‹ Mémoires;Chapitre 25 sur 137 · LE COMTE DE MERLE · texte numérisé non relu

LE COMTE DE MERLE

du cloître. Treize années s'étaient écoulées depuis la pénible aventure qui avait marqué le début de sa vie, lorsque, dans cette demi-retraite, elle connut le comte de Merle1. C'était un jeune lieutenant au régiment de Conli, qui s'était distingué dans la glorieuse campagne de 1744. Sans être beaucoup plus riche que M. de Courbon, il était d'aussi bonne maison, et joignait à cet avantage le mérite de ses vingt-six ans. Le mariage eut lieu le 17 lévrier 17502, sans aucun éclat; il fallait éviter d'éveiller d'anciens souvenirs; et ce n'était pas d'ailleurs l'union que MM. de Moras auraient désirée pour leur sœur. Sans être la riche héritière d'autrefois, puisque la volonté de sa mère l'avait réduite à la seule succession paternelle, Mlle de Moras était encore un parti considérable : à cette époque, son frère aîné était déjà pourvu de l'intendance d'Auvergne, et le beau-père de celui-ci, Moreau de Séchelles, était au seuil du contrôle général, où il entra le 20 juillet 1754. Ce fut la jeune Mme de Moras, née Moreau de Séchellcs, qui présenta sa belle-sœur à la cour, le 28 août

Si l'on était curieux desavoir ce que, dans cette conjoncture assez délicate, on put se rappeler de l'aventure de 1737, nous l'enverrions aux Mémoires du duc de Luynes, d'après lesquels on ne parla de Mlle de Moras que pour en dire « beaucoup de bien 4. » L'auteur s'abstient de toute rétlexion; le lecteur, qui cherche un portrait, trouve ce simple croquis : « Mme de Merle est fort grasse; sa ligure est plutôt bien que mal;

1. Charles-Louis, comte de Merle-Beauchamp, chevalier non profès de l'ordre de Jérusalem, lils de Louis-François-Gahricl de Merle, chevalier, marquis de lieauchanip, cl de Marguerite de Clemens, de Gravclon. Sa famille, originaire du Beaujolais el fixée à Avignon depuis le quatorzième siècle, avait donné un grand nombre de chevaliers ;i l'ordre de Malte. Barbier parle du comte de Merle comme appartenant à la maison de ChoUcuL Nos recherches n'ont puéelaircir ce point, qui nous paraît douteux, nonobstant l'intimité qui exista entre M. de Merle et le célèbre minisire. (Voir les lettres de Mine du Deffand.)

g. Registre des mariages de la paroisse Saint-Sulpice.

:i. Mémoires de Luynes, XVI, i 52, et Mémoires pour Mme de Moras, coll. Chanlairc.

il y a des gens qui prétendent qu'elle a quelque air de Mme Intante, duchesse de Parme1. »

Quant au comte de Merle, sa fortune avait suivi l'ascension de celle de son beau-frère M. de Moras. Au mois de juin 1756, il avait reçu l'agrément du roi pour une charge de cornette dans la première compagnie des mousquetaires. Au mois d'août suivant, il fut nommé à l'ambassade de Portugal, en remplacement du comte de Baschi, cousin de Mme de Pompadour2. Nous avons dit (p. 6) que ce fut seulement trois ans plus tard, à la tin du mois de janvier 1759, qu'il se mit en route pour Lisbonne. L'ouverture des hostilités en Allemagne, le peu d'activité des relations diplomatiques avec le Portugal, furent sans doute les causes de ce long retard, auquel mirent fin l'attentat commis contre le roi Joseph, et la nécessité de surveiller de plus près la politique de l'Angleterre dans ce pays. Sans revenir ici sur tout ce qui se rattache à la conspiration d'Aveiro, à l'expulsion des Jésuites et du nonce Acciajuoli, deux objets très-importants occupèrent particulièrement le comte de Merle pendant la durée de son ambassade. D'abord la réparation exigée de la cour de Lisbonne, pour la capture de deux vaisseaux français dans les eaux du Portugal, à la suite du combat de Lagos3; en second lieu, la question de préséance soulevée par lord Kinnoul, que l'Angleterre crut devoir accréditer en qualité d'ambassadeur extraordinaire pour suivre la négociation de cette affaire (p. 14). On a dit ailleurs la solution que reçurent ces deux importantes questions (p. 15). Mais il en était résulté plus d'un froissement, qu'avait envenimé la part prise par l'ambassadeur aux démêlés avec le nonce. Telle fut la cause du rappel de M. de Merle, qui prit congé de la cour de Portugal le 23 août

Dès lors, nous ne le voyons plus paraître sur la scène poli-

t. Mémoires de Luynes, XVI, 152.

2. François de Baschi, comte de Baschi Saint-Estève, né lei) juillet 1710, ambassadeur en Portugal de 1753 à 175(5, et ensuite à Venise, cordon bleu en 1757. Il avait épousé Charlotte-Victoire Le Normand, cousine par alliance de Mme de Pompadour.

3. Voir ci-après les dépêches de lord Chatham à lord Kinnoul.

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