Ibid., p
« Tous ceux qui ont cru que je n'ai connu le comlcdc Mirabeau que pour l'acheter au parti de la cour, et n'ont voulu voir dans mes relations avec lui qu'une intrigue, se sont trompés; la date de ces rapports remonte à deux années avant la Révolution... D'accord avec lui dès la réunion des trois ordres aux États-Généraux, nous n'avons l'un et l'autre entrevu rien de mieux pour la France qu'un gouvernement monarchique constitutionnel. De tous les rois, Louis XVI était le plus propre à résoudre le problème... Il croyait le gouvernement constitutionnel plus convenable, et il le désirait; et, je puis le dire avec autant de certitude que de conviction, la reine partageait à cet égard les opinions et les penchants de Louis XVI : les matériaux qui sont dans mon portefeuille rendent ces assertions incontestables1. »
Ces matériaux, ce portefeuille, le comte de la Marck les avait légués à M. de Bacourt, dont la bienveillance nous a laissé un souvenir reconnaissant qui doit trouver place ici. C'est à lui que nous devons la communication des manuscrits du comte de la Marck. Ces manuscrits et ceux de Malouel, rapprochés et confrontés par nous avec le soin le plus minutieux, présentent un accord parfait2.
Ces documents, comme le recueil de correspondance que nous avons déjà cité, nous apprennent que la communauté d'idées politiques, qui fut le principe des rapports établis entre la Marck et Mirabeau, les avait rapprochés l'un et l'autre de Malouet. Dans le même recueil on suit jour par jour les relations de Mirabeau avec les ministres et avec la cour.
Après le départ de Necker, au mois de septembre 1790, on voit Montmorin modiiier ses idées dans des communications de jour en jour plus fréquentes avec Mirabeau; il regrette de ne pas l'avoir accueilli lorsque 3Ialouet s'était rendu son in-
1. Correspondance entre Mirabeau et la Marck, I, p. 6, 7 el 95.
2. 11 est facile de s'en assurer en lisant V Introduction du recueil publié par M. de Bacourt (t. 1er, p. 91 à 2G0). Celte introduction reproduit une partir des noies du comte de la Marck. On y TOlt la suite des relations de Miralicau avec les ministres elle développement de ses idées depuis les Ktats-Cénérau\. C'est en 18G4 que M. de Dacourt a bien voulu nous Taire celle communication. 11 est morl l'année suivante.
ait
termédiaire1 ; bientôt il n'agit plus que par ses inspirations Mirabeau multiplie ses notes pour la cour; son génie y paraît a chaque page. Le 26 janvier 1791, le comte de la Marck écri au comte de Mercy : « Notre unique ressort est M. de Montm rin , c'est-à-dire l'homme le plus faible que je connaisse. Il est à présent à côté de M. de Mirabeau; mais entre ces de hommes il reste un vide qui n'est rempli par personne :
Dans la pensée de la Marck, c'est parmi ses amis politiques que devait se rencontrer l'homme qui remplirait ce vide.
Mirabeau, sûr enfin de la majorité depuis son élection à présidence de l'Assemblée, le 29 janvier, se proposait de î faire un noyau d'opinion monarchique, et « de mettre u terme aux crimes et aux folies de la Révolution3. » Ce jour-1 il s'était opéré dans l'Assemblée un mouvement d'opinion q put faire illusion sur l'état des esprits. Malouet nous en ap prend le détail. L'impulsion venait de Mirabeau; un rôle nouveau commençait pour lui : le grand orateur se montrait homme d'État. « Il était arrivé, nous dit Malouet, au moment où, sans compromettre sa popularité, il pouvait la rendre utile à la chose publique. C'est de sa présidence, c'est-à-dire six semaines avant sa mort, que date la haute considération de M. de Mirabeau. » (Page 22.) C'est à ce moment qu'il put dire, sentant la vie lui échapper : « Il me fallait encore de ans pour expier l'immoralité de ma jeunesse 4. »
Ceux qui ont lu les pages auxquelles sont empruntées les ci tations qui précèdent, connaissent le sentiment de Malouet sur son célèbre contemporain. Ce sentiment est résumé dans un mot que ne désavouerait ni Saint-Simon ni Tacite : « Sa mort fut, comme sa vie, un malheur public5. »
Pendant sa présidence, le 9 février, Mirabeau avait reçu de Montmorin l'avis suivant : « Je crois que vous feriez bien de fixer avec Malouet le jour du rendez-vous; il peut être utile
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