Histoire de la Révolution, p. 30T
M. Thiers aurait pu céder aux mômes entraînements que liarnave; mais il aurait eu le courage de revenir sur ses pas, et peut-être eût-il dit comme Barnave : « J'ai dû vous paraître bien jeune1. »
Le mouvement de 1789 avait développé dans la société des lbrces qui se tournaient contre elle, faute d'une main capable de les contenir et de les diriger. C'étaient des éléments nouveaux avec lesquels il fallait compter. Mirabeau voulait s'en emparer et les mettre au service de la monarchie. « Les ministres, dit-il dans sa note du 14 octobre 1790, peuvent être pris parmi les Jacobins comme dans toute autre secte ; des Jacobins ministres ne seraient pas des ministres jacobins. » Le gouvernement représentatif était, dans la pensée de Mirabeau, le seul cadre dans lequel ces éléments pussent être combinés \ et le rôle qu'il entrevoyait pour lui-même, c'était d'être un des fondateurs de ce gouvernement. Ainsi M. Thiers, en y regardant de plus près, aurait pu reconnaître dans Mirabeau un de ses ancêtres politiques.
M. de Lamartine ne s'y est pas trompé; nous lisons dans son Étude sur Mirabeau : « 11 ne demandait à la Révolution que de transformer le régime du pouvoir absolu en royauté constitutionnelle et pondérée3. »
Avant M. de Lamartine, Mme de Staël avait dit : « Mirabeau voulait le gouvernement représentatif dans lequel les hommes de talent, étant toujours nécessaires, sont toujours considérés4. »
Le comte de Ségur : « Il (Mirabeau) voulait donner à la France une constitution à peu près semblable à celle de l'Angleterre5. »
Un autre contemporain, le duc de Lévis, en jugeait de même
1 . On trouvera p. 70 de ce volume le récit de la démarche et des aveux de Barnave, qui honorent son caractère.
2. La pensée de Mirabeau avait été développée dans plusieurs articles du Courrier de Provence, sur les rapports à établir entre l'Assemblée et les ministres : septembre et octobre 1789.