‹ Mémoires;Chapitre 89 sur 177 · avril · texte numérisé non relu

avril

4. La description détaillée que Sanudo donne de cette fête répond bien à ce qu'en dit Commynes. « Sopra la piaza di S. Marco fo fatto a torno legni, con li panni di sopra per schivar el sol, si corne se suol far el zorno dil Corpo de Cristo. » Sanudo estime la foule à 68.000 personnes [Spedizione, p. 299 s.). Une autre description de cette procession symbolique se trouve dans une lettre adressée par Antoine Salimbene au marquis de Mantoue (Portioli, La lega contra Carlo VIII nel 1493, Mantoue, 1876, per nozze Dal Vecchio-Norsa). — Une note de Lenglet {Mém. de Commjjnex, I, 492) nous apprend que, de son temps, on nommait encore fête du Sacre, en plusieurs églises, la fête du Saint-Sacrement.

[1495] LIVHE VII, CHAPlTRi: XX 229

chanta l'ambassadeur du Pape, et qui à tout homme donna absolution de peyne e( de coulpe qui seroit à la publication, ilz allèrent en procession par ledit chemin, la Seigneurie et ambassadeurs, tous bien vestus ; et plusieurs avoient robbes de veloux cramoisi que la Seigneurie avoit donnée[s], au moins les" Almans, et à tous leurs serviteurs robbe[sj neufves (mais elles estoient bien courtes i. Au retour de la procession se montrèrent ii;-ran(l nombre de misteres et de personnaig-es : premier rYtallie, et après tous ces roys et princes, et la royne d'Espaig'ne. Et au retour, à une pierre de pourlil /\ où on y faict les publications, firent publier ladite ligue '. Et y avoit ung ambassadeur du Turc présent à une fenestre, caché (et estoit depesché, sauf qu'ilz vouloient qu'il vist ladite feste) ; et la nuyt vint parler à moy, par le moyen d'ung- Grec, et fut bien quatre heures en ma chambre, et avoit grant envye que son maistre fust nostre amy -. Je fuz convié à ceste feste par deux foiz, mais je m'escusay. Ki demouray en la ville envyron ung^ moys depuys, aussi bien traicté que devant-^, et puys m'en parti s], mandé du Hoy, et de leur congié, conduict en bonne seureté, à leurs despens, jusques

o) aux êdit. — jj de porfiro édil.

1. Celte pieiTc plaece sur la l'ia/./.clla, à l'aiiiAle de la Basilique de Saint- Mare, est le ("lit (l'une colonne en porphyre roujre, qui fut apporte, dit-on, de Saint-Jean d'Acre. A ^'enise. elle porte le nom de Pietru del Bundo. La |jroeIamalion de la ligue y fut faite par le do^e lui-même et se termina par le cri mille fois réi)été d' <■ Kviva San Marco ! » (Sanudo, Speilizione, 30.3'.

2. Hajay.et n'était ])as sans s'in((uiéter des armements de la Hépidîliquc. Il avait ({uestionné à leur sujet Alvise Safîudino. qui lui a[)por(ail la notification de la mort de Djem, son frère. Et le N'énitien. poiu- le rassurer, lui avait répondu, par allusion au.\ événements de Xaples : <■ Quand le feu prend à une maison, les voisins font i)rovision d'eau » Sanudo, Spedizinne,

p. ;vi9 s.).

3. La Seifjneui'ie ne laissait pas néanmoins de le faire surveiller. On crut découvrir qu'il avait noué des « jiratiques » avec l'envoyé du seigrneur de Himini, Louis lîoschetto (Les envoyés milanais à lAidovic, 10 mai I'i9,î, dans Kervyn. Leltrcs el .Véc/oe., cit.. II. 200 s. . et, après le départ de (2ommynes, un bombardier français au serxicede la I{é|)id)li(|ue, fpi'on nommait maître Nubile, .c homme fort habile dans s(iu métier, " fut ari-cté à cause des relations trop fré(|uentes qu'il avait entretenues avec l'ambassadeur (T. \'imercati au même, 6 juin \i'.K->, dans le même ouv., II, 202).

à Ferrare '. Le duc de Ferrare me vint au devant, et deux jours me fist bonne chère et detl'roya ; et autant messire Jehan de Bentevoille, à Boulon^ne. Et de là m'envoyèrent Florentins quérir, et allay à Florence pour attendre le Roy, de qui je retourneray à parler.

Livre VIII, chap. I.] Pour niyeulx continuer mes Mémoires et vous informer, me fault retourner à parler du Roy, qui despuis qu'il entra à Napples jusques il en partit, ne pensa que à passer temps et daultres à prendre et prouffiter ; mais son eage Texcusoit, nul*? ne scauroit excuser les aultres de leur faulte, car le Roy de toutes choses les croyoit 2. Et s'ilz luy eussent seu dire qu'il eust bien pour-

f/^ mais nul édit.

1. Dès les premiers jours d'avril. (2omniynes avait envoyé un exprès à Naples, suppliant le roi de lui mandei- où il devait se rencire « avant que le temps empire. » Il écrivait en même temps à Briçonnct : " Je ne seray plus bon de riens traittcr avecques eux. vcu la façon comme nous sommes departys» (Dupont, Preuves de Commynes, III. 412, 417;. Le 9, il faisait demander un sauf-conduit au duc de Milan " si le cas estoit que le Roy lui pcrmisl de s'en aller » (Kervyn, Lettres et \-éçfoc., H. 191 . Les égrards que les Vénitiens continuèrent à lui témoijiner lui prou^èrent bien vile que la Seigneurie n'était pas pi-essce de rompre et que son jeu. ainsi qu'elle le faisait écrire à son représentant à Home, n'était nullement « d'exciter les sentiments de loyauté du royaume de France en fermant au roi le chemin du retour, mais seulement de le contraindre à abandonner l'Italie » (3 avril, Sen. Secr.. XXXV, 83). Le 20 avril, M. d'Ai-genton apporta au Palais des lettres du roi, datées du 10, en réponse à la notification de la Ug;. c. Ces lettres annonçaient la procliaine arrivée d'un envoyé s]>écial (Bapt. Ridolfi aux Dix de la Balic. à Florence, dans Kervyn, oui', cit., II, 191 s.; cf. Sen. Sec, XXW, 91). Le dope exprima à cette occasion la surprise qu'il avait éprouvée du mécontentement que le roi Charles avait manifesté à la nouvelle de la conclusiim de la ligue ""cf. Delabordc, Expédition, p. 595 s.), puisque cette ligue était faite » non ad régis oITensionem, sed tantum ad propriam defensionem et ad bonum quietis commodumque christian.Tc religionis ». C'était toujours la même antienne ! Il est curieux que notre auteur ne dise rien en cet endroit de la mission que Jean Bourdin, secrélaire du roi, vint remplir à Venise, car lui-même joua, à cette occasion, un rôle important. Le 24 mai. dans une harangue fort habile, les orateurs français s'efforcèrent d'effrayer le Sénat, en lui donnant à entendre que le roi de France n'était jjas éloigné de conclure un accord avec le roi des Romains pour marcher de concert contre les Infidèles. En réalité, leur objet était de tàter les \'énitiens, afin de se renseigner sur les chances (juc Charles VIII avait, en remontant au nord, de trouver en face de lui une résistance armée (Voyez le rapport très intéressant de Commynes, dans Kervyn, oav. cité, II, 193-199).

2. I,e seigneur d'Argenton quitta Venise le 31 mai avec Jean Bourdin, poui- Padoue et Rovigo. où ils reçurent l'accueil le plus honorable. Alo'is Marcello les conduisit jusqu'à Lagoscuro sur le Pô, où le duc de Ferrare,

veu trois ou quatre chasteaulx, il tint encores le royaulme, ou seullement Xapples, dont il avoit donné les vivres, comme ay dict, et celuy de Gayete ^ ; mais en g^ardant celuy doNapples '', jamais la ville ne se fust rehellée '. Il tira tous les <;ens d'armes à lentour de luy, depuis la conclusion de la li^ue, et ordonna cinq cens hommes d'armes françoys et tleux mil cinq cens Suisses et quelque poy de g-ens de pied françoys pour la garde du royaulme '; et avec le reste délibéra s en retourner en France par le chemin qu'il estoit venu : et la ligue se preparoit à l'en garder. Le roy d'Espaigne avoit envoyé et envoyoit quelques querevelles •^' en Cecille, mais poy de gens dessus. Toutesfoiz, avant que le Roy partist, ilz avoient ja garny Régis en Calabre '*, qui

;• SIC éd. 1528: trois nu ijuatre chasteaulx aud. pays, cniiime celuy de ■Cayctte. nu seullement oollny de Naples dont il avoit donné les vivres, comme j'ay dict , il tiendioit encore le royaulme, car Sauv. Dup. — s) révoltée éilit.

Hercule 1", les envoya chercher. A Ferrare, Commynes fit son entrée aux cris de : France! France! et le duc. qui s'était porté à sa rencontre, lui offrit, pendant trois jours, une somptueuse hospitalité dans son château (Sanudo. Spedizione. p. 359; cf. (îuaz/.o. ouv. cité, p. 143 v°j. Le 20 mai, Charles VIII s'était adressé au duc de Ferrare, pour le prier de Caire bon accueil au seigneur d'.Artrenton. " comte de Dreux », et à Maître Jean Bourdin, qui se mettaient en route jjour \enir le retrouver " quelque part t[ue soye » Orig-. aux .\i-ch. de Modènc. comm. |)ar M. Pélicierj. — Ce qu'-\ndré de la A'ij^^ne racfmte de l'existence menée par Charles \'III à Naples n'est pas fait pour le disculper, lui et son entourajje, des reproches <pii lui sont adressés par (Lommynes. Que dire d'un chef d'armée qui, à la veille de quitter Na[)les, et au milieu ties graves préoccupations (pii devaient l'assaillir. jH-rdit huit jours entiers 22 avril-l'"^ mai en joutes et en tournois, ])uur ne parler que de ses passe-temps les plus innocents (Cf. Boislisie, El. de Vesc. p. llx . M. Delaborde dénrmce, en citant ce passage de notre auteur. <• le fiel » dont il charge ses «. accusatitms » contre ("harles \'III. Le mol paraîtra sévère! [EjrjiédHion, p. r)"2 .

1. (iaëte se rendit aux Français le 16 février 1495, mais la « roque •■ tint jusqu'au 10 mars. Ktienne de \'esc en devint capitaine.

2. Sanudo fournit des chillres un peu plus élevés, 700 lances françaises et l à 500 lances italiennes, environ 6.500 chevaux (Cf. La Pilorgerie, onv. cité. p. 27" s.i. en tout 11.700 hommes, pour le corps d'occupation (Delaborde. Expédition, p. 606 n.). M. de Boislisle évalue à 1.500 hommes le nombre des fantassins gascons /s/, de Vesc, |). 130 .

3. Caravelle, vaisseau d'origine portugaise, à jioupe carrée, avec château à l'arriére, quatre mâts et un beaupré. Le piemier mât portait deux voiles carrées, les trois autres une voile latine (Jal, Glossaire nautique, au mot;. *

4. Le jour même f>ii Charles \'I1I quitta Naples (20 mai), lex-roi F"erdinand, que la flotte espagnole avait pris à Messine, débarquait à Terranova

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est près Cecille : et plussieurs foi/, j'avoys escript au Rov que là dévoient descendre, car l'ambassadeur de Xapples ^ le ni'avoit dict, cuvdant que ja v fussent. Et si le Hoy y eust envoyé dheure, il eust pris le chasteau. car le peuple de la ville tenoit pour luy. Aussi vindrcnt gens de (Cecille à la Mantie- et à la Turpie ■^, par faulte d'y envoyer ; et k Trente \ en Fouille, qui avoient levé les banieres du Roy, veu la ligue et qu'ilz estoient settuez près de Brandis et Gualipoly •' et qu'ilz ne pouvoient finer de nulles gens, levèrent les banieres d'Arragon, et don Federic, qui estoit à Brandis, la fournit ''. Et par tout le royaulme commencèrent à muer pensée * et se prist à changer la fortune, cjui, deux moys devant, avoit esté au contraire, tant pour voir ceste ligue que le parlement du Roy et la pouvre provision que on laissoit, plus en chief que en delïault de nombre '.

t\ pinson chicf que en nnmbi'e de soklatz Sauv. Dup.: que en nombre de souldc éd. li)'2S.

en Calabre, et réunissait autour de lui un nombre assez considérable de combattants. De son coté, Gonsalve Fernandez de Cordoue occupa Rey;gio avec des auxiliaires espagnols.

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