Voir le Précis historique delà conspiration
de vraisemblance l'opinion historique qui attribue à un sentiment d'honneur outragé, autant qu'à l'orgueil aristocratique ulcéré, le complot ourdi par les Tavora contre le ministre des plaisirs du roi, et peut-être contre le roi lui-même. Cette hypothèse est la seule qui explique politiquement pourquoi le gouvernement portugais épaissit à dessein les ténèbres sur toute cette affaire, substituant ainsi des affirmations suspectes à des preuves qui eussent été péremptoires. Telle était l'appréciation du comte de Merle: « J'ai eu avec le comte d'Oeyras, écrivait-il au duc de Choiseul, une longue conférence sur ce malheureux attentat, et il n'est pas concevable que des raisons aussi frivoles que celles qu'il m'a données aient porté les chefs de la conspiration à une action si noire1. » Peut-être eût-on trouvé plus de poids dans ces explications données par un contemporain : <c Un autre motif dont on a beaucoup parlé, et qui est fondé sur un fait très-vrai, mais qui n'a pu trouver place dans les écrits que la cour a publiés, c'est le commerce galant entre le roi et la jeune marquise de Tavora, belle-fille de la méchante femme qui était le véritable chef et l'âme de la conjuration. Ce fut cette vieille marquise qui, sous prétexte de venger l'affront fait à la famille, y engagea le marquis son lils aîné, etc\ » Le secret de la procédure, ou plutôt l'absence de toute procédure, eut sans doute des avantages aux yeux de Pombal; mais nous sommes en droit de penser que l'on y trouva une occasion trop séduisante de perdre tous ceux dont il plut au ministre de faire des ennemis de l'État.
S'il faut en croire l'auteur du Précis historique, le roi aurait connu ses assassins longtemps avant qu'il eût ordonné leur arrestation et leur jugement. Que l'on admette cette assertion ou qu'on la rejette, à considérer l'intervalle de temps qui sépare l'attentat non pas seulement de la sentence et de l'exécution (12 et 13 janvier 1759), mais du manifeste royal qui lit connaître les circonstances du crime, le calcul est évident. Quel pouvait en être, quel en dut être l'objet? En étudiant la correspondance diplomatique entre le comte de Merle et le