LETTRE A MESMER
pratique du magnétisme. Avant de l'exposer telle que je la conçois, il faut revenir à la théorie du mouvement.
Nous avons reconnu un moteur unique et universel de toutes les parties constitutives de la matière ; nous l'avons recherché et suivi dans l'organisation animale, où il agit par les lois propres ù l'animalité. Nous le reconnaîtrons de même dans la matière brute, végétale et minérale, dans tous les corps solides et fluides : car on ne peut concevoir la formation des métaux, la fluidité de l'eau et de l'air, l'adhérence des corps compacts, sans une force motrice qui porte la sève dans les tuyaux capillaires des plantes, qui agite en tous sens les particules de l'eau et de l'air, qui comprime celles du marbre et du diamant, qui propage avec une rapidité effrayante celles du son et de la lumière; ainsi je pense que les corps jetés dans l'espace y nagent dans les tourbillons du fluide universel qui les pénètre, les modifie et leur donne, par le mouvement, les formes diverses et les propriétés qui les distinguent.
Ainsi cet agent par lequel j'existe n'est pas renfermé en moi comme dans une boîte; il tient à la chaîne des êtres, à l'espace et à l'infini, et il doit avoir une direction générale, indépendante des mouvements particuliers au corps qu'il modifie.
Dans cette hypothèse, une loi de cet agent doit être de suivre tous les conducteurs qu'on lui présente ou qu'il rencontre...
Suscepti blés sans doute de perfectionnement, vos expériences ne sauraient trop se propager; elles ne triompheront de la calomnie et de l'esprit de parti que le jour où, facilement livrées à tous les savants, elles pourront être vérifiées et constatées par eux-mêmes; car parmi vos élèves, il en est peut-être qui contribuent au discrédit de votre doctrine; s'ils ont cru acheter un secret semblable à celui de faire de l'or, ils sont moins disposés à apprécier les idées grandes et simples dont le résultat vous conduit à un nouveau moyen de guérir. Une autre considération me fait croire à la nécessité de vous rendre accessible, sans conditions, à tout homme honnête et éclairé (iui vient ù vous. L'exposition de votre doctrine ne peut être, comme celle de l'électricité, appuyée dans l'instant même par des expériences sans réplique; ainsi l'homme qui vous entend
conserve la liberté d'adopter ce qui ne se présente à lui que comme un système hypothétique. Cependant, plus il aura mis de prix à ce qu'il doit apprendre, moins il sera satisfait, si son esprit n'est déjà disposé à recevoir votre découverte par des connaissances et des réflexions préalables.
De là l'indifférence, le ridicule, le dénigrement. Le contraire arriverait si tous les bons esprits de l'Europe, à portée de vous entendre et de vous juger, concouraient par leur propre conviction à l'établissement de votre svstème...