‹ Mémoires;Chapitre 21 sur 137 · LES MURAS · texte numérisé non relu

LES MURAS

rai fut ce qu'elle pouvait être dans un temps où la guerre exigeait beaucoup. Les impôts de guerre lurent continués; le premier vingtième; le dixième, accru des deux sols pour livre, centimes additionnels du temps; le vingtième militaire; le dixième prolongé : telles furent les mesures contenues dans les trois édits bursaux du 5 juillet 1756. Les parlements protestèrent; la cour des aides lit des remontrances par l'organe de Mali dierbes, et le roi répondit à cette opposition parle lit de justice du 14 décembre 1756, et parla suppression de deux chambres des enquêtes et de soixante charges de judicature. Ces mesures étaient|un avant-coureur du coup d'Etat Maupeou, et s il faut en croire IJarbier, M. de Moras n'y aurait pas été étranger. (VI, 403.)

L'attentat de Damions suspendit bientôt ces querelles (5 jan- \ ici 1757), et amena la chute du comte d'Argenson, ministre de la guerre, et du ministre de la marine Machault; c'est à ce dernier que Moras succéda. (1er février 1757.) Le fardeau d'un double ministère était au-dessus de ses forces, et le 25 août suivant il céda le contrôle à M. de Houllongne.

Les quinze mois pendant lesquels M. de Moras administra exclusivement la marine ne furent marqués que par un défaut de résultats militaires, mais qui mécontenta l'opinion presque autant que des revers. Le souvenir de la victoire de la lialssonnièie et de la prise deMahon, qui l'année précédente avaient illustré les derniers moments du ministère de Machault, occupait encore les esprits, et les funestes revers de Louisbourg et de Lagos, qui suivirent la retraite de M. de Moras, lui fuient rétroactivement imputés. Moins ferme que son prédécesseur, son tort le plus grave avait été de laisser grandir cet esprit d'insubordination qui allait êtresi funeste à nos escadres. Le 20 mai 1058, il fut remplacé par le marquis de Massiac. La retraite de M. de Moras fut volontaire, etle roi le nomma président à vie du Conseil, fonctions supprimées depuis vingt ans. Cette nomination, qui d'une commission temporaire faisait un ollice viager, fut mal accueillie du grand Conseil et des parlements; par un refus désintéressé, M. de Moras mit tin à des difficultés qui n'auraient pas manqué de compromettre l'autorité royale.

Retiré désormais des affaires publiques, M. de Moras ne reparaît plus qu'une fois dans l'histoire de son temps, il avait adopté la fille aînée de sa sœur, la comtesse de Merle, et le 27 juin 1768, il lui donna un mari de son choix, Pierre-Gilbert de Voisins, petit-fils du célèbre avocat général de ce nom, qui lui-même allait bientôt se rendre populaire par sa résistance au coup d'État Maupeou. M. de Moras s'associa ouvertement à cette résistance1. Peu de temps après, il mourut à Paris à l'âge de cinquante-deux ans, dans son hôtel de la rue du Regard (3 mai 1771) 2. Sa fortune passa presque tout entière à son neveu, Gilbert de Voisins, « ce jeune magistrat qui, à « la suite du Parlement, a eu le courage de sacrifier les cent « mille francs que lui rapportait sa charge de greffier en chef. « Tout le monde applaudit, ajoute le môme chroniqueur, aux « dispositions de M. de Moras. »• [Journal historique du coup d'État, etc., 1,307.)

La comtesse de Merle n'y applaudit pas, et elle attaqua le testament de son frère. Ce procès, qu'elle perdit, donna naissance à de nombreux mémoires judiciaires, où nous trouvons les deux portraits suivants de l'ancien contrôleur général ; voici celui tracé pour le compte de sa veuve :

« A un amour sincère pour la vérité il joignait unepro-

« bité inaltérable; ses principes étaient sûrs, parce qu'ils « étaient approfondis, et il ne s'en écartait jamais. Il opposait « une invincible résistance à tout ce qui l'aurait détourné des « voies de la justice. Il consultait volontiers; mais il se déter- « minait toujours par lui-même. Il ne prenait point de résout lution sans y avoir beaucoup réfléchi; mais quand il en avait « formé, *il y tenait avec fermeté, et s'y fortifiait à mesure « qu'on voulait la combattre. Il n'était personne au monde à « qui il eût fait le sacrifice de sa volonté, de ses sentiments « ou de ses principes. »

L'avocat de Mme de Merle peignait M. de Moras sous des traits bien différents :

1. Journal Itislor. de la révolution opérée par M. de Maupeou, 23 janvlei

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