Précis historique de la conspiration
duc de Choiseul, il est difficile de ne pas s'arrêter à cette idée, <|ue le désir d'impliquer les Jésuites dans cette accusation fut le principal mobile de la conduite du gouvernement. Comment nier, en effet, les attaques persistantes auxquelles ils étaient en butte à la cour de Madrid comme à celle de Lisbonne, depuis leur opposition au traité d'échange du 13 janvier 1750? La perte de tous leurs emplois de cour en 1757, leur expulsion violente du palais de Jtelem (19 septembre), l'interdiction de prêcher (7 janvier 1758), la réformation de leur ordre, réclamée dans la même année du pape Benoît XIV, et rigoureusement exécutée par le cardinal Saldanha, prouvent assez que pour eux le temps de la puissance avait fait place à celui des épreuves, et bientôt de la persécution.
Tel était l'état des choses, lorsque se répandit le bruit de l'attentat du 3 septembre. Quelle fut alors la conduite du gouvernement portugais? Le 13 décembre, jour de l'arrestation du duc d'Aveiro et des Tavora, les maisons que les Jésuites possédaient à Lisbonne étaient entourées de gardes et minutieusement fouillées. Cependant l'opinion publique leur fut d'abord favorable1; elle sembla, quelques jours après, se modifier2, pour redevenir presque aussitôt sympathique; et après le jugement du 12 janvier 1759, qui, sans confrontation, sans interrogatoire, affirma la complicité des Jésuites par une sotte de présomption légale, le duc de Choiseul, plus confiant dans l'équité royale que difficile sur les preuves juridiques, écrivait : « Nous avons trop bonne opinion dans l'équité du roi « de Portugal pour ne pas supposer qu'on a eu des preuves cer- « taincs des excès dont on accuse les Jésuites, et qui ont amené « le jugement qui a été rendu contre eux; il n'est pas raison- « nable qu'on ait voulu les rendre responsables, à Lisbonne, « dejjiuaximes erronées ou séditieuses répandues dans les livres « imprimés il y a cent cinquante ans par quelques-uns de leurs « confrères3. » — 11 n'est pas inutile, pour apprécier la valeur historique de ces diverses influences ou de ces appréciations