‹ Mémoires;Chapitre 125 sur 137 · Décade historique, VII, p · texte numérisé non relu

Décade historique, VII, p

lorsqu'il écrivait, à propos du plan de Mirabeau : « Celle heureuse innovation eût privé les factieux de leurs chefs, qui faisaient toute leur force. Mirabeau eût été l'un des ministres. Ce projet fut déjoué par ceux qui avaient le plus d'intérêt à le faire réussir. Le décret qui défendait à aucun membre de l'Assemblée d'occuper une place dans le ministère consomma la perte de la monarchie1. »

La plupart des historiens de la Révolution ont voulu prêter à l'Assemblée un rôle d'initiative et de direction, qu'elle n'eut jamais; son rôle fut de céder aux événements, et la conduite de Mirabeau s'explique par le jugement sévère qu'il portait sur cette Assemblée, si peu digne, disait-il, d'être constituante. Communiquer au pouvoir la force des idées nouvelles, c'était en même temps, à son point de vue, donner au Gouvernement des moyens d'action sur l'Assemblée, et à l'Assemblée des éléments de cohésion qui lui manquaient. Le plan de Mirabeau avait ces deux aspects, qui ne peuvent se disjoindre. Poulie réaliser, il se tournait en même temps du côté du pouvoir et du côté du parti libéral et monarchique de l'Assemblée. Dans ce parti, Malouet, lié d'amitié avec les ministres Necker et Montmorin, pouvait, mieux que personne, ouvrir à Mirabeau le double accès qu'il cherchait, et ce fut à lui qu'il s'adressa. Tel est le sens de la démarche de Mirabeau. M. Thiers, en lui retirant son initiative, a interverti les situations : dans cette donnée, toute de fantaisie, là pensée de Mirabeau disparaît, son rôle s'efface , et l'on comprend que M. Thiers ait écrit: « Mirabeau n'était pas plus avancé en fait de science politique que l'Assemblée elle-même. » (P. 141.) En réalité, Mirabeau avait cette intuition qui fait les hommes d'État; il dominait la cour, le ministère et l'Assemblée.

Quant au rôle de Malouet, nous avons le droit et le devoir d'affirmer qu'il a été dénaturé.

Malouet n'était pas lié avec Mirabeau, comme l'avance M. Thiers, sans indiquer où il a puisé ce renseignement. Malouet nous dit au contraire qu'il ne connaissait pas Mirabeau, qu'il l'évitait et qu'il fut très-étonné de s'en voir recherché2.

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