut forthonnouré et deifraié -. Le duc de Millan, oultre Tembassadeurquily avoit, y envoya levesque de Cosme et messire Francisco Bernardin Visconte •'. Et commencerent^ecretement et de nuyt à communicquer ensemble, et premier par leurs secrétaires, et n'osoient encoresen publicque se declairer contre le Roy, par especial le duc de Millan et ^'eniciens,
g] comme dit est, quant y envoya Ptlit. — /i) estoit édil. — t, honneur et l'everence édit.
pour combattre le Turc : il n'ajoutait pas : et pour réduire \'enise. avec liiquelle il était en contestation pour certains territoires en Frioul. Il fallut, pour le retourner, la main-mise par les Français sur des cités censées impériales : Florence, Pise, Sienne ; l'abandon de la réforme de l'Eglise ; les prétendues aspirations de (Charles ^'II1 à la couronne impériale; surtout la pression de l'Espagnol, linstigateiw énergique, avec le Pape, de la ligue qui allait se nouei' contre les Français icf. Ulniann. Mnrimilian I. I. 271 ss.\
1. Cette ambassade, dirigée par l'évèque de Trente, Ulrich de Lichtenstein, fut i-eçue à Venise le 15 février 1495. L'évèque était accompagné de Jean Grcdner, prévôt de Brixen, de Lé(jnard P\^]s et de (iautierde Stadion. Leiu- mission était de conclure avec les A'éniliens un arrangement ]>articulier, tandis que, des cette époque, la Seigneurie avait en vue une ligue g'énérale pour la défense de l'Italie contre les conquérants étrangers (Ulmann. ouv. cilë. I, 282 ; cf. Sanudo. Spedizione. p. 217 ss.i.
2. Le très actif ambassadeur des souverains espagnols, Lorenzo Suarez de Mendoça y Figueroa. " uomo molto savio. mii-abile pai-latorc et nrnato Castigliano >< (iuazzo, Hisloria ove si vontenfiono la venula e partita d'Italia di Carlo VIII. etc.. Venise, 15 19, in-12. p. 68), arriva à A'enise le 5 janvier 1495 (Ulmann, ouv. cité, I. 279; cf. Sanudo, Spedizione. p. 17s). Une autre mission espagnole y parvint au commencement de février, presque en même temps c[ue les Allemands. Ce sei-ait à la seconde que Commynes fait allusion. Sanudo nous apprend qu'elle était conduite par un certain " Johan.... maestro i-ational del rcgno di Valencia » Spedizione, p. 198).
3. Sanudo fixe au i mars l'arrivée de Gui Antoine Trivulce, évcque de Corne, et de François Bernardin \'isconti. conseiller ducal, qui devaient appuyer l'orateur ordinaire du duc de Milan, Taddée A'isconti. La rumeur ne tarda pas à se i-épandre dans ^'enise que ces personnages venaient négocier la conclusion d'une ligue; et pourtant les scnateure « tenaient la chose fort secrète » [Spedizione, p. 252 s.).
qui encores ne savoient si la liti^ue dont il estoit question se concluroit. Kt me vindrent veoir eeulx de Millan et me apportèrent lettres de leur maistre, et me dirent que leur venue estoit pour ce que les Veniciens avoient envoyé deux andjassadeurs à Millan i et ilz ne avoient de coustume que y en laisser une;', et aussi ne firent ilz à la fin); mais cecy estoit mensonc^eJ, car tout cela estoit assemblé pour faire lig-ue contre le Roy '■ ; mais tant de vielles ne se peuvent ' accorder en peu de temps. Après me demandèrent si je ne ne savoye point que estoit venu faire ceste ambassade <rKspaigne ne ceulx du roy des Romains, afin quilz en j^eussent advertir leur maistre. Or jestoys ja adverti, et de plusieurs lieux, tant de serviteurs d'ambassadeurs que aultrement, que celluy d'Espaig^ne estoit passé par Millan» <leso^uisé, et que les Almans se conduisoienl tous par ledit duc '. Et aussi scavoys que l'ambassadeur de Napples bailloit à toute heure des pacquets de lettres qui venoient de \apples (car tout cecy estoit avant que le Roy partist de Florence - ). et despendoiz quekjue chose pour en estre
j menson^'^e et tromperie cl loulc deceplion èdil. — k contre le bon Hoy édit. — /) peinent édil.
1. Dès lelendeniain delarrivée des ambassadenis allemands, Conimynes leur rendit visite !»"> février''. Peu de jours après, il vint au Collège, alin de s informer du motif tpii avait amené à \'cnise ces orateurs et celui du i-oi d"h]spaf:ne. et il eut soiu d'ajouter que. s'il sa^'issait uniquement des alVaires particulières de la Hèpublique, il n'insisterait pas. mais que si ces népiciations étaient rlirii^ées contre son roi, il voulait pouvoir le pré\ enir aussitôt. Le do^'e. à son habitude, répondit sRjiienlissirn.-imenle. c'est-à-dire qu'il se iJ:arda de rien préciser. Kt Sanudo. qui donne ces détails, d'ajouter avec sa malveillance habituelle: « L.Vrf^enton se méliail. mais il fallul bien qu'il se contentât de la réponse qu'on lui fil » Si>edizione. p. 220 . D'autre part, fie par la néfrli^'ence. voulue ou non. du roi et de son entourage, Connnynes ne savait des ])i'o^rès de son maître que ce cpie les \'énitiens voulaient bien lui comniuni(pier. « Je sais, écrit Vimercati au duc de Milan, le 11 janvier, ([ue le i-oi ne lui a écrit cjunne ou deux fois depuis qu'il est ici fKervvn. Lettres et riPi/occH.. II. 152 : et Commynes lui-même s'en plaindra quelques semaines plus tai-d à Hriçonnet : " .1 ay été mal trfiitté de nouvelles particulières, veu le lieu fiù j'eslois » Dupont. Mémoires, Preuves, HI, 416i.
2. Il y a ici une erreur sin!.'ulière. car ('.harles X'III quitta Florence le 2!» novembre 1 iO 1 et. ainsi (pi'on vient de le voir, les orateurs nllemands et milanais arrivèrent à X'enise entre le 1") février et le I .') mars. La confusion parait bien être du fait de Commynes. car elle est répétée un peu plus
218 MÉMOIRES DK PHILIPPE DE COMMV.NES [1495]
adverti, et en avoys de bons moyens ; et si scavoys ja le commencement de leurs articles, qui estoient ^ettez, maisnon point accordez, car Veniciens sont fort lonu^s à telles conclusions. Et pour ces raisons et voyant la ligue si approuchée, ne vouluz plus faire de liii^norant. et respondiz audit ambassadeur de Millan que, puisqu'ilz me tenoient termes si estranges, que je leur vouloys monstrer que le Roy ne vouloit point perdre lamytié du duc de Millan, s'il y pouvoit remédier; et moy, comme serviteur, m'en vouloys acquiter et excuser les mauvais rapports que Ton pourroit avoir faictz audit duc leur maistre ; et '" que je [le] croyoie estre mal informé, et fju'il devoit bien penser, avant que perdre la recongnoissance de tel service comme il avoit faict au Roy, que " noz roys de France ne furent jamais ingratz, et que, pour quelque parolle qui pouvoit avoir esté ditte, ne se devoit point départir l'amour d'eulx deux, qui tant estoit séante a chascune des parties. Et leur priay qu ilz me voulsissent dire leurs doléances, pour en advertir le Roy, avant qu ilz feissent aultre chose '.Ils me
Hi et est omis dans éd. Dnp. — n) et que ils. le ms.
loin. On a cru qu'elle était volontaire et avait pour objet de dissimuler lignorance où l'ambassadeur français était demeuré des abaissements des Vénitiens. Mais cela est peu probable, car trop de documents témoif^nent des inquiétudes de Commynes à ce moment, et on doit croire i^lutôt à une erreur : en elïet. les mots qu'on lira quelques lignes plus bas <■ voyant la ligfue si approuchée m n'ont pu se rapporter, dans la pensée du narrateur, qu'à des é^■énements qui se sont passés quatre ou cinq semaines au plus avant la conclusion de la li^ue. c'est-à-dire à la fin de février ou dans le courant de mars (cf. notre article sur VAutor. histor. de Ph. de Commynes, ds. la Revue historique, t. LXXIII et LXXIV (1900). p. 29 s. du tirage à part).
1. Charles VllI ne s'était pas empressé d'annoncer à Ludovic le More son entrée à NapJes. D'abord le duc de Milan s'en plaig-nit à Commynes, puis, quelques jours plus tard, il lui lit part, en ternies hypocritement exagérés, de la joie que lui causait une lettre du roi de France qu'il venait de recevoir (Kervyn, Lettres et négoc, cit.. Il, 168 s., à la date du 4 mars 1495 ; cf. la réponse de Commynes. datée du 9 mars British Muséum, Egerton ms. 1963, fol. 1). A la suite des plaintes dont 1 évèque de Côme s'était fait l'interprète, d'Argenton adressa au More une lettre fort belle, et particulièrement intéressante en ce qu'elle développe les argument* qui sont indiqués dans ce passage des ^lémoires. Après avoir rappelé la gratitude manifestée par Charles \'II au roi Alphonse I" d'Espagne pour la neutralité qu'il avait gardée pendant les dernières campagnes des Anglais
jurèrent tous et firent ^rans serments qu ilz n'en avoient nul vouloir; toutesfoiz mentoient, et estoient venuz pour traicter ladite ligue.
Le lendemain, allay à la Seigneurie leur parler de ceste ligue et dire ce qui me sembloit servir au cas. Et entre aultres choses leurs diz que, en laliance qu'ilz avoient avecques le Roy et qu'ilz avoient eu avecques le feu roy Loys son père , ils ne pouvoient soustenir les ennemys l'ung de l'autre, et qu'ilz ne pouvoient faire ceste ligue, dont on parloit, que ce ne fust allé contre leur promesse. Hz me firent retirer; et puis, quand je revins, me dist le duc que je ne devoye point croyre tout ce que l'on me disoit par la ville, car chascun y estoit en liberté et pouvoit dire ce qu il vouloit; toutesfoiz qu'ilz n'avoient jamais pensé faire ligue contre le Roy, ne jamais oy parler , mais au contraire qu'ilz désiroient" faire ligue entre le Roy et ces aultres deux roys et toute l'Ytallie, et qu'elle fust contre le Turc, et que chascun porteroit sa part de la despence, et s'il y avoit aulcun en Ytallie qui ne voulsist paier ce qui seroit advisé, que le Roy et eulx 1 y contraindroient par force. Et vouloient faire ung appoinctement (jue le Roy print une somme d'argent content, et que eulx l'avanceroient, et tiendroient des places en Fouille en gaige comme ilz font à ceste heure ; et le royaulme s^erjoit recongneu de luy du consentement du Pape, et paie p certaine somme de deniers l'an, et que le Roy y tiendroit
0^ disoient édil. — p] et par certaine édil.
en France, et de quelle manière Louis XI avait reconnu les services de François Sforza pendant la guerre du Bien Public, Commynes exprimait la conviction que Charles \'III najjirait jias autrement à léj^ard du duc de Milan : >< Pourquoy conclus. Munscifrneur, cjue tous les plaisii's dessusdis ensemble ne sont point à comparer à cculx que vous avez fais au i"oy de présent, et ay espérance qu'il ne vouldra point eslre mains reconj;noissant envers vous que ses prédécesseurs ont esté envers les dessusdis seif^neurs : et si aura plus affaire de vous pour luy aider à (jrarder le royaume de Napples, quant il en sera party, cju'il n'en a eu à le conquérir » (Kervyn, Lettres et négoc. cit.. II, 170 s . Cette lettre a été publiée en premier lieu par Charavay, dans L'amateur d'autographes du 16 avril 1865.
'2'2{) MÉMOIRES UK l'IlILII'lM-: \)E COMMV.NKS [1495]
trois places. Et pleust à Dieu que le Roy y eust voulu entendre lors ! ' Je diz n'oser entrer en cest appoinctement, en leur priant ne se haster point de conclure ceste ligue, et ([uc du tout advertirois le l»oy, leur jiriant, comme avois laict au\ aulti'es, me dire leurs doléances, et qu'ilz ne les teussent point comme faisoient ceulx de Millan. Hz se doulurent des places que le Roy tenoit du Pape, et encores plus de celles qu'il tenoit des Florentins, et par especial Pise, disant que le Roy avoit mandé par escript en plusieurs lieux et à eulx qu'il ne vouloit en Ytallie que le royaume'^ et aller contre le Turc; et monstroit à ceste heure de vouloir prendre tout ce qu'il pourroit en Ylallie et ne demander riens au Turc. Et disoient encores que nions"" d'Orléans, qui estoit demouré en Ast, faisoit craincte au duc de Millan, et que ses serviteurs disoient de grans menaces : toutesfoiz qu ilz ne feroient riens de nouveau que je eusse responce du Roy, ou que le tenq^s de l'avoir ne fust passé ; et monstrerent '" plus d'honneur que le duc de Millan. De tout advertiz le Roy, et euz mesgre responce ^. Et dès lors sassembloient chascun jour, veu qu'ils scavoient que l'entreprise estoit descouverte. En ce temps
(/ royaume de Xaplcs édit. — r et me monstroient édit.
1. Sanudo {Spedizione, p. 271) place cette visite de Commynes au Palais Ducal ^où il ne s'était pas présenté depuis quelque temps) au commencement du Carême, c'est-à-dire vers la première semaine de mars. « 11 vint au Collège demander la si^^niflcation d'une i-umeur qui courait la ville au sujet d'une certaine ligue qui se tramait, et il ajouta qu'à voir tant d'ambassadeurs assemblés, il ne pouvait douter de l'exactitude de ce bruit : qu'il ne comprenait pas l'objet de cette ligue, et que si elle devait être dirigée contre son roi. il rappelait à la Seigneurie qu'elle s'était engagée à demeurer fidèle à l'alliance de la France. 11 jiria le doge de lui dire la vérité. Mais Barbarig'o rciiondit <' sapientissimamente secondo il soiito », et cette l'ois encore « l'Argenton » s'en retourna « senza saper altro ». Sanudo ne donne pas la réponse du doge. L'exclamation qui termine le résumé qu'en donne notre auteur, tendrait à faire croire qu'il prit au sérieux les protestations du <i prince », mais cette im])ression est démentie jjar la suite, car il est évident que Commynes n'eut point prié les ^'énitiens de ne pas se hâter de conclure une ligue contre le roi de France, s'il eut ajouté foi aux dénégations de son interlocuteur.
2. Il est indiscutable que, dès le commencement de mars, Commynes avait averti Charles VIII de ce qui se tramait, car. au milieu du même mois. Briçonnet disait au \'énitien Pol Trevisan <■ M. <r.\rgenton a écrit au Roi qu'il est bruit au Rialto de cette ligue» (Sanudo, Spedizione, p. 263).
LIVRK VII, CHAPITKK XX 221
estoit le Ro\- encores en Florence ' ; et s il eust trouvé résistance à Viterbe, comme ilz cuidoient, ilz eussent envové des g'ens. et à Rome encores, si le roy Ferrande tust demouré dedans; et n'eussent jamais pencé qu'il eust deu habandonner Rome, et, quant il/ la virent habandonnée, commencèrent à avoir paeur. Toutesfoiz les ambassades des deux roys les pressoient fort de conclure, ou vouloient deppartir, que ja y avoient esté quatre moys '. Chascun jour alloient à la Seigneurie •'. Je faisoie le myeulx que je povoye, car je voyoie bien que si la ligue se concluoit, que ceste conqueste en cest grant honneur torneroit en fumée. Encores eurent ilz espérance que à Sainct Germain y auroit résistance et que tout le royaulme y viendroit, comme il lit \
Chap. XX. Voyant tout cela habandonné et le Roy dedans Xapples ', m'envoyèrent quérir et me dirent ces nouvelles, monstrans en estre joyeulx ^. Toutesfoiz ilz disoient que le chasteau estoit fort garny (et veoie bien
s Tout ce passage, après les mots le myeulx que je povoye, ne se trouve jiHs dans les édit. antérieures. — t) et advcrtiz que le Roy estoit dedans Xaples édit.
1. Répétition de l'erreur signalée plus haut. On ne conçoit pas comment, après avoir cuntc des incidents nécessairement voisins de la date de la conclusion de la lifîue, le narrateur a pu les croire contemporains du séjour de (>harles VIII à Florence. Le roi avait quitté cette ville depuis trois mois au moins ; mais il faut ajouter que dès cette époque là, le Pape et Ludovic avaient amorcé des négociations hostiles à la France (Delaborde, Expédition. S38; cf. Malipiero, 3.36 .
'2. Suite de la confusion. Le premier orateur espagnol étant arrivé à \'enise le 5 jan\ier, et les Allemands le 15 février, il n'y avait pas, en mars, quatre mois qu'ils étaient là.
3. L'accord n'était point aisé à établir. Les Allemands refusaient de s'engager avec Ludo\'ic, que Maximilicn ne reconnaissait pas pour duc de Milan. L'Espagnol ne consentait à s'allier qu'avec la Seigneurie de \'cnise. Pour <c accorder toutes ces vielles, » il fallut, comme le dit Sanudo, « il sapientissimo governo di la Signoi-ia noslra » (Spedizione, p. 257 s.). Dès le 28 février, les Véniliens exhortaient Ludovic à activer ses préparatifs de guerre (S'en. Secr., XXXV, 69; cf. 65).
4. La lettre « très douce » et pleine d'expressions de gratitude, que Charles A'III adressa aux Vénitiens, afin de leur annoncer son entrée à Naples, leur paivint le 5 mars. La Seigneurie « con Mons. di Argenlon... si rallegri) molto, dimostrantlo haver gran piacere ». L'hypocrisie ne fut pourtant pas poussée aussi lf)in qu'à Milan et à Florence, où des réjouissances publiques furent célébrées à l'occasion du succès du roi de France (Sanudo, Spedizione, 251).
(ju ilz a voient espérance " qu'il tint) et consentirent (jue lambassadeur de Napples levast gens à Venise pour y envoyer et à Brandis '" ; et estoient sur la conclusion de leur lig-ue quant leurs ambassadeurs leur escripvirent que le chasteau estoit rendu. Hz m'envoyèrent quérir de rechief à ung matin, et les trouvay en grant nombre, comme cinquante ou soixante, en la chambre du prince, qui estoit malade de la colicque ; et il me compta ces nouvelles, de visaige joyeulx, mais nul en la compaignie ne se scavoit faindre si bien comme luy. Les ung-s estoient assix sur les marchez pieds "^ des bancs et avoient la teste apuyée entre leurs mains , les aultres dune aultre sorte, tous demonstrans avoir grant tristesse au cueur. Et croy que quant les nouvelles viendrent à Rome de [la] bataille perdue à Cannez contre Hanil)al, que les sénateurs qui estoient demourez nestoient point plus esbays ne plus espouventez •''. car ung seul ne fît semblant de me regarder ny ne me dit ung mot que luy : et les regardoiz à grant merveille. Le duc me demanda si le Roy leur tiendroit ce que tousjours leur avoit mandé et que leur avoye dict : je les asseuray fort que ouy, et ouvry les voyes pour demourer en bonne paix, et m'ofïroys fort à y servir î^, espérant les oster de suspection : et puis me departiz.
Leur ligue n'estoit encores ne faicte ne rompue, et vouloient partir les Almans mal conteuse Le duc de Millan
u (ju'ilz avoient bonne et seure espérance èdit. — v) pour envoyer à Brandis édit. — w) sur ung marchepied édit — x) ne plus espouventez qu'ilz estoient édit. — y) fort à la faire tenir Saur. ; fort à fournir Diip.
1. Le 3 février, J.-B. Spinelli, le représentant du roi Aragonais de Naples. faisait part au Sénat vénitien d'une lettre qu'il venait de recevoir de \^'orms. Cette missive, datée du 18 janvier précédent, donnait comme imminente une agression du roi des Romains sur les frontières de Bourg-ogne, agression destinée i\ arracher les Français d'Italie. Seulement, comme le remarque Sanudo {Spedizione, 199), « queste era parole, et el re de Franza faceva fatti in Reame ». Néanmoins, comme ime pareille diversion répondait précisément au plus ardent désir des Vénitiens, le Sénat agréa fort la nouvelle qui lui était apportée [Sen. Secr.. XXXV, 69, à la date du 1 février). Le 20 février, l'orateur de la République à Milan fut chargé de représenter à Ludovic tous les avantages d'une ligue générale,
se faisoit encoros à prier de je ne scay quel article : toutes foiz il manda à ses ^ens qu'ilz passassent tout ' - . et en elîect conclurent la ligue en haste ~ '. Et durant que cecy se demenoit, avoys sans cesse adverti le Roy du tout, le pressant de conclure, ou de demeurer au royaulme et se pourveoir de plus de gens de pied et d'argent, ou '' de bonne heure se mettre en chemin pour se retirer et laisser les principalles places bien gardées, et avant quilz fussent tous assemblés. Aussi advertissoys nions"" d "Orléans, qui estoit en Ast avecques les gens de sa maison seullement, car sa compaignie estoit avecques le Roy, et d"v mettre des gens, l'assurant que incontinent luy iroient courre sus. Kt escripvoys à mons'" de Bourbon, qui estoit demouré lieutenant pour le Roy en France, denvoier des gens à haste en Ast pour le garder, car si ceste place estoit por-
3) quilz passassent tost édit. — a en haste est omis dans édit. — // et êflil.
<jiii unirait, contre l'ennemi commun, le Saint-Pcrc et les puissances italiennes aux rois d'Espafrnc et des liomains. Ludovic répondit affirniativenicnt à cette ouverture, et. le 25, la proposition en fut faite aux ambassadeurs allemands Sen. Secr., XXX^'. 6(j|. Le 27, Alexandre \'I était informé de l'initiative prise j)ar la République pour substituer imc entente {rénérale à la proposition d'alliance particulière que Maxiniilien avait fait porter à \'cnise Sen. Secr., XXX^', 67).
1. Ludovic finit en efTet par s'en remettre au gouvernement vénitien du soin de régler la difficulté qui s'était élevée entre lui et Maxiniilien, peu dispose, ainsi que cela a été dit, à s'allier à un usurpateur Sanudo, (Spedizione, 269).
2. .31 mars 1495. Bien quaveiti depuis quelque temps de ce qui se passait, ■Cfmimynes fut assurément surpris par la brusque conclusion de la ligue. Jusqu'au dernier moment il avait pu croire que tant d'intérêts différents ne parviendraient pas à se mettre d'accord. La veille encore, il était venu à l'audience annoncer que son roi avait résolu de retourner en Fi'ancc. €t que, satisfait de conserver le roya\niie tic Naples, il était décidé à ne rien gardei' de plus en Italie. Dans ces conditions, pourcjuoi conclure une ligue '.' La réponse du « prince » fut ])lus sèche que d'habitude : « Les faits malheureusement ne confirmaient pas les assurances répétées du seigneur *1 Argenton. puisque son maître occupait nrm seulement des places de l'Kglise, mais celles des Florentins. Les intentions du roi pouvaient être excellentes, mais on savait trop qu'il subissait des influences diverses ». Et <l'A^genton de reprendre <[u il n'a^ait affirmé que ce dont il était certain « et quod de hoc volebat ponere caput suum». Puis, au défiart. il se tourna vers un des secrétaires : « Je sais, dit-il, que c'est le duc de Milan cpii
Eousse à cette ligue, mais auparavant le roi lui prendra Gènes, car il faut ien qu'il passe par là pour retourner en France (.S'en. Secr., XXXV, 80).
224 MÉMOIRES DE PHILIPPE DE r.OMMVNES [149o]
due, nul secours ne pourroit venir au rov de France, Et advertissoie aussi la marquise de Montterrat, qui esloit fort bonne pour nous et ennemye ' du duc de Millan, afin qu'elle aidast h mons"" d'Orléans de ^ens, s'il en avoit affaire, car Ast perdu, les marquisatz de Montferrat et Saluées estoient perdus '.
La lio^ue fut conclue ung' soir bien tard '-. Le matin me manda la Seig-neurie plus matin qu'ilz n'a voient de coustume. Comme je fuz arrivé et assis, me dist le duc que. en l'honneur de la saincte Trinité, ilz avoient conclud litçue avecques Nostre SainctPere le Pape, les roys des Romains, de Castille. et eulx et le duc de Millan, à trois fins : la première pour desfendre la chrestienté contre le Turc ; la seconde à la deiïence d Italie ; la tierce à la préservation de leurs estatz ; et que je le feisse scavoir au Roy. Et estoient assemblez en garant nombre, comme de cent ou plus, et avoient les testes haultes et faisoient bonne chère.
c) qui estoit bonne Françoise et ennemye édil.
1. Le 30 mars, le gouvernement vénitien priait les ambassadeurs allemands d'écrire à Maximilien, afin qu'il enjoignit à la duchesse de Savoie de refuser le passage aux gens d'armes qu'on savait devoir arriver de France [Sen.Secr.. XXXV. 79).
2. L'instrument définitif fut rédigé en cinq exemplaires, scellé et juré à deux heures du matin, dans la chambre du doge, qui était souffrant. Ceux des ambassadeurs qui étaient logés à la Giudecca, avaient eu grand'peine à passer le canal pour se rendre au Palais, tant la mer était grosse. Cette ligue fut conclue pour vingt-cinq ans entre le Pape, le roi des Romains, suzerain théorique de certaines terres italiennes, Ferdinand et Isabelle d'Espagne, souverains de la Sicile et de l'ile de Sardaigne, le duc de Milan et A'enise. L'objet principal de l'engagement était la protection réciproque des États des parties contractantes contre les attaques de certains potentats, qui possédaient à ce moment des États en Italie. Chacun des membres de la ligue devait, en cas d'agression, participer pour 8.000 chevaux et 4.000 fantassins à la défense commune (Le texte est dans Lïmig. Codex diplomaticus, t. XXIV; cf. Dclaborde, Expédition, p. 591). Ullmann {Maximilian I, l. c], a utilement montré qu'au moins officiellement ce traité avait un caractère défensif. Les A'énitiens insistèrent sur ce point, non sans de bonnes raisons, et leur attitude, pendant la retraite du roi, et particulièrement à Fornoue, prouve bien qu ils se souciaient médiocrement de s'engager à fond, et qu'il leur suffisait que la péninsule fût débari-assée de la présence des « Barbares ». Sanudo fait suivre l'énumération des Conseillers, Sages du Conseil, Sages de Terre Ferme, et membres du Conseil des Dix, qui prirent part à la mémorable conférence du 31 mars 1495, de cette conclusion : i< J'ai voulu inscrire tous leurs noms, pour conserver à jamais la mémoire de ceux qui se sont trouvés là » {Spedizione, 283).
[1495] LIVRE VII. ClIAPITRF XX 225
ei navoient point contenances semblables à celles ([uilz a voient le jour qu'ils me dirent la prise du chasteau de Napples. Me dist aussi qu'ilz avoient escript a leurs ambassadeurs, qui estoient devers le Roy, qu'ilz s'en vensissent et ([u'ilz prissent congié. L'un avoit nom messire Dominicque Loridan, l'autre messire Dominicque Trevisan '. 'J'avoys le cueur serré et estoie en grand doubte de la personne du Hoy et de toute sa compaig-née. et cuydoie le cas'' plus prest qu'il n'estoit, et aussi faisoient ilz eulx. Doubtois et '' qu'ilz eussent des Almans prestz ; et si cela y eust esté, jamais le Roy ne fust sailly d'Itallie. Je me deliberay ne dire point trop parolles en ce courroux ; toutesfoiz ilz me tirèrent ung- peu aux champs. Je leur fiz responce que, dès le soir devant, je Tavoys rescript au Roy, et plussieurs foiz, et que luy aussi m'en avoit escript (|ue en estoit adverti de Rome et de Millan -. R z] me fi renjt tout estrange visaige de quo}- je disoie l'avoir escript le soir devant, car /" il n'est nulles gens au monde si souspectionneux ne qui tiennent leurs conseilz si secretz fet par suspection seullement confinent '^ souvent des gens), et à ceste cause le leur disois je. Oultre, leur diz l'avoir aussi escript à mons'" d'Orléans et de Bourbon, afin qu'ilz pourveussent Ast : et le disoie, espérant que cella donneroit quelque delay d'aller devant Ast. car s'ilz eussent esté aussi prestz comme ilz se ventoient et cuydoient, ilz l'eussent prins sans remède, car elle estoit et fut mal pourvi'ue d'une grant pièce après ''.
Hz se prindrent à me dire qu'il n'y avoit riens ccmtre le
dj leur cas êdil. — e) Et tloubloye édil. — f, le soir au Roy, car édil. — f/^ c'est-à-dire, enferment, relèguent. — h) mal pourveu de longtemps après édit.
1. Lisez Antoine Loredano et Dnminique Trevisano (cf. Andro;e Naugerii historié venet.. dans Muratori, .VXIII.col. 1202: Sanudo, Spedizione, M)S,.
2. Le 15 mars, seize jours auparavant, à l'occasion de la reddition du château de l'dîuf, à Xaples, « facte sunt coram ipso rege per suos tragédie, sive comédie de Papa, Romanoium et Hisjjanorum regibus ac \'enetorum illuslrissiniis ducihus ligam et confederationcm simul ineuntibus, collusorie et more gallico derisorie » {Diarium de Burchard, éd. cit., Il, 246).
Db iSà.*aKot. — Mémoire» de Philippe de Commvnet. — 11. 15
226 mémoires" de pu [lippe de commynes [1495]
Rov, mais pour se garder de luy ; et qu ilz ne vouloient point qu'il abusast ainsi le monde de parolles de dire qu'il ne vouloit que le royaulme et puis aller contre le Turc, et qu i niontroit tout le contraire, et vouloit destruire le duc de Millan et Florentins, et tenir les terres de l'Egalise. A quoi respondy[s] que les roys de France avoient augmenté l'Eglise et acreue et defTendue,et que cestuy cy feroit plus toust le semblable que de riens leur oster; mais que toutes ces raisons n'estoient point celles qui les mouvoi[en]t, mais qu'il/, avoient eiivye de troubler lYtallie et faire leur prouffîct, et que je croyoie que aussi feroient ilz. Hz prindrent cela ung petit ' à mal, si me dist Ton ; mais il se veoit par ce qu'ilz ont dedans Fouille en gaige du roy Ferrand, pour luy aider contre nous, que je disoys vray. Et me vouluz lever pour me retirer : ilz me firent reasseoir, et me demanda le duc si je ne vouloys faire nulle ouverture de paix, pour ce que le jour de devant j'en avoys parlé (mais c'estoit par condition qu'ilz voulsissent attendre à conclure la ligue de qninze jours, aiïin d'envoier devers le Roy et avoir responce). Après ces choses dictes, me retiray à mon logis '. Hz mandèrent les ambassadeurs
(1 ung: peu édif.
1. II est bon de mettre en reg^ard de ce l'écit celui que Sanudo a laissé de cette scène mémorable. Le 1"'^ avril, au matin, le doge guéri de son indisposition « per alegreza péril ben di la Republica et de tutta Italia », fit mander au Palais Si. d'Argenton, et lui annonça, « au nom de lamitié que la République professait pour son roi >» (I; la conclusion de la ligue. Pendant qu'il parlait, les cloches de Saint-Marc se mirent à sonner à toute volée en signe de réjouissance. « Argenton demeura stupéfait de la nouvelle qui lui était annoncée, et qui lui parut bien étrange. >■ 11 eut pourtant la force de répondre que depuis longtemps il soupçonnait ce qui se tramait, mais qu'il n'avait pas cru que la ligue dût effectivement se conclure. Ainsi entouré d'ennemis, son roi ne pourrait-il donc retourner en France "? Et le doge de reprendre : « S'il se retire en ami, personne ne cherchera à le molester; mais si c'est en ennemi, tous les confédérés se doivent aide et secours ». " Pourtant, ajouta le " Prince », écrivez au roi que, malgré cette ligue, nous n'entendons pas rompre les liens qui nous unissent à lui, car elle n'est faite qu'en vue de la conservation des États respectifs des confédérés. » Sur quoi M. d'Argenton, <' fort enragé et le visage défait », prend coiigé et s'en va sans saluer personne. Arrivé au pied de l'escalier, il se retourne vers la porte de la salle d'audience, fait appeler le secrétaire Gasparo de la Vedoa, et le prie de lui répéter les paroles du doge, qui lui
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lung- après laultre : et au saillir do leur conseil, ivncontray eeluy de Xapples, (jui avoit une belle robe neufve et faisoit bonne chère; et avoit cause, car c'estoient unes-' grans nouvelles pour luy '.
A l'après diner, tous les ambassadeurs de la lig^ue se trouvèrent ensemble en barcque (qui est l'esbat de Venise, et chascun en a selon les g-ens qu'il a), et aux despens de la Seigneurie ; et pouvoient estre quarente barc({ues, qui toutes avoient penonceaulx ''" aux armes de leurs maistres; et vint ' toute ceste compaignie passer devant mes fenestres, et y avoit force menestriers. Et ceulx de Millau, au moins luiii,'' -, qui m "avoit tenu compai^née beaucop
j unes est omis dans les édil. — k) jjcndeaulx édit. — l) et veiz édit.
sont " sorties de la léte ». Il retoui-ne ensuite à sa liaicjue. rentre à Saint- Georges, fui'ieux, et, clans son dépit, va jusc}u"à laneer sa harelte à terre, " laquelle ehose l'ut mal faite, car il ne sut pas feindre, comme on doit le faire en pareille occasion » Spedizione. p. 285). On peut se demander si Sanudo n'a pas quel([ue peu accentué, dans son récit, la surpi-ise de l'ambassadeur, bien averti pourtant pai- la scène ((ui s'était passée l'avantveillc au Palais ducal. Kl l'aniniosilé du \'énitien éclate ltirs(]u'il pi'étend que le mouvement i.le désespoir de t^ommynes avait pour cause, non pas tant ses craintes pour la sécui-ité du roi. que h- dépit (pi'il é])rou\'ait de lui avoir écrit .sans doute (sic (jue la li^ue ne se ferait pas, et de s'être, en cette occasion, laissé berner par les orateurs milanais qui, à sa question : « A'otre duc en sera-t-il ? » avaient affirmé la pureté des intentions du More. Ce trait nous met en défiance. Conuiient, en ell'et, conciliei- cette surprenante crédulité de l'ambassadeur avec les menaces que nous lui a\"ons vu proférer deu.x jours avant contre le duc de Milan ? Il n'est pas douteu.x au reste que l'émotion ressentie par Commynes fut extrême, et il n'a pas cherché à la dissimuler. En rentrant chez lui il dut se mettre au lit. Il avait la fièvre depuis la \eille,et, penilant plusieurs jours, il ne put quitter son logis ;Cf. sa lettre à (Charles ^'II1. dans Dupont, Preuves, lll, 410 . Simple crise de bile, écrit dédaigneusement Sanudo (/. c.) !
1. Depuis la prise de Naples, Spinelli sortait peu de sa maison (cf. Sanudo, oui', cit.. p. 235j. A la sortie de l'audience où Harbarigo lui annonça la conclusion de la ligue, tout rayonnant de joie, il quitta ses habits sombres, revêtit une robe de soie brillante, remit le collier d'or qu'il avait cessé de porter, et accepta les honneurs dus à un ambassadeur. Pourtant, malgré ses efl'orts, il ne put réussir à faire figurer le nom de son roi parmi ceux des membres de la ligue, <■ ])arce que cela seul eut été faire acte d'hostilité contre le roi de France >> Sanudo, ouv. cit., p. 2St3). Les autres orateurs italiens qui furent mandés au Palais, furent .Aklomandrino di Guidoni, envoyé du duc de Kerrare, Antoine Triumphi>, pour le marquis de Mantoue, et Ludovic lioschetto. pour le seigneur de Kimini {iltid.).
2. Taddeo \'imercati, qui, pour employer l'expression même de Commynes. « n'avait pas quitté ses talons » au début de èon séjour à Venise, mais qu'il fréquentait beaucoup moins depuis qu'il connaissait ses agissements (Saaudo, Spedizione, 271). »
de moys, faisoit bien contenance de ne me congnoistre plus. Et fuz trois jours sans aller par la ville ne mes gens, combien que jamais ne me fut dit en la ville, ne à homme que j'eusse, une seulle malg-racieuse parolle '. Le soir, firent une merveilleuse feste de feux sur les clochiers. force fallotz alumés sur les maisons de ces ambassadeurs, et artillerie qui tiroit ; et fuz, sur la barcque couverte, au long des ruhes "' veoir la feste - , envyron dix heures de nuyt, et par especial devant les maisons desdits ambassadeurs, où se faisoient bancquetz et grant chère.
Ce jour là n'estoit point encores la publication ne grant feste, car le Pape a voit mandé qu'il vouloit qu'on attendist encores aulcuns jours pour la faire à Pasques flouries *', qu'ilz appellent le dimanche de l'Olyve ; et vouloit que chascun prince, oîi elle seroit publiée, et les ambassadeurs qui y seroient, portassent ung rameau d'olivier en la main et le dissent signe de paix et alliance, et que, à ce jour, elle fust publiée en Espaigne et en Almaigne. Et à Venise, firent ung chemin de boys hors de terre ", comme ilz font le jour du Sacre, bien tendu, qui prenoit du palais jusques au bout de la place Sainct Marc ^. Et après la messe, que
m) au long: des rives, pour édit. — n) de boys, hault de terre édit.
1. Le 15 avril pourtant, comme il passait devant la prison pour se rendre à sa barque, l'ambassadeur français fut insulté par des prisonniers. Sur sa plainte, le doge, qui ne cessa de lui témoigner grand honneur, s'empressa de faire châtier les coupables (Sanudo, Spedizione, p. 308).
2. Commynes, on le voit, reprit promptement son sang-froid. Il y a contradiction entre ce passage et les termes de la lettre, très remplie d'informations, qu'il adressa au roi vers le 5 avril, et dans laquelle il déclare que, depuis le 1", la fièvre l'a constamment tenu au logis (Cf. cidessus).