‹ Mémoires;Chapitre 101 sur 137 · LE MARECHAL DE CASTRIES · texte numérisé non relu

LE MARECHAL DE CASTRIES

portée en France, et le maréchal deBroglie était obligé de repenser le Rhin.

Mais au lieu de s'emparer de Wesel par un coup de main, le prince héréditaire se mit à en faire le siège en règle et avec une lenteur classique. M. de Castries, avec vingt-cinq mille hommes, partit de Cassel le2 octobre 1760 ; le 14 il taisait enlever le poste de Hhinberg, et, maître du tleuve sur ce point, il pouvait secourir Wesel en y jetant six cents hommes d '»'•lite. Le 15 il campait entre des marais et des canaux, en arrière d'une abbaye où il avait mis ses avant-postes, et il se préparait à marcher sur les ennemis, lorsque ceux-ci l'attaquèrent le 16, une heure avant le jour.

L'action qui s'engageait était la fameuse bataille de Closlercamp; elle dura cinq heures; l'ennemi battu leva le siège de Wesel, où M. de Castries entra en libérateur : c'est ainsi que le prince Ferdinand et le prince héréditaire de Brunswick virent avorter leur plan d'invasion en France.

La bataille de Clostercamp, restée célèbre par la mort héroïque du chevalier d'Assas, lut encore une des plus importantes de la guerre de Sept ans.

Deux ans auparavant, sur l'autre rive du Rhin, à peu de distance du champ de bataille de Clostercamp, avait eu lieu la malheureuse affaire deCrevelt. On lit à cette occasion dans la Gazette de France du 1er juillet 1758, que « par une ineon-

cevable fatalité, les ofliciers chargés de faire avancer le « corps de réserve des grenadiers royaux, les avaient éqarésen «chemin. » Ces fatalités, trop fréquentes à cette époque, sont le résultat de l'insubordination, et nous devons dire qu'elles ne se produisirent pas là où commandait M. de Castries.

C'estdans cette même journée deCrevelt que le maréchal de Belle-Isle avait perdu son tils, le jeune comte de Gisors. Toute son affection s'était reportée sur son neveu, et à sa mort, arrivée au mois de janvier 1761 , M. de Castries hérita de la grande fortune que laissait le petit-iils de Fouquet.

La campagne de Wesel avait révélé chez M. de Castries les qualités d'un général d'armée; on omit cependant de l'appeler au rôle supérieur pour lequel ces qualités le désignaient ei où peut-être il aurait pu donner à la guerre de Sept ans un

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dénoûment autre que celui qu'elle devait avoir. Le roi récompensa ses services en lui accordant le cordon bleu. Après la paix de 1763 il fut gouverneur général de la Flandre et du Hainaut : à l'époque de l'avènement de Louis XYI, il remplissait, depuis plusieurs années, la charge de commandant en chef de la gendarmerie, lorsque l'amitié de Necker et la protection de la reine le firent appeler au ministère de la marine, en remplacement de M. de Sartine, le 14 octobre 1780.

Dans la partie de ses Mémoires à laquelle se rattache celle note, Malouet dit avec raison que, depuis Colbert, on ne peut citer comme ministres ayant donné à notre marine un grand développement, que M. de Sartine et le marquis de Castries. Celui-ci, pas plus queM.de Sartine, ne pouvait apporter dans ce ministère les vues étendues d'un économiste, mais il y apporta l'esprit militaire et la vigueur d'exécution qui lui étaient propres. Réunissant en forme de code les règlements de ses prédécesseurs, le nouveau ministre voulut en coordonner les dispositions dans cet ensemble d'ordonnances qui porte principalement la date de 1786. L'œuvre de Colbert, déjà attaquée dans sa base, fut de nouveau modifiée en ce qui concerne le régime des classes, par l'ordonnance du li\ octobre 1784 : la levée des gens de mer, précédemment faite par provinces maritimes, fut rendue plus individuelle et s'exerça simultanément sur toute l'étendue du territoire soumis à l'inscription; mais cette disposition, dictée par un esprit d'équité, nécessitait dçs mesures de police plus rigoureuses, et elle ne fit en définitive que des mécontents, en aggravant un joug qu'elle s'était proposé d'alléger.

M. de Castries fut plus heureux dans les mesures qu'il prit pour former un corps d'officiers à la fois nombreux et capables : il créa des collèges de marine pour fournir à la flotte des lieutenants de vaisseau; et le grade nouvellement créé de sous-lieutenant offrit un moyen de transition aux officiers de la marine marchande qui voulaient passer dans la marine royale.

La création d'un corps de canonniers-matelots, remplaçant à la fois les compagnies d'artillerie de la marine et celles de bombardiers, instituées par le ministère Choiseul, ne répon-

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dit pas au but que s'était propose M. de Castries; mais une mesure très-utile du, code de 1786 fut de retirer en même temps aux officiers la comptabilité à bord et les fonctions d'ingénieurs de la marine, que leur avait attribuées, bien mal à propos, l'ordonnance de 1776.

Telle fut en substance l'œuvre du ministère de Castries. Les principaux éléments du code de 1786 étaient empruntés aux ordonnances des deux Colbert, et lorsque la tourmente révolutionnaire fut passée, c'est encore surcetle base qu'un pouvoir nouveau tenta de reconstruire l'édifice de notre marine.

Les services militaires de M. de Castries avaient été récompensés en 1783 parle bâton de maréchal; le litre de duc fut en même temps attribué à son lils, père de M. le duc de Castries, mort en 1866.

En 1787, lorsque l'archevêque de Toulouse devint premier ministre, le maréchal de Castries abandonna le ministère de la marine comme le maréchal de Ségur celui de la guerre: tous deux pressentaient les fautes dans lesquelles un ministre sans prévoyance ne manquerait pas de s'engager.

Le maréchal de Castries était en Allemagne depuis deux ans lorsque, dans la séance du 1er mars 1791, au cours de la discussion sur la loi des émigrés, il fut attaqué par un membre de l'Assemblée à l'occasion de la pension dont il jouissait comme maréchal de France. Il était alors à Lausanne, malade de ses blessures; son hôtel, à Paris, avait été dévasté à la suite du duel de son fils avec Lameth : ces raisons semblaient motiver son absence. Malouetmonta à la tribune pour défendre son ancien ministre, mais sa voix ne fut pas entendue {Moniteur du 3 mars n° 62) : le maréchal de Castries fut considéré comme émigré; il ne devait pas revoir la France.

Quelques années plus tard il retrouva un ministère dans l'exil ; ministre de Louis XVIII pendant l'émigration, Malouet eut alors avec lui de nouveaux rapports, comme on l'a vu dans la dernière partie de ses Mémoires.

Le maréchal de Castries mourut à Wolfenbuttel le H janvier 1800, et fut enterré à Brunswick. Par un de ces rapprochements que présentent les temps agités parles révolutions, il avait reçu une noble hospitalité du duc Charles de Bruns-

vvick, de ce même prince qu'il avait eu pour adversaire à Clostercamp.

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