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la sanlé de Guibert'qui nie déplaisent beaucoup; l'opiniâtreté de sa lièvre et de celle de sa iille doit le rendre malheureux ; je lui ai écrit dernièrement; parlez-lui de moi.
Les deux lettres que j'ai de vous sont l'une du 23 et l'autre du 2o octobre; j'entends dire que depuis il s'est passé de grands événements. On parle d'une manière inquiétante de la santé de M. de Maurepas2; on dit que M. de Nivernais3 est entré au conseil; vous savez que j'ai toujours cru que ce serait la personne que M. de Maurepas proposerait au roi; indépendamment de l'amitié qui les lie, il y a une grande analogie, ce me semble, dans leur caractère; vous me direz, je le sais bien, que celui que vous aimez vaut mieux, et je suis de votre avis.
Vous ne me dites pas un mot de ce qui serait le sujet de notre conversation si nous étions à Paris. Parlez-moi de M. de Fleury4, de cet armement de Brest, de l'armée de l'Amérique septentrionale, de M. de Grasse, de la paix, etc., etc. J'ai reçu plusieurs lettres; on nous dit que si nous ne nous dépéchons pas de prendre Mahon, la paix ne nous en laissera pas le temps. Je crois cependant qu'elle ne sera pas laite cet hiver, et je vous ai dit que l'ingénieur en chef et le commandant d'artillerie assurent que cinq ou six jours du l'eu de nos bat-
1. Le comte de Guibert, l'auteur, fort prôné à cette époque, de la Tactique et du Connétable de Bourbon; né en 17 43, reçu à l'Académie française en 1785, maréchal de camp en 1 788, il mourut en 1790, de chagrin, dit-on, de n'avoir pu se faire élire député aux États-Généraux. M. de Guiherl est moin* connu aujourd'hui à ces divers titres que par les lettres de Mlle de Lespinasse. (Voy. t. I«, p. 220.)
2. M. de Maurepas était mort le 21 novembre 1781. Nous avons parlé de lui dans une note de la page 63, t. Ier.
3. Poëte aimable, écrivain facile, Louis-Jules Barbon Mancini-Mazarini, duc de Nivernais, avait paru appelé à la succession ministérielle de Maurepas ; il n'entra cependant au Conseil qu'eu 1787 et en sortit au mois de juillet 1789. — Dénoncé à la commune de Paris en 1793 et jeté en prison, il fut sauvé par le 9 thermidor. 11 mourut en 17 98. — L'infortuné duc de Hrissac, massacré à Versailles en 1792, était son gendre.
4. Jean-François Joly de Fleury avait remplacé Neckcr comme contrôleur général le 19 mai 1781, et garda cette position jusqu'au 1er avril 1783. Le cardinal de ltohan l'avait désigné au choix de M. de Maurepas. (Voy. t. Ier, p. 20G, et l' Appendice : Les successeurs de Turgot.)
teries suffiront pour faire taire celui de la place; après quoi vous voyez que nous aurons lait une grande partie de la besogne; vous croirez de cette rapidité ce que vous voudrez, mais d'ici à six semaines nous saurons à quoi nous en tenir sur l'effet du feu de nos batteries, si l'on n'est pas contrarié par la mer plus qu'on ne doit naturellement s'y attendre.
Voilà donc enfin M. Malouet placé à Toulon1; je suis persuadé qu'il y trouvera plus d'agréments qu'il ne s'en promet, et je suis toujours convaincu qu'il vaut autant pour sa fortune, et beaucoup plus pour sa tranquillité, qu'il soit à Toulon qu'à Brest. Les Bretons ont une inflexibilité de caractère que n'ont pas les Provençaux, qui seront d'ailleurs plus sensibles aux qualités aimables de notre ami. Je vais lui écrire; dites mille choses pour moi au chevalier Jerningham 2, qui m'a écrit une charmante lettre; je lui écrirai dans quelques jours ; il part aujourd'hui un bâtiment et j'en profite pour vous.
Adieu, mon cher et tendre ami, mes respects à madame de Bouillon ; on ne peut lui être plus attaché que moi.
Au camp près Mahon,ce 26 décembre 17 81.
Je tâcherai de vous envoyer par une'occasion sûre un
petit croquis qui vous fera connaître l'emplacement, l'objet, la force et la distance de nos batteries.
Je n'ai pas reçu de lettres de notre ami Malouet depuis deux mois; il y en a près de trois que je suis ici, et je n'ai eu qu'un mot de lui. J'en serais fort inquiet si vous ne me disiez pas, dans votre lettre du 1 4, que vous venez de lui écrire. Je l'aurais été plus encore, mon cher ami, si je vous avais su malade; mais ma femme me mande dans une lettre du 1 5 que vous
1. Malouet avait été nommé intendant delà marine à Toulon le 17 novembre 1781. (T. Ier, p. 200.)
2. Le clievalier de Jerningham, Anglais d'origine, était au service de France et devint maréchal de camp le 20 mai 178 4. Il était neveu de l'écrivain anglais de ce nom.
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partez pour la Chevrette, et que votre vie active n'a été interrompue que pendant quatre jours. Votre santé est si parfaite et si inaltérable de coutume que je suis persuadé: que ces quatre jours vous auront extrêmement contrarié. Vous pourriez, comme le duc de Bragance, vous croire attaqué d'une maladie de langueur, si vous étiez quatre jours retenu dans votre chambre'.
Conservez, cher ami, cette santé si florissante; elle est nécessaire à votre bonheur et à ma tranquillité.
J'écris toujours à ma femme que je crois à une paix trèsprochaine, et c'est en vérité mon opinion; l'échec de Gilbraltar ne fait que la fortifier2.
Adieu, mon tendre et excellent ami; personne ne vous aime plus que moi, et tout ce que vous aimez est placé dans
1. C'était en effet un voyageur infatigable que don Juan de Bragance, duc de Lafol'ns. Éloigné du Portugal pendant vingt ans par la politique ombrageuse de son cousin Joseph Ier, il commanda brillamment, pendant la guerre de Sept ans, un corps de l'armée de Marie-Thérèse. Après la paix de 17(i3, il parcourut l'Europe et une partie de l'Asie. Frédéric, le recevant àPostdam, lui adressa ce compliment : a C'est par mes grenadiers, monsieur le duc, que je vous connais; ils n'ont jamais eu devant eux d'homme plus intrépide ni aussi généreux que vous. » Les lettres qu'il adressait au comte de Crillon et qui témoignent de l'amitié qui les unissait, seraient aujourd'hui pour l'histoire des documents intéressants, et que nous aimerions à voir publier. — Trèsbien accueilli en France en 17 T 8, Mme du Deffand, toujours un peu déliante à l'égard des nouveaux venus, avait été gagnée par sa vivacité brillante. « Il me lit tant de politesses, écrit-elle à Walpole, et je le trouvai de si facile conversation, que j'ai accepté très-volontiers l'honneur qu'il voulait me faire ; il viendra ce soir chez moi. » (Corresp. Ed. Lescure, II, G31.) Quelques traits empruntés à une lettre de son ami le comte de Crillon achèveront de peindre ce prince à la fois simple et brillant, chevaleresque et philosophe : ■ Le duc de Bragance a près de soixante ans ; je n'ai jamais vu d'homme de trente aussi animé, aussi vif. Sa conversation est inépuisable. Il ne parle que de ce qu'il connaît le mieux et de ce qu'il aime le plus, la vertu, la gloire, la heauté, la poésie, la musique : si vousl'écoutiez, il vous enchanlerail. Quelques traits de sa vie sufliraient pour vous le faire aimer. » (Carat, Mémoires sur SitarJ. Il, L. 5.) Bappelé dans sa patrie au commencement du règne de dona Maria (17 75), le duc de Bragance mourut en 180G; il était né en 1719.
2. L'escadre espagnole de don Cordova, en se séparant de l'escadre française, commandée par M. de Gûichen, venait de permettre à la flotte anglaise de ravitailler la place de Gibraltar. (Septembre 1781.)
mon cœur; dites-le bien à la personne à qui je pense en vous l'écrivant; assurez-la aussi de mon respect1.
Vous me demandez si nous vivons en bonne intelligence avec les Espagnols; oui, et il n'y a pas lieu à ce qu'elle cesse; notre service est absolument séparé; nous sommes chargés de la gauche du port : il est entre nous et les Espagnols.
Depuis six semaines nous avons un temps qui serait trouvé superbe à Paris au mois de juin...
Paris, ce 19 juin 1783.
Il me tarde bien, mon cher ami, de vous savoir arrivé à Spa, et surtout d'apprendre que les eaux vous font du bien; je ne doute pas que vous ne vous en trouviez à merveille. C'est moins sur les eaux que sur la dissipation du voyage et le changement d'air que je compte. Revenez-nous, mon cher ami, avec cette santé que j'aurais enviée à tout autre et cette gaieté qui vous rend heureux vous et vos amis. J'ai causé ce matin avec un de vos gens; il m'a dit que vous seriez trois mois absent; cela me paraît bien long; cependant, comme je ne reviendrai moi-même à Paris que vers la fin d'août, je prendrai patience plus facilement. Nous y arriverons à peu près ensemble, et cette pensée me fait plaisir.
M. Malouet est arrivé de Toulon; je l'ai embrassé avec un plaisir extrême; son tils se porte bien; il a été dans les plus cruelles inquiétudes, il en a presque désespéré, il se rappelait tous ses malheurs'2; eniin le voilà sauvé, il l'a amené ici. Je ne puis vous dire combien je suis aise de le voir heureux par un sentiment qui l'a tant fait souffrir; nous avons déjà beaucoup parlé de vous; vous croyez bien que nous ne nous
1. La duchesse de Douillon. (Voy. la noie précédente de l'Appendice et le tome 1er, pages 200 et 201.)