M. PITT A M. 1IAY
l'ordre de transmettre en Angleterre, sans désemparer, un récit exact de cet événement. Enfin vous assurerez le comte d'Oeyras et les autres ministres que Sa Majesté ne cessera jamais de donner au roi de Portugal toutes les preuves de sincère amitié qui sont en son pouvoir, et que tel est l'intérêt qu'elle porte à tout ce qui touche à l'honneur et à la dignité de Sa Majesté Très-Fidèle, qu'elle espère bien, en bon et affectionné allié, prévenir toute espèce de plainte de cette nature de la part de la cour de Lisbonne.
Au cas où il y aurait eu de notre part violation évidente de territoire, vous aurez grand soin de vous prévaloir de toutes les circonstances atténuantes qui pourront calmer l'impression lâcheuse que la première nouvelle d'une insulte faite aux côtes de Portugal a pu causer. Sans justifier en rien ce que condamnent toutes les nations civilisées, vous ne négligerez rien cependant pour atteindre le même but, en insinuant dans tous vos discours avec quelle indulgence de semblables questions doivent être traitées entre deux cours si bien disposées l'une pour l'autre et dont les intérêts sont si indissolublement unis. Parmi les arguments que vous devez placer en première ligne comme éléments d'atténuation sont les suivants : D'abord, qu'il est de toute évidence qu'aucune intention d'insulte n'a pu exister de notre part, puisque le combat a commencé à une grande distance des côtes de Portugal ; ensuite que, si à la vérité l'ardeur de la poursuite a pu malencontreusement emporter un des comrnandants à s'approcher un peu plus près d'une rive amie qu'il ne l'aurait l'ait dans des circonstances où le sang-froid lui eût laissé la perception exacte des distances, on peut trouver là cependant un motif suffisant d'excuse, sinon de complète justification ; enfin, considérant particulièrement le cas actuel, qu'on ne peut pas ne pas tenir compte des sentiments qui devaient animer le zèle et l'ardeur des commandants de la flotte de Sa Majesté, lesquels, dans cette rencontre, n'avaient pas seulement devant eux une flotte rassemblée pour une expédition navale ordinaire, mais des vaisseaux qui, s'ils eussent échappé à notre poursuite, allaient servir d'auxiliaires à l'invasion de ce royaume et y porter la guerre et la dévastation.
C'est avec une grande impatience que le roi attendra de voi des renseignements sur ce sujet, qui l'intéresse vivement; Sa Majesté n'ayant rien plus à cœur que de donner au roi de Portugal toutes les satisfactions compatibles avec l'honneur, et qu'une puissance peut désirer d'une puissance amie sur un incident aussi imprévu que dénué de toute intention blessante.
Je suis, etc....
W. PlTT.
P. S. Bien que ces mots : Toutes les satisfactions compatibles avec l'honneur indiquent suffisamment qu'il est certaines choses sur lesquelles ne peuvent porter aucunes négociations, j'ai pensé qu'il n'était pas hors de propos, en vue de la conduite que vous aurez à tenir, de vous mander trèsexpressément qu'il ne saurait être question d'aucune mesure contre un grand amiral qui a si bien mérité de son pays ni contre aucun des officiers placés sous ses ordres, pas plus que de la restitution des vaisseaux capturés. Si même, dans les conférences que vous aurez avec les ministres de Portugal, il était fait quelques insinuations sur l'un quelconque de ces modes de satisfaction, vous aurez soin de parler de façon à fermer la porte à toute prétention de cette nature, tout en restant très-attentif à éviter dans la forme tout ce qui ressemblerait à une raideur propre à exciter les susceptibilités du roi de Portugal. Je dois enfin vous donner à entendre, et pour vous seulement, que, si le conflit actuel prenait de plus grandes proportions , le roi , dans son très-grand désir de donner au roi de Portugal une satisfaction publique et ostensible, ne s'opposerait pas dans de pareilles circonstances ù l'envoi d'un ambassadeur extraordinaire.
W. Put.