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compagnie du régiment de Grana qui y ëtoit en gsirfiisoa de se tendre. Après la prisé de cette place , ils antrèrent dans le comté de Sepuse, et ils brûlèrent les offices et les ééuries du château qui-^en porte le nom. Us investirent ensuite Laits ^ mais les Impériaux l»e défendirent si bien qu'ils les obligèrent de se retirer, L^Empei*eur aj^ant eu avis dé ce nouveau soulèvement, envoya en Hongrie le général Kops avec une artnée de dix mille hommes^ Ce général ayant joint Spankau, fit lever le blocuâ de Cassovie , et obligea les tnécontens de repasser la T^iss. Pendant que lé général Kops prenoit la route de Livonie, Pika, gentilhomitiô de Mont-Tékély , ayant passé par les détours des montagnes, entra dans le comté d'Oraux^ il eut, par le moyen du bulgrave du château d'Arva, d^ intelligences avec un sergent du régiment de Strasoldo qui y commandoit avec trente soldats ^ et Tayànt engagé à lui livrer cette place moyennant quatre cents tbalers, il y entra avec un corps de cent hommes. Dès qu'il fut mdtre de ce poste , il fit soulever tout le comté, et se saisit des passages de Tranchin et de B,osemberg pour entrer dans la Silésie. Cette révolte dontia Talarme à la cour de Vienne ^ et l'Empereur^ pour y apporter quelques remèdes , y envoya le général Spork avec le régiment d'Herbestîn, et quelques compagnies de cavalerie. Spork étant arrivé en Hongrie, détacha le comte de Suys, lieutenant colonel du régiraient de La Borde. Cet officier s'étant rendu devant Arva , la garnison se saisit de Pika , et du sérrgeut qui étbit de son intelligence*, après quoi eUe ouvrit les portes aux Impériaux, qui firent pendre Tuti et l'autre. Leis mécontens reprirent une nouvelle
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vigueur à Tarrivée d'un scélérat nommé Strisiniski, jqui se disoit envoyé par les anciens des villes des montagnes pour se mettre à leur tête, et défendre leur liberté. Il se faisoit nommer le duc Jean-, il délivra plusieurs commissions comme s'il avoit été souverain. Plusieurs aventuriers du même calibre ayant suivi l'étendard de ce fourbe , s*avancèrent d,u côté de Branitz; ils assassinèrent trois prêtres à Miniave, Tumulaka et Brelove , et un gentilhomme catholique à Kunona. Le duc Jean avoit déjà envoyé ses émissaires du côté d'Arva, pour obliger les peuples de la Silésie et de la Moravie à prendre les armes; mais le comte de Strazolde ayant joint à son régiment quelques troupes postées le long du Wagne, marcha contre ces rebelles. Il envoya d'abord pour les reconnoître un petit détachement, auquel on ne répondît qu'à coups de fusil ; ce qui obligea Strazolde de les charger. Les protestans eurent d'abord quelque avantage, parce qu'ils avoient gagné une hauteur-, mais Strazolde y étant monté avec une échelle, tua leur chef d'un coup d'épée, fit prisonniers six des principaux d'entre eux, et fit main-basse sur le reste. Il alla ensuite à Cassovie, où il y avoit eu quelque soulèvement; et à son approche les séditieux se sauvèrent à Tranchin. Il s'y rendit sur-le-champ; et ayant obligé les habitans à les lui livrer, on lui en remit dix-sept qu'il envoya à Eperies, où on leur fit leur procès. Les uns furent condamnés à être écartelés, les autres à être pendus, et quelques-uns à être empalés, suivant qu'ils étoient plus ou moins coupables. Le feu ayant pris à l'arsenal de Cassovie , consuma une partie des munitions. Les mécontens voulurent profiter
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(le ce désordre -, mais les Impériaux les repoussèrent vigoureusement, et en firent un grand carnage. Ces mécontens, qui étoient la plupart luthériens ou calvinistes, commirent de si grandes cruautés contre les prêtres , que l'Empereur, pour les en punir, envoya ordre au vice-roi de chasser tous les ministres protestans, et de faire rendre aux catholiques les églises que les hérétiques leur avoient usurpées. Les rebelles s'y opposèrent avec vigueur, et tous les protestans prirent les armes pour empêcher qu'on ne les privât de leurs temples. On découvrit en même temps une conspiration qui se tramoit à Kalo par le moyen d'un trompette , et celui-ci eut la tête tranchée avec quatre mousquetaires : on accusa le prince de Lobkowitz d'inteUigence avec les mécontens, et Ferry, son secrétaire, fut arrêté. U fut mis à la question^ et bien que son maître n'eût pas été chargé par ses réponses, on ne laissa pas de le traiter en criminel, et de se saisir de tous les effets qui pouvoient lui appartenir, ainsi que de tous les immeubles qu'il avoit en Bohême et en Autriche. Le comte de Souches ne fut pas plus heureux : l'Empereur soupçonna sa fidélité, lui refusa l'audience qu'il lui avoit fait demander, et lui ordonna de se retirer dans son gouvernement de Varadin , ou dans ime de ses terres;; ce qui obligea son fils de se démettre de toutes. ses charges, et de se retirer de la cour. On arrêta aussi à Vienne le comte d'Ampierre, qu'on prétendoit être informé des intelligences que les mécontens avoient avec les Turcs: mais on ne put tirer de sa bouche aucun éclaircissement, quoiqu'on le menaçât de l'appliquer à la question. Les choses étoient en cet état quand j'arrivai à Alba-
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Julià, où le prince Abafiy faisoit sa résidence. Cette viHe est la capitale d'un comté : elle a pris son nom de Julie, mère de l'empereur Marc-? Aurèle, comme il paroît par une inscription qu'un y voit encore. Auparavant elle se nommoilyi pulum et Colonia Aptu-, lensiSy selon La^ius. Les Allemands TappeUent autres ment Weissembourg. Elle est bâtie sur le pendhaut d'un coteau, d'où l'on découvre une vaste campagne-, ellîé est au midi de la rivière d'Ompey qui entre un peu au-dessus dans celle de )Vfaros, et les antiquités qu'on y découvre de tempîs en temps font croire qtf elle a été autrefois beaucoup plus grande qu'à présent: Aussi quelques-uns prétendent^-ils qu'elle servit anciennement de bornes aux conquêtes des Romains de ce côté-là : elle est du moins défendue par une assez bonne forteresse. L'académie que le priiicè Ragotski y avoit fondée étoit assez florissante pour le pays. Je trouvai dans Alba-Julia le comte Tékély avec le prince AbafTy , et j'eus avec eux plusieurs cohférences au sujet de la guerre qu'ils avoient résolu de faire à l'Empereur. Bie^ que le prince Abaffy eût reçu ordre de la Porte de soutenir le parti des mécontens, ils ne voulurent commettre aucune hostilité qtfils n'eussent un prétexte de rupture. Il fut donc résolu que le prince de Transylvanie demanderoit à llEmpereur la restitution des comtés dé Ralo et de Zatmar, et dé la forteresse de Tokai, que le prince Ragotski son prédécesseur lui avoit cédée. L'Empereur répondit à l'envoyé de ce prince que ces deux comtéà étoient de l'ancien domaine du royaume de Hongrie, et qu'ils lui avoient été cédés par le dernier traité avec les Turcs. Cependant, comme on ne vouloit pas
to<it-à*£EMit efikroucher ce prince dans un temps où Ton n'atvoit que: trop d'ennemis sur les bras, on nomma des commissaires^ pour examiner ses prétentions , et l'Empereur envoya un de ses officiers k Andrinbple pour se plaindre au grand visir de la conduite du Transylvain. Pendant cette négociation, le prince Abaffy , qui ne vouloit pas laisser ses troupes oisives, èiitra ^n Hongrie; et après avoir battu le jeune Spankati, il sJh, mettre le siège devant Zatmar. Ces progrès don- Itèrent beaucoup d'inquiétude à TEmpereuf , qui craîgndit doifournir au Grand-Seigneur un prétexte de rompre la trêve. Il ne négligea rien pour donner une entière satisfaction à Sa Hautesse , tandis que d'un mire côté il négocioit avec Abàffy et les méconteiis, qu'il tâchoit par tous les moyens possibles de ramener à leur devoir. Les Transylvains, vigoureusement repoussés au siège de Zatmar, en levèrent le siège, et avancèrent ensuite vers le pont d'Esseck, dans le de^einde surprendre Eperies; mais leur entreprise siyant été découverte n'eut aucun effet. Le prince Aba0y envoya un des officiers de son armée, accompagné d'un aga turc, à l'Empereur, pour Tàmuser par de nouvelles propositions, tandis qu'il négocioit avec les habitans de Zatmar et de Kalo pour les engager à se mettre sous la protection de la Porté. Mais le comte de Stralzode, qui découvrit cette intrigue, «nvoya deux compagnies de cavalerie dans ces places pour en fortifier les garnisons, et fit échouer le projet du Transylvain.
[1676] L'année 1676 comiîiença par la prise de Bebreczin, ville tributaire de la Porte, que le comte 4e Sti'alzode surprit, sous prétexte de poursuivre les
mécontens qui s'y ëtoient retirés. Quoiqu'il n'eût rten fait sans ordre , on ne laissa pas de le désavouer, parce qu'on eut avis à la cour de Vienne que tous les commandans turcs des places de Hongrie se plaignoient hautement de cette action comme d'une infraction à }a paix. L'Empereur, qui avoit un grand intérêt à ne pas rompre avec la Porte , dépêcha un gentilhomme au grand visir pour détourner l'orage dont il étoit menacé, et il fit rendre la place aux Turcs. Mais quelque soin qu'on eût pris pour apaiser les Infidèles , ils parurent fort irrités ; et le désir qu'ils avoient de porter la guerre en Hongrie contribua sans doute beaucoup à les rendre moins traitables sur cet article. Les mécontens s'étant approchés du château de Balar, s'en saisirent dans le temps qu'on en ouvroit les portes, et ils tuèrent ou firent prisonniers tous ceux qui étoient dans la place. Dans le temps qu'ils se retiroient, le lieutenant colonel Scheudern les chargea, mais avec tant dé malheur, qu'il y demeura snr la place avec une partie des hussards qu'il commandoit. Le comte Stralzode, qui étoit à Onod, ayant appris la réduction de ce château, se mit en marche pour l'aller reprendre. A peine fut-il à une demilieue de la ville, qu'il fut attaqué par quatre cents chevaux des mécontens, commandés par le colonel Harcani. L'escorte du comte se défendit avec toute la bravoure possible-, mais Colalto, major du régiment de Palfi, ayant été tué, Willeda, capitaine de cavalerie, et le reste prirent la fuite. Hans Gregori, major dans Holstein, y fut pris et blessé; le comte Strazolde y reçut une blessure considérable au visage, perdit son bagage, et eut de la peine à se sau-
ver. Lorsque les troupes furent en quartier d'hiver, l'Empereur envoya le général Barracozzi en Hongrie, avec de nouvelles propositions d'accommodement pour les mécontens. Elles portoient, outre l'amnistié et la restitution de leurs biens, qu'on leur avoit toujours offertes, la permission d'avoir dans chaque comté une église luthérienne et une église calviniste , avec entière liberté à chacun d'exercer la religion qu'il professoit : on promettoit de plus qu'ils seroient admis à toutes les charges militaires et politiques, suivant leurs qualités. Ces conditions, quoique trèsavantageuses, ne furent acceptées que par quinze cents du parti rebelle, qui vinrent se rendre à l'armée impériale : les autres, au nombre de plus de dix mille, les rejetèrent toutes, soit qu'ils ne trouvassent pas de sûreté à l'exécution de ce qu'on leur promettoit, et qu'ils regardassent ces offres comme un piège qu'on leur vouloit tendre, pour les punir plus aisément quand ils seroient désarmés ; soit que les esprits fussent trop aigris pour pouvoir être ramenés tout d'un coup à des sent;mens pacifiques. Ils ne négligèrent pas cependant de nommer des commissaires qui se rendirent à Eperies, où les conférences furent commencées , et continuées pendant tout le mois de mars.
Pendant ces négociations les hostilités continuant, on arrêta le comte Esterhazi, accusé d'intelligence avec les mécontens. Cette accusation étoit fondée sur une lettre interceptée, par laquelle on exhortoit les Hongrois à demeurer fermes dans leur rébellion , les assurant d'un prompt secours de cinq mille hommes. Quoique la signature du comte se trou-
' vât au bas de cette lettre, il sut justifier son innocence, et fut. mis en liberté.
D'un autre côté, le marquis de Bohême ayant détaché quelques partis vers Zatmar, on apprit par les prisonniers qu'ils amenèrent que le major général Smith, qui commandoit un corps considérable de Tarmée impériale , s'avançoit avec des troupes beaucoup plus fortes que les nôtres, et qu'il faisoit préparer du canon pour nous venir attaquer le lendémain« Deux cavaliers qui le jour précédent avoient déserté de notre camp, et qui s'étoient jetés dans Zatmar avec un de leurs valets, lui ^avoient rapporté que nos troupes étoient en petrt nombre, qu'elles étoient extrêmement fatiguées d'une longue et pé* nible marche , et qu'elles manquoient de toutes sortes de munitions. Us avoient aussi assuré que tous les reîtres et une grande partie des autres troupes murmuroient du mauvais état où elles se trouvoient, qu'elles étoient toutes prêtes à se mutiner, et qu'ils se fâtsoient forts de les faire révolter, si on vouloit leur permettre d'écrire à un de ceux qui avoient le plus de crédit parmi eux , et de lui envoyer un yalèt. Smith, persuadé que leur rapport étoit véritable, leur accorda cette permi^ion. Le valet retourna le soir à notre camp, feignant que les ennemis avoient fait ^é maîtres prisonniers, et qu'il s'étoit échappé : mais sur le soupçon qu'on eut de l'infidélité des transfuges , il fut arrêté par ordre du marquis de Guénégaud, colonel des reitiresv Intimidé des premières menaces qu'on lui fit, il avoua la désertion ainsi que le complot des deux cavaliers-, il rendit même leur lettre^ qui étoit adressée à un de leurs camarades ^^ pour la
commnniquer à tous les autres. Elle contenoit un long; détail des préparatifs de Smith pour nous mieus ^U taquer, et leur représentoit le grand danger où ils étoient exposés ; on les exhortoit en même temps par des motifs de compassion à pourvoir à leur salut, en leur assurant de la part de Smith un bon quartier et un traitement favorable, si lorsqu'ils seroient atta-* qués ils se rendoient sans combattre, se saisissoient des papiers et de l'argent de tous les officiers , et prin-« cipalement du comte UladislasVecellini, fils du der-» nier palatin de Hongrie , et neveu du général des mé* contens, et s'ils se joignoient au parti des Impériaux. Cette lettre les avertissoit encore de mettre au commencement du combat, pour signal, à leurs bonnets ou à leurs chapeaux, un bouchon de paille, ânith^ pour les assurer de tout ce qui leur étoit promis par leurs reîtres, avoit scellé la lettre du grand sceau de ses armes , avec ces mots : Per hoc assecurantur domini Poloni. .
Le marquis de Bohême voyant qu'il n'avoit aucune nouveUe de Vecellini , et qu'il n'y avoit pas même d'apparence que ce comte pût arriver assez^ tôt pour se trouver au combat qui se devoit donner, repassa le défilé et la petite rivière deBàtor pour aller dans un endroit plus avantageux faciliter la jonction des troupes polonaises qui étoient restées derrière , et rassurer par sitprésence la noblesse des comtés de Berchof et d'Orguela, qu'on menaçoit de maltraiter pour avoir favorisé les mécontens. Nous partîmes à minuit pour ca-^ cher notre marche, et nous fîmes tant de diligence que nous arrivâmes à la pointe du jour du côté du bois et, du défilé avec toutes nos troupes et nos équi^
pages. Mekellin, capitaine dans Guénégaud, fut dëta-> ché avec cent maîtres pour aller se mettre en embuscade dans un endroit du bois d'où il pût observer les ennemis , et nous en rapporter des nouvelles. Nous continuâmes cependant notre marche en bon ordre , et nous arrivâmes à midi entre le château de Nalab et la Teiss, qui ëtoit le poste que nous avions occupé trois jours auparavant. Nous avions derrière nous la Teiss sur la droite, et sur notre gauche le village de Nalab, avec un bois assez épais. Il n'y avoit qu'une avenue libre entre le château et la rivière, mais elle étoit assez spacieuse pour donner aux Impériaux le moyen de venir à nous en bataille. Deux heures après que nous nous fûmes saisis de ce poste , nous appris mes par quelques cavaliers que Mekellin étoit poursuivi de près par les ennemis, qui s'avançoient avec un corps de quatre mille chevaux et de mille hommes d'infanterie. Nous eûmes aussi un avis certain que Smith , qui comptoir sur le secours que les Transylvains lui avoient promis, étoit parti de Zatmar avec son armée à neuf heures du soir; qu'il avoit marché toute la nuit, et qu'il avoit occupé à la pointe du jour le camp que nous venions de quitter. Le marquis de Bohême connut, par toutes ces circonstances, qu'ils avoient pris des mesures justes, et qu'il seroit bientôt attaqué. Il donna en même temps les ordres nécessaires pour recevoir les Impériaux , et disposa toutes ses troupes , à la réserve des reîtres , sur une même ligne, en sorte qu'elles occupoient le terrain qui étoit entre le bois et le château. Le premier escadron du régiment de Guénégaud fut détaché, avec un bataillon de dragons du régiment de Bohême , pour occuper iin
passage entre le ohâteau ist la riVîère , et ponr empêcher les Impériaux de nous attaquer* Le second e^ea^dron de ce régiment de cayâlerie ^ conduit par le lieutenant colonel, fut porte derrière Tinfanterie pour là soutenir* I
Telle» ëtoient nos dispositions^ viet à peine avions^ nous acheTé de nous mettre en bataille ^ lorsque les premières troupes de Tavanb^garde des ennemis cfaiir-' gèrent brusquement notre garde ftyancée, et h poils^ sèrent même ayec beaucoup de yigueur^ mais ils ne conserTèranI pas long'^emps cet avantage : la cara^ lerîe hongroise et tartare qui s'aràilça pour soutenir les gardes les remit en état dé charger à leur tèur les Impériaux* Koreski^ colonel des Tartàres de Lipkà^ fut blessé daUs le premier choc, et cet accident ébranla un peu quelques escadrons. Smith ^ qui é'en aperçut^ essaya d'en profiter. Il chargea d'abord avec beaucoup d'impétuosité les Hongrois et les Tartàres^ dont une partie fut dontrainte de plier; maisr Ferrai, le colonel major et Guénégaud surent si bien prévenir les suites de ce petit désordre^ qu'ils câllièrent en un moment ceux qui avoient quitté le combat* Les Croates détachés des troupes im|^ria]es avaient poursuivi les fuyards avec la Vitesse ordiftaifë aux troupes de cette nation ^ ils en avoieiit tué qtfêl-^ ques-uns, et fait plusieurs prisonniers. Smith, qui avoit laissé son infanterie trois lieues derrière lui pour faire plus de diligence^ marcha à la tête d'un firont de cavalerie de vingt escadrons bêfaucoup plus £6]fts que les nôtres. Il avançoit avec eux au trot, n^ayant ordonné que cinq éscsidrons pour 1^ corps^ de
réserve , et il témoignoit par sa contenance sfVoir dé T. 59. 4
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grandes espérances de la victoire ; mais lorsqu'il fat à portée , et qn'il eut essuyé le feu d'un bataillon du régiment de dragons de Bohême qui étoit posté à la droite de la ligne dans des broussailles au- pied de la hauteur sur laquelle le château est situé, voyant notre résolution et le bon ordre dans lequel nous marchions vers lui en bataille, il reconnut que la trahison sur laquelle il avoit fondé son espérance n'avoit pas l'effet qu'il en avoit attendu, puisqu'il n'apercevoit pas k signal qu'on avoit promis de lui donner. U montra donc quelque étonnement^ et conmiença de juger qu'il s'étoit engagédans une entrepriseplusdangereuse qu'il n'avoit prévu. Les Hongrois et les Tartares, qui s'étoient ralliés , revinrent à la charge avec tant de vigueur, que les Impériaux, étonnés du nombre des fléchés , des coups de sabre redoublés, du feu conti- . nuel de l'infanterie et des dragons , et de la quantité de morts de leur parti qui couvrirent en un instant le champ de bataille, lâchèrent le pied, et se renversant les uns sur les autres , prirent la fuite. Nous les poursuivîmes près de deux lieues, nous eh tuâmes encore un grand nombre , et nous fîmes quantité de prisonniers. Le nombre des morts fut de plus de mi^e, outre ceux qui furent noyés en tâchant de se sauver à la nage. Le comte d'Herberstein , colonel d'infanterie et commandant de Zatmar, et CoUalto, colonel des Croates, furent de ce nombre^ Smith fut blessé à la main, et se sauva à pied avec grande peine : un Tartare trouva son cheval, dont la selle et la housse étoient en broderie d'or. Nous prîmes dans cette déroute quatre paires de timbales, outre celles du régiment du général , avec la plus grande partie; des trom-
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tes, drapeaux et étendards des Impériaux , et nous es plus de huit cents prisonniers. La perte des Aile* ids auroit été beaucoup plus grande , sans la nuit es bois voisins , qui fayorisèrent leur retraite'^ elle néanmoins de la moitié des troupes avec lesquelles lous ayoient attaqués^ ce qu'il fut aisé de connoitre le grand nombre de chevaux et d'armes qui délirèrent sur le champ de bataille/Nous nousrepo^ tes deux joiu:s dans la plaine de Nalab pour nous aichir , faire enterrer les morts , et panser les blés- ; nous repassâmes ensuite les défilés et la petite ère de Bator. Après deux jours de marche nous piimes Tarmée des mécontens, commandée par '^llini, qui se trouva forte de seize mille hommes, te jonction faite, nous résolûmes d'attaquer Tokai ; [ui étant venu à la connoîssance du général Kops, il nit en marche pour s'y opposer. YeceUini , qui ne ea pas à propos de hasarder une bataille avant que roir une retraite, repassa la Teiss, et se rendit à eck , où le général Kops le suivit. Il reçut peu de ips après un secours de deux mille Transylvains iduits par le comte Tékély , premier ministre du ice AbafTy. Nous marchâmes ensuite k Versermay, es avoir défait Baragoski et Collalto, dans le des- I de l'assiéger. Le général Kops, à notre approche, ^ta des troupes qui nous empêchèrent d'exécuter projet ^ mai^ nous tournâmes ensuite vers Nagiba- L, dont nous nous emparâmes sans résistance, et tes un grand butin, à cause des mines d'or qui sont ;s de cette ville. Nous pillâmes l'hôtel de la monte , et nous fîmes donner dix mille florins de conbution. Nous en partîmes peu de jour^ après; et y
ayant laissé une garnison de quinze cents kommes, nous marchâmes vers Zatmâr : mais comme la ^ison ëtoit fort avancée , nous n'osâmes en former le siëge, et nous nous mimes en quartier d'hiver. La TraiiSyl^ vanie ne fut pas exempte des troubles qu'elle essayoit d'entretenir en Hongrie. Comme cette . principauté étoit sous la dépendance du Grand-^elgneur, qu'il la mettoit souvent à Tencati , et la donnoit à celui qtti lui en rendoit davantage , Pedipol crut qu'il pouvoit faire déposer AbaSy et prendre sa place, s'il faisait quelques propositions avantageuses au Sultan. Il négocia ce changement auprès du grand visir, qui y consentit -, msds les peuples ne voulurent pas recevoir uti autre prince « Pedipol ne laissa pdS néâinmoins que de former un puissant parti contre Abaffy ', ce qui obligea les mécontens à envoyer une partie dé leurs troupes au secours de ce dernier. Le Grand-Seigneur, mal satisfait de ces divisions, dépécha exprès un pacha en Transylvanie^ avec ordre de faire couper la tête à celui des deux compétiteurs qui refuseroit de se soumettre à ses ordres ; mais avant Tarrivée du pacha le sort de la guerre décida leurs différends. Ces deux princes étant venus aux mains , Abaffy , avec le secours des mécoiitens conduits par le marquis de Bohême , défit entièrement Pedipol, et l'obligea de se retirer en Valachie avec le chancelier Bedlèle , Thomas , et trois autres des principaux officiers. Ce prince néanmoins ayant reçu Un secours de Yalftques et dé Moldaves , crut pouvoir relever son parti abs^ttû ; mais il ne ftit pas p^us heureux cette seconde ibis que la première, parce que le nouveau pacha de Yaradin lui commanda, de la part du Grand-Sei^eur, de mettre les
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ar«9^$ bas, et d'abandonner ses prétentions chimé-* riqu0s.
Pieadant h guerre de Transylvanie la diète de Hoivi grie s'étQÎt tenue à Altenbonrg, et les principaux sei-* gneurs allèrent rendre compte à l'Empereur de ce qui y ayoit été ré$olu ; mai^ îïs représentèrent eu même temps k l'Empereur que le changement qu'il avoit fait dans le gouvernement n'avoit pas peu contribué à la révolte des peuples ,^et qu'il étoit absolument néces^ saire j pour le repo$ du royaume , de rétablir la charge de palatin national. On convoqua donc une diète génécale. Les commi^aires que l'Empereur avoit donnés w% hongrois pour conférer avec eu^^ en demeurèrent d'accord^ miiis ils voulurent que le pouvoir du palatin fiit limité I et ils prétendirent que les lettres pour la convocation de la diète fmsent itératives , au lieu que les seigneurs hongrois vouloient qu'elles fussent seulement mandatives, pour ne pas effaroucher la natioin. On traita dans la même conférence de la restitution des temples \ mais les ministres de l'Empereur tj^ibèr^nt d'éluder cet article , quoique le plus impor^^ UuBit de toufii , et celui où les mécontens s'attachoient avec 1« plus d'opiniâtreté ^ ce qui fit connoître à leurs députa que la négociation n'étoit pas sincère. Pend^pt ces conférences, le comte Paul Vecellini, frère du défunt palatin , mourut dé maladie , et les mécontew déférèrent au comte Tékély le commandement de toute» leurs troupes , qui avpient été jusque là pfiitagée$ entre eux, he prince Abaffy y joignit un se<;ours considérable \ de sorte que l'armée se trouva d« dou^ raille hommes eflfectife, L'Empçr^ur, dont Ua forces étoient alors inférieures à celles des mé-
Gonteus, cnit devoir employer Tartifice pour gagner du temps : il fit publier un manifeste par lequel il elposoit qu'il accorderoit une amnistie générale à tous ceux qui voudroient rentrer dans leur devoir ; qu'il les rëtabliroit d^ns leurs biens, et qull leur laisseroit une entière liberté d'exercer leur religion ; qu^il leur rendroit leurs privilèges, et les admettroit aux charges publiques, pourvu qu'ils missent les armes bas, et qu'ils se retirassent chez eux dans trois mois ; à faute de quoi il enjoignoit k toutes les communautés et à tous les Etats de la Hongrie de joindre leurs armes aux siennes contre les contrevenans. •
Les conférences avoient toujours continué à Vienne entre les Hongrois et les ministres de l'Empereur -, mais un différend qui arriva entre les premiers et le chancelier Oker aliéna extrêmement les esprits. Ce ministre , en parlant des mécontens , ne put s'empêcher de dire que les Hongrois avoient toujours été infidèles à leurs princes ^ à quoi le grand chanc^er du royaume de Hongrie répondit qu'il étoit injuste de vouloir rendre toute la nation coupable du crime de quelques particuliers. Oker, encore plus échauffé par cette réponse, ajouta que l'Empereur seroit heureux si de douze Hongrois il s'en trouvoit un qui fàt sincèrement dans ses intérêts. Le comte Palfi, trésorier de Hongrie, ne pouvant souffrir ce discours, sbrtit en colère, appelant Oker traître et malhonnête homme. Le comte Harcani, l'un des députés, quoique fort incommodé de la goutte, se leva, et pressa les autres de se retirer, pour éviter de pareils outrages. Le grand chancelier de Hongrie et le comte de Forgats dirent à Oker en sortant : « Sachez que
«nous n'avons jamais trahi notre roi, ni défendu (( comme vous nos parens quand ils oiit fait de mau- «vaises actions. Apprenez qu'on n'a pas oublié ce « que vous avez fait en faveur du gouverneur de Fri- (( bourg. » Oker, ne sachant que leur répondre, les .quitta , et alla rendre compte à l'Empereur de ce qui s'étoit passé à l'assemblée.
Le comte Tékély ayant appris que la conférence de Vienne étoit rompue, crut qu'il de voit affermir les mécontens dans leur révolte par quelque action d'éclat, et signaler les commencemens de son gênéralat. U marcha d'abord vers Cassovie , dont il brûla les faubourgs ; et après s'être emparé de la citadelle de Zeilaverd , il s'avança vers la rivière de Thorna , qu'il passa, malgré la vigoureuse résistance des Impériaux qui étoient campés à l'autre bord. Il attaqua ensuite la citadeUe de Thorna, et détacha pour cet effet un corps de cavalerie et de dragons commandé par le marquis de Guénégaud, et deux cents hommes d'infanterie. Ces troupes se postèrent dans les maisons les plus proches de la place , firent un logement dans le fossé, et avancèrent si vivement leurs travaux, que le irieomte de Thorna et les habitans prirent le parti d'égorger la garnison allemande, laissant la place à leur discrétion. Cette conquête fut suivie rapidement de celles de Zeineritz , de Lewens et de deux autres places. Le comte Tékély envoya ensuite des lettres circulaires à tous les habitans du pays, pour leur représenter les mauvais traitemens ijue l'on continuoit de faire aux mécontens , et la résolution dans laquelle il étoit, ainsi que tous les autres chefs du même partie de défendre jusqu'à la
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mort leur liberté et leurs privilège^. U invttoit tous les Hongrois de se joindre à lui, afvec menaces de traiter comme ennemi^ non-seulement ceux qui favoriseroient l'Empereur, mais encore ceux qui voudroient demeurer neutres. Ces lettres, et les heureux succès de Farmée des mëoontens , obligèrent tant de Hongrois à embrasser leur parti, que leur armée se trouva, au commencement, d'aoât, de plus de vingt miUe hoiumes, sans compter plusieurs détachemens qui étoient dispersés en plusieurs endroits. Le comte Tékély , poui: ne pas laisser tant de troupes oisives, repassa la Teiss, et marcha le long du mont Krapack, qui sépare la Hongrie de la Pologne. Après gvoir traversé le comté de Sepuse, il «^approcha de la ville de Rosemberg, qu'il prit d'assaut, et brûla dans le château deux cents hommes du régiment de Strazolde, Il envoya ensuite un parti de deux mille hommes, dont la plupart étoient Tar tares, dans la Moravie pour y faire le dégât. U détacha aussi le colonel Josna, qui après avoir été religieux s'étoit fait protestant, avec cinq mille hommes pour ravager r Autriche*, ce qui donna l'épouvante à tout le pays^ et obligea un grand nombre de paysans de s'aller ré^ fugier dans Vienne.
' Pendant ces hostilités, l'archevêque de Strigonie tâcha de renouer la négociation ; il examina avec les ministres de l'Empereur les réponses que le comte Tékély avoit faites aux propositions de Sa Majesté Impériale. Ce comte demandoit par son mémoire qu'on fît sortir du royaume de Hongrie tous les ecclé^ siastiques qui étoient suspects aux mécontens; qu'on leur accordât une amnistie générale, le libre exereiee
de ia religion^ la restitution de leurs biens et de leurs teiQples, la permission d'ëlire chez eux un palatin de leur nation; et qu'on donnât des assurances pour Texé^ution die tous las articles , avec menacée de li^ Yr#r auiK Turcs les villes des montagnes dont ils s'ët9ient^mparés« L'Empereur, qui venoit de conclure Ja paix avep la France , témoigna être moins disposé à raccommodement. Il déclara qu'il prétendoit que la charge 4e palatin demeurât entièrement supprimée , et qiije le royaume fût gouverné comme il Tétoit pat* un vioQHToi^ il refusa de donner aux protestans des tf^mple^ dans les villes, voulant qu'ils se contentas^ s0nt d'en I avoir dans l^s villages; enfin il demanda qu^yjint que dVnfcrer dans aucune négociation les Blécontens congédiassent les troupes étrangères qui étaifmt à leur service s ice qu'il» n'avoient garde de faire sans être assurés du succès.
Le grand duc de Moscovie sachant que l'Empereur cmgnoiX avec raison que les Turcs ne voulussent em* brasier le parti des rebelles, lui envoya une célèbre ambas^de pouir loi proposer une ligue offensive et défensive contre les Infidèles. L'Empereur nomma , pour traiter avec ses ministres , les comtes de M ontecuculli et de K^onigseck, qui, après avoir examiné les propositions de ees ambassadeurs, furent d^avis d'accepter la ligue. Le comte de Monteoueulli offrit même d'aller commander l'armée contre les Turcs , quoique son âge fôtdéjà fort avancé , et put le dispenser des fatigues de Ja' guerre. Le roi de Pologne envoya aussi à Vienne lé prince Radeiwil pour lui offrird'entrer dans cétteligue, pourvu que FEmpcareur voulût se résoudre à déclarer ï^, guerre aUK Turcs; ma^ quoique les deux nonces
du Pape, qui ëtoient alors en cette cour, fissent tous leurs efforts pour déterminer ce prince à prévenir ses ennemis, qui ne manqueroient pas de Tattaquer quand ils en trouveroient une occasion favorable , ils ne purent le résoudre à accepter des pffres si avantageuses.
La foiblesse de TEmpereur enhardit les autres peuples de son obéissance à prendre les armes. Neuf cents paysans du cercle de Breslaw en Silésie se révoltèrent contre les comtes de Galas et de Nostits, et contre d'autres seigneurs, prétendant en être traités comme des esclaves^ et ils refusèrent même de payer les contributions qu'on leur demandoit au nom de TEmpereur. Cependant, pour garder quelques mesures, ils envoyèrent à Prague quatre députés chargés de représenter à TEmpereur les raisons qui les avoient obligés de prendre les armes , et de lui faire agréer qu'ils confiassent la défense de leurs droits à un avocat. On mit les députés en prison, sans vouloir les entendre ^ et, pour apaiser ces troubles dans leur naissance , on fit marcher en Silésie deux régimens commandés par le comte de Piccolomini, avec ordre de ne faire aucun quartier à ceux qui refuseroient de poser les armes. Cette milice sans expérience ne vit pas plus tôt paroitre les troupes qui l'attaquèrent, qu'eUe se dissipa. Piccolomini fit arrêter quelques-uns de ces paysans, qui furent pendus pour servir d'exemple aux autres, et ensuite il s'en retourna à Vienne.
A peine fut-il parti que les rebelles se rassemblèrent, au nombre de plus de quatre mille. Plusieurs officiers réformés se mirent à leur tête, et les firent marcher en ordre de bataille avec des étendards où Ton avoit mis des devises pour exciter les peuples^
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suivre le même parti : iîs tâchèrent de surprendre un château pour se saisir des armes qui y étoient renfermées, parce qu'ils en manquoient. Le comte Piccolominiles prévint 5 et ayant été renforcé par les régimens de Grana et de Mercy , il marcha contre eux. Il les trouva campés à Leittonitz ; et ayant détaché des partis pour les reconnoître, il fit d'ahord trente prisonniers, avec un lieutenant réformé qu'il envoya à Prague. Lorsqu'il voulut attaquer ces rebelles, ils se retirèrent en désordre dans des bois entourés de marais et sur dés montagnes inaccessibles. Piccolomihi ne pouvant les y aller forcer, leur fit dire que s'ils vouloient mettre bas les armes , l'Empereur leur accorderoit une amnistie générale, et leur feroit donner satisfaction sur les justes sujets de plaintes qu'ils auroient contre leurs seigneurs : la crainte du châtiment en cas qu'ils résistassent, et l'espérance d'un traitement plus favorable s'ils mettoient les armes bas, en firent retirer cinq mille. L'Empereur, pour réduire les autres en leur donnant quelque satisfaction , ordonna que les paysans qui étoient obligés de travailler cinq jours de la semaine pour leurs seigneurs, et qui n'enavoient qu'un de libre, n'aur oient plus que trois jours de corvée , et pourroient travailler pour eux les trois autres jours de la semaine.
Après avoir ainsi pacifié les troubles de la Silésië , l'Empereur renoua la négociation commencée avec lesmécotttens de Hongrie, et convint avec eux d'une suspension d'armes. M^is comme un parti ne songeoit qu'à surprendre l'autre, quelques officiers de l'armée impériale entreprirent d'enlever le comte Tékély dans une maison de ]^aisattce où il se divertissoit avec ses
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anai$ »ur h foi d^ la trêve. Ce comte ayant été averti de leur dessein , alla le» attendre dans une embti»^ cade , le3 dëfit , et en tailla la moitié en pièce». Quoi* que cette trahison eût aligné le« e3prit» , le$ comtes d'£«terba«i et de Forgats, qui travailloient à raccom-* modement, alloient de comte en comté exhorter le$ habitans à rentra* dans leur devoir. L'Emperew de son c^té , pour venir jiw aiaément à bout du deseein qu'U avoit de feire reconnaître rarchiduc Joaeph soa fil» roi de Hongrie , résolut d'accorder aux m^contem la plus grande partie de Ce qu'ila ^ouhaitoient; mais plus il se rapprocboit, plus les méconteus semWoient s'éloigner. Après quHls eurent offert de remettre toute» chosea en l'état qu'elles étpient en i66a, ila diemandèrent que le royaume fut déclaré électif, quoique ce%t^ prétention fôt contraire à la constitution (k l'année i654-
[1680] L'En^pereur neJaissapas que de convoquer une diète gêné wle à C^ldenbourg, et l'ouverture s'eu fit le dernier août i$8o. On y proposa, dans la première séance , de faire l'élection d'un palatin avant que de parlef d'aucune autre affaire. Le comte Tékély communiqua enmte à l'évéque Sebestitii, commissaire de l'Empereur, des lettres par lesquelles le prince Abaffy lui promettoit des avantages trèa*considérables de la part des Turcs. Sur oe fondement il demandmt que Sa Majesté Impériale rind^mnisât, en cas que, par l'accommodement qu'il feroit avec elle , il ae trouvât dépouillé des biens qu'il possédoit en Transylvanie. La diète fit proposer à l'Empereur les comt^ Es^ terhasi, Palfi et Erdedi, pour que la chaîne de pa- Itfdn fût conféiéB à l'un des trois ^n^is ce prince m
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>ulùt pàd déterminer mr tin iAoÀx si important n'en eût parlé au père Emeric , qui venoit d'être i éYéquè dé Vienne , et an secrétaire Abelé , qui ^ernoiêfit entièrement son esprit. Quoiqu'on traât dani) là dîètê huit heures par jour, on ne put ; les premières séances convenir de l'élection du tin, à cause du peu d'union qu'il y avoit entre Commissaires de l'Empereur et les députés du urne. Ge choit se trouva si difficile qu'il pensa er k rupture de la diète , parce que l'archevêque ^rigônie rejetoit tous les sujets que prôposoieilt mtres. L^Empereur, pour lever cette difficulté, ma les comtes d'Esterhasi, Palfî, Budîani, Eri et Kinski, permettant aut Hongrois de choisir i des cinq qui leur seroit le plu» agréable. Cette losition ayant été mise en délibération dans l'as*blée, toutes les voix se réunirent en faveur d'Esast. L'Empereur, qui s'étoit rendu à QEdenbourg , retourna à Nevistadt, après avoir reçu le serment louveau palatin. Le lendemain de son départ, la B reçut une lettre du comte Tékély, siguée de 5t de six des principaux chefs des mécontens, par telle ils offroient d'accepter l'amnistie, pourvu ^ leur accordât la liberté de leur religion, qu'on rendit leurs temples et tous leurs biens, qu'on It aux Turcs l'argent qui leur avôit été promis, et •n donnât aux mécontens les assurances néées- ;s pour Fetécution de ce qui leur seroit accordé. diète envoya swr-le-champ cette lettre à TEmpe- '•, et ce prince, après l'avoir communiquée à son jeil, répondit qu'il ne pouvoit consentir au derarticle concernant les Turcs. .En consc^quenfce-
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il fut résola dans rassemblée qu on dëputeroit à Sa Majesté Impériale , pour la prier d'ôter les charges à tous ceux^ qui avoient eu part aux changemens qu'on avoit faits dans le royaume , et qui avoient été cause des troubles qui duroient depuis vingt ans. L'Empereur ne voulut pas répondre sur-le-champ à cette proposition; il marqua seulement qu'il Texamineroit, et feroit savoir ses intentions à la diète. Le Grand- Seigneur craignant que le comte Tékély ne.se remît sous Tobéissance de son maître , lui envoya un pacha pour Ten détourner , et pour lui offrir toutes les assurances qu'il seroit fait prince de la Transylvanie après la mort d'Âbaffy. Ce pacha, qui eut plusieurs conférences avec le comte et avec les autres chefs des mécontens , sut si bien leur représenter les avantages qu'ils trouveroient en se mettant sous la protection de la Porte, que quatre-vingts d'entre eux lui promirent, au nom de tout le royaume, de payer au Sultan un tribut de quatre-vingt mille écus, pourvu qu'il voulût les assister puissamment.
Cependant les députés de la diète travailloient avec soin à examiner les griefs des mécontens , et le palatki alloit de temps en temps à Neustadt pour en rendre compte à l'Empereur. Quand les délibérations de cette diète eurent été rédigées par écrit, ce prince se rendit à OEdenbourg pour les régler. La diète envoya en même temps au comte Tékély son résultat touchant le point de la religion, et celui de la contribution annuelle pour l'entretien des troupes et des places de Hongrie. Ce résultat portoit que l'on accorderoit aux mécontens la restitution des temples qu'ils avoient fait bâtir, avec la liberté d'en construire trois a^utres, ;
et d'y faire prêcher publiquement leurs ministres ; qu'à regard des Turcs , on leur donneront une somme considërable une fois payée , au lieu du tribut annuel qu'ils prëtendoient, mais à condition qu'ils prolonge- •oient pour yingt ans la trêve conclue en 1664. On fit néme proposer au comte Tékély de lui donner en itage le fils du palatin, en cas qu'il voulût venir ]uinéme à la diète. Ce comte répondit qu'il ne vouloit ien relâcher de la restitution de tous les temples, et Lu paiement de quarante mille risdales de tribut anàuel, parce que, sans cette condition, les Turcs ne rouloient pas rendre aux mëcontens leurs femmes et eurs enfans qu'ils avoient en otage. Les difficultés lugmentoient tous les jours de la part des mécontens : Is prétendoient que ceux qui étoient cause des trou- >les se dévoient charger de payer à la Porte le tri- >ut auquel ils s'étoient engagés^ d'ailleurs le comte rékély demandoit un gouvernement et des terres ^our sa sûreté.
Les protestans manquèrent même de se trouver à la diète pendant trois séances, parce qu'ils préten- [loient qu'on réglât, avant toutes choses le point de la religion, à quoi l'archevêque de Strigonie s'opposoit Portement. Ils fiirent néanmoins obligés de rentrer , sur une nouvelle proposition du comteTékély , qui demandoit qu'on cédât aux Turcs et aux Transylvains les trois comtés sur lesquels ils avoient des prétentions, au liea du tribut annuel qu'il falloit payer à la Porte. Les Etats de Hongrie résolurent enfin de remettre l'examen de leurs griefs particuliers à une autre diète qui seroit convoquée dans un an ou deux, sous le bon plaisir
de l'Empereur; et ils réduisirent les matières dont ils
vouloient la dëcisioû aux articles suitans : que Tëlectkm du palatin seroit confirmée ; qu'on atlgmeiiteroit les troupes de Hongrie de soldats du pays ; qu'on d^ cbargeroit le royaume des contributions extraordi^ naires^ qu'on distribueroit les charges aux oiSciers hongrois; qu'on réformeiroit les chambres de Hon^ grie , dont le yice-roi avoit été président -, qu'ion licetl^ cieroit les troupesi étrangères, dont on n'avoit pas besoin^ qu'on restititéroit aux mécontens lès biens qu'on leur aVoit confisqués ; qu'on leur doûaenreniitk liberté de la religion, et qu'on leur accorderoit t»e amnistie générale; qu'on mettroit en liberté tous les prisonniers de part et d'autre ; qu'une autre diète se«roit indiquée le plus tôt qu'il seroit possible^ On ajouta à ces articles un mémoire psff lequel on demaïkknt qu'on démolit la citadelle de Cassotie -j qu'en éas qu'on ne pût restituer aux mécontens leurd biens confisqués, on leur donnât un équivalent au-delà de la^'ï'eteâ^ et qu'on leur accordât cent temples , auxquiâs h diète se fixoit , quoique les mécontens en dermandassent un bien plus grand nombre. Ce mémoire ayant été envoyé à l'Empereur, il répondit, entre autres choses, qu'il ne vouloit pas laisser aux protestans les égUses qu'ils avoient usurpées sur les catholique^, loais cpl'it donneroit de l'argent pour leur faire bAtir d'suitrtf teitiples<
Le prince Abafiy voyant que les n^ociattons ne a'avancoient pas , assiégea Zatmar. Apre» avoir fait tracer des lignes autoui" de cette fh^ce^ il divisa son armée en quatre corps qui eurent desquartiers séparés. Le; premier étoit composé des troupes de Transylvanie ; le second , de celles dé Moldavie ; le troisième,
Turcs -, le quatrième , des mëcontens de Hongrie -, es quatre corps se pouvoient joindre par des lignes, communication. Un cinquième, composé de cinq le chevaux tires de Tarmée des mécontens, sous ordres de Bernhasi, un de leurs plus braves offîrs, s'avança vers la Teiss pour s'opposer au ise- LTs que le comte Càprara auroit pu amener. Le nce Âbafiy s'attacha d'abord au corps de la place, ce que le comte de Serin qui y commandoit avoit lié les faubourgs pour être plus en état de se déidre. Ce comte étoit fds de Nicolas de Serin, frère celui qui avoit été décapité. Le Transylvain n'eut » plus tôt formé ce siège, qu'il fit publier un manite portant que la seule pitié qu'il avoit de la per- :ution qu'essuy oient les mécontens de Hongrie Tait obligé de venir à leur secours, pour leur faire itituer leurs biens et leurs temples, et pour les ré- )lir dans leurs anciens privilèges. Il ajoutoit qu'il toit porté à cette entreprise du consentement de la Tte et de tous les Etats de Transylvanie; que le 'and-Seigneur lui avoit donné une commission exesse pour cette expédition -, qu'en considération de n zèle , Sa Hautesse avoit déclaré le prince son fils gent des mêmes Etats de Transylvanie en son abnce, et son successeur, au cas qu'il mourût dans tte guerre. Le prince Abaffy poussa vigoureusement siège , pour faire voir aux assiégés qu'il étoit en at de les forcer s'ils ne vouloient pas goûter les isons contenues dans son manifeste -, et il reçut peu 3 jours après un secours de huit mille hommes qui li fut envoyé par le pacha de Bude. Après l'arrivée e ces troupes, il se rendit maître de la ville, et con-
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traignft le gouverneur à se retirer dans la citadelle. Le comte de Serin ayant découvert que les assiégeans avoient des intelligences avec un officier de la garnison, le fit arrêter, et lui fit trancher la tête. Le prince Abaffy voyant ses mesures rompues par la mort de cet homme, abandonna cette entreprise, et se retira. On parla diversement des motifs qui Favoient oUigé de lever le siëge. Les uns attribuèrent sa retraite à une mésintelligence survenue entre le comte de Tékély etTéléky, général des troupes de Transylvanie: on accusoit ce dernier de s'être servi de mauvaise poudre qui ne faisoit aucun effet ; d'autres disoient que le prince Abaffy n'avoit point voulu se rendre maître de la place , parce qu'il avoit eu avis que le Grand-Seigneur prétendoit qu'il la lui remît entre les mains. Quoi qu'il en soit, il est certain que Je pacha qui commandoit les Turcs à ce siège envoya à Censtantinople des mémoires contre ce prince ^ ce qui l'obligea de retourner dans son pays, de peur qu'il n'y arrivât quelque changement en son absence.
Zatmar est une place frontière de l$i Transylvanie, sur la rivière de Samos qui Tenvironne de toutes parts -, c'est la capitale du comté de Senon. Elle fut cédée à l'Empereur par l'accommodement que Ragotski fit avec lui pendant le siège de cette place. Sa Majesté Impériale répondit au mémoire des mécontens par un autre qui contenoit ses intentions de la manière suivante : que tous les Etats du royaume, tant seigneurs que gentilshommes, comme aussi les villes privilégiées qui appartenoient immédiatement à la courpune, joui*roient de la liberté de leur religion, et qu'ils en auroient l'exercice libre, sauf néanmoins le droit des
ieigneurs particuliers ; que les soldats hongrois qui ►e trouveroient eu garnison sur les frontières jouioienl de la même liberté ; qu'il ne séroit permis & lucune des parties de chasser les curés ni les milistres des églises situées dans les lieux où Texercice le leur religion étoit établi ; que lés catholiques et tes protestans ne pourroient s'emparer des églises possédées par l'une des deux communions -, que les églises occupées depuis l'année 1670, durant les derniers troubles, demeureroieut à ceuic qui les possédoient ac* tuellement^ qu'il seroit permis aux luthériens et aux calvinistes, et à tous ceux qui étoient compris sous ces deux sectes, de bâtir un temple dans chaque comté '^où il tie s'en trouveroit point, et d'y exercer leur religion-, que s'il y avoit déjà quelques temples, ilsen jouiroient, ainsi que des revenus qui leur seroient affectés-, qu'il seroit permis aux seigneurs et aux gentilshblnmes des mêmes comtés de faire bâtir des oratoires et des chapelles dans leurs château* pour y exercer leur religion, et dé les doter d'un revenu suflSsant -, que les catholiques auroient le li^ bre exercice de leur religion dans tout le royaume-, qu'on permettroit aux luthériens de Presbourg de bâtir un temple dans un lieu commode qui leur seroit marqué , et que ceux de la ville de ZopranitK resteroient en possession de Fexercice dont ils jôuissoient al<Mrs; que les différends qui survîendroîent iravenii" touchant la religion ne seroient pas décî*déa par les armes, mais seroient réglés par Sa Majesté Impériale , 8q)rès avoir entendu les parties, et que l'article huitième de la convention du roi Uladislas seroit renoiavelé et observé; qu'il seroit dé-
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fendu, sous peine d'encourir Findignation de Sa Majesté Impériale, à tous les Etats, à tous les ordres et à tous les particuliers du royaume, de parler mal des religions permises, et d'injurier ceux qui en feroient profession.
[1681] Les Etats présentèrent, le 21 octobre 1681; leur réplique, par laquelle ils prioient l'Empereur de régler toutes choses suivant le décret de l'année 1647, ^ns avoir égard aux objections des catholiques.- La réponse de Sa Majesté Impériale n'étant pas telle qu'ils la souhaitoient, ils en furent si indignés, que tous les seigneurs du royaume s'en seroient retournés chez ^ eux dès le même jour, si les commissaires de l'Empereur n'eussent fait les derniers efforts pour les retenir.
Ce différend fut à peine accommodé, qu'il s en éleva un autre plus difficile à terminer. Les députés des Etats se plaignirent qu'on vouloit céder aux Turcs une partie de la Hongrie ^ ils disoient hautement que l'Empereur vouloit conserver l'Allemagne aux dépens de leur pays. Le seul expédient qu'on put trouver pour leur donner "satisfaction fut qu'un gentilhomme hongrois, chargé de veiller à leur intiérêt, accompagneroit à Gonstantinople le comte Albert Caprara, qui y alloit en qualité d'ambassadeur de Sa Majesté Impériale. On arrêta, le 16 novembre, au gré de l'Empereur, l'article concernant la religion ^ -On travailla ensuite à examiner les moyens de rendre aux mécontens leurs biens confisqués, et de faire sortir du royaume les troupes étrangères; ce que tous les Hongrois souhaitoient ardemment, ainsi que la cassation ou la réforme de la chambre nouvelle-
ment établie en Hongrie : mais il y eut sur ces objets (le grandes difficultés de la part des commissaires. Les Hongrois vouloient encore qu'on privât de leurs emplois tous ceux qui en avoient étë pourvus par l'évêque de Neustadt, qu'ils regardoient comme l'auteur de tous les troubles du royaume ^ ce que l'Empereur n'étoit pas disposé à leur accorder. Us avoient même peine à convenir entre eux des moyens d'exécuter les choses qu'ils paroissoient désirer le plus; il* y avoit tant de division dans cette assemblée, que les ecclésiastiques détruisoient l'après-dînée ce qui avoit été réglé le matin par les séculiers. CeuxKîi proposèrent à l'archevêque de Strigonie de renoncer pour lui et pour ses successeurs à la dignité de palatin quand elle viendroit à vaquer ; de quoi ce prélat fut tellement irrité , qu'après avoir dit plusieurs choses fâcheuses à Esterhasi et aux autres députés séculiers, il sortit pour en aller porter ses plaintes à Sa Majesté Impériale, protestant que pas un des ecclésiastiques ne se trouveroit plus à l'assemblée. L'Empereur, pour, faire cesser ces différends, ordonna au comte d'Esterhasi , à l'archevêque de Strigonie et à l'évêque de Neustadt, de ne plus assister à la diète, parce qu'ils n'étoient pas agréables aux Hongrois. Le nombre des commissaires fut réduit par ce moyen à trois, savoir, le prince de Schwartzemberg, le comte de Nostits et le chancelier Oker.
L'Empereur ayant conclu une suspension d'armes avec le comte Tékély, résolut de faire couronner l'Impératrice avant que de s'en retourner à Vienne. Les seigneurs hongrois allèrent pour cet effet prendre les ornemens royaux à Presbourg, et les portèrent à
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C£denbourg, où la cérémonie se fit le 9 de décembre, dans Téglise des religieux de saint François^ avec les solennités ordinaires. La diète continua ensuite ses séances , et remit à Sa Majesté Impériale la disfposition des biens cpnfisqués qui n'étoient pas encore aliénés. L'Empereur, touché de la soumission des Hongrois, ordonna que les biens des comtes de Serin, Nadasti, Frangipani, Tottenback, et de quelques autres seigneurs qui aToient été exécutés, seroient entièrement rendus à leurs enfans ou à leurs autres héritiers. Les Etats de leur côté, pour témoigner leur zèle à leur souverain, firent présent à llmpératrice d'une bourse de deux mille ducats, qu'elle ne yenlut pas recevoir, leur recommandant de l'employer aux réparations des églises catholiques. La diète finit enfin le 29 décembre, et l'Empereur s*en retourna à Vienne. Ce prince, pour montrer qu'il vouloit gratifier les seigneurs hongrois en tout ce qu'il pourroit, fit entrer dans son conseil privé le palatin Paul Esterhasi, et lui fit donner par le roi d'Espagne l'ordre de la Toison d'or. U conféra au comte de Drosconitz la charge de juge souverain de police de justice 5 il fit le comte Ferdinand Esterhasi général des troupes hongroises; le comte de Zikits colonel d'un régiment de la même nation, qu'il se chargea de lever à ses dépens-, et le comte Sigefroid de Dietrichstein gouverneur du comté de Gorice, érigé depuis peu en principauté,
[1682] Le Grand-Seigneùr ayant conclu la paix avec le czar de Moscovie, résolut de porter ses armes en Hongrie. Dans cette vue, il fit faire de grands magasins à Belgrade et dans les autres places de son
obéissance. Il y envoya tant de troupes, que les sol* dats furent obliges de coucher au milieu des rues danà des barraques. Comme Tëkëly devoit agir avec les Turcs aussitôt que la trêve seroit expirée, il jugea à propos de prendre de^ mesurés avec le pacha de Bude , et se rendit aoprès de lui avec une escorte de trois mille chevaux. Le pàcha étant averti de son arrivée , donna ordre à son fils de le recevoir à la porte de la viHe à la tête des spahis, de lui faire compliment de sa part, et de le régaler de rafraîchissemens, suivant Tasage de cette nation. Le comte entra dans Bude aVec ses troupes, qui furent logées sous des tentes , au-delà de la rivière près de Pest. Le pachà l'attendit dans la ville à la tête des janissaires; et après les civilités réciproques il Tassura de la protection dii Grand-Seigneur. Ensuite il lui fit ôter son bonnet à la hongroise, et lui en fit mettre un à la turque, enrichi de pierreries et orné d'une plume de héron; ce présent, qu'il lui fit de la part de Sa Hautesse , étoit accompagné d'un sabre , d'une masse d'armes , et d'un drapeau : il lui donna aussi en par-^ tic^lier quelques chevaux richement harnachés.
Tékély, dont l'ambition étoit satisfaite, songea à satisfaire l'amour qu'il avoit depuis long-temps pour la veuve du prince Ragotski. Il avoit envoyé son .secrétaire à Vienne , pour obtenir de l'Empereur la permission d'épouser cette princesse : l'Empereur, qui crut devoir ménager le comte dans le temps qu'il tâchoit à lui faire rompre les éngagemens qu'il avoit pris avec la Porte, et qui d'ailleurs voyoitbien que c^étoit une pure civilité qu'on lui faisoit, mais qu'on ne laisseroit pas que de passer outre malgré lui s'il
refi^soit 8on consentement, accorda à cet envoyé tout ce que son maître souhaitoit. Tékély me pria d'en aller porter la nouvelle à la princesse Ragotski , dont je fus parfaitement bien reçu. Quoiqu'elle sût bien que le comte n'avoit pas été déclaré roi de Hongrie , comme le bruit en avoit couru, elle demeura persuadée qu'en l'épousant elle ne descendroit pas du rang où son premier mari l'avoit élevée , puisque la valeur de Tékély et la réputation qu'il s'étoit acquise le rendoient digne du trône. Elle me dit que le comte pouvoit se rendre à Mongatz pour y recevoir sa foi, et qu'il y seroit le bienvenu, puisqu'elle y étoit entièrement la maîtresse depuis la mort de sa bellemère , ayant été déclarée tutrice du seul fils qu'elle avoit eu du feu prince Ragotski. J'allai porter cette réponse au comte Tékély , qui se rendit à Mongatz au retour de Bude. Après qu'il eut célébré son mariage avec beaucoup de pompe, il fit entrer des troupe» de son parti dans cette ville et dans toutes celles qui dépendoient de sa femme, pour s'en assurer la pos— session : il ne laissa pas néanmoins de négocier tou— jours avec le comte de Saponara, envoyé de Sa Majesté Impériale, afin de l'amuser jusqu'à ce que le» Turcs se fussent mis en campagne pour appuyer ses desseins.
L'Empereur reçut peu de temps après des lettres du comte Albert Caprara , qui lui mandoit qu'il avoit eu audience du grand visir , et qu'il ne pouvoit obtenir la prolongation de la trêve qu'aux conditions suivantes, savoir: qu'on remettroit la Hongrie en l'étais qu'elle étoit en i655-, que ce royaume paieroit à Sa Hautesse un tribut annuel de cinquante mille florins 5
qu'on raseroit les forteresses de Léopoldstadt et de Gratz 5 qu'on céderoit au comte Tékély Neytracht , Scfaults , Esseck et l'île de Schut près de Presbourg , avec la forteresse de Muran; qu'on accorderoit une amnistie générale aux mécontens, et qu'on les rétabliroit dans tous leurs biens et leurs privil^es. Ces conditions semblèrent si dures à l'Empereur^ qu'il préféra la guerre à un accommodement si honteux. La trêve étant expirée , Tékély se joignit aux Turcs qui s'étoient assemblés près de Pest, au nombre de quarante mille hommes. Il passa près de Cassovie sans s'y arrêter^ et ayant tourné tout d'un coup vers Zatmar, il marcha toute la nuit. Il arriva devant la place sans qu'on eût eu avis de sa marche ; et ayant surpris le château, il fit passer au fil de l'épée la garnison qui netoit que de quatre-vingts hommes, commandés par on enseigne. De ce poste , il commença à battre la ville , 9111 se rendit peu de jours après. Le général Strazolde ?*étoit mis en campagne avec ce qu'il avoit pu ramasser de troupes , pour tâcher de jeter du secours dans *^ place; mais il la trouva prise. Le comte Tékély, 2près y avoir fait entrer une forte garnison, retourna devant Cassovie, parce qu'il avoit des intelligences ^^^c un lieutenant de la gayiison qui lui livra le châ- ^^a.ti, et qui devoit le rendre maître de la ville. Le ^^'^ître ayant été arrêté , le comte fut obligé d'em*ployer la force où l'artifice avoit manqué. Après avoir f^it sommer le gouverneur, qui témoignoit être disposé à se bien défendre , il fit battre la place par trois ^udroits, avec vingt pièces de canon à chaque batterie. Il n'avoit d'abord formé le siège qu'avec douze mille Sommes seulement : mais il reçut le lendemain un ren-
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fort de quatorze mille hommes que sa femme lui envoya des troupes qu'elle avoit levées sur se» terres , et le pacha d^Agria le vint joindre avec six mille. Conline, dans le mauvais état où étoient les troupes de TEtnpereur , Tékély crut alors en avoir trop , il détacha le comte Petrozzi avec quatre mille chevsjux, potir entrer dans le comté de Lipsca , et obliger les peuples de ce pays et des comtés voisins à embrasser son parti. Le lieutenant colonel Lamb, qui coinmandoit dans Gassovîe ^ avoit envoyé assurer le comte de Stràzolde, qui s'étqit avancé le long du Waag vers Rosetnberg, qu'il se défendroit jusqu'au 20 août; mais après trois jours de tranchée ouverte, et divers assauts soutenusdans le corps de la place, qui n'avoit 9iucun dehors, il fut obligé de se rendre à discrétion. Le gouvémeui — £at fait prisonnier de guerre, et les habitans furen contraint» de payer cinquante mille écus pour se racheter du pillage. Tékély y fit son entrée avec le pacha de Bude, et fit défiler dans la ville vingt-deu« compagnies de ses troupes.
Cassovie, dite Caschau ou Kussa, est la capitalo de la haute Hongrie, et en particulier du comté d'Abanwivar. Elle est située au confluent de la rivière de Taraa et de celle d'Amat, qui ont toutes deux leurs sources dans le comté de Sepuse. Quoiqu'eBe Mt alors soumise au roi de Hongrie, elle se gouvef*noit au^ trefois en ville libre, comme les villes anséatiques d'Allemagne; et ce ne fut qu'au commencement des troubles^ qu'elle fut obligée de recevoir garnison impériale. Après la prise de cette place, les Turcs se joignirent aux mécontens, et marchèrent ensemble devant Eperies, qui se rendit sans aucune résistance:
deux cents Allemands qui y étoient en garnison sortirent avec armes et bagages*, et furent escortes jusqu'aux frontières de la Pologne. Eperi^s est dans le 2omté de Saros sur la petite rivière dé Tàrza, vers .es frontières de la Pologne, et à six milles de Casscvwie j sans aucunes fortifications régulières.
Cette conquête fut suivie de la prise de Leutsch, du Ebrt de Zipt et de Zemire, qui se rendirent aussitôt que les mécontens se présentèrent devant leurs portes. Le comte Tékély ayant fait démolir Eperies par le conseil du pacha de Bude , entra dans le comté de Sepuse , où ses troupes pillèrent et brûlèrent Sebeta ctSaszink, villes appartenantes au prince de Bomirski, grand marécli^ de Pologne, pendant que les Turcs s'emparèrent de Tokai et de Filek. Tokai est une ^dace forte située au confluent du Bodrog, dans le comté de Barzod -, elle tomba en la puissance de l'Empereur par la cession que lui en fit le prince Ragotski lorsqu'il fit son accommodement avec Sa Majesté Impériale. Filek est dans le comté de Sag, sur la petite rivière d'Ipola, derrière la forêt de Monach : les Turcs s'en rendirent maîtres en i554'î ï^^ chrétiens la reprirent et la gardèrent jusqu'en iSSa, et elle retomba sous la puissance des Infidèles de la manière que nous venons de le dire. Le pacha de Waradein, après la prise de Filek, alla avec quarante mille hommes investir Lewentz et Neytracht, qui se rendirent sans résistance. Lewenz ou Leina, comme l'appellent les Hongrois, est une place située sur le Gran, dans le comté de Bars, et dépendante du gouvernement de Nèuhausel, d'où elle n'est éloignée que de cinq lieues au levant. Neytracht ou Nitria est la ville capitale d'uq
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comté, et ville ëpiscopale dépendante de l'archevêché de Strigonie. L'Empereur se voyant ainsi attaqué par les Turcs sans qu'il leur eût déclaré la guerre, lînvoya le comte de Kaunitz en Bavière pour solliciter du secours. U dépécha aussi plusieurs officiers, et entre autres le comte de Windisgratz, vers les électeurs et les princes des cercles de la basse Saxe et de la Westphalie, ppur les exciter à l'assister dans un besoin si pressant-, il envoya encore le comte de Walstein, chancelier de la Toison d'or, en Pologne, pour se trouver à la diète de Varsovie, afin d'y négocier une ligue avec cette couronne; il fit faire des levées de tous côtés, et manda, au comte Albert de Caprara de revenir, s'il ne pouvoit ol^tenir la prolongation de la trêve ; mais le Grand-Seigneur ne lui en donna pas la liberté, et l'obligea de le suivre jusqu'à Andrinople, et de là à Belgrade, où il le fit observer fort exactement. Cet ambassadeur, quelque temps après, fit savoir à Sa Majesté Impériale que 1^ Grand-Seigneur offroit de prolonger la trêve , si ell vouloit lui céder les îles de Schut, de Serin et d Raab, avec les forteresses de Raab et de Comorn-, c que l'Empereur refusa, parce que le comte de Walstein lui avoit fait savoir qu'il avoit conclu une ligue offensive et défensive avec le roi de Pologne le Si mars i683.
Le grand visir se rendit à Belgrade le 3 mai de la tnéme année , avec l'avant-garde de l'armée ottomane et plus de trois cents pièces de canon , outre un grand nombre de mortiers à jeter des bombes d'une grosseur prodigieuse. Dans ce même temp3, toutes les troupes qui dévoient composer l'armée impériale
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oommencèrent à filer du côté de Presbourg , où le comte Rabata les faisoit camper à mesure qu'elles srrivoient. L'Empereur en fit la revue dans la plaine cle Kitzec, qui est autour de cette ville. Elles se trouvèrent composées de vingt mille hommes de pied, <ie douze mille chevaux allemands, et de cinq mille liongrois et hussards. Sa Majesté Impériale leur fit ^stribuer cinquante mille florins -, ensuite on tint un conseil de gverre, où il fut résolu de prévenir les Turcs et d'assiéger Neuhausel. Le prince Charles de Lorraine assiégea donc cette place le 9 juin ^ mais ayant appris que le grand visir marchoit vers Albe- Royale, il leva le siège. Le général des Infidèles arriva devant cette dernière place avec cinquante mille hommes de pied, trente mille chevaux , et deux cents mille hommes tirés des garnirons. Il occupa avec cette nombreuse armée huit lieues de pays, depuis Albe- Royale jusqu'aux montagnes de Raab^ et comme elle se trouvoit à une lieue du prince Charles de Lorraine, il détacha un grand nombre de Tartares pour faire le dégât dans tout le pays, d'où l'armée impériale pouvoit tirer des vivres et des fourrages.
Le comteTékély, après avoir conféré avec le grand visir, retourna à Ciassovie, et fit publier un manifeste contenant que Sa Hautesse recevroit sous sa protection tous les Hongrois qui embrasseroient le parti des mécontens, et qu'elle les maintiendroit dans Jeurs privilèges, leurs libertés, leurs biens et leur religion; mais qu'on ne donneroit aucun quartier à ceux qui refuseroient de se soumettre. Ce manifeste fit un si grand effet, que les villes de Papa, de Dotis et de Vesprin ouvrirent aussitôt leurs portes aux mécon-
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tens. La plupart des autres villes déclarèrent au com-* missaîre de l'Empereur qu'elles se rendroient au comte Tékély, pour ne pas s'exposer au feu et au pillage sans espérance d'être secourues.
Papa, autrefois MogitianUj est plus considéraMt par sa force , qui n'est cependant pas capable d'une longue résistance , que par sa grandeur et son éten-^ due. Elle est située sur la petite rivière de Marehal^^ près de la forêt de Bakou, dans le comté de Vèsprin, entre la ville de Senon et celle de Jâvarin. Dolia ou Tata, dans le comté de Javarin, anciennement appelée Deodatuniy est, selon quelques-uns, Cœsarea, Vesprin ou Weisbrun à son assiette au nord du lac Balaton, ver« la source de la Sarvitz, à oQ2e milles de Granâu sud, et à cinq d'Albe-Royale à l'ouest Elle est le siège d'un évéque qui est suifragant de Strigonie, et qui, en qualité de chancelier des reines de Hongrie , a droit de les couronner. Cette place est défendue par un fort élevé sur une colline. '
Le prince Charles de Lorraine ayant été averti par ses coureurs que les Turcs étoient déjà entrés en Autriche, ne se crut pas en état de pouvoir résister à leur armée, parce qu'il falloit renforcer les garnisons de Javarin et de Comorn, et qu'il ne poùvoit par conséquent lui rester tout au plus que vingt-quatre mille hommes. Dans la crainte qu'il eut d'être enveloppé par cette armée formidable, il résolut de se retirer sous le canon de Vienne, et il chercha à se placer dans un poste où il put se conduire suivant les mouvemens que feroient les Turcs à leur arrivée. B y avoit trois partis à prendre: le premier, de st camper dans la petite île de Schut ; le second , de se la-
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ger derrière le fiabnitz; et le troisième, de se poster entre le Rabnitz et le Raab. En suivant le premier et le^econd^ on ahandonnoit le passage du Raab aux moiûdries troupes des ennemis, et on leurouTroit l'entrëe dans les pays héréditaires. Cette considération obligea ce prince de s'arrêter au dernier parti, comme à celui qui lui sembloit le plus propre à sou^ tenir la ville et à disputer le passage du Raab. Il étendit sa gauche près de Vienne , et sa droite jus^ quaumarais.duRabau, où il mit le comte de Rabata pour disputer le passage à ses voisins de la droite. Il laissa dans Tîle de Schut le régiment de Wallis avec quelques Croates pour empêcher les Tartares de «'y jeter, et mit dans les dehors de Raab les régimens deGrana, de Raab et de Bade. Dans cette dispo^ sition il attendit Tarinée ennemie , dont les coureurs parurent à la portée du canon près du Raab, le !i9 de juin. Les Turcs marchèrent le premier de juillet le long rdu Raab^ et leur armée commença de s'étendre depuis le monastère de Saint-Martin jusqu'à une heure de chemin au-nlelà de la droite des Impériaux. Us se campèrent, serrés et sans intervalles, faisant un front de plus de deux lieues d'étendue, au-delà de la rivière^ jusqu'auprès de la villes, ^n tourqatnt à droite le loqg de k montagne et d'un ruisseau voisin du couvent.
Le prince Charles de Lorraine, qui étoit^orti de 8QQ capnp pour observer la contenance des ennemis , ayant mis l'armée en bataille à la vue de leur marche , s'avança sur la rivière pour leur en empêcher le pas- ^ge, et les éloigna d'abord par le feu de son canon, ^ers le midi, ils détachèrent de ledur gauche uti
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^nd corps de cavalerie qui monta le Raab vers }^ haut du Rabau , pendant que le gros de Tarmëe travaîlloit à établir des batteries en divers endroits le long du front des troupes chrétiennes pour tenter le passage.
Le prince Charles de Lorraine, qui n'avoit pas neuf mille cinq cents chevaux dans son camp, ne se trouva point en état de faire , en présence de cette grande armée qui se préparoit à le combattre, aucun détachement pour opposer à celui des ennemis. Ces troupes, qui étoient composées de mécontens de Papa , de Vesprin et de Dotis , passèrent à des gués que le comte Budiani avoit abandonnés, parce qu'il avoit pris le parti de Tékély avec les Hongrois qu'il commandoit.
Le prince Charles, qui craignit que les ennemis ne lui coupassent le chemin de Vienne et des pays héréditaires, prit le parti de se retirer la nuit même. Il jeta quelques troupes dans Raab, et en fit entrer d'autres dans l'île de Schut, sous les ordres du comte de Zelits, pour couvrir l'Autriche contre les détachemens des ennemis. Après avoir envoyé à Vienne le comte Caprara pour informer la cour des mouvemens des Turcs, il marcha vers Petronel. Lorsqu'il eut gagné une hauteur de laquelle on découvroit assez loin, il aperçut sur la gauche des villages en feu; Le comte Gondola, qui avoit la tête de larmée, remarqua le dessein qu'avoient les Infidèles de gagner le bagage des Impériaux, U s'y avança avec une partie des gardes. Le baron de Mercy y accourut aussi; et ayant reconnu que Gondola ne s'étoit pas trompé, il fit avancer son régiment et celui de Gortz , qui étoient
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des premiers. Dans le même temps , le comte Rabata, qui ëtoit alors à l'arrière-garde, ayant été averti par le comte de Taff qu'on avoit vu paroître un corps considérable de Turcs et de Tartares, en donna avis au général, qui fit faire halte, et mit les troupes en bataille. Pendant qu'il les rangeoit, il eut avis que les ennemis qui avoient couru aux bagages s'étoient retirés dans le bois dès qu'ils avoient vu approcher les chrétiens, et que le baron dç Mercj avoit passé devant le bois avec son régiment et celui de Gortz. Peu de temps après , le comte de Rabata l'avertît de nouveau que les ennemis s'avançoient pour attaquer les gardes que le comte de Taff comraandoit." Le prince Charles de Lorraine s'y rendit d'abord , et trouva que les gardes, à qui on avoit envoyé ordre de se retirer par les intervalles des régimens qui les soutenoient, avoient été rompues et repoussées par les Tartares , et que les autres escadrons tournoient le dos. La confusion étoit si grande , qu'il ne put les arrêter-, mais lorsqu'il se fut démêlé de l'embarras des troupes , il poussa aux régimens qu'il avoit postés sur la hauteur, et les trouva comme il les avoit placés. I| les fit avancer vers les ennemis , qui s'arrêtèrent et se formèrent dès qu'ils virent ce mouvement-, ce qui donna lieu au ralliement des escadrons qui avoient plié. Il se mit à la tête d'un régiment de dragons avec la plupart des officiers généraux,, et marcha dans^cet ordre à la tête des troupes aux ennemis. Lorsqu'ôri fut arrivé à la portée de la carabine , ils tournèrent promptement, et allèrent se former à quelque distancé de là ^ mais les Impériaux ayant continué de marcher à eux, ils lâchèrent le pied, et s'enfuirent à
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toute bride. Le prinqe Gliarles'les fit poursuivre far ses coureurs, qui leur prirent quelques étendards • et ensuite il fit faire balte, »e voulant pas s'engager avec le gros des troupes, t^M^t parce que ce détacbement ëtoit soutenu par Favant-garde ennemie , que pour ne pas retarder sa marcbe vers Vienne, qu'il continua depuis sans nul embarras, les Infidèles n'ayant point paru. On perdit d»ns ce désordre le chevalier de Savoie , frère du comte, de Soissons* Ce prince s'étant un peu trqp avance avec son régiment de dragons ^ un Tartare lui décbargea sur la tête un coup de sabre qui le fit tomber-, dans le même temps cet Infidèle mit pied à terre, et, le croyant mort, le jeta sur la ^elle de son ^cheval, et le serra d'une telle force avec les courroies,, qu'il lui écrîisa l'estomac. Peu de temp$ après ce prince fut dégagé et conduit à Vienne -, mm quoique la blessure qu'il avoit reçue à la têtte ne fût pas dangereuse , on ne put remettre son estomac disloqué, et il mourut quelques jours après.
L'Empereur ayant été infornùié de la marcbe des Turcs, sortit de Vienne poiir se retirer à Lintz. Lors* que l'on vit dans la ville préparer tous les équipages, la consterjçiation devint si grande (k peur grossissant le3 objets), que peiT^une n'y vouloit rester; les priti^ cipales maisons furent abandonnées , sans qu'an fit la moindre réflexion sur les meubles précieux et stir les provisions qu'on y laissoit. On n'entendoit partpàt que des cris et dejs gémissemens , comme si les Turcs eussent d^à été maîtres( delà ville. U sortit de Vieraaè dans un seul jour un si grand nombre de carrosses, de chariots, dç cayaliers^ et de geiks de pied, qu'après leur départ la ville sembloit déserte. On prétend «p*iJ
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^'en retira j^us de soitaMê mille persorines , tant oii ^'cJmpressoit d'éviter le péril dont on se croyait ittélacé.
Pendant que ceui des bàbitatis que la terreur àvoit aisis abagadonnoient Vienne , le prince Charles y ariva* U eniploya se^ soins font faire cessef la coniision -, il fit travailler aux glacis , aux cberains éoU*- 'erts et aux palissades. On eiwploya deux jours à )raler ks faubourgs, et les bourgeois allôient eût- Bâmeâ iftettre le feti dan» l^iits propres màisofis. j^nflii il distribua les postes à ceux qui dévoient lés jarder, et donna ordfe à toutes choses.
I»eà Turc* cottiitiencèrent lé i 4 de juillet à de^-* rendre de iâ montagne de Saint-Marc, et ils ouvrirent la Uianchée du côté de la porte Impériale. Us mirent plusieurs pièces de canon en batterie , et flrertt an feu continuel pour favoriser leurs travaux, (ju'ils pfoussoient en serpentant. Quelques troupes furent détachées pour s'emparer de^ pônis. Le ^omte de Scfaults^ ayant vu f epOuss^r ses» batteitr^ d'esttade et sei gaudes avancées, fit approcher quelques estant àrons pour lesi soutenir-, mais cortiifte leà infidèles avoienti d^jà Un grand corps passé daù^ le tàbèr, et ^'on ne potivoèt soutenir les boupts avancée^ que par le défilé dtt portt, le& ennemis les chassèrent, et ks obligèi%nt deriepaâsei^ h pi^einiet' pont. Ik y plantârcElrir<n^ie kursi élettéa]^d$^-, mais le eaiioti chargé à eavtooohes, et le feu des dragèns nafngés le long dtt bras du Danube , les contraignirent de se retirer. Les Tunes-, avisât que de s'apptocher de la coUtre^^scarpe, ftfent jeter dans la ville un petit sac dan^ lequel éiàit enfermée une Ibttfè du grand- visrr écrite en làtin'^ef
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en langue turque , et par laquelle il éxhortoit les bourgeois à se rendre, leur faisant espërer toutes sortes de bons traitemens.
Le grand visir choisit son poste du côté qui regardoit le ravelin, avec Taga des janissaires, nommé Kara-Mustapha comme lui , son kihaia , et le pacha de Romélie.
L'attaque de la droite et du bastion de la cour fut commise à Usin , pacha de Damas , soutenu par le seraskier, janissaire aga, ou colonel de toute Finfanterie, Achmet, pacha de Temeswar, qui a voit été tefterdar, commandoit Fattaque de la gauche, vers le bastion de Lobel ^ mais étant mort quelque temps après d'une dysenterie, Usin -Pacha, qui avoit ét« aussi garde du trésor de Sa Hautesse, fut mis à ss place.
Le baron de Kaunitz , résident de Sa Majesté Lmpériale à la Porte, lequel étoit alors dans le camp des Turcs , envoya , par un de ses domestiques , au comte de Staremberg, gouverneur de la ville, une lettre par laquelle il Finformoit de tous les desseins des Turcs. Il ne fut pas difficile à ce domestique de passer , parce que les officiers et les valets de tous les ministres qui résident auprès du Grand-Seigneur sont habillés à la turque, et parlent le langage du pays; Cette nouvelle fut tenue si peu secrète , que le grand visir en fut averti 5 ce qui fut cause qu'on arrêta le domestique au retour, et que ce commerce cessa par sa détention.
Le comte Tékély, auprès de qui j'avois toujours resté, assembla des troupes près de Timau, et s'avança vers Presbourg, dan^ le dessein de sur-
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prendre la |>lace par le moyen d'une intelligence qu'il avoit avec le gouverneur. Le prince Charles de Lorraine , qui ëtoit sorti de Vienne aussitôt que les Turcs y ëtoient arrives, ayant eu avis de ce dessein, mârolia le long de la Marcke afin de s'y opposer, et il fit avancer le major Okelbi avec deux cents hommes, ►ur tâcher d'entrer dans le château. Okelbi fut battu y la ville reçut garnison des mécontens. Le prince Oharles ayant appris cette nouvelle sur sa route, en- ^voya les bagages à Mareck , traversa la Marcke ^ et à. une heure de chemin de la rivière ayant aperçu un parti des mécontens, le fit pousser. Les Impériaux continuèrent ensuite leur marche jusqu'au défilé qui descendoit dans Presbourg. Le prince Louis de Bade et le baron de Mercy furent détachés pour s'en saisir , et pour gagner les hauteurs des vignes-, ce qu'ils exé- X entèrent sans obstacle. Pendant cette marche, le ma- . jor Okelbi ayant pris un grand détour , trouva moyen .^ dentrer dans le château avec deux cents hommes, j^ A la pointe du jour les faubourgs furent attaqués par is i Je prince Louis de Bade, et abandonnés par les még* contens, qui se retirèrent dans la ville: ils y firent Qgj pen de résistance, et allèrent joindre le gros de leur P^ armée, qui n'en étoit qu'à trois quarts de lieue. Le pf comte Tékély ayant appris la perte de cette place, m "lit son armée en bataille, marcha aux Impériaux, et ^l2i détacha quelques troupes pour commencer l'escarmouche. Le prince Charles de Lorraine ne voulut pas l'engager que toute son armée ne fût en bataille -, ^ mais dès que sa seconde ligne fut formée, il avança ^^ vers l'ennemi. Le comte Tékély ne jugea pas à propos ^ ^ de donner combat, et se retira en bon ordre. Lors-
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qae les Impériaux furent à la portée dû pistolet de ses trompes, elles commencèrent de tourner, se sé^ parant et se rejetant sur les deuK cotés ponr Caire leur retraite. Celles qui étoient à la droite, et qui ayoient quelques escadrons polonais opposés à elles , se trouvant pressée^ par leur avant-'garde, furent^ poussées asse^ yiyement jujsqu'à un grand bois, oi^ elles tinrent feroie , et , s'étant mises en bataille der— ^ rière un ruisseau , obligèrent, lef» troupes qui le^ avoient ^uiviea de se retirer en désordre. Sûr la gaa^ çke^ un autre détachement de Polonais, sbntenu de quelques escadrons allemands, chargea de son côté les mécontens avec une telle vigueur, qu'il les obligea de s'enfuir avec assez de désordre vers Timau. Le çomtç Tékély ayant rassemblé ses troupes pendant la nuit, décampa, et retourna à Ca^ovie,
Au3sitôt que ce comte eut appris que le^ Impériaux s'en étoient retournés vers Vienne , il fit sommer la Aforayie de lui payer des contributions ; ce qui obligea le. prince de Lorraine de revenir. Lorsqu'il fut arrivé à Acren sur la Marcke, il fut informé qu'un parti des mécontens a voit repassé la rivière et brûlé quelques yillages: il détacha, pour les suivre, cinq cents Polonais, qu'il fit soutenir par quelque cavalerie et par des dragons. Les Polonais rencontrèrent les mécontens à deux lieues d' Acren , et leur enlevèrent une partie de leur butin-, mais ayant passé la Marcke en les poursuivant, ils se trouvèrent enveloppés par un autre parti, qui les tailla en pièces. Depuis ce moment les mécontens ne cessèrent de continuer leurs ravages dans la Moravie-, mais le prince Charles < pour les contenir , leur fit déclarer qu'il alloit donner
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ordre aux gamisolis d^ toutes les places de TEmpe^ Yew de brûler les terres et les mài-sons de tous ceut ^e leur parti ^ ce qui fit cesser leurs Bourses;
Cependant les Turcs avançoient beaucoup leurs travaux devant Vienne, et la ville étoit réduite à l'extrémité. Le prince Charles , qui étoit instruit du mauvais état de la place , dépécha le comte Garaffe au roi de Pologne pour lui communiquer les lettres qu'il avoit reçues , et pour presser la marche du général Sinaviski, qui étoit en Silésie depuis six jours. Ce comte fut aussi chargé de prier Sa Majesté Polonaise de venir avec les premières troupes : car^outre ridée qu'on avoit de sa bravoure , le prince Charles étoit persuadé que Sobieski hâtant sa marche, le gros de l'armée s'avanceroit avec plus de diligence. Il envoya d'un autre côté le comte de Schaffemberg k l'électeur de Saxe , pour faire trouver des chariots sur les routes où les troupes auxiliaires dévoient pas- ^r. Comme il ne doutoit pas que des lettres aussi pressantes ne fissent avancer la marche des troupes, il se crut obligé de faire les dispositions nécessaires pour leur faciliter le passage du Danube ; et il résolut <i aller vers Krems , après en avoir donné avis à l'Empereur par un courrier.
Le grand visir ayant appris que les Impériaux prévoient la route de Krems, où les troupes auxiliaires s avançoient, envoya ordre au comte Tékély d'entrer dans les pays héréditaires, et d'y faire toutes sortes de dégâts , pour obliger les Allemands de retourner en arrière. Ce comte , qui vouloit ménager ses troupes, se contenta d'y envoyer les Tartares et les Turcs qui s'étoient joints à son armée. Le prince Charles de
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Lorraine, averti du ravage que faisoient ces Infidèles, alla à eux avec tout ce qu'il avoit de troupes. Lorsqu'il fut arrivé à la hauteur de Pisemberg, il détacha quelques partis qui firent des prisonniers, par lesquels il fut informé de la force des ennemis. Il mit son armée en bataille, étendant sa droite vers un bois, sous les ordres des comtes de Caprara et de Rabata \ et la gauche , commandée par le prince Louis de Bade, le long de la plaine. U fit deux lignes, et une réserve où furent placés, sur la droite, les Pc* Jonais aux ordres du castellan de Bomirski.
, Pendant que les Impériaux formoient leurs escadrons, les ennemis s'étoient aussi rangés en bataille, laissant le gros de leurs troupes dans le fond de la plaine -, et ils commencèrent une ligne sur la hauteur s'étendant sur la gauche , comme s'ils avoient eu dessein de gagner le camp des Impériaux. Dès qu'on fut à portée d'en venir aux mains, on engagea l'escarmouche^ et comme les armées étoient fort près l'une de l'autre, les Infidèles détachèrent deux grandes troupes, l'une de Turcs qui venoient au petit pas, et l'autre de Tartares qui s'avançoient à la gauche. Quelques volées de canon des petites pièces que les dragons de l'Empereur avoient à leur droite firent faire un mouvement aux Turcs pendant qu'ils s'avançoient, mais ne purent les empêcher de venir charger les Polonais avec une grande fermeté : ils renversèrent d'abord deux escadrons, et pénétrèrent jusqu'à la seconde ligne, tant par cet espace que par quelque jour qu'àvoit laissé la cavalerie impériale , avec une , vigueur ou plutôt une témérité surprenante, essuyant le feu de tout l'escadron voisin, qui fit un mouvement
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pour les preikdre en flanc. La perte qu'ils firent ne les empêcha pas de pousser jusqu'à la réserve ^ ils tâchèrent même de s'en retourner par le même chemin et de la même manière , mais il s'en sauva peu. A la gauche, les Tartares ayant essayé par pelotons de gagner le flanc des chrétiens, ceux qui passèrent forent taillés en pièces par les troupes qu'on leur opposa, ou obligés de se retirer vers le gros de leur corps. Les Impériaux avançant ensuite en bon ordre pour attaquer le front des ennemis avant qu'ils pussent rassembler tous leurs corps, séparèrent leur armée de façon qu'une partie prit sa route vers la Marcke, et l'autre se rejeta du côté des ponts de Vienne. On les suivit quelque temps sans les pouvoir atteindre. Ceux qui avoient pris du côté du Danube voyant que quelques détachemens les joignoient, que les Polonais fui les suivoient n'en étoientpas éloignés, et que l'armée marchoit de ce côté-là, tentèrent le seul moyen ^i leur restoit pour échapper. Ils se jetèrent dans *^ Danube , et tâchèrent de passer ce fleuve à la faveur des piliers du pont que les chrétiens avoient ^rûlé, laissant leurs armes, leurs chevaux et leurs équipages sur le bord. Plusieurs de ceux qui s'obstinèrent à le traverser furent noyés, et ceux qui régalèrent les bords du Danube furent tous tués ou pris. X^e prince Charles de Lorraine ayant appris que le roi de Pologne devoit coucher à Heilbronn, laissa le commandement de l'armée au comte Caprara, et partit pour aller trouver ce prince. Il le rencontra en marche à la tête de ses hussards-, et après les civilités réciproques ils continuèrent ensemble leur route jusqu'au soir. Aussitôt qu'ils furent arrives au camp.
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iU tûirent conseil de guerre pour concerter easemble les moyens de secourir Vienne. L*arm^e s'ëtant mise en marcbe le ii septembre, elle se sépara pour occuper les montagnes de Kahlenberg par cinq postes différons ^ suivant la disposition qui en avoit été Êiite^ Le roi de Pologne prit le chemin qui ëtôit à droite *, le prince de Saxe-^awenbourg , général de la cavalerie, suivit la route voisine de celle qui étoît assignée aai Polonais, et il conduisît par ce chemin Taile droite de Tarmée impériale ^ Tinfanterie de Bavière et de Fnmconie, commandée parle prince deWaldeck,iBa^ réchal de camp, prit le troisième chemin, qui étoit celui du milieu^ et toute Finfanterie de l'Empereur et du duc de Saxe marcha à la gauche par les deui autres chemins, dont Tun étoit le grand chemin de la ebapelle Saint-Léopold, et Tautre tiroit le long du Danube.' Le comte Càprara; général de la cavalerie, suivoit immédiatement avec Faite gauche par les deui mêmes chemins.
Les premiers escadrons gagnèrent les hauteurs de Kahlenberg sans opposition, par toutes les routes qu'on avoit prises. On y étendit le front de l'armée, 4|ue Ton fit camper sur le penchant de la montagne du côté de Closter-Neubourg, sur trois lignes, et en quelques endroits sur un plus grand nombre , suivant k disposition du terrain •, en sorte que l'on occupa la tête de sept ou huit avenues par lesquelles on pouvoit descendre , et se ranger pour aller aux ennemis. On fit en même temps conduire deux petits canons à Saint-Léopold et au monastère des CamaMules. On y employa le reste du jour et toute la nuit, parce que la montagne étoit si roide qu'on ne put faire ropnt^r
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que deux petites pièces^ encore âillutril doubler et tripler les attelages.
Les enne^sf'Tpyaiit paroitre les premières trouves des chrétiens, fir^it à leur drpite un mpuveiqent pour s'avancer jusqu'au pied des montagnes «, et s'ëtendant de là jusqu'au bord du Danube , ils occupèrent un terrain coupé 4^ haies, de rideaUx, de chemttis creux et de hauteurs, d'où ils pouvoient embar-r rasser la descente de la montagne et les premiers dëfiiés. On les délogea aussitôt que le canon fut arrivé à âaint-J^iéopold : ils se mirent hors de portée , et càm^pènent la nuit du 1 1 ou i!i.
Le roi de Pologne , qui étoit resté une lieue en arrière, après s'être campé vint à la chapejle de Saint- Léopold^ d'où il découvrait le camp des Turcs. Il demandai au prince Charles quelque infanterie allemande, pour joindre la sienne daps la descente de la mout^gne -, et ce général commanda quatre bataillons ,' dont Sa Majesté Polonaise se contenta. Le prince Charles de Lorraine ayant reconnu le terrain an pied des Camaldules, ordonna au comte de Lelé de disposer un corps de trOupes à prendre poste pendant la nuit ^u débouché du bois, et d'y établir une batterie pour assurer d'autant plus le passage de l'armée, qui devoit se £aiire le jour suivant. On travailla toute la nm^ à cet ouvrage -, mais avant qu'il fût achevé les ennemis s'en aperçurent, et envoyèrent quelques troupes pour l'empêcher. Ils se postèrent d'abord assez près derrière un rideau et des haies qui fermoient presque le terrain de la descente de la montagne devant la batterie des chrétiens. Le comte Fontaine et le duc de Croy furent commandés pour les en délo-
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ger , et les obtigèrent de se retirer derrière un autre rideau.
Le prince Charles de Lorraine, qni avoit observé ce qui se ps^soit, s'aperçut que les Turcs y portoient le corps qui avoit campe au-delà de Neudorff pour soutenir leurs troupes avancées^ il fit marcher d'abord toute Taile gauche , et peu après il donna ordre au prince de Waldeck et au duc de Saxe-Làwenbourg^ de sortir du bois sur les ennemis, qui ëtoient à la tête de leur campement. Les assiégés ayant aperçu de leurs remparts le colnmencement du combat , firent feu de toute l'artillerie des bastions et des courtines contre la tranchée et la batterie des Turcs.
Pendant que le roi de Pologne marchoit, le prince Charles fit descendre le régiment de dragons de Heusc^ler et un de Saxons, que le comte Caprara posta à la gauche de la chapelle de Saint-Léopold. Ces deux corps ayant eu ordre d'attaquer les ennemis, les pous^ sèrent avec. tant de vigueur, qu'ils les obligèrent de se retirer derrière un ravin. Cet avantage donna du temps et du terrain pour étendre le front de l'aile gi^uche à mesure qu'elle descendoit et sortoit du dëfdé. Cependant la première ligne d'infanterie emporta un autre rideau qui s'éteiidoit presque depuis le Danube jusque vis-à-vis le canal d'OUy , pendant que le reste de Taile gauche occupoit le terrain que les premières troupes venoient d'abandonner pour joindre le comte Caprara au bord du Danube. Le prince de Waldeck et le duc de Saxe-Lawenbourg , en sortant du bois , continuèrent leur marche jusqu'à ce qu'ils fussent parallèles au front des troupes commandées par le duc de Croy , et ils s'avaiïcèrent en étendant
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leur droite jusqurà ce qu'ils fussent à portée de donner la main aux Polonais, Le roi de Pologne parut vers le midi à la tête de ses troupes, et vint joindre l'aile droite des Impériaux.
On marcha en cet endroit, quoique lentement, à cause de la difficulté des chemins, et par l'opposition des ennemis ^ la gauche , longeant le Danube jusqu'au village de Neudorff, l'emporta après une résistance assez forte. Comme le roi de Pologne étoit encore en arrière, l'armée fit halte assez près de ]Neudo;rff, jusqu'à ce qu'il fût avancé sur la même ligne 5 après quoi elle continua sa marche. La gauche des Impériaux emporta avec peu de résistance le poste que les Turcs occupoient à Helstagah, et lé prince de Waldeck obligea de son côté ceux qu'il avoit en tête de se retirer. Cependant les Infidèles, qui s'étoient mis en bataille dans leur camp , firent quelques mouvemens qui paroissoient menacer l'aile gauche : mais apercevant l'armée de Pologne sur les hauteurs, ils se rendirent de ce côté-là 5 de sorte que les Polonais et les Turcs se trouvèrent en présence presque en même ordre ^ et ayant plus de fond que de front. Les Polonais étoient appuyés à un bois , et les Infidèles à leur camp. Le Roi, q^i marchoit à la tête de ses troupes, détacha quelques escadrons de ses hussards, qui allèrent rapidement, la laiice baissée, attaquer les Turcs de front. Ils renversèrent d'abord tout ce qu'il y avoit en tête; mais s'étant trop engagés, ils s'attirèrent un si grand nombre d'ennemis sur les bras, qu'ils furent obligés de tourner le dos. Les Turcs les poursuivirent jusqu'à un endroit où le prince de W^deck avoit fait avancer fort à propos quelques bataillons dans ut^
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poste avantageux. Le feu de cette infanterie r^kientit la poursuite des Turcs , et doïma au roi de. Pologne le temps de faire avancer sa première ligne pour rétablir le désordre des hussards. Les Turcs ne pouvant plus soutenir le choc des chrétiens, se retirèrent, avec plus de diligence qu'ils n'étoient Venus, suf une petite hauteur où il y avoit de rinfanterié et du canon.
Le Roi , après cet avantage , continua de marchés avec toute son armée , malgré l'opposition des ennemis, qu'il fallut chasser pied à pied de divers postes, et le feu de leur artillerie, qui fit quelque dommage aux Polonais sans les ébranler. Lé prince Gharies s'étant avancé en même teihps vers la gauche du camp des Turcs pour y faire diversion, les Infidèles se mirent en bataille sur le tavin qui étoit devant letir camp-, et totirnant quelques pièces de canon contre les chrétiens, ils firent mine de vouloir défendre ce ^oste , qui étoit le plus fort de tout le terrain , et <pi Servoit de retranchement à leur camp^ mais leur fermeté dura peu. Les Impériaux s*étànt avancés à là portée du mous?quet, les Turcs abandonnèrent ce ravin vers les cing heures du soir, et laissèrent auï chrétiens toute là commodité de repasser san^ embarras, et d'entrer dans leur eamp. Le pritîce Charles profitant de leur désordre, fit tourafer toute saî gauche ; et au lieu qu'elle se portoit le long dti ï)anube, il la fit marcher sur la droite pour entrer datis le câifip dès ennemis, sans qu^aucun soldat c^piittâÉ s'ôïitang pour pilier le bagage , qu'ils avoient lâïssé à ràËrandoii avec leurs tentes tendues. Les Turds qui fêîèoiéilt tête aux Polonais, voyaM leurs? eôhi]f)ag1ions fuir
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deTatit les Impériaux, prirent Fépouvante, et cômmeiicèrent à se retirer, de peur d'être pris en flanc. Xe roi de Pologne passa ensuite le ravin avec ses troupes, malgré le feu de quelques janissaires qui le défendaient encore , et il poursuivit les ennemis. Il entra sur les sept heures dans leur camp, un peu après que le prince de Waldeck y eut passé avec les troupes de Bavière et de Franconie. Le prince Charles, une demi-heure après, ayant gagné avec les troupes qu'il commandoit le faubourg de la contre-escarpe, ordonna au prince Louis de Bade de s'avancer vers tes tranchées des Turcs avec quelques troupes que fe baron de Mercy conduisoit; mais ce prince n'y arriva qu'après que les janissaires, qui y étoient de garde; eurent achevé leur retraite. Ils la firent aux approches de la nuit, et se retirèrent avec peu de perte, ayant eu la fermeté, avant que d'abandonner les lignes, dé tenter une nouvelle attaque contre la ville, et de tourner contre l'amjée le canon qu'ils avoient dans leurs batteries, dont ils firent quelques décharges. La nuit suspendît la victoire, et obligea les Impériaux de faire halte dans cette partie du camp qui étoit entré le Danube et la vîDe de Vienne, les ennemis s'étant retirés de Pautre côté du fleuve. Us le passèrent à là fatveur des ténèbres à Shimkèt, faisant leur rétraite par le derrîète de leur front. Ils quittèrent leur camp avec tant de précipitation, qu'ils laissèrent dans le qtîattiér du grand vîsir l'étendard de l'empire ottoman, et lés qfueues de cheval qui sont les marques dé Sa dîgfnité. Ils abandonnèrent aussi toutes leurs tenteîi et lal^tak griiide partie de leur équipage, toutes leui^ munitions de guérm et de bouche dont ils avoient
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une provision extraordinaire , et toute leur artillerie, montant à cent quatre-vingts pièces de canon ou mortiers -, enfin ils pressèrent tellement leur retraite , que dès le i3 leurs premières troupes avpient déjà passé le Raab. Le grand visir, avant que de se retirer, fit couper la tête à cinq femmes de son sérail, de peur qu'elles ne tombassent entre les mains des vainqueurs. Le barpn de Kaunitz, résident de TEmpereur à la Porte, qui étoit dans le quartier de ce général, courut risque , dans la chaleur du combat, d'être tué par les chrétiens, parce qu'il étoit habillé à ]a turque. Le prince Charles de Lorraine vouloit poursuivre les enpemis ^ mais le roi de Pologne n'y voulut jamais consentir, s'excusant sur ce que ses troupes étoient trop fatiguées.
Le grand visir, qui savoit que le pacha de Bude ne maifqueroit pas de lui rendre de mauvais offices à la Porte sur la levée du siège de Vienne, résolut de le prévenir, et manda au Grand-Seigneur, par un courrier qu'il lui dépécha exprès de Belgrade , qu'il avoit dis^ posé toutes choses pour soutenir le premier effort des chrétiens, et les engager à une bataille qui auroit eu infailliblement un succès heureux ; mais qu'il avoit été contraint de changer de dessein , parce que ce pacha s'étoit retiré avec son corps d'armée composé des Valaques , des Moldaves et des Hongrois ^ ce qui avait tellement abattu le courage de ses troupes , qu'il lui avoit été impossible de tenter le combat : qu'ainsi il avoit été obligé de se retirer pour conserver le reste de l'armée , et ne pas hasarder la personne de Sa Hautesse. Ma^ ce^ général , après avoir bien examiné les sixtes querpouvoit avoir le mauvais succès de son entreprise , ne se
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crut pat en sûreté par cette préoantiQU^ il $<q persuada cfa'il devoit sacrifier la vie du paelia de Bude k la coxiservation de la sienne : il le fit doue arrêter avec \^& pachas d'Ërscheck et de Posega, qu'U say oit être d'in-i teltigenee avec le premier, et les fit tous éli^anglei: soi^-Je-c^aœp. Cette conduite fournit à ses emi^i^is , et principalement au kislar^aga, un pr^te^te pour pevdre le visir. Ce chef des eunuques étedt u^e cr^sr ture de la sultane Validé , et elle lui av^it r^CQoqia^dé en mourant de la venger du premier miuistr^ -, ce qt^'il fit très-adroitement. Après la mort des trois pachas , te grand visir continua sa marche ; mais en pa^siant, près de Raab k garnison de cette pl^ce /chargea son arrière-garde , et lui tua environ six ceut^ hommes. U ne laissa pas que de passer outre , et fut joint au? près de Gran par un corps de quinze mille Turcs qui aUoient ^e reudre à Belgrade. Une partie des débris de i'armée ottomane se jeta dans cette place, dans NeuAiausel et dans Bude ; le reste se retrancha p^ès d'Altenbourg.
Le comte Budiani , qui à Tarrivée des Turcs àvoit abaiMifMinë les passages qui commaudoient le Ka^b , prit le parti des mécontens-, mais aprè$ ayoir f$Li): 1^, guerre aux troupes de TEjnpereur avec un corps de Tuc^ et de Hongrms qu'on lui avait co;ifîé , api:ès avoir brûlé et pillé quantité de villages ^ur la frontière de Styrie, il surprit et tailla en pièces ces mémies Turcs auxqudls i\ étoit uni , et se joignit ensuite au comte d'Aspremont, pour tâcher de harceler les troupes de la gra&de armée dans leur retraite devant Vienne.
rLe prince Charles de Lorraine en ayaijtt eyi avis , persuada au roi de Pologne de profiter des avantages T. 59. 7
que leur, donnoit la consternation où se trouyoient les Infidèles. Ces deux princes se mirent en marche ensemble-, et, après avoir tenu conseil à Wiswar, ils résolurent d'attaquer le fort de Barkan, qui est k la tête du pont de Gran. Le Roi ëtant arrivé à une heure de chemin de ce fort, fut averti par les premières troupes de son avant -garde qu'il paroissoit quelques escadrons des ennemis, et il fit des détachemens pour les pousser. Les Turcs plièrent d'abord; mais ayant été soutenus d'un gros corps de troupes, les Polonais furent repoussés. Le Roi fit marcher d'autres escadrons à leur secours; et le combat s'étant engagé, il s'avança lui-même avec sa cavalerie. Le gros des ennemis, qui jusqu'alors étoit demeuré couvert d'une grande colline , parut inopinément de six à sept mille hommes -, il chargea vivement les Polonais en flanc et en tête, sans leur donner le temps de se mettre en bataille, et les obligea de prendre la fditç. Les Turcs combattoient en désordre, mais avec chaleur ; ils tuèrent aux Polonais plus de deux mille hommes, et entre autres le palatin de Poméranie.
Le comte de Duneval, cjui ayoit marché toute. la journée avec le Roi , voyant commencer l'escarmouche avec les premiers escadrons, envoya avertir le prince Charles de Lorraine que les ennemis étoient aux mains avec les Polonais. Ce prince marcha en diligence; et passant im défilé qui étoit entre lui et la plaine.où l'action se passoit, il vit en arrivant que la cavalerie polonaise étoit entièrement rompue , et que les Turcs la suivoient de près dans sa fuite. A cette vue, son premier soin fut de mettre les premières troupes de PErapereur en bataille, en laissant toutefois assez de
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terrain aux fuyards pour empêcher qu'ils ne vinssent se renverser sur lui. Dès qu'il eut quelques escadrons formes à si première ligne , il s'avança vers les ennemis , laissant au prince Louis de Bade le soin d'achever de mettre sa cavalerie en bataillé. Ce mouvement fit d'abord arrêter les Turcs dans leur poursuite ; ensuite ils se retirèrent assez promptement sous Barkan pour n'être pas joints par la cavalerie de l'Empereur, que le prince Charles ne voulut pas laisser aller après eux à la débandade. Pendant qu'il avançoit , le marquis d'Arquien, frère de la reine de Pologne, vint dire à ce prince qu'il croyoit le Roi perdu, parce que Sa Majesté s'étoit avancée à la tête des Polonais dans les lieux les plus exposés, pour les animer par la parole ^ et leur inspirer par son exemple de la fermeté. Le prince Charles fit donc sur-Ie^hamp faire halte à ses troupes^, et s'étant avancé vers les Polonais, il trouva le Roi hors de danger.
Ils continuèrent leur marche ensemble. Le Roi, avec une partie de ses hussards, de son infanterie et de sa meilleure cavalerie, se mit à la droite entre la cavalerie et les dragons. Le grand général Jablonski , avec d'autres hussards, de l'infanterie et quelque cavalerie, prit la gauche, et marcha de même entre la cavalerie allemande et les dragons^ le reste de l'armée polonaise fit une troisième ligne. Le lendemain sur les neuf heures, on vit les ennemis en bataille dans la plaine , et l'on continua de marcher au petit pas. Lorsqu'on fut assez près d'eux, les Turcs firent un mouvement, et se formèrent comme en trois lignes à l'endroit du corps de bataille, laissant seulement deux gros escadrons à leur droite. Ilsvinmnt ensuite avec
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assez de fierië attaquer la gauche de Tarmëe dire-' tienne *, et cherchant les Polonais qui la terminoient, ils chargèrent les hussards que le grand général com^ mandoit.
Dans le même temps , le gros de^ Turcs qui cocupoit le milieu de la hauteur s'ayança vers rin&nterie des chrétiens comme s'il eût voulu Tenfoneer 5 et lorsqu'il en fut à Une demi portée de mousquet^ il ée rejeta sûr leur gauche en leur prêtant le flaïic ^ pour soutenir leurs premières troupes. Le prince Charles ié Lorraine, qui voyoit leur mouvement, étoit allé vers l'infanterie , le long de la cavalerie de l'aile gauche* Avec toute cette partie de la pteïnière ligne qui n'avoit pas combattu , il s'aVança promptement à la tété des escadrons, et prit les ennemis eux^némes en flanc ; ce (\m les mit dans une telle déroute , qu'ils ne purent faire tête en aucun endroit. Il les fit poursuivre par le comte de Duneval avec toute cette première ligne , et avec tous les Polonais de la inéme aile, qui les poussèrent pêle-mêle jusqu'aux portes de Bai^an et dans les marais de Gran, où l'on en tua uii grand nombre.
Le roi de Pol(^ne fit alors avancer quelques-uns de ses Cosaques, et le prince Charles ^inq batâtl^ Ions de Starenberg, de Granà et de Bade, que le €omté de Sta[rei]l)erg conduisit avec les Cosaques. A peine ce détachement fiit-il fait, que le prince Charles , qui s'étoit approché du fort pour le refcoiinoître, fut aveïti que le pont du Danube s^étoit rompu par la précipitation des premiers fuyards, et que la foule des ennemis étoit si grande dans Barkan et -sur le bord du Danube , qu'ils semWoifînt y être entassés
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les UBS sur les autres. Il y courut précipitamment pour profiter- de Foccasion : il donna ordre au prince Louis de Bade de faire mettre pied à terre aux dragons de Schults, de Coffestin et de Castelli, et de marcher au fort de ce côtë4à pour y faire une seconde attaque 5 ce qui fut exécuté avec beaucoup de vigueur. Le prince Charles ayant enqore fait avancer quelques pelotons d'infanterie sur le Danube , et cinq pièces de csjoon chargées à cartouches , pendant qu'on &isoit sur les ennemis un double feu de canon et de mousqueterie le long du bord du fleuve , fit attaquer le fort. Les ennemis se voyant ainsi pressés de tous cotés , ne parent soutenir cejLte attaque , et les Impériaux se rendirent maîtres de ce po^e , Tinfanterie et les dragpns y étant entrés en même temps par les endroits qu'ils avoient attaqués.
Barkaa ou Parcam n'est qu'un bourg au bout du pontide Gran, qu'on pourrok même regarder comme un faubourg de cette ville , et où est un château <pn commande le pont. Le roi de Pologne voulut faire entrer ses troupes dans la place après l'action finie ; ce ^qui obligea le comte de Starenberg à en faire sortir la garnison allemande pour y laisser ]es Polo* nais seuls, parce que ces deux nations étoient sur le Paint de s'égorger pour le partage dii butin. Après que les Impériaux en furent sortis, les Polonais brûlèrent Barkanettouteslespalissades qui Tenfermoient, parce que les Turcs avoient mis sur les pointes' les lêtes de leuirs camarades qui avoient été tués dans l'action précédente. Le prince Charles, qui connoissoit l'importance de ce poste , Talla visiter,, et y fit tra- ^aill^ pour 'le mettre en défense.
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Ces deux victoires remportées sur les Turcs réîablirent Tautoritë de TE^pereur dans Papa, dans Dotis, dans Vesprin et dans Lewentz, qui reçurent garnison allemande. Les comtes de Tranchin et de Timau, de Nitria et de Lewentz abandonnèrent le parti des mécontens , et se rangèrent sous Fobëissance de Sa Majesté Impériale. Le siège de Gran ayant été ensuite résolu , le roi de Pologne et le prince Charles passèrent le Danube \ et aussitôt que la place fut investie , les Polonais et les Allemands prirent leurs postes. Les troupes se logèrent en trois diflférens endroits, assez près pour pouvoir battre le château. Le premier poste étoit à Thomasberg, le second à Martinberg, et le troisième dans la plaine sur le Danube, du côté de Barkan. Les Impériaux occupèrent les deux premiers postes, les Bavarois le troisième, et le roi de Pologne demeura avec toute son armée de l'autre côté du Danube. Cette place ne résista que six jours , et se ren: dit le a8 octobre.
Gran est la capitale d'un comté , et une des principales villes de la Hongrie. On lui donne ce nom à cause de la rivière de Gran qui se jette dans le Daniube au pied de ses murailles. Les habitans la nomment Stregariy en français Strigonie , dont les Turcs ont formé leur Ostrogun , qui est le nom qu'ils lui donnent. Quelques auteurs prétendent que c'est VAquinium des anciens. Cette ville e^t à cinq milles de Comorn, à dix de Bude et d'Albe-Royale ; elle est partie dans une plaine arrosée par le Danube, et partie sur le penchant de la montagne Saint-Thomas (ce qui fait qu'on la divise en haute et basse ville): le château est au haut de cette colline, qui est fort rude et fort éle-
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yée. Le roi saint Etienne y prit naissance-, et ce fut ^ans doute par cette considération qu'il fit son arche-^ vêque primat de tout le royaume. L'église cathédrale^ qui est renfermée dans le château où ce saint roi fut enterré, est aussi un ouvrage de sa piété : elle est dédiée à saint Albert, qu'on regarde comme l'apôtre de la Bohême et de h Hongrie , pour avoir prêché la foi dans ces deux royaumes. Ce château est au bord du Danube , sur un rocher escarpé de tous côtés -, il est presque de forme triangulaire ^ il a deux grosses tours, Tune qui regarde Thomasberg, et l'autre vis-»à-visde Barkan du côté du Danube. D'une de ces tours à l'autre , la mur^iille a de petits flancs en quelques endroits , et à mi-côte cet espace est fortifié d'un fos&é revêtu de pierres de taille. Au pied du fossé rè^ne une tentasse en façon de ravelin, garnie de gros pieux qui ont quatre grandes pointes. De Tautre côté du château qui regarde le Danube il n'y a pas d'ouvrage ; mais il est fort escarpé et couvert de la ville, qui est environnée des eaux de ce fleuvie. Gran n'a que de simples murailles, et point d'autres fortifications que des palissades qui eu couvrent la porte du côté de ses murs. Le château est commandé par deux montagnes d'où on pejut le battre-, mais il est fort élevé, et les approches en sont extrêmement difficiles. Après la prise de cette place, les troupes se mirent en quartier, les Polonais du côté de Cachar et d'Eperies , et les Impériaux vers Presbourg ; mais le roi de Pologne, après s'être rafraîchi quelque temps, prit la route de Cracovie.
Le grand visir de son côté s'étant rendu auprès. du Grând-Sêigneur, lui dit à peu près les mêmes choses
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Iqu'il iùi avoit ëorites contre le padia de Bude, et lui fit approuver la rigueiU' qtl'il avoit exercée contre lui. U accusa aussi le cotaite Tékëly de Tavoir mal seconde -, ^nffin il sut ^i bien puiiger sa conduite auprès de è&a maître, ({u'il empêcha que la veuve du pacha de Bude, ijui ^oit isœur de Sa Hautesse ^ ne vint lui £aire ses plaintes d'une action si barbare , et qu'il lui fit eavoy^r un ordre de se rendre incessamment à Ândrir kojJe à son devoir. La saison étant fort avancée;, le Grand-^Seigneur laissa Gara-Mustapha à Belgrade pour aVoîr soin de son armée pendant te quartier d'hiveri et s'en retourna à Andrinople.
Gomme les chrétiens remportoieht tous les jouis de nouveaux avantages sur les Turcs ^ et ({ûe le ^aird visir ne fafeoit aucune démarche pour les r<^ousser, $es ennemis secrets , et principalement le kislar-^ga et lé caïmacan, qui étoient jaloux de son élévation» se servirent de cette occasion pour décrier sa çonr duite aupirès du Grand-Seigneur. Gependànt le comte Tékëly, qui étoit accoutumé à recevoir de grands subsides de laP/orte, et qui avoit auprès de Sa Hautesse dès espions par lescjuds il étoit fidèlement averti de ce qui se passoit dans cette cour, sachant qu'on l'avoit reudù susj^ect au Sultan , et que l'on ne psuploit plus de lui envoyer les Recours accoutuinés , n'oub|^ jrien pout se justifier par lettres; mais ce fut ini^tiletnent : ces lettres ne désabusèreht point te Grand- Seignëùr , qui , croyant aveuglémetit tout ce que Gara- Mustapha lui avoit dit k Belgrade , étoit persuadé que le comte étoit d'intelligence avec les Impériaux. Té»kély'ne voyant point de milieu entre se perdre ou se justifier, prît un parti fort dangereux. Il alla Im-toême
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a A^dfinople ineognitOy et il me laissa enTraasylvaiiie poiff avoir soin de ses troupes^ U trouva moyen , ^r le crédit du kislar-aga\ qui ëtoit son ami particulier , d'aVoir une audience du Sultan^ U se prosterna tlevant lui la faée contîlre terre ^ et lui déclara qu'il lui ^pôrteit sa tête, aimant beaucoup mieuK la perdre que d'être expoëé à la calomnie de ses eimemis et à la disgrâce de son protecteur i La hardiesse de Tékély lui réus(sit heureusement : le Gl^and-^igneur écouta ses raisons^ et, par le récit qu'il l^i fit;, il jugea qu'oa devoit impu.()er à là mati1^ai$e conduite de son visir tous léé malheurs arrivée pietidaut le siège de Vienne, fl peilnit au cotnte de s'en retourner, l'assurant plus que jamais de sa protection ; et il lui pron^it de lui en^ vbyer de si puissans secours, qu'il seroit bieâtdt en état de réparer avec avantagé lès pertes qu'il avoit faites. On recommença à faire des plaintes contre le visir, «t la perte de Gran ne contribua pas peu à les faire écouter. Les janissaires , que les ennemis secrets du visir avôient fait assembler tulnultueusement pour demander sa tète, sous prétexte qu'il avoit abandonné letirs comps^nons dans les tranchées de Vienne , firent jouer le dernier ressort pour mouvoir cette grande toa*chine, et enfiti la mort de Càra^Mustapha fut résolue datdis tm divan que le Grand-Seigneur assembla exprès. L'ordre fut donné au chiaoux-bâchi et au capigliarkihaia de partir en poste pour se rendre à Belgrade. Ils y àrriv^eat le aS'décèmbre ; et s'étant adressés à l'aga des janissaires, ils lui comitiuniquèrent les ordres <lu Grànd^eigneur. Le Sultan lui ordonnoitde donner à ëes deux officiers tous les secours nécessaires. Le cotnmaiidant des janissaires , après s'être assuré des
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troupes qu'il çommandoit , les accompagna dans te palais du visir. Cara-Mustapha , qui aperçut de sa chambre l'aga des janissaires avec les deux autres officiers, comprit aisément que ses ennemis avoîent profite de son absence pour le perdre /et que ceux qu'il voyoit arriver venoient pour exécuter l'arrêt de sa mort. Quelques officiers qui lui dévoient leur fortune se trouvant alors auprès de lui, et ayant appris de sa bouche ce qu'il en pensoit, lui proposèrent dç tenir la porte fermée : ils lui représentèrent qu'il étoit aimé des troupes , et que s'il vouloit sauver ses jours il verroit s'armer quantité de bras pour sa défense. Mais ce ministre , à qui la vie étoit odieuse après l'affront qu'il avoit reçu devant Vienne , certain d'aiUears que sa résistance ne serviroit qu'à reculer sa mort de quelques jours, parce qu'il étoit environné d'ennemis de sa'religiori qui ne manqueroient pas de profiter de la division de ses troupes , voulut , par sa dernière soumission aux ordres du Sultan, désabuser ceux qui l'avoient cru peu attaché à sa loi -, ou plutôt il se trouva tellement perplexe dans le dauger aussi pressant qu'imprévu dont il se voyoit menacé, que les trois officiers du Sultan entrèrent dans sa chambre avant qu'il eût pris sa résolution. Il tâcha de leur cacher le désordre de son ame •, et après leur avoir rendu les civilités qu'ils lui firent, il leur demanda ce qui les amenoit. L'aga des janissaires prenant la parole , lui dit que Sa Hautesse lui demandoit le sceau dé l'Empire qu'elle lui avoit confié, et lui en montra Tordre par écrit. Le visir ouvrit aussitôt son sein, et en tira ce dépôt, qu'il lui présenta avec respect, en demandant s'il avoit autre chose à exiger de lui. On Tobli-
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gea de rendre Tétendard de la même sorte ; et après qu'il eut encore demande si l'on ne vouloit rien davantage, les trois officiers ne lui répondirent que par des pleurs , en lui faisant voir par écrit le commandement par lequel le Grand-Seigneur vouloit qu'il donnât sa tête. Cara-Mustapha ne s'épouvanta point, car il s'y étoit déjà préparé : il demanda seulement s'il ne lui étoit pas permis de faire sa prière. Les officiers lui répondirent qu'ils n'avoient pas ordre de lui refuser cette consolation. Il ordonna à ses gens de se retirer, afin de prier avec moins de distraction ^ et après qu'il eut fait une prière assez longue , ses gens rentrèrent. Alors le visir tira un papier de son sein qu'il donna à l'aga des janissaires , pour le rendre à Sa Hautesse. On a cru que c'étoit un billet par lequel le Sultan lui avoit promis de ne le faire jamais mourir, et dont il ne voulut pas se servir, jugeant bien qu'il n'en tireroit aucun avantage , puisqu'il étoit trop éloigné du Grand-Seigneur pour pouvoir apprendre ses in*^ tentions. Ce ministre s'assit ensuite sur le bord d'un sopha dont il releva le tapis , afin d'être seulement sur les planches, et demanda qu'il fût étranglé par son bourreau -, ce qui lui fut accordé. Après avoir mis quelques momens à se disposer , il appela l'evécuteur, et il lui dit qu'il se hâtât, et ne le fît point languir. Le bourreau lui ayant jeté le cordon au cou , il débarrassa lui-même les bouts du cordon , et dit qu'il n étoit pas nécessaire qu'on lui tînt les mains. Aussitôt qu'il fut étranglé, le bourreau lui coupa la tête, et en ôta la peau qu'il remplit de paille hachée, pour être mise dans une boîte et être portée, à Andrinople au Sidtan, qui la reçut le 7 janvier. 1684, comme il revenoit de
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là chasse. Le corps du visir fut tiré hors idte sa diam^ bre , et porté sous un pavillon pour être vu de tout je monde. En même temps on se saisit de ses principaux officiers , qui furent amenés à x\ndrino|de dans plusieurs chariots. Le feis-effendi, qui étoit un des principaux , toi pendu ) Mauro^Cordato , interprète du visir, fut mis 1 Constantinc^Ie dans le château des Sept-Tours, après avoir été dépouillé de son argent et de ses pieireries. Hussin*Aga Ait étahli par le Qrand* Seigneur kihaîa ou intendant des edofuisdie C^yra-MuS' tàf^a, auxquels Sa Hautesse hûssa tout ce qpe leur père ayoit d'immeubles. On trouva dans les trésors de ce ministre dix ou douze miUions , tant en meidrfes qu'en argent comptant et en pierraries, dont le Sultan profita.
Le kislar^ga, qui avoit toujours beaucoup de crédit, et qui s*tmaginoit , sans aucun fondemeirt^quie le Ga^ud--Seigneur pensoit à lui pour le £ûre grasd visir, déclara par avance qu'il n'aecepteroit point cette charge, parce qu'il n'avait pas assez de capacité pour en soutenir le poids. h€ sélictar ou graod mar réchal, qui étoit le véritable £avori de Sa Hautesse, et qui jugeoit qu'il seroit toujours afssez puissant tant qu'il auroit la faveur de son maître, fit ûonuoHre au Sultan, quivouloit l'élever à cette dignité, que toute son ambition étoit de lui plaire , et qu'il aknoît beaucoup mieux s'attacher uniquement à sa personne que de partager ses soins entre le prince et l'Etat, comme il seroit obligé de faire s'il aeceptoit la charge dont il vouloit l'honorer. Un refus si obligeant augmentant l'estime et l'affection que le Grand-Seigneur avoit pour le sélictar, le détermina à nonnner grand visir
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Ibrahim-Aga, qui étoit caïmacan, et qu'on appeloit autrement Cara-Kihaia.
Pendant cette révolution de la Porte, voici ce qui se passoit à la cour de Vi.enne. L'Empereur, pour ramener les mécontens à leur devoir, voulut profiter de l'abattement où sembloit se trouver le parti des Turcs, et fit publier une amnistie dont voici lesarticles. Elle portoit que Sa Majesté Impériale accordoit im pardon général à tou$ les Hongrois qui avoient porté les armes contre son service , et à ceux qui avoient suivi le parti du comte Tékély , voulant, qu'ils fussent tous rétablis dans leurs honneurs, dignités, noblesse et bonne réputation , comme aussi dans la jouissance de tous leurs biens, meubles et immeubles qui se trouveîroient en nature; que Sa Majesté Impériale enverroit des commissaires à Presbourg avant le j 5 de février , avec tous les pouvoirs nécessaires po^UT recevoir le serment de ceux qui rentreroientdans l'obéissance qui lui étoit due, les assurer de sa faveur , et les rétablir dans la jouissance de letirs bietis , à condition qu'ils se présenteroient devant les commissaires avant la fim du même mois de février ; qu^n auroit égard aux intérêts de ceux qui posséaccent des charges et des dignités dans la Hongrie avant les derniers troubles, et^jue les commissaires ei^amiseroient les moyens les plus faciles de les rétal>lir ou de les dédommager, afin d'en faire leur rapport, sur lequd on attendroit la décision de PEmpere«ir; quHl seroit pourvu à la subsistance des officiers et 4e& soldats q«i entreroient au service de Sa Majesté Impériale , et qu'ils seroient distribués en garnison dam les principales places de la Hongrie 5 que les
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commissaires feroient exécuter les ordonnances faites à la dernière diète d'OEdenbourg, tant à Tëgard des ecclésiastiques que des séculiers ; qu'ils examineroient aussi les statuts de Tannée i655, dont les différentes interprétations avoient donné lieu à plusieurs désordres, et qu'après avoir écouté les remontrances des principaux seigneurs et des communautés d^ Hongrie, ils dresseroient le projet d'une déclaration pour expliquer ces statuts, afin qu'elle fût publiée à la prochaine diète , du consentement des Etats du royaume ^ que les villes et les communautés pourroient comparoir devant les commissaires par députés , et qu'on expëdieroit pour cet effet les passe-ports et saufs-conduits nécessaires ; que l'Empereur exhortoit tous les Hongrois à profiter de la loi de grâce qu'il leur accordoit, attendu qu'il feroit poursuivre suivant la rigueur des lois ceux qui persisteroient dans leur révolte, déclarant qu'il ne seroit pas responsable des maux que la continuation des troubles pourroit causer à la Hongrie et à toute la chrétienté ; qu'enfin le prince Charles de Lorraine, le comte Venceslas d'Altheim et le baron Abelé se rendroient incessamment à Presbourg pour y faire l'ouverture de la commission le i5 du mois de février. Cette amnistie contribua à ramener plusieurs seigneurs hongrois à leur devoir. Lé baron de Baragotzi, aine de sa maison, abandonna le parti du (K)mte Tékély , et se rendit à son château de Zakwar avec trois cents hussards qu'il commandoit. Plusieurs autres seigneurs hongrois du même parti suivirent cet exemple, et se fortifièrent dan$ le château d'Wguar, appartenant à l'un d'eux. Les barons Ladislas et François de Baragotzi, André Schemiski, François
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Clebai et Etienne Maskai dévoient les y venir joindre-, mais leur dessein ayant été découvert, le comte Tékély se saisit de leurs personnes, et leur fit couper la téte> : on pendit aussi un gentilhomme hongrois qui avoit eu part à ce complot. Le comte Tékély alla ensuite avec dix mille hommes de ses troupes, et un grand corps de Turcs commandés par les pachas de Bude et d'Agria, assiéger le baron Baragotzi dans son château, de Zakwar^ mais le comte Rabata, qui en fut averti, marcha promptement à son secours. Le comte Tékély n'ayant pas voulu hasarder le combat dans lune saison fâcheuse, aima mieux se retirer à Tourna, et ensuite vers Ungwer, où il pressa si vivement le comte Hamanai, que dès le troisième jour il l'obligea de se rendre à discrétion. Ce dernier fut conduit à Cassovie, et décapité comme les autres.
Le baron de Baragotzi, pour venger la mort de ses deux frères, entra dans les terres de là dépendance de Mongatz, et il désola tout par le fer et par le feu, jusqu'aux environs d'Eperies et de Cassovie» Le comte Tékély de son côté s'avança avec huit mille hommes vers Michelf4olf, dont il se rendit maître 5 il y tua ou fit pris(0nniers trois cents Lithuaniens qu'on y avoit laissés. Après le départ des Polonais, il s'empara des quartiers que ceux-ci avoient abandonnés. Il chassa les Impériaux du comté de Sepuse, reprit les châteaux de Setwar et de Hamanai, emporta ensuite la ville de Loschan , où il fit prisonniers plusieurs seigneurs hongrois fidèles à l'Empereur, qui s'y étoient assemblés pour . délibérer sur les opérations de la campagne. prochaine. Ses troupes piUèrent la place , et après y avoir juis le feu l'abandonnèrent. Lorsque v
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le comte Tékély fat de retour à Cassoyie, il ëcrivil au Pape, et il lui manda qu'il ëtbit disposé dès Taonëe précédente à terminer les troubles de la Hongrie par un accommodement , suivant les conditions dont il étoit convenu avec le baron de Saponara ^ mais quç n'ayant pu obtenir de TEmpereur que le roi de Po^ logne fut garant de ce traité , il avoit été o))ligé , par les circonstances de la dernière campagne, de prendre d'autres mesures pour sa propre sûreté, en se con« servant la protection de la Pçrte ; qu'il savoit biea que ses ennemis Faccuseroient sous ce prétexte d'à* voir renoncé en quelque manière au cbristianisnc, mais qu'il pouvoit protester à Sa Sainteté <pi'il n'avok pris les armes que pour la défense de sa patrie, et qu^il ne s'étoit mis sous la protection des Turc^ que pour la préserver de son entière ruine , après avoii reconnu par l'expérience de plusieurs années que l'Empereur n'étoit pas en état de la défendre. Il con^ cluoit que Ton ne pouvoit sans injustice lui donner, non plus qu'à ceux de son parti , le nom ^odieu^i^ de rebelle , puisqu'il ne cond)attoit que pour la défense des privilèges accordés par les anciens rois de ïkmr grie , et par le roi André n, dont les lettares, .qoht servées dans les archives du Vatican, faîsoient voir que les plaintes des mécontens éloient bien fondées;^ qu^il avoit été principalement obligé de ijpren^e les armes , parée que dans sa jeunesse il avoit été exilé, et dépouillé de tous ses bi^ns avec plusieurs ^eîgneun hongrois qui n'avoient jamais pu obtenir justice saf leurs griefs, et dont plusieurs avoient été condaair nés à mort par ^s juges incompétens , sans obser? ver les formalités prescrites par les lois; ^ue ceui-I^
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et les autres, la plupart catholiques, et entre autres Georges Scelephani, archevêque de Strigoiiie, avoient fait de fortes instances pour le rétablissement dé ces mêmes libertés, que l'Empereur avoit juré de maintenir lorsqu'il avoit reçu la couronne de Hongrie à Presbourg en 1 65 5^ mais que la manière violente dbnt ils avoient été traités les avoit contraints de se procurer par les armes la sûreté qu'ils ne pouvoient espérer par une autre voie 5 qu'il n'avoît eu aucun dessein contre la religion catholique, au préjudice de laquelle il déclaroit n'avoir rien fait, et qu'il n'avôît anoun dessein de détruire eh Hongrie, où il vouloit seulement maintenir la liberté accordée par les lois et par plusieurs diètes aux protestans appelés évangéliqùes. Il fini^soit par supplier Sa Sainteté de vouloir juger de ses intentions par ses déclarations, et non sur le rapport de ses ennemis. Le Pape n'eut pas plus tôt reçu cette lettre , qu'il assembla une congrégation à laquelle furent appelés le ministre de ITEmpereur et celui du roi de Pologne, pour délibérer sur la réponse que l'on feroit à Tékély ; mais on ne put y prendre aucune résolution capable d'apaiser les troubles.
Le prince Charles de Lorraine ouvrit la campagne par le siège de Vicegrado, dont il jugeoît la conquête nécessaire pour se rendre maître de la navigation du Danube , et pour couper par ce moyen les vivres aux Turcs. Lorsqu'on fut arrivé devant la place, le chevaliër Mione s'attacha à la première porte , et la rompit ^ans beaucoup de peine. Le baron d'Assi monta sûr les nlùrailles avec les grenadiers, et se jeta dans la ville, pendant que le chevalier Rhône brisoit la se- T. 59. 8
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coude porte ^ ce qui donna au duc de Neubourg la &r cUité d'y £aiire entrer le reste des troupes. Cependant le colpnel Beck gagna la l^iuteur du château, se logen derrière une muraille qui règne devant la porte, et fit attacher le mineur au fossé. I^ garnison se diéfendit le reste du jour et une partie du lendemain \ mais vers les quatre heures d.u soir elle demanda à capituler.
Vicegrado , ville assez considérable de la baisse Hoor grie, et qui est ancienne, nommée par ceux du payi Plidenburg, est sur le Danube, à trois milles au-des^ sous de Grau, en allant vers Bud^. I^e château est bâti sur un rocher d'assez difficile accès, avec un fossé revêtu. La ville est environnée de murailles avec des palissades ^ et il y a une redoute qui^toit autrdTois un mona&tère de religieuses. Les Turcs étoient maître^ de cette place depuis Tannée i6o5.
Le prince Charles de Lorraine marcha ensuite vers Weitzen. Il aperçut, en sortant du défilé de Marotz^ des troupes ottomanes en bataille sur des hauteurs escarpées près de la ville , ayant devant leur gauche un marais qui régnoit tout le long des hauteur^^ Il y rangea aussi ses troupes ; mais il ne put achever de les mettre en ordre que sur les onze heures , parce que le terrain étoit fort difficile , et qu'elles n'y ppuvoient arriver que par un défilé. La droite étoit du c^é da Danube, et la gauche vers la montagne : ces troupes furent mises sur deux lignes; le corps de «^sei'vefut posté derrière, et Ton commanda quelqui^ régimeos pour garder le bagage. L'armée impériale s'avança vers les ennemis, qui lui laissèrent passer le martjs sans faire aucun mouvement ; mais aussitôt qu'elle f^t arrivée sur les hauteurs, ils commencèrent ra|:taqiiQ
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avec leurs cris ordinaires , et chargèrent avec J)eaucoiïp de fureur le régiment de Taf , qui ëtoit au mi* lieu de la ligne: Le prince Charles, qui É'y trouva posté, eut son cheval blessé d'un coup de pistolet. Les Impériaux avancèrent toujours , avec une résolution qui étonna les Infidèles , et les obligea de lâcher pied. Ils se rallièrent néanmoins, et revinrent à la charge 5 mais ils furent repoussés jusqu'à trois fois avec tant de* vigueur, qu'ils se renversèrent les uns sur les autres, et dans ce désordre ne songèrent plus qu^à prendre la fuite. Il y eut cinq cents janissaires tués , et plusieurs furent noyés dans le Danube en voulant passer le pont en foule. Il en resta trois cents prisonniers , et la cavalerie se sauva du côté de Bude. Le prince Charles fit en même temps attaquer Weitzen , dont la garnison épouvantée se rendit à discrétion. Weit^en ou Watzetn, et en latin P^accia^ est sur le Danube , à cinq milles au-dessus de Bude , au nord : c'est une ville éjpiscopale dépendante de Farchevéché de Strigonie. Après cette conquête, le prince Charles de Lorraine prit la route de Bude. Lorsqu'il fut arrivé devant cette place , les Turcs mirent le feu à la basse viDè, n'espérant pas de la pouvoir conserver 5 et se fetii*èfettt dans la haute, qui étoît défendue par un château plus capable de résistance. Le même jour, les Impériaux commencèrent à faire tirer leur canon-, ils se rendirent maîtres du premier fossé et du mont Saint-Gofhard , qui commande la ville. Le pacha de Afaroth voulut jeter quelque secours dans la place ^ mais il fut défait par le comte de Trautmannsdorf , qui commandoit lesr Croates. Pendant ce siège, lé comte de Xelé s'empara de Wirewitza , ville d'EscJavonie ,
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dont il laissa le commandement au baron de KuUan. Cette conquête fut suiviede celles de. Sopia, de Falina et de Werazin, que les Turcs abandonnèrent, jugeant impossible de les conserver après la prise de Wirewitza. Cependant l'armée principale, qui ëtoit devant Bude , attaqua Warestadt , qu'elle emporta avec beaucoup de vigueur, et s'empara de l'île de Sainte-Marguerite, où elle trouva quantité de fourrages dont elle avoit un extrême besoin , parce que les ennemis avoient entièrement consumé tous ceux qui étoient aux environs de la place. Le grand visir ne pouvant aUer en personne secourir cette place , qui est Ja capitale du royaume de Hongrie , y envoya le sérasquier, officier de réputation. Il s appeloit Zouglan, et avoit été élevé dans le sérail avec Ibrabii9, alors grand visir , auquel il devoit toute son élévation, il avoit commencé à donner des preuves de sa valeur sur mer ^ mais ne trouvant pas dans cet emploi de quoi satisfaire son ambition, il avoit quitté ce service, et ^tqit allé volontaire dans l'armée commandée par Capostan-Pacha, contre le roi de Pologne. Sa fierté lui avoit attiré la disgrâce de son général : il avoit été envoyé prisonnier à Temeswar 5 mais il avoit trouvé le moyçn de se sauver et de venir à Constantinople , où il avoit fait son raccommodement par l'entremise d'Ibrahim, qui étoit déjà en considération à la Porte ; et ce généreux ami lui avoit fait donner de l'emploi dans l'armée que le Grand-Seigneur envoyoit contre les Mojlaques, qui avoient refusé de payer le tribut orijinaire. Celui qui commandoit les troupes ayant été tué dans une embuscade que les rebelles lui avoient dresséjB , Zouglan avoit été mis à sa place -, et il avoit
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continué cette guerre si glorieusement, qu'on Tavoit nommé Cheitar^ ou le diable. Ibrahim ayant été fait caïmacan de Gonstailtinople , avoit obtenu du grand visîir Gara-Mustapha, pour son ami Zouglan, le commandement de l'armëe que Ton envoyoit dans la province de Diarbeck pour s'opposer aux entreprises des Persans, q]ai vouloient entrer dans les terres de l'empire ottoman pendant que le Grand -Seigneur ëtoit passé en Hongrie avec toutes ses forces. Zouglan n'avoit pas été moins heureux dans cet emploi que dans les autres : il avoit battu les Persans, et s'étoit rendu maître de la province de Serbent, qu'il avoit abandonnée après l'avoir rendue tributaire de Sa Hautesse. Ibrahim étant parvenu à la dignité de grand visir après la mort de Gara-Mustapha, et ne voulant pas s'éloigner du Sultan, qui passoit tous les jour^ à chasser dans les plaines d'Andrinople pendant que les Impériaux lui enlevoient les meilleures places de Hongrie, avoit fait donner à Zouglan, qu'il regardoit comme un autre lui-même, le commandement de l'armée destinée au secours de Bude, avec la qualité de sérasquier, qui donne chez les Turcs le même pou- ^^ voir qu'avoient autrefois les connétables en France. Ce général , tel que je viens de le peindre , ayant assemblé un corps de troupes considérable aux environs d'Albe-Royale , se mit en marche pour aller attaquer les lignes des chrétiens 5 mais ayant appris' que l'électeur de Bavière étoit arrivé au camp avec des troupes fraîches, il changea de dessein, et jugea> qu'il falloit attendre que les Bavarois fussent fatigués comme Fétoit déjà le reste de l'armée. Il marcha vers le pont d'Esseck pour y combattre les troupes com-
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ipandées par le comte Erdedi, bannat de Croatie; en Fabsence du comte de Leié, qui avoit eu ordre de se rendre devant Bude. Le prince Charles ayant été averti de la marche du sërasquier , résolut de le prérenir-, et ayant fiait venir toute la cavalerie qui étoit dans les places frontières, il partit du camp avec ces troupes, celles de Bavière , et trois régimens qui lui étoient venus de Moravie, pour aller combattre Zouglan, laissant la conduite du siège à Télecteur . Le sërasquier ne voulant pas hasarder un combat qui ne ponvoitlui apporter aucun avantage , quand le succès en eût été très-heureux pour lui , se retira sous le canon d'Albe- Royale, et obligea ainsi le prince Charles de s'en retourner sans rien faire. Le général Schults fut pins heureux : il assiégea et prit à discrétion la ville d'Eperies, et fit prisonnière toute la garnison que le comte Tékély y avoit fait entrer le jour précédent, à la réserve de quelques officiers qui se glissèrent le long des murailles.
Le sërasquier ayant résolu de tenter le secours de Bude , se mit en marche , et parut à la vue du camp des Impériaux le 2îi septembre, à la tête de vingt-cinq mille hommes. Il attaqua les lignes par deux endroits, et tâcha de forcer les retranchemens pour se faire un passage dans la ville ; mais il trouva tant de ré$is^ tance , qu'il fut contraint de se retirer avec une perte considérable. Il revint le 26 avec douze ou quinze mille chevaux, et feignit de vouloir attaqueras lignes pour la seconde fois. Pendant que les Impériaux se préparoient à le recevoir, il détacha quatre TOÎHe che-^ vaux qu'il fit marcher le long d'une colline ; les Turcs vinrent ensuite tomber sur un quartier des Impériaux,
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qui n'ëtoit défendu que par deux régimens de cavalerie et par deux bataillons. Ils les chargèrent sans leur donner le temps de se reconnoitre, les défirent presque entièrement, et en tuèrent ou blessèrent pins de mille. Pendant le combat le sérasquier fit encore filer le long de la même colline mille hommes, qui, profitant du désordre où étoient les Allemands , éntrèren,t dans la ville sans être vus , à^ la faveur d'une sortie que les assiégés firent en même temps. Le lendemain, l'électeur de Bavière et le prince Charles sortirent des lignes avec une partie de la cavalerie hongroise et polonaise , et avec quelques régimens d'infanterie , pour aller attaquer le sérasquier dans son camp, et l'obliger de s'élpigner*, mais ils ne le trouvèrent plus. Comme il avoit jeté un secours suffisant dans Bude , il n'avoit plus songé qu'à la conservation de ses troupes; et s'étant retiré vers Albe-Royarte, il s'ëtoit fortifié dans un poste tellement avantageux, qu'on ne pouvoit aller à lui qu'en traversant un ma- ,?ais: ce qui obligea ces deuxprinces de s'en retourner à leur camp.
^ Le sérasquier, bien instruit que la garnison de Bude se défendoit avec beaucoup de vigueur, et que l'armée des Impériaux dépérissoit tous les jours, resta près d'un mois dans ce poste; mais lorsqu'il vit que les Allemands s'opiniâtroient à ce siège malgré la rigueur xle la saison, il résolut de faire un' dernier effort pour les en chasser, et parut à la tête de leur camp avec un corps considérable de cavalerie* Les Impériaux ayant détaché quelques régimens de chevau- légers pour Taller attaquer, les assiégés firent en même temps une sortie* Pendant qu'une partie de
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Tanaëe impériale ëtoit occupée à soutenir lés chevaulégers, et que le sérasquier, sans combattre , se contentoit d'occuper la cavalerie ennemie par des escarmouches, huit grosses barques. chaînées de troupes et de munitions envoyées par le pacha d'Agria passèrent le Danpbe au-dessus de Pest. Les Turcs, au nombre de six à sept cents, chargèrent les Impériaux qui étoiei^t commandés pour garderies redoutes qu'on avoit construites du même côté , et les en chassèrent presque sans aucun obstacle , parce que le jour précédent on avoit tiré de ce poste une partie des troupes destinées à sa défense. Le secours entra par ce moyen dans la place, enseignes déployées ettamboursbattans, avec de gvands cris de joie, suivant la coutume des. Turcs^ ce qui causa une extrême consternation parmi les troupes impériale^. Le prince Charles de Lorraine assembla quelques jours après le conseil de guerre, et il fut résolu de lever le siège, à cause des incommodités de la saison et du mauvais état des troupes. L'armée décampa le premier de novembre, et passa sui' le pont de bateaux , qui fut aussitôt détruit. On fit transporter l'artillerie et les bagages dans l'ile de Saint- André, avec mille malades ou blessés qui furent conduits de là par eau jusqu'à Gran.
Bude , autrefois le séjour des rois de Hongrie , et appelée par les Allemands Offen^ fut bâtie par Buda, frère d'Attila, roi des Huns, qui lui a donné son nom. Elle est sur le Danube, dans le comté de Peliez ou Pilsen^ elle forme comme un triangle avec Gran et Albe-Royale, dont elle est également éloignée: elle est bâtie sur le penchant d'une montagne, qui en rend la situation avantageuse. On la divisoit en haute et
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basse ville 5 mais la basse ville, qu'on appeloit le Warestat^ ou ville des juifs, a. été ruinée par les Impériaux depuis qu'ils en ont été maîtres. La haute ville occupe presque toute la hauteur de la colline, et est entourée de bonnes murailles garnies d'espace en espace de tours et de rondelles à l'antique. A l'une des extrémités, il y a un fort château que Sigismond, roi de Hongrie, qui fut depuis empereur, y fit bâtir avec plusieurs autres édifices. Ce château, qui est fort élevé, commande une partie de la ville; il est environné d'un fossé profond, et défendu par des tours antiques, avec quelques fortifications à la moderne, qui s'étendent depuis les murailles de la haute ville jusqu'au Danube. Le paysage des environs est diversifié d'une manière fort agréable : on voit d'un côté de petits coteaux chargés de vignobles, dç l'autre une grandç plaine arrosée par le Danub^, et ce fleuve en cet endroit peut avoir un quart de lieue de largeur : on le passe sur un pont de bateaux qui communique avec la petite ville de Pest, située un peu au-dessous sur le rivage opposé. Sur la colline qui est du côté de Bude , il y a deux fontaines dont les eaux sont d'une telle froideur qu'on ne peut y tenir la main; cependant il y a des bains chauds vers la ville basse.
[i 685] Au commencement du printemps de l'année suivante , le général Schults assiégea Waaghwar. Après s'être emparé de la ville basse, il attaqua le château; mais le comte Tékély s'étant avancé avec un gros corps de Hongrois et de Tartares, Schults se retira avec tant de diligence, qu'il fut contraint d'abandonner plusieurs pièces de canon. Les Impériaux tenoient
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Neuhausel bloqué depuis le commencemeAt de Hiîvery mais comme les Turc» y avoient £iit entrer plu- ^euH convois, ils résolurent d'en former le siège. Neuhausel, où autrement Ouven, c'est-^àrdire château, n'est.éloigné que d'environ deux milles du confluent du AVaagh avec le Danube \ sa situation est dans une plaine marécageuse, mais dont le fond est si bon qu'on peut y passer partout. Cette placé est en forme d'étoile à six rayons , ayant à chaque coin un bastion fort élevé et revêtu de maçonnerie; ses courtines néanmoins sont de différentes longueurs, à cause de l'inégalité du terrain : elle est entourée ^un fossé rempli d'eau , d'une toise et demie de profondeur et de dix-huit de largeur. Il n'y a que deux portes, et au devant de chacune une demi-lune de terre palis* sadée, sans d'autres dehors qu'un chemin couvert assez irrégulier. Deux rivières l'avoisinent : celle de îfeytracht, qui n'en est éloignée que d'une portée de pistolet, et dont l'eau coulant par des chemins sonterrains remplit ses fossés; et celle de Scheit-Wag, qui passe à deux lieues : l'une et l'autre sont gnéables en plusieurs endroits.
L'armée impériale étant arrivée devant la place, les troupes de Brunswick prirent la gauche, et cdles de Bavière la droite. On fit l'ouverture de la tranchée le I o de juillet ; on commença de saigner le fossé la nuit du i4 au i5 pour le mettre à sec, et les batteries furent en état de tirer le ^20 du même mois. Au commencement d'août, le sérasquier se mit en marche pour secourir cette place. Le prince Charles de Lorraine en ayant eu avis, alla au devant de lui pour le combattre, laissant devant la place les troupes néces-
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saires peur continuer le siège ; il passa le Danube à CUmiorn, et il apprit en chemin que les ennemis s'ëtoient emparés de Vicegrado. Aprèà avoir traversé le marais qui est au-dessous de Comom , il marcha vers Gran; et à la sortie du dernier défilé il aperçut, de la hauteur par où Ton descend dans cette place, les Turcs qui marchoient en bon ordre. Le sérasquier, à la vue des Impériaux , mit ses troupes en bataille , leur fit occuper une hauteur peu éloignée de Gran , et assit son camp à mi-côte, en appuyant sa droite au Danube, et laissant le chemin de Bude à sa gauche. Les Impériaux continuèrent leur marche , tirant vers un marais entrecoupé d'un ruisseau qui s'étend depuis le pied des montagnes jusqu'au Danube. Comme il &Uoit passer ce fleuve pour aller aux ennemis, le prince Charles le fit sonder en plusieurs endroits : on trouva que le fond en étoit fort mauvais, et qu'on ne pouvoit le passer qu'en défilé, par cinq ou six espaces écartés l'un de l'autre. Ce passage étant fort périlleux à la vue des ennemis qui étoient rangés de l'autre coté en bon ordre , le prince Charles jugea à propos de camper à Almatz, qui est à la portée du canon du marais; de sorte que son armée avoit les hauteurs à sa droite, et la rivière à sa gauche. Après y avoir passé la nuit, il continua sa marche toujours k la vue des ennemis. Pendant cette marche des chrétjîens,lesInfidèlesavoient assemblé toutes leurs forces, ayant fait repasser le fleuve aux Tartares et aux Turcs qu'ils a voient laissés près de Weitzen, de manière que lepr armée étoit alors de soixante mille hommes. Le Xé$te du jour et le lendemain se passèrent en escarmouches.
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Le 1 4 août, les Turcs avancèrent leur camp à la même distance du mariais qu'étoit celui de l'armeJe impériale, étendant leur droite le long du Danube , et leur gauche sur les hauteurs. Le prince Charles ayant appris par un Polonais qui s'étoit échappé des mains des Turcs que le sérasquier avoit dessein d'attaquer, parce qu'il se croyoit fort supérieur en troupes , résolut de feindre une retraite précipitée pour l'attirer au combat. Les bagages prirent les devants à l'arrivée dé la nuit. Deux heures après les troupes se mirent en marché en ordre de bataille, laissant quelques gardes pour observer la cqnteiiance des ennemis. Les Turcs, croyant en eflfet que les Impériaux se retiroient, travaillèrent promptement à combler le matais, qu'ils passèrent en foule pour le3 suivre. L'armée impériale étant arrivée dans un po^te où les deux ailes étoient à couvert, se rangea d'abord en bataille-, Taile gauche s'étendit vers le Danube , et la droite jusqu'au pied de la montagne de Sérau. Vers les trois heures du matin, les Infidèles, qui étoient passés les premiers , attaquèrent avec furie l'aile gauche commandée par l'électeur de Bavière, et furent vigoureusement repoussés. Les chrétiens cependant continuèrent leur marche avec beaucoup de silence , et gagnèrent un poste plus reculé et plus avantageux,
Les deux généraux, voyant qu'il n'y avoit plus moyen de différer le combat, mirent leurs troupes eu bataille suivant l'ordre des jours précédens. Us mêlèrent la cavalerie avec l'infanterie pour faire un plus grand front ^ et pour arrêter plus facilement les ennemis, dont la première fureur étoit à craindre, ils laissèrent très-peu d'intervalle entre les escadrons et
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les hataiUons, afin qu'il n'y eût aucutte ouverture par ou les Infidèles, qui ne combattent ordinairement qu'en foule , pussent entrer dans les lignes et rompre les rangs. L'armée se rangea de cette manièt*e à la fa-^ veur d'un brouillard qui s'ëleva à la pointe du jour : ce brouillard ëtoit si épais, qu'il empêcha les Turcs de connoître la force et la disposition de l'armée chrétienne 9 et ne contribua pas peu à l'avantage de cette journée. Dès que les troupes furent en bataille , l'obscurité se dissipa aussi facilement qu'elle s'étoit répandue , et les deux armées marchèrent l'une à l'autre d'un mouvement égal. Les Turcs descendirent des montagnes : les janissaires, marchant confusément avec les Tartares et les spahis, commencèrent le coinbat par trois décharges différentes; à la troisième, s'étant avancés à la distance de la pique , ils firent tous leurs efforts. pour rompre les rai;igs des Impériaux sans pouvoir en venir à bout. Ils furent repoussés avec la même vigueur par l'aile gauche, et, désespérant de l'enfoncer, ils essayèrent de la prendre en flanc; ce qu'ils ne purent faire, parce qu'elle étoit couverte par le Danube. Ce moyen leur ayant manqué, ils attaquèrent en même temps les deux ailes ; mais on fit sur eux un si grand feu de cauon et de mousqueterie , qu'ils s'ébranlèrent, et commencèrent à plier. Le prince Charles de Lorraine ordonna aux troupes de les pousser au petit pas sans se rompre ; et en même temps il les fit charger par les Hongrois, qui, étant accoutumés à leur manière de combattre, se rallient fort aisément.
Quand les Turcs furent hors de la portée du feu des Impériaux, ils revinrent à la charge ; et tournant
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léie conUre les Hongrois qui les poursuivoient , ils les mirent en désordre. Les Allemands, qui venoient de^ rière, et qui marchoient plus serrés, les reçurent si vigoureusement qu'ils furent obligés de prendre la fuite. La droite des Turcs ayant vu jher la gauche, se jeta toute de son côté, non-seulement pour la sou^ tenir , mais encore pour faire un nouvel effort contre la droite des chrétiens, et tenter tous les moyens possibles de la rompre. Pour cet effet, un gros de leurs troupes s'avança pour prendre les chrétiens en flanc*, mais le comte de Dunewald fit marcher de ce côté'là quelques escadrons et quelques bataillons des plus proches de la première ligne. L'électeur de Bà^ vière s'étant avancé en même temps à la tête de Tailé gauche , la confusion commença à se mettre parmi les Infidèles; et enfin ils prirent la fuite avec si peo d'ordre, qu'ils s'engagèrent dai^ les endroits du marais les plus difficiles. Ils furent vivement poursuivis; et les janissaires, qui s'étoient avancés sur la montagne , étant abandonnés par les spahis , forent pres^ que tous taillés en pièces : les Impériaux étoient si acharnés à leur poursuite, qu'ils passèrent le marais à l'endroit que les Turcs avoient comblé. Aussitôt qu'ils parurent au-delà des défilés, ceux qui gardoient le camp abandonnèrent les tentes, les équipages et les munitions : enfin les Infidèles se sauvèrent par trois endroits diffërens, dans un tel désordre que les janissaires tuèrent les spahis pc^ur avoir leurs chevaut, et pour se venger de ce qu'ils les avoient abandonnes sur la montagne. Le prince Charles, après ces différens avantages, étant retourné devant Nenhausel, obligea peu de jours après les assiégés de capituler
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Pendant ce siège, le général Sçhults et le comte do Lelé ^ qui commandoit un corpis séparé, prirent Epe-^ ries A composition. Ils marchèrent ensuite vers Mi-r chelawitz, qui se rendit de la même façon. De là le comte de Lelé s'étant séparé du général Schults, battit le pacha d'Esseck, et marcha vers cette place, que ses troupes prirent d'assaut et pillèrent. Les habitans essayèrent de se sauver, partie par eau, partie dans le château, avec leurs femmes et leurs enfans^ mais plusieurs furent pris dans de petites barques. La ville d'Esseck étoit anciennement nommée Mursa ou Mulcia : elle est assez grande, et Ton y compte plus de cinq cents boutiques de marchands , plusieurs mosquées, et de grands bazars mi marckés. Ses mu-; railles ne sont pas de grande défense \ mais le château est un poste fort difficile à emporter, étant tout situé dans la rivière sur un roc. Il y a devant cette ville \xn pont pçur passer la Drave, sur laquelle dUe est bâtie, qui est un des plus beaux de TEurope* U a huit à neuf mille pas de long sur vingt-quatre pieds de large : il s'ét^d jusqu'à la petite rivière de Tonnes^ qui est en-deçà de la Drave; d'espace en espace il y a des guérites pour y poser des sentinelles, et des degrés pour descendre dans le marais qui esx entre les deux rivières, lorsqu'il n'est pas inondé par le débordement de leurs eaux, comme il l'est a^sez souvent. Le fort de Tarda ou Darda couvre et cosa-^ mande le ponten^decà de la Drave.
Le sérasquier, après sa défaite, se retira sous le canon de Bude , où il fit étrangler quelques officiers et plusieiu*s soldats , sous prétexte qu'ils ne s'étoient pas acquittés de leur devoir. Pendant le combat, le par
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cha de cette place fit tirer plusieurs volées de canon sur ses troupes , et lui manda cpe le Graijd-Seigneuf Tavoit envoyé pour combattre l'armée chrétienne , et non pas pour prendre la fuite. Ce reproche t-àhima là valeur du sérasquier : il se mit sur-^le^hamp en marche avec les débris de son armée pour aller chercher le$ Impériaux 5 mais comme la saison étoit fort aVahcée, il ne put les engager au combat, et il alla prendre ses quartiers dans la Bosnie et dans la Croatie.
La consternation où la défaite du sérasquier avoit mis les Turcs et les mécotitens de Hongrie facilita au général Schultsles moyens de continuer ses opérations. Après avoir réduit sous l'obéissance de l'Empereur les villes de Tokai, Onod, et quelques autres, il remit le commandemetit des troupes au comte Caprara, qui assiégea Cassovie. Quoique la garnison fit une vigoureuse défense, le comte Tékély, qui connoissoit l'importance de cette place, et qui avoit bien prévu qu'il ne pourroit la conserver s'il n'étoit secouru par les Turcs, sollicita dès le commencement du siège le pacha du grand Waradein de lui envoyer des troupes. Ce pacha lui avoit d'abord répondu qu'il ne pouvoît lui donner aucun secours sans des ordres exprès de la Porte, qu'il espéroit recevoir dans peu de jours. Il lui manda ensuite par un aga qu'il avoit reçu ces ordres, et qu'il avoit tout sujet d'en être content-, mais que ne pouvant les communiquer qu'à lui-même, il le prioit de le venir trouver le plus tôt qu'il lui seroit possible. Le comte Tékély prit la routede Waradein avec un corps de sept mille hommes, et trouva hors de la ville le pacha , qui le reçut avec une non^breuse suite. Ils entrèrent ensemble dans la
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piac6 au bruit du canon. Tékély ét^t accômj^a^é dû cointe Petrozziet des principaux officiejcs des më* oontens. Us furent traités magnifiquement à dîner par le pacha i mais à la sortie de la table un aga , suivi de quelques janissaires , entra dans la salle^ etdëdam qu'il avoit un ordre exprès de la Porte d'atriêter le comte Tékély , et de le mettre aux fers ; ce qui fut exécuté sur-le-champ. Le pacha dii. ensuite k Pi9tri)za&î qu'il devoit prendi*e le commandement dès troUpôs et le gouyemement de là haute Hongrie, jusqu'à ce qu'on fût informé des intentions du Grand-^eignéur à ce sujet. Petrozzi parut l'accepter avec beaucoup de joie^ mais lorsqu'il fut sorti de la ville, il apprit aux officiers de l'armée le malheur qui étoit arrivé à leur général : fet leur ayant représenté l'infidélité des Turcs, il leur persuada de se remettre sous la puissance de l'Empereur V ce qu'ils firent unanimementi La garnison de Cassovie ayant été informée de . ce changement , demanda à capituler , et ouvrit les portes au comte Caprara.
J'avois accompagné le conite Tékély dans ce fu?neste voyage : ainsi sa disgrâce me causa autant de chagrin que de surprise ; mais je crus devoir dissir muler l'impression qu'elle me fit. Je suivis le nouveau ^nëral Petrozzi-, et quand je vis la résolution prise par les officiers de l'armée, je me dérobai adroitement, je. gagnai Mongatz par des chemins détournés, et je portai à la princesse la nouvelle de la détention de «cm mari. Elle k reçut avec beaucoup de fermeté % tellfe m'assuiu même qu'elle soutiendroitlepaiti, ^ jcpi'iell&défendroit ses places avec autant de vigueur que si le comté y étoit en personne. Ensuite elle m^ T. 59. 9
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pria d'aller trayailler à sa liberté; et comme elle savoit qjue tout se fait à la Porte pour de l'argent, eUe m'en donna avec dés pierreries et des lettres de change, afin que je pusse gagner les principaux ministres du divan. Je menai avec moi un homme qui parloit fort bien la langue turque , et je me mis en chemin.
Je me rendis d'abord à Belgrade, où à mon arrivée je fis dire au pacha qui y commandoit que je venois de Hongrie, et que j'avois des affaires importantes à communiquer au grand visir; il me donna un janissaire pour me conduire. J'allai de là coucher à Yagodina, gros bourg où il y a un assez beau baïstan et deux mosquées. Nous passâmes la Morave sur un pont de bois que le grand visir Mahomet Coprogli avoit fait faire , et nous allâmes à Nissa , après avoir traversé quelques ruisseaux assez gros et des bois trèsdangereux. Deux jours après nous arrivâmes à Sophia, où il y a six beaux cara vannerais. Cette ville est belle, riche et marchande : il y a une église de chrétiens latins, entretenue par plusieurs gentilshommes et marchands ragusiens •, il y a aussi de très-beaux bazars couverts , et de belles places : c'est le siège du beglierbey de Romanie.
En sortant de Sophia , nous quittâmes la Servie pour entrer dans la Bulgarie. Nous eûmes toujours de méchans chemins, jusqu'à ce que nous eûmes passé la montagne de Kapili-Dervend, qui est très-rude et très* fatigante ^ mais de là à Constantinople nous n'eûmes plus que des plaines agréables. Nous passâmes à gué la Marizza, qui va à Andrinople; ce qu'il nous fallut faire plus de dix fois en moins d'une demi-heure j parce qu'elle a beaucoup de sinuosités. Enfin nous
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arrivâmes à Philippopoli, grande ville arrosée par la Marizza qu'on y passe sur uii beau pont , et deux joursi après à Andrinople. Celle-ci est une belle et grande ville, mais mal bâtie, comme le sont la. plupart des vUles de Turquie. On traverse d'abord en y. entrant uii beau et long pont, sous lequeL passent trois rivières qui se joignent en cet endroit, la Tonugia;, la Mariz2a etl'Arda. La ville d'Andrinople est située sui: le haut et sur la pente d'une colline, au confluent de ces trois rivières : il n'y a point d'endroit dans la Homanie où l'air soit plus doux et plus tempéré, parce qu'elle est environnée de grandes plaines également éloignées. de la mer et des montagnes. Les bâtimens des particuliers sont assez propres pour le pays : le baïstan est vaste et tout voûté-, le lieu où les cordonniers tiennent leurs boutiques l'est ausssi, et forme lane espèce de halle. Tqps les artisans d'un même métier ont leur quartier séparé des autres, comme dans toutes les autres villes de Turquie. La superbe mosquée du sultan Soliman, qui est au plus haut de la ville, se fait remarquer de loin. Le sérail est dans une situation fort agréable ^ et pour, y arriver il .faut passer sur un pont de pierre, de six arches. Andri7 nople est du gouvernement de la Romanie-, on y envoie de trois ans en trois ans un mola-cadi, qui rend la justice en première instance , n'y ayant que lui de juge dans la ville. Jl a aussi l'intendance de la police, dont il tire un grand revenu, parce qu'il fait beaucoup d'extorsions qui le mettent en état de faire des présens aux ministres ^quand il est de retour à Constantinople , pour empêcher qu'on ne recherche sa concluite, et pour pouvoir obtenir un emploi plus cou-
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sidéràble. Cette ville e^ gardée par des janissaires et par des spahis, qui n'obéissent qu'à leurs chefs et ne reconnoissent que leurs agas, qui résident auprès du Grand-Seigneur.
Après avoir demeuré un jour à Andrinople, nous continuâmes notre route par des plaines fort agréables, et nous ne trouvâmes de là à Gonstantinople qu'une seule ville appelée Selivrée (Selimbrià). ÊBc est petite et presque ruinée 5 ce qui fait cpie les Turcs l'ont abandonnée aux Grecs. Il y a une église fort ancienne , dans une situation si avantageuse qu'on dé* couvre de là tous les vaisseaux et toutes les galères qui vont de Gonstantinople dans l'Archipel. Constan'^ tinople est appelée par ceux du pays Stamboul^ qdi peut-être est une corruption du mot grec irixtf (\TDe par excellence) , comme on l'appeloit sous le règne des empereurs, parce qu'elle éloit alors la première ville du monde. Elle est dans une position fort avattta^ geuse , étant située sur deux mers -, ce qui la rend fort marchande. Elle occupe une pointe de terre dont h figure est presque triangulaire , et est assise Sur lé penchant d'une colline entourée de sept autres qui ont chacune à leur sommet une mosquée et des dômes dorés, qui font de loin un fort bel effet. L'air n'y est pas fort sain , à cause des vents qui causent dans l'ait une intempérie continuelle. Son tour est de treize milles, ou, selon quelques-uns, de seize 5 ses murail* les sont défendues d'espace en espace par de grosses tours.
Les chrétiens et même les ambassadeurs demeurent à Péra , espèce de faubourg ou de petite ville, séparée de Gonstantinople par un bras de mer. Le port a une
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)mu« âe long : il est si profond , que }e^ plu$ grande aisseaux y peuvent demeurer sans jeter l'ancre , ë^aiit à couvert d'un côté par la ville de Constantinople , et de l'autre par le feubourg de Péra. L'intérieur de cette grande ville est fort incommode pour les voitures \ ce qui fait que les Turc$ vont ordinairejQlent à cheval , et ne se servent de carrosse que pouf envoyer leurs femmes au bain. On n'y voit point de charrettes, pafce que tous les fardeaux sont portés par des Arméniens qui gagnent leur vie à ce métier. Les rues sont Ibvt 'étroites, et hautes et basses à cause des collines; il Txy a que celle qui va depuis la porte d'Andrinople jusqu'au sérail où Ton puisse aller commodément en carrosse, parce qu'elle est large , droite et unie. Toute$ les maisons des particuliers ne sont bâties que de bois, et d'une mauvaise construction vell^s n'ont qu'un étage, à cause des grands vents. Il n'y a point d'autres batelleries que les.caravanserais^ et chaque nation a le sien, où logent les marchands. Toutes les mosquées ont été bâti^ sur le modèle de Sainte-Sophie. Cette ^lise~ qui reconnoît l'empereur Justin pour son fon-^ dateur,' peut passer pour un des plus beaux édifices dii monde : quoiqu'elle ait été ruinée plusieurs fois ^ bn la regarde encore avec admiration. Cependant il n'en reste plus que le chœur, qui consiste en un dôme de deux cent treize pieds de diamètre , autour duquel il y a de grandes galeries fort élevées, et soutenues par des colonnes de marbre de diverses couleurs, et d'une grosseur extraordinaire ^ Ce grand vaisseau est eiiriel» par dedans de plusieurs tables de porphyre et iâe marbre^ les ornemens de la voûte sont des mosaï'tpiès ^ les Turcs l'ont blanchie en quelque endroits
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pour y tracer le nom de Dieu. Le pave de Téglise est de marqueterie , enrichi de nacre de perlé , de cornaline et d'agate : le portail est vaste et fort ëlevé-, le dehors de l'église est fort massif , et il y a plusieurs gros murs en talus pour empêcher que la pesanteur du dôme ne fasse entr'ouvrir la muraille, et n'écarte les piliers qui le soutiennent. Il n'est pas permis aux Turcs d'entrer dans la mosquée avec des souliers et d'autres chaussures^ ce qui fait qu'ils en couvrent le pavé d'étoffe cousue par bandes, qu'ils étendent à quelque distance l'une de l'autre. L'entrée en est défendue aux femmes : elles se tiennent sous le portique du dôme. Au dedans il n'y a ni autel ni images; mais les Turcs se tournent du côté de la Mecque et de Médinè, où est le tombeau de Mahomet. Il y a devant chaque mosqv^ée une grande 'fontaine dont le bassin est de marbre, où on se lave avant que d'entrer, l'a? blution faisant partie des cérémonies de la religion. Les mosquées sont éclairées en dedans par une infinité de lampes suspendues au dôme, et entre lesquelles il y a des boules de cristal et des œufs d'autruche. Il n'y a point de cloches pour appeler à la prière ; mais on fait monter sur les tours, nommées ici minarets , des hommes qui appeUent le peuple à haute voix. On fait la prière cinq fois par jour.
On voit au milieu de la ville le vieux sérail que Mahomet ir fit bâtir pour sa demeure-, il est fermé de murailles comme un couvent de religieuses, sans aucune vue au dehors. La première porte, est soigneusement gardée par plusieurs capigis , et la seconde par des eunuques qui n'en permettent l'entrée à aucun homme, de quelque condition qu'il soit. C'est
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là qu'on porte le grand-seigneur quand il est mort, et où on relègue ses femmes, qui. n'en sortent jamais que p<our se marier * ce qui fait que durant la vie du sultan elles travaillent à amasser beaucoup d'argent, afin de pouvoir trouver un mari après la mort de l'empereur. On voit à l'une des extrémités de la ville une colonne ornée de bas -reliefs qui représentent diverses histoires, et que par cette raison on nomme ^ la colonne historiale; et une autre colonne de porr» phyre qui avoit été destinée à servir de piédestal à Ja statue de Justinien ou à celle de Constantin.
Le château des Sept-Tours est à l'extrémité de la ville au sud : c'est le lieu où l'on enferme les prisonniers de conséquence , et où l'on garde le revenu des mosquées. Le bâtiment est carré, et entouré d'une double muraille; il y a une forte garnison. Il est défendu par sept tours couvertes de plomb, et qui ont chacune près de cinquante coudées de haut : les loger mens y sont assez commodes, et ressemblent à ceux de la Bastille à Paris.
Le sérail où loge le grand -seigneur, et qu'on nomme en langue du pays serajr^ est bâti à une autre extrémité de la ville au levant, à la pointe d'un angle qui s'avance dans la mer vis-à-vis les ruines de Calcédoine. Ce palais contient tout le haut et tout le pen*chant d'une coUine , où étoit autrefois le monastère des, religieuses de Sainte-Sophie: il est environné de bonnes murailles , et fortifié d'espace en espace par des tours où l'on fait garde nuit et jour. Les bâtimens sont sur le haut de la colline , et les jardins sur Je penchant qui descend jusqu'au bord de la mer. Le sérail peut avoir une lieue de tour; il est séparé de
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Jà ville par une muritâle fort épaisse, où |e6 azsUno- ^ans font la garde.
Outre la grande porte par où Ton entre ordiiiaîre^ ment 9 il y en a plusieurs autres, tant du côte de la. ▼nie que du côté de la mer, par où le Grand-Seigineur sortoit asse^ sourent déguisé pour allep enten-- ^e ce qu'on dijsoit de lui et de son gouternement. Entre la muraille et la mer, est un petit quai de ^[uatre ou cinq toises de large, où il y a phisiéurs canons en batterie qui ne tirent qu'aux jours de réjouissances. ATextrémitéduquai, du côté de la mer, igtst le kiosque : c'est un cabinet en saillie ouvert de tous côtés, où le Grand-Seigneur va prendfe le frais pendant les chaleurs ; il est enrichi de dorures, et pavé en inarqueterie.
Lès bâtimens du sérail sont fort irréguliers , parce qu'ils ont été construits par plusieurs sultans et en divers temps, et que les Turcs n'entendent pas l'architecture. On entre dVbord dans une grande cour large de quatre cents pas et longue de cent quinze, mais non pavée. Cette première cour est gardée par les capigis, qui se relèvent de douze heures en douze heures , et qui sont commandés par six capigis-bachis; on y entre à cheval le jour du divan. On voit à main droite un corps de Ipgis qui sert d'infirmerie, et où l'on porte les malades du sérail dès qu^ils sèntetit la moindre incoinraodité qui peut lés obliger à garder te lit. De cette cour on passe dans une seconde (Jui peut avoir trois cents pas en carré; elle est entourée de galeries couvertes de plomb, et soutenues par des colonnes de marbre. U y a plusieurs fontaines entre ces colonnes, et des allées de cyprès régnent
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tout du long; le reste formé une espèce de place ^
couverte de gazon , et entourée de barrières pour em-
péoite^ que les chenaux ne gâtent Thei^e. Les janis-
^res et les s{»ihis sont en bataille dans Tespace ^i
est entre ces barrières et la galerie. Chacun d'eux
t^ste dans son poste jusqu'à ce qu'il soit appelé par
ses officiers; il leur présente alors sa requête, et l'on
y fait droit sur-le-champ.
La ssdle du di^an est fort spacieuse, et couverte de ^€Hnb; elle est lambrissée en dedans, enrichie de ^ 4lorûres et d'omemens arabesques, et le plancher est ecmvert d'un grand tapis de Perse sur lequel on mar* ché. Le divan, auquel le grand visir préside, se tieiit t{uatee fois la semaine : le samedi, le dimanche, le lundi et le mardi. L'arsenal, où se gardé le trésor du ^rand-seigneur, est derrière cette salle, et la porte «n est scellée du grand sceau de Sa Hautesse.
Tous ceux qui ont séance au divan y vont de bohne heure, afin de terminer leurs affaires avànïtque'le jgrand visir soit arrivé. Avant qu'on ouvre la porte, un iman fait la prière pour Pâme des sultans défunts, et pour la prospérité de celui qui règne. Le grand visir vient d'ordinaire au divan, accompagné déplus de quatre cents chevaux. Lorsqu'il est entré dans la salle, il prend sa place à l'autre bout sur une espèce de trdne , ayant à sa gauche , qui est la place d'honneur chez les Turcs, les deux cadileskers de Romahie et dis Natolie. Après eux, se rangent du mêihe cèté les trois têfterdars^les visirs de banque, qui sont ordiiiaîrement au nombre dé six, se placent à la drc^ite, et après eux le nitchangi. Les begliers-beys n'y^ <mt point de séance -, mais quand ils y viennent ils s^as^
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seyent après les visirs. Le rei&-effendi est debout près du bureau, où il lit toutes les requêtes, et écrit le résultat des délibérations de rassemblée. Le grand» seigneur a dans sa chambre une jalousie qui répond dans la salle du divan, et d'où il peut voir tout ce qui s'y passe sans être vu. Or comme on ne sait point s'il y est ou non , cette incertitude oblige les oflSciers à faire mieux leur devoir.
Quand le divan est fini, tous les officiers vont à l'audience du grand-seigneur. Elle se tient dans une salle basse toute de marbre, où l'on ne voit de tous <îôtés que dorures. Le plancher est couvert d'un tapis de velours plein, brodé d'or et de perles. Le sultan est à un coin de la salle sur. un sopha d'un pied de haut, couvert d'un tapis beaucoup plus riche que le premier^ il est assis sur des carreaux, les jambes croisées, et il a au-dessus de sa tête un dais de bois couvert de lames d'or et enrichi de pierreries; il n'a auprès de lui que le capi-aga-chasarnada-bachi, et trois muets qui sont derrière la porte. Les officiers n'y vont que l'un après l'autre, et tout seuls. Lorsque le grandr seigneur est mécontent de leur conduite , il ne fait que frapper du pied, et aussitôt le malheureux quia déplu est étranglé par les muets. L'aga des janissaires va le premier à l'audience, ensuite le cadilesker, puis le tefterdar, et enfin le grand visir, et les autres visirs subalternes. L'aga des janissaires est le colonel ou le commandant de toute cette milice, redoutable même à ses maîtres. Les cadileskers sont les chefs de tous les autres cadis ou juges de l'empire ottoman : ils sont gens de loi, et par cette. raison ils ne peuvent être étranglés quand ils vont à l'audience. Les tefterdars
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sont les trésoriers. Le grand visir, ou visir hazem, gafde le sceau de l'Empire, et a le commandement général de toutes les troupes : il donne audience aux ambassadeurs, et fait la fonction de premier ministre. Les visirs de banque sont les conseillers du divan: ils sont tous gouverneurs de province. Le nitchangi est le chancelier, et le reis-effendi fait la fonction de greffier. Le sérail est divisé en trois appartemens : le capiaga a seul l'intendance du premier, où loge le grandseigneur ; le second, où logent les femmes, est gouverné par les eunuques, qui obéissent au kislar-aga 5 le troisième, qui comprend les jardinages, est sous la direction du bostangi-bachi. Les bostangis cultivent le jardin, et servent de rameurs quand le grandseigneur va se promener sur la mer dans sa galère : ie bostangi-bacïii tient alors le timon. Les sultanes isont au nombre de deux ou trois cents : ce sont les plus belles esclaves que les pachas ou autres officiers de la Porte peuvent trouver, dont ils font présent au grand-seigneur, afin d'avoir quelque protection dans le sérail. Elles ont une gouvernante qui a une en-r tière autorité sur elles , et leur impose telle punition qu-elle juge à propos quand elles ont commis quei-^ que faute. Lorsqu'une sultane a eu un enfant du grand-seigneur, elle prend le nom à'asseki. Gomme le grand -seigneur n'en épouse aucune, le premier enfant qu'il a de quelque sultane que ce soit est regarde comme le successeur de l'empire. Toutes celles dont le sultan a des enfans prennent le même nom à'assèAij et sont servies par les autres sultanes , qu'on appelle odalisques. La mère, du grand-seigneur prend le nom de sultane Validé. Les sultans ont été long-
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temps ds^ns Tusage , lorsqu'ils parvenoient à Tettipire, de fi^iire étrangler tpus leurs frères : mais la sultane Validé , ^i avoit beaucoup de crédit sur Tesprit de Mahomet IV, obtint de lui qu'il laisseroit vivre son frère Soliman; et c'est celui qui règne aujourd'hui. Mahomet avoit déjà un fils qu'on appeloit Mustapha, ^t qui étoit un prince dé grande espérance.
Mahomet étoit d'assez belle taille : il avoit le teint vif, les yeux pleins de feu , et la barbe fort noire j il étoit fort voluptueux , majls deux choses le détaphoient de l'amour qu*il avoit pour les femmes : I* l'attachiîment qu'il avôit pour son musaïf ( c'est le nom qu'on donne au favori du grand - seigneïir) ; a° la passion excessive qu'il avoit pour la^ chaise, et qui lui faisoit passer des journées ei^tières à cheval ^ au travers des. bois et des rocher$. Il faisoit une dépense prodigieuse en chiens, en chevaux, et en toutes sortes d'équipages de chasse. Il étoit avare et cruel j et comme il vouloit avoir à quelque prix que ce fût de l'argent pour fournir à ses dépenses, il siïlBsoit d'être riche pour devenir coupable auprès de Ini. Il étoit encore défiant -, ce qui l'obligeoit souvent à se déguiser pour découvrir ce qu'on disoit de lui; Enfin il étoit timide, et il a bien montré dans le malheur qui lui est arrivé qu'il manquoit de courage/
Soliman , qui règne aujourd'hui , est d'un tempérament mélancolique, et porté à la douceur. U aioi^rétude et la retraite , et U est fort versé dans l'intelligence de l'Alcoran, qui est la s^e étude permise aux Turcs. Comme il a presque toujours été enfermé, il n'avoit pas de connbissânce des affaires d'Etat^ mais il tâche de s'en instruire ; il a de la modération,
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et seroit plutôt porte à la paix qu'à la guerre ^ mais ne pouvant la maintenir qu'après avoir rétabli la gloire de l'empire , il n'oublie rien pour faire la guerre avec succès : il s'informe de tout, et veut pourvoir à tout', il veut être instruit des intérêts de tous les princes étrangers , et il se pique de tenir sa parole ^ ce qui n'est pas ordinaire à ceux de cette nation, qui ne l'observent qu'autant qu'ils y trouvent leur intérêt.
Lorsque je fus arrivé à Constantinople , je conférai avec M, Girardin, ambassadeur de Fragce, pour résoudre avec lui ce qu'il y avoit à faire pour procurer la liberté au comte Tékély. Ce ministre m'apprit que le Grand-Seigneur étoit fort mécontent de la conduite du grand visir Gara-Ibrahim; qu'il ne doutoit point / que le sérasquier né fût puni pour avoir laissé perdre Neuhausel-, que, selon ce qu'il en avoit pu pénétrer, il ne doutoit pas que Soliman-Pacha, qui avoit com-^ mandé l'armée ottomane en Pologne , n'eût beaùcouji de part au ministère 5 qu'en conséquence il me conseilloit d'attendre l'issue que pouvoient avoir les intrigues de cette cour, avant que de rien tenter en feveur de Tékély. La chose arriva comme l'ambassa^ deur de France l'avoit prévu. Le sérasquier ayant été accusé d'avoir retenu là paie des troupes, eut la tête tranchée, sans que ses services ni les recommandations du visir le pussent sauver.
Le grand visir étant allé à Andrinople , Soliman y fut mandé, et on lui offrit le commandement des troupes de Hongrie. Dans l'audience qu'il eut du Sultan, il se jeta à ses pieds, et le supplia très-humblement de le dispenser aaccépter un emploi si dif-
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ficile , et dans lequel il ne pouvoit espérer que ses services eussent aucun succès. Il prit même la liberté de lui dire que l'état des affaires lui faisant prévoir que la campagne finiroit par la perte de sa tête, en conséquence il siipplioit Sa Hautesse de le faire plutôt mourir sur-le-champ que de l'envoyer en Hongrie. Le Grand-Seigneur lui commanda de lui expliquer les raisons qu'il avoit de refuser le commande^ ment de ses armées ^ ce que Soliman fit avec beaucoup de détail. Il lui représenta que le mauvais succès de la dernière campagne venoit de ce que les troupes n'avoient pas été payées, et de ce que le grand visir avoit manqué à plusieurs choses importantes pour son service. Enfin il offrit de prendre le commandement des troupes si le Grand-Seigneur vouloit se rendre en Hongrie, pour être plus à portée d!apprendre le détail de tout ce qui se passeroit. Ce discours fit un tel effet sur l'esprit du Grand-Seigneur, qu'il envoya demander au grand visir, qui étoit au lit sous prétexte d'une indisposition , s'il étoit en état de faire la campagne de Hongrie, où il avoit résolu de se rendre en personne. Le visir s'excusa sur le mauvais état de sa santé ^ ce qui fit résoudre le Sultan à le déposer. En effet, quelques jours après le Sultan lui envoya demander le sceau de l'Empire, et le donna à Soliman. Le nouveau visir, qui avoit été kihaia d'Achmet Coprogli lorsqu'il exerçoit cette même dignité , fit d'abord venir de Chio le pacha Mustapha Coprogli pour lui donner un emploi considérable , et reconnoître en sa personne les obligations qu'il avoit à son frère.
Cette nouvelle ayant été portée à Constantinople,
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je me rendis à Andrinople. Ayant obtenu une audience particulière du nouveau visir, je lui fis entendre que la détention du comte Tékély avoit été fort préjudiciable aux intérêts de la Porte , puisqu'elle avoit causé la désertion de toutes les troupes des méconténs , avec la perte de Cassovie et du resté de la haute Hongrie. Le grand visir, qui étoit bien aise de décrier la conduite de son prédécesseur, fit entendre toutes ces raisons au Sultan^ il envoya ensuite un ordre au pacha de Warasdin de mettre le comte eh libéré, tet de Tassister de toutes ses forces. Je voulois m'en retourner en Hongrie; mais le comte me pria de rester à Andrinople pour ménager ses intérêts, pouvant lui être fort utile par le moyen 4es habitudes que j'avois faites à la Porte. Il memanda en même temps que le comte Caprara avoit converti le blocus de Mongatz en un siège régulier, mais que la princesse sa femme se défendoit avec une vigueur surprenante; que le grand visir, qui étoit arrivé à Belgrade, avoit envoyé ordre à Sultan -Galga, neveu du kàn des Tartares, ainsi qu'au pacha qui commandoit en Valachie, de le venir joindre avec leurs troupes pour faire une puissante diversion dans la haute Hongrie, et qu'il espéroit avec ce secours pouvoir rétablir ses affaires.
[1686] Les Impériaux de leur côté , voulant profiter de la consternation où étoientles Turcs, résolurent de se rendre maîtres de Bude à quelque prix que ce fût. Us en formèrent le siège le i5 de juin 1686, et prirent les mêmes postes qu'ils avoient occupés deux ans auparavant. Les assiégés se défendirent courageuse- ;nent; ce qui donna lieu aux Turcs d'en tenter le
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secours. Quatre pachas s'àyancèrent à la tête de sii mille hommes, et essayèrent de les faire passer, le i4 août, entre le quartier des Impériaux: et celui d^ Brandebourg. Le prince Charles de Lorraine fit ataiir cer ses troupes à une portée de mousquet hors des lignes, pour serrer sa droite contre une montagne qui paroissoit inaccessible, et où toutefois les Infidèles firent marcher un détachement avec du canoii. Bès que ce prince s'aperçut que les Turcs se coU' loient le long de la montagne, il envoya les Hongrois de Palfi avec trois autres régimens pour les charger , él il les fit soutenir par ceux de Caprara et de Stiram. Lés Hongrois ayant été rompus au premier choc, le baron de Mercy se mit à la tête du régiment de Schults, avec lequel il tint ferme, et donna le temps au comte de Lunewald d'arriver avec cinq escadron». Les Turcs furent poussés avec une si grande ligueur , que leur cavalerie prit la fuite et abandonna les janissaires, qui furent taillés en pièces. Les spahis néanmoins se rallièrent, et ,• revenant à la charge, tâchèrent de prendre les chrétiens en flanc. Le prince Charles, qui vit leur dessein, fit faire halte à une partie des troupe, qu'il rangea sur une ligne, et fit marcher à eux quelques régimens. Les Turcs, apràs avoir essuyé le premier feu, se retirèrent avec beaucoup. de vitesse, sans que l'on se mît en peiné de les poursuivre.
La nuit , dix mille janissaires , soutenus d'une partie de l'armée ottomane , vinrent attaquer les lignes entre le quartier d^s troupes de Brandeboui^ e^t les Croates; ce qu'ils firent avec tant de furie ^ qu'à peine ceoî qui les gardoient purent soutenir leur premier éffbft.
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Le comte Cajprara €t lé général Heuseler y étattt accourus, coupèrent ceux qui avoient déjà S^rcé les retranchèmens , et Ji^s taillèrent en pièces -, ce qui donna le temps à tout le reste de l^rméé de se mettre en bataille. Les Turcs furent poussas jusqu'à leur €âm|) ; mais ils firent entrer k*ois cents ho ipmes dans Bude par la porte d'Albe^Royale,
Le giçznà visir Yoiilut faire un dernier effort pour saliver cette place*, il détacha pour cet effet, le ^9 août, n^ille spahis^ deux mille janissaires et quinze cents Tartares, sous le commandement de deux pacha3« Ces troupiss descendirent du côté de V^reatadt , et nlarchèrent vers Fattaque des Impériaux , pendant que le gros de l'armée ottomane s'avançait dans la plaine contre le camp de l'électeur de Bavière. Les Tartares attaquèrent les Impériaux du côté du Danube, et furent si bien reçus par le baron d'Asti , qu'ils furent contraints de se jeter du côté de la montagne, vis-à-vis de l'autre ar^gle de la vilfe basse, pour se joindre aux janissaires et s^jxx spahis. Dans le mouvement qu'ils firent, les généraux Mércy et Heuselfer^ qui commandoient la cavalerie , les pressèrent telle* manit , qu'il en demeura un grand nombre sur la place. Pendant ce combat , les janissaires et les spahis en-^ trèrent dans le camp des chrétiens, et poussèrent le long de la circonvallation t, mais ayant trouvé des chariots en haie qui leur fermeient le passage, tandis qu'ils s'empressoient de les détourner, Iç prince Charles les fit charger avec tant de vigueur par quel*t{U€S escadrons, qu'ils furent bientôt dissipés. Plusieurs se jetèrent dans les tentes, croyant se sauver ; aiais ils furent assommés par les palefreniers. Dans le T. 5g. 10
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même temps les assiëgës firent une sortie pour facH liter aux janissaires l'entrée de la ville ; mais ils furent si bien reçus par les Bavarois qui gardoient la tranchée 5 qu'ils furent contraints de se retirer dam la place avec perte de plus de cinquante hommes. Les ennemis qui étoient sur les ëminences, voyant le mauvais succès de cette attaque, se retirèrent plus vite qu'ils n'étoient venus, craignant d'être poussés à leur tour. Le grand visir, d'un autre côté, avec le gros de son armée , fit feinte de vouloir attaquer les lignes du côté des Bavarois, et se tint dans cette posture jusqu'à deux heures après inidi 5 mais ayant vu paroître une partie de l'armée du comte de Scherfiemberg qui arrivoit, il prit le parti de se retirer.
Trois jours après, les généraux de l'armée impériale résolurent de donner l'assaut à la place par trois endroits différens. L'électeur de Bavière, accompagné du prince Louis de Bade, commença l'assaut à l'attaque du château ^ le prince. Charles de Lorraine donna ensuite par le logement de la petite tour; et après un combat fort opiniâtre ^ où le gouverneur fut tué sur la brèche , les Impériaux entrèrent dans la ville, et mirent tout à feu et à sang. L'électeur de Bavière trouva plus de résistance au château ; cependant il s'en rendit maître dans le temps que les Infidèles , qui avoient abandonné la brèche de la ville , vouloient s'y jeter. Ils se mirent d'abord à genoux pour demander quartier; puis voyant que les chrétiens continuoient de les massacrer sans vouloir les entendre, ils reprirent les armes par désespoir, et se défendirent avec une nouvelle vigueur : mais les généraux étant arrivés en cet endroit, firent cesser le
carnage. Le prince Eugène de Savoie, qui ëtoit à la tête d'un corps de cavalerie du côté du cimetière, pour s'opposer aux ennemis s'ils s'y étoient avancés^ n'en voyant point paroître , fit mettre pied à terre à quelques cavaliers, força la porte du cimetière, et entra avec la cavalerie dans la ville ^ de sorte> qu'eUe fut emportée par les trois côtés en même temps. Ceux à qui l'on n'avoit pas voulu donner de quartier avoient mis le feu en plusieurs endroits, et on eut de la peine à l'éteindre. Le comte de Rabata, commissaire génér l'ai , sauva deux magasins remplis de poudre , avec l'église de Saint-Etienne , au moyen de l'argent qu'il promit aux soldats qui s'y emploieroient. On trouva dans la ville plus de quatre cents pièces d'artillerie de tout calibre, parmi lesquelles il y en avoit quatre de cent cinquante livres de balle, et un trésor de trois cent soixante mille ducats, qui a voient été mis entre les mains du pacha pour s'en servir dans le be^ soin. On sauva de l'embrasement la bibliothèque des anciens rois de Hongrie, qui avoit été fort enrichie de livres rares par le roi Matthias Corvin.
Après la prise de cette place, le prince Louis de Bade s'empara de Simonthurm. Cette place est sur la Sarvitz, à deux lieues de Caposvar, et à trois dé Tolna. Elle a un fossé large de trente pas, envirotmi^ en dehors d'un marais d'une si grande étendue, qiie le pont sur lequel il faut passer pour y entrer a pvè;s de trois cents pas de longueur. Le château est bâti de pierres dé taille, avec des fortifications à l'antique, et aussi entouré d'un bon fossé. De son côté, le prince Charles de Lorraine s'étant emparé de la ville de Ha-r tuan y que les Turcs avoient abandonnée api*ès y avoir
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mis le feu, trayailla à la remettre en état, et à rétablir ce que le feu avoit détruit. Hatuan, ou Zaduan, est sur les frontières du comté de Novigrad, à cinq lieues d'Agria.
Pendant ce temps-là le comte de LaVergne assiégea Sesedin, et s'en rendit maître après que les comtes Caraffe et Yeterani eurent battu un corps considérable de Turcs et de Tartares qui s'étoient ayancés pour secourir cette place. Sesedin ou Seïget, et autrefois Segisdana, est une place forte sur la Teiss, dans le comté de Bodrog, à dix lieues de Zolnocfaet à deul de Cbonad : eUe est défendue par un assez bon château. Cette conquête fut suivie de celle de Cinq-Eglises, qui se rendit à discrétion au prince Louis de Bade. Cette viHe portoit le nom de Penée ayant que la Pannonie eût été prise par les Huns. Aujourd'hui ceux du pays la nomment Otegiazat , les All^ mands Fusirkim , et les Turcs Poshew : elle a é\é nommée Cinq-Eglises parce qu'elle en renfermoit cinq fort magnifiques. Elle est située près de la Drayesor la petite rivière de Keorix ^ son château est un carré irrégulier, fortifié de quatre rondelles à l'antique, avec quelques ouvrages à la moderne, et environné de hauteurs d'assez difficile accès. Le roi saint Etienne y établit en 1009 un siège épiscopal qui relevoit de ^a^ chevêque de Strigonie 5 et elle tomba sous la puissance des Turcs en i543, qu'elle fut prise par Soliman II.
La prise de toutes ces places en Hongrie , les conquêtes que les Vénitiens avoient faites dans la Morée et dans la Dalmatie , et la marche du roi de Pologne, qui sembloit vouloir s'ouvrir un passage jusqu'à Cens-
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tantinople par des chemins qui avoient paru inaccessibles, causoient de grandes alarmes dpus cette capitale de Tempire ottoman. Les peuples coium^u** coient à murmurer contre les ministres du divan, et même contre le Grand-Seigneur : on lui reprochoit qu'il auroit dû être à la tête de ses arm^ea, et suivre l'exemple de ses pr<idëcesseurs. U reçut d'abord assez froidement ces reproches ; mais enfin il en craignit les suites, et crut devoir y remédier. Il déposa le mufti, qu'il accusoit d'être la cause de tous ces malheurs, pour avoir signé le fetfa par lequel il consentoit qu'on commençât cette guerre. Il créa un autre mufti, auquel il ordonna de ne lui rien cacher de tout ce qu'il croiroit nécessaire pour le bien et la gloire de l'Etat. Il fit de grandes réformes, pour faire cesser les prétextes qu'on avoit de murmurer de ses grandes dépenses, et il pourvut à tout ce qui étoit nécessaire pour l'armée de Hongrie. Le grand visir de son côté essaya de conclure la paix avec l'Empereur^, et n'ayant pu y réussir, il fit &ire aux Moscovites des offres très-avantageuses pour les obliger à se détacher de la ligue faite contre les Turcs: mais ces offres ne furent pas acï^ptées, et il eut même le chagrin de voir le prince Abaffy traiter avec l'Empereur , pour donner à ses troupes des quartiers en Transylvanie. Le visir pratiq^ encore une intelligence dans Bude avec un lieutenant du régiment de Solm , pour lui livrer la place; ^^^ 1^ conspiration fut découverte, et cet officier fut puni.
£1687] La campagne ne fut pas plus heureuse pour les Turcs de tous les côtés. Le grand visir fut défait dans la plaine de Mohatz le 10 août 1687; et les Véni-
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tiens s'emparèrent de Fatras, des châteaux de la Morée et de Romanie, et de la ville de Lëpante^ conquêtes qui furent suivies de celles de Castel-Tomèse , de Gorinthe et de Misitra.
Patra^ est une ville fort ancienne qui a porté dans les premiers temps le nom d'Âroë. Quand elle eut été rétablie parles soins de Patrée, elle prit, selon Pausanias, le nom de son restaurateur. Les Romains Vzi^ fêlèrent jéugusta-j^roe-Patrensis ^ et elle porta encore dans un autre temps le nom de Neopatria. L'empereur Auguste l'avoit choisie pour y retirer ses vaisseaux. Diane étoit adorée dans cette ville sous le nom de Diana latria : on y révéroit aussi la forêt et le temple consacrés à Diana triclaria\ à laquelle on sacrifioit chaque année un jeune garçon et une jeune fille , en expiation du crime commis par Mélanippus et Cométho , qui furent eux-mêmes immolée les premiers pour s'être mariés dans ce même temple de Diane contre la volonté de leurs parens. Cette cruelle coutume prit fin lorsqu'Eurypile vint à Patras. Cette ville fut convertie par les prédications de l'apôtre saint André ; elle devint ensuite le siège d'un archevêque , et elle eut le titre de duché sous la domination des princes grecs, qui la possédèrent jusqu'en i4o8. Lorsque ces princes virent qu'ils n'avoient pas assea de forces pour la garder, ils la vendirent à la république de Venise, sur laquelle les Turcs la prirent, et la nommèrent Badra, ou Balabutra. L'air n*y est pas sain, à cause du voisinage des montagnes qui sont couvertes de neiges, et de la quantité d'eaux dont elle est environnée. Les juifs qui y sont établis y font un grand commerce.
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X.e golfe de Lépante a porté aussi divers noms : les anciens Tappeloient Crisœus^ Strabon, mer d'Alcyon -, Sôphien, goUe de Petras -, quelques»-uns, CotHnthiaçus sinus; et les matelots du pays, au rapport de Niger, ripa d! Os tria. Il est entre deux caps qui s'avancent du continent, et dont l'un, qui tient à la Morëe, est appelé par Strabon Antiviumpromonixhrium^ aujourd'hui le cap Antivio. C'est sur ce cap qu'est le château de la Morée. L'autre, qui tient à l'Achaïe, appelé par Strabon Rkium promantorium ^ et par le peuple cap de Rhio , est défendu par le château de Romanie. On appelle autrement ces deux châteaux les Dardanelles de Lépante. Ils sont l'un et l'autre de forme carrée , entourés de bonnes murailles , et garnis de batteries à fleur d'eau. On n'y remarque aucun défaut, si ce n'est que le terrain étant sablonneux, il en rend l'approche facile aux ennemis. La plupart des habitans de cette plage sont des Maures, qui produisent des enfans noirs comme en Barbarie.
La ville de Lépante , appelée des Latins Naupactus y du peuple JE'pat^^o^^ et des Tnrcs Einbachi, est dans le pays de Linadia, à l'entrée du golfe, sur la croupe d'une montagne qui est de figure conique. La forteresse est fermée de ({uatre rangs de grosses murailles séparées par de petits vallons entre deux, où les. habitans ont leurs maisons. Le port n'a pas plus de cinquante pieds de circuit, et ne peut contenir qu'un petit nombre dé vaisseaux.
Castel-Tornèse est une forteresse bâtie sur le dernier cap du duché de Chiareilza, vers la province de Belvédère. Les anciens la nommoient Chelonates , et
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les T^cs rappéUent Clemanzi : elle est dàtÎB un Meu
fort ëlevé , à ti^oia jmiUes de la mer.
Corintbe 9 que les ancien^ nbmftnoieiit Êphyrty est pamm^e yulgaireiiieat C&ramthb, et par les Tim;s Gerafno. Elle fut bâtie pàv Alétès , sous le règne d^ Cëcrops, roi d'Athènes, Tan du monde 3666. ^ÉHè est au milieu de Fistfame, dans rendrait où la mèr Ionienne et la mer Egée se éohfohdent. Cette ville la le titre d'archevêché^ et est cotaimandëe par rÂdjro^orinth!â. Elle fut prise et ruinée par le cbnsul Ltfêititt Mura'mius Tan du inon^ B818, puis i^bâtie et repeUplëe par les spins d'Auguste. On n'y voit d'entier , de soà ancienne magnificence , que douze colonnes de <nti(| pieds de diamètre^ qui n'ont qu'un single ë6r(lën pour chapiteau \ elles sont à quihze pas l'ime de l'aiitÉPé sur une p^etite cqUine. Cette viUè fut prise paï Roger, normand^ roi dé Napks^ elle fut, deux siècles aprèè, soumise à la domination des despotes de (Grèce , qui ta cédèrent aux Vénitiens , smvqui Mahomet li là prit. ' Misitra, connue des anciens sous le nom dé Spàtte ou de Lacédémone^ ne conserve presque plus rien de son ancienne splendeur : elle n'a que déut grandes portes, l'une au nord vers Napoli de Rémanie, et l'autie à l'est vel*s l'Eadokorion. La ville ësît divisée en quatre quartiers; le château eii fait ÙÀ, là terte Xit autre , et les deux faubourgs les deux autt^s. Le châ^ teau , qui avoit été bâti par les despotes , est sur une hauteur de figure conique , et les muraiHëS en sont assez bonnes.
Les pertes que les Turcs avaient £aiitës portèrent les troupes à se mutiner \ ce qui obli^à le gràûd Visir de se retirer à Belgrade pour éviter leur farre.
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L«s janissaires offrirent Je cômmândemetit absolu à âîaoïh-Pachà, qui ne vôulat pas l'aécepter, de peur que le^ troubles ëtaht apaises , il né fût puni comme lé chef de la révolté. Dans le même temps là garnie s6n d'Esseck abandolina la ville ^ ce qui donna a^x Impériaut la facilité de s'en emparer. La ville d'Ar grià, qui ëtoit bloquée depuis plus d'un an, ne pouvant résbiér & k famine, fui contbiihte de capituler. Agria, noMmëe encore Eger^n Erktw par les ABediands, et par les anciens Trissum xm Mieta, issit utxe ville é{Àëcopale du comté de ftarzod : le fort Erla, qui la défend, est bâti sur une colline.
La princesse RagOtski , après avoir sonteAu long^ temps le siège devaiit Mongati^ , fut enfin contrainte de capituler et de teaiter avec l'Empei^eiir, qui lui pétmit de jouir de ses biens , pourvu iqu'elle se reti*^ rât en Allemagne. Mongatz est une ville du comté de Peretzais^ iituée dans un marais : elle a un château bâti sur réminence qui là commande, et qui n'est défendu que par une palanque environnée d'un fossé {dein d*eau , couvert d'une haie , et fortifié par deux rangs de palissades terrassées. H y a au dedans deux totres fossés qui se remplissent d'eau. La forteresse , qui est situ<ée i^r Un roc , n'est csommandéé d^auctinè hauteur ; elle est composée de trois châteaux qui domineht l'un sur l'autre : iis sont séparés chacun pat un fossé sec très-profond, taillé dans le roc ^ et toute la forteresse est entoura d'un troisième. Ds sont défendus par divers bastions et d'autres fortifiicationis à l'antique : oa ne peut y monter que par un cfa^emin étroit, dont là défense est falcile, et qui même est èoupé en plusieurs endroits. .
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Si les affaires ëtoient brouillées dans le camp des Turcs, elles n'étoient pas plus tranquilles à Constantinople , où il s'ëtoit formé trois partis. Le premier étoit composé des créatures du grand visir Mahomet Coprogli, qui mourut en 1662; le second, de ceux qui avoient été élevés par son fils Âchmet Coprogli; et le trobième parti, qui se ténoit fort caché , Youloit élever sur le trône le fils du kan des Tartares de Crimée. Ceux qui avoient servi dans les dernières guerres de Hongrie sous le grand visir Cara- Mustapha étoient du premier parti, et vouloient perdre le grand visir Soliman; ceux du second parti faisoient au contraire leurs efforts pour le maintenir, parce qu'il avoit été élevé par Achmet Coprogli. Soliman avoit des manières affables, et plus engageantes que n'en ont d'ordinaire les Turcs : il n'étoit pas fort intelligent dans le métier de la guerre ; mais il avoit couvert son peu d'expérience par tant d'adresse pendant qu'il commandoit en Pologne , qu'on Tavoit cru beaucoup plus habile qu'il n'étoit. Siaou-Pacha, que les troupes demandoient pour général, étoit véritablement brave, de bon sens, bien fait de sa personne, et âgé de cinquante ans. Les belles actions qu'il avoit faites en Hongrie dans la dernière campagne lui avoient acquis l'estime des troupes : il avoit été esclave d' Achmet Coproglî , qui l'avoit élevé , et lui avoit donné sa sœur en mariage. Coprogli son beau-frère, qui est aujourd'hui grand visir, et qui avoit été rappelé de son exil par le visir Soliman, est un homme d'esprit, estimé dés peuples et des janissaires, mais haï des spahis, qui avoient causé son bannissement. Lorsque les nouveUes de toutes les pertes que les
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Turcs ayoient faites tant en Hongrie que dans la Morée, et de la révolte des troupes^ furent portées à Constantinople, le Grand-Seigneur tint secrètement conseil avec le caïmacan et avec le sélictar-aga , qui étoit son favori, pour voir quel remède on pourroit y apporter, et s'il falloit faire rentrer par la force les troupes dans leur devoir, ou approuver ce qu'elles avoient fait. On se trouva si embarrassé, qu'on se sépara sans rien résoudre.
Cependant l'insolence des troupes augmentoit, parce qu'il s'étoit répandu dans le cam|) un bruit sourd qu'il étoit venu un ordre du Grand-Seigneur pour étrangler Siaou-Pacha. Cet officier en prit l'alarme , et accepta le commandement de l'armée pour garantir sa vie. Il se lia néanmoins avec les mutins, d'une manière qui pouvoit faire connoitre au Sultan qu'il n'avoit eu pour but, en recevant cet emploi , que le seul bien de l'Empire. Avant que d'exercer les fonctions de général, il crut devoir mettre le grand visir dans son tort. Il fut résolu qu'on lui feroit des plaintes au nom des rebelles, et on chargea de cette commission Yeghon-Pacha, officier hardi et violent. Yeghon alla trouver le visir dans sa tente, et lui dit fièrement que les troupes vouloient être payées de leur solde 5 qu'il l'avoit reçue depuis qu'ils étoient en Hongrie, et qu'il n'étoit pas juste que de si grandes sommes ne fussent employées qu'à l'enrichir lui et ses créatures. Soliman lui répondit, avec beaucoup de modération, que le prétexte que les milices prenoient pour se révolter étoit bien léger, puisqu'il ne leur étoît dû que trois mois de solde. Yeghon ne se paya pas de cette raison : après lui avoir reproché d'avoir
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fait sa cour à leurs dépens , et d'avoir acciisé près du Grand-Seigneur plusieurs officiers de li'ayoir pas fait leur devoir, il lui demanda, au nom de Farmëe, le sceau de TEmpire et Fétendard de Mahomet, en lui déclarant qu'on ne vouloit plus le reconnoitre pour général. Le grand visir répondit qu'il ne pouvoit rendre l'un et l'autre qu'au Grand-Seigneur, qui les lui avoit confiés ; et comme Yeghon voulut le presser avec insolence , un des officiers de ce ministre lui remontra qu'il perdoit le respect. Yeghon mit sur-leehamp le sabre à la main, et le blessa dangereusement -, ce qui épouvanta tellement lé visir, qu'il fit armer en diligence trois barques, et qu'il partit dès le soir même pour se rendre par le Danube à Belgrade. De là continuant sa roiite, il vint débarquer entre Nicopoli et Silistria , d'où il dépécha un courrier au caïmacan, pour l'avertir de son arrivée et le prier d'en donner avis à Sa Hautesse.
A peine ces nouvelles furent portées à Constantinople , qu'on vint dire au Sultan que six députés de l'armée lui demandoient audience ; et il fut contraint de la leur accorder. Mustafer-Aga-Bachi , qui poitoitla parole, lui présenta un mémoire signé des principaux chefs de la milice , portant que les troupes ne vou- Joient plus obéir à Soliman ni à son caïmacan, et qu'elles souhaitoient que Siaou-Pacha fût déclaré grand visir. Le Grand-Seigûeur ayant resté quelques jours sans répondre à ces demandes, les députés lui protestèrent que larmée n'attendroit pas au-nieli de vingt-cinq jours; après quoi elle prendroît ses mesures l>our se faire ellie-méme raison. Cette députatioil causa une si grande cpasternation dans Consitantinople, qne
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plusieurs familles considérables passèrent les unes en Asie , et les autres au Caire.
Le grand visir étant arrivé à Constantinople , trouva le moyen de se justifier auprès du Sultan, qui luipermit d'y demeurer, pourvu qu'il logeât chez le caïmacan, qui avoit été autrefois son chocodar. Cette indulgence extraordinaire irrita beaucoup les députés de l'armée : il fallut, pour les apaiser, consentir que Siaou fût grand visir, et son beau-frère CoprogH caïmacan. Le sélictar fut dépêché en Hongrie pour lui en porter la patente. Cet officier apprit en chemin que les troupes s'étoient encore révoltées contre Siaou, parce qu'il avoit refusé de les mener à Constantinople, et qu'elles avoient élu pour chef un officier nommé le petit Mahomet. Le Grand-Seigneur ayant été averti de cette nou- ;velle révolte par un courrier que lui dépêcha le sélictar, assembla un grand conseil. Le caïmacan proposa de lever du monde à Constantinople et aux environs, et de faire venir ce qui lui restoit de troupes fidèles, dans les places les moins éloignées , offrant d'aller à leur tête combattre les révoltés. Ce parti, qui étoit le seul que le Sultan pût prendre pour maintenir son autorité, ne fut point goûté; il fut seulement résolu d'attendre le succès du vuyage du sélictar avant que de prendre aucune mesure.
Le Sultan reçut peu de jours après un courrier, par lequel il lui mandoit que Siaou avoit accepté le commandement de l'armée: que Yeghon-Pacha s'en étoit séparé avec huit mille chevaux, pour aller se joindre au petit Mahomet-, qu'ils marchoient ensemble à Constantinople , et que les troupe^ qui étoient demeurées avec Siaou l'avoient obligé de prendre la
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même route pour venir demander les têtes du grand visir Soliman, dukihaia, du grand douanier, du kislaraga, et de quelques autres oiBciers. Sur cette nouveUe, qui se répandit dans la yiUe, Talarme y fut si grande, que les marchands fermèrent leurs boutiques jusqu'à ce qu'on eût publié un ordre de les ouvrir sous peine de la vie* Le Grand-Seigneur voyant la haine des troupes si déclarée contre les principaux officiers, les fit tous arrêter par le bostangi-bachi , et puis enfermer dans les prisons du sérail , afin d'être en état de les livrer à la fureur des troupes ^ s'il ne pouvoit l'apaiser autrement. Cependant il demeura retiré dans son sérail , en attendant la fin des désordres avec autant de tranquillité que s'il avoit été assuré d'apaiser les rebelles en leur donnant les têtes qu'ils avoient demandées. Il fit venir auprès de lui Mustapha Coprogli, qu'il nomma caïmacan, dans l'espérance qu'il engageroit Siaou, son beau -frère, à ne rien faire contre son devoir. Lorsque les troupes approchèrent de Constantinople, on fit savoir au Grand-Seigneur qu'il s'étoit formé parmi elles un parti qui avoit résolu de le déposer, et que ce parti étoit le plus fort. Ce fut alors que ce prince commença de craindre la suite de cette révolte : comme le përil lui parut pressant, il assembla un conseil extraordinaire , où il appela le nitchangi , les deux cadileskers et les autres cadis. Il y fut résolu qu'il retrancheroit les dépenses de sa maison, et qu'il enverroit offrir aux troupes de bons quartiers d'hiver pour les obliger à suspendre leur marche : en conséquence on mit hors du sérail un grand nombre de femmes esclaves qui servoient les sultanes, et beaucoup d'officiers inutiles.
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A l'arrivée de Coprogli , on tint encore un antre conseil, où Ton appela quatre fameux derviches, dans l'espérance que l'estime qu'on a voit pour leur piété donneroit du poids aux résolutions qu'on y auroit prises. On y arrêta de faire mourir tous ceux dont les mutins demandoient la tête. Soliman fut étranglé le même jour dans sa prison, et on lui coupa la tête, qu'on envoya à l'armée par un chiaoux. On différa d'étrangler le grand douanier, le caïmacan et le kihaia, parce qu'on voulut auparavant leur faire donner la torture pour les obliger à déclarer leurs trésors. Les rebelles ayant appris qu'on leur avoit sacrifié les têtes qu'ils avoient demandées, prétendirent encore qu'on leur livrât plusieurs autres officiers. Comme le Sultan n'étoit pas en état de leur rien refuser, il déposa les deux cadileskers ^ le kislar-aga, le bostangi-bachi et Je tefterdar, et il les envoya à l'armée sous bonne escorte. Ces malheureux n'y furent pas plus tôt arrivés, que les soldats les mirent en pièces. On envoya aussi en même temps aux rebelles deux mille bourses, dans l'espérance de les apaiser; mais tout cela ne fit qu'augmenter leur insolence.
Le Grand-Seigneur avoit mandé à Siaou-Pacha de retenir les troupes à Andrinople , et d'empêch er qu'ell es n'avançassent vers Constantinople ; mais il fut impossible de les arrêter, parce qu'elles étoient absolument résolues de déposer Mahomet iv, et de mettre à sa place un de ses frères. A la première nouvelle qu'il reçut de Ja marche des troupes, il entra dans un si grand désespoir, qu'il courut tout furieiMt à l'appartement ie ses frères et de ses fils, pour les sacrifier à l'espérance qu'il avoit de régner encore , s'imaginant qu'il
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ne lui restait que ce seul moyen de se conserver Tempire et la vie. Les eunuques qui avoient la garde de ces princes lui disputèrent Fentrëe de leur chambre : il en blessa deux , et les auroit forcés si le che{ des eunuques ne fut venu armé avec plusieurs autres. Cet officier ne pouvant arrêter sa fureur, envoya demander du secours au bostangi*bachi , qui acconmt avec main-forte. Mahomet se vit alors contraint de céder ^ et le chef des eunuques conduisit ces princes au vieux sérail, où il établit un corps de garde pour la sûreté de leur personne. Le Sultan , étonné de Finsolence du bostangi-bachi , le voulut faire étrangler par ceux qui étoient encore de son parti ; vm personne ne voulut lui obéir. Le bostangi^baehi hi déclara qu'il ne le reconnoissoit plus pour maître, en ajoutant qu'au lieu d'ordonner de la vie des autres, il devoit penser à sauver la sienne , qui commeneoit à dépendre de son frère Soliman. Mahomet demeura tellement étonné de ce discours, qu'il se retira dans son appartement sans répliquer; il y fut gardé comme prisonnier jusqu'au 8 novembre, sans savoir presque aucune nouvelle de ce qui se passoit.
CoproglL, qui avoit alors en main le gouvernement de l'Etat , se trouva fort embarrassé , voyant que les troupes continuoient d'avancer, quoiqu'on leur eût accordé tout ce qu'elles demandoient , et qu'on eut fait des offres con^dérables à leurs principaux offî^ ciers : ces troupes n'étoient plus qu'à deux lieues de Constantinopk, et il ne sa voit si l'on approuveroit c^ qu'il avoit fait. Pour mettre sa personne en sûreté, il crut devoir se donner un nouveau maître. Après avoir obtenu du mufti un fetfa pour ap{^rouver la déposi*
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tion de Mahomet, il fît iamener Soliman son frère pour le mettre sur le trône. Lorsqu'on alla prendre ce prince dans sa chambre , il crut qu'on en vq^loit encore une fois à sa vie, et il en barricada la porte. Ce ne fut pas sans peine qu'on l'obligea à l'ouvrir, et il s^ëvanouit par deux fois dans le tempsi qu'on lé portoit. Aussitôt qu'il eut ëtë proclame, il commanda qu'on gardât son frère comme ill'avoit été, sans nëan-» moins attenter à sa vie. <
Lorsque les troupes furent arrivëes à Constanti-: nople, elles commencèrent par agir en souveraines. Elles dëposoient, eUes condamnoient , elles exëcùtoient ellesTmëmes les arrêts qu'elles avoient donnes, et elles ne connoissoient ni chefs, ni souverains , ni lois ^ enfin (ce qui leurplaisoit encore davantage) elles s'enricliissoientpar le pillage, qui ëtoit leur continuel exercice. Dans un si grand dësordre, je crus qu'il y auroit de l'imprudence à rester plus long^temps à Constantinople; et comme je n'y ëtois retenu par aucun ordre de la cour, quoiqu'on eût approuve le voyage que j'y avois fait, puisque c'ëtoit pour les intëréts du comte Tëkëly, je pris l'occasion d'un vaisseau marchand anglsds qui partoit du port pour passer en An- ^eterre, où j'avois encore conserve mes habitudes. J'y ail ois chercher le repos, et je trouvai que ce royaume n'ëtoit pas moins agite que celui que je venois de quitter.
Pour bien entendre l'ëtat où ëtoit l'Angleterre quand j'arrivai à Londres, il faut reprendre les choses de plus haut. Charles 11 avoit trois principaux minis^ très par lesquels il se laissoit gouverner entièrement, le marquis d'Hali&x, le comte de Bristol et le comte