‹ Mémoires;Chapitre 37 sur 137 · M. R. 11AY A M. P1TT · texte numérisé non relu

M. R. 11AY A M. P1TT

Lisbonne, 13 septembre l*.r)8.

Monsieur,

J'ai l'honneur de vous informer que, le 31 du mois d'août, est arrivé ici un courrier porteur de la triste nouvelle de la mort de la reine d'Espagne. Leurs Majestés Très-Fidèles se sont en conséquence retirées pour huit> jours dans leurs appartements, et la Cour a reçu l'ordre de prendre le deuil pour quatre mois, dont deux seront portés en grand deuil et six semaines en demi-deuil. Mais l'exécution de ces ordres vient d'être interrompue par une indisposition de Sa Majesté Très- Fidèle : c'est en effet ici un usage de cour de se revêtir d'habits de gala lorsqu'un membre de la famille royale est saigné. M'étant aussitôt rendu au Palais pour prendre des nouvelles de la santé du roi, j'y appris que, dans la nuit de dimanche, 3 du courant, ce prince, traversant une galerie qui conduisait à l'appartement de la reine, avait eu le malheur de faire une chute dans laquelle il s'était cassé le bras droit. Depuis il a été saigné huit fois, et comme Sa Majesté est fort grasse et replète [a fat bulkij man), les médecins, pour prévenir la fixation des humeurs, lui ont prescrit de ne faire aucun usage du bras luxé et de s'abstenir de toute affaire pendant quelque temps. Dans ces circonstances. Sa Majesté, tant en raison de la juste confiance qu'elle place en sa royale compagne que des soins paternels qu'elle donne à la prospérité de ses sujets

CONSPIRATION D'AVEIRO. 3fo

ei de sa volonté de ne pas entraver l'expédition dès affaires publiques, a remis à la reine le gouvernement de ce royaume pour tout le temps que durerait son indisposition. J'apprends que la reine donnera audience publique le mardi 19 de ce mois. Cependant les ministres étrangers n'ont pas reçu notification de la régence de la reine.

(Ce qui suit est en chiffres.)

Le rapport que j'ai eu l'honneur de vous faire sur l'indisposition du roi de Portugal n'est que l'expression du récit qui m'en a été fait à la cour; mais voici la vérité :

Le 3 de ce mois, dans la nuit du dimanche, le roi était sorti avec un domestique de confiance pour aller voir sa maîtresse. D'ordinaire deux chaises sont employées pour ces sortes d'excursions, l'une pour le roi, l'autre, qui suit la première, pour son domestique; mais par malheur cette fois tous deux se trouvaient dans la même. Trois hommes à cheval et masqués, postés sur le passage du roi, laissèrent passer le premier équipage, et, attaquant le second seulement, firent feu, l'un sur le postillon et les deux autres sur la chaise. Le roi fut blessé au bras droit, et même quelques personnes disent au côté gauche, mais non dangereusement. Quant au domestique, il est très-grièvement atteint, et le postillon mortellement. On pense que l'attaque était dirigée contre le serviteur et non contre le maître. Quoi qu'il en soit, la cour est dans le plus grand émoi, et l'on s'efforce d'y garder le silence sur cet événement; mais partout ailleurs on en parle publiquement et même sans beaucoup de prudence. Dans quelle situation en effet se trouverait ce malheureux pays si le roi eût été tué1 !

J'ai l'honneur d'être, etc....

Edward Hay.

1 (Traduit de l'anglais : Correspondance of William Pilt, Earl of Chatkam, ediledby W. Stanhope Tmjlor, Londres, J. Murray, 1834; et encore : lord Manon. Ilistory of Engtand, IV, Append., 387.)

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