M. PITT AU COMTE DE KINNOUL
AMBASSADEUR û'ANG LE TERRE A LISBONNE
NV hit. 'hall, 30 mai 1760.
{Très -confidentielle.)
Milord ,
Les dépêches de Votre Excellence, en date du 14 et 16 courant, ont été immédiatement placées sous les yeux du roi. Mais une grave atteinte de goutte, qui depuis m'a continuellement tenu au lit et dont je ne suis pas encore remis, m'ayant, à mon grand regret, mis dans l'impuissance d'exécuter les ordres de Sa Majesté, relativement aux choses d'un si pressant intérêt qui ont fait le sujet des communications tirs-confidentielles échangées entre le comte d'Oeyras et Votre Excellence, je vous mande, de la part de Sa Majesté, de vouloir bien expliquer à ce ministre la cause de ce fâcheux retard, l'assurant en même temps des sentiments immuables de Sa Majesté pour la dignité et l'indépendance de la couronne de Portugal, la stabilité de son gouvernement et la prospérité de la nation portugaise.
Votre Excellence devra aussi lui exprimer combien Sa Majesté éprouve de consolation, dans les circonstances présentes, à voir que le mauvais état des affaires de la France donne l'assurance que, quels que soient les projets de cette nation aussi orgueilleuse qu'impuissante contre le Portugal, la Providence ne lui laissera pas les moyens de les mettre à exécution ; — que le roi a appris avec grande satisfaction « la parfaite entente » que le comte d'Oeyras a annoncé à Votre Excellence « exister entre les cours d'Espagne et de Portugal, « ainsi que la manière amicale dont se poursuivent les négo- « dations relatives au traité de Limites, grâce aux rapports « intimes qui existent entre les deux familles royales. » L'équité et la prudence naturelles à la politique espagnole ne
permettaient pas en effet de supposer que la cour de Madrid se laissât entraîner aux suggestions aussi dangereuses qu'injustement ambitieuses de la France, et qu'elle s'associât à la plus odieuse des violences en s'engageant dans une entreprise dont on ne pouvait prévoir la fin, et qu'elle livrât enfin au hasard des événements ses possessions italiennes, si peu assurées encore contre les vues ambitieuses et prochaines de l'Autriche;
— que le roi applaudit hautement à la dignité et à la fermeté du langage que Sa Majesté Très-Fidèle a fait entendre à la cour de Versailles, en réponse à la conduite inconvenante et presque factieuse de l'ambassadeur français, ainsi qu'aux paroles provoquantes du duc de Choiseul ; — mais qu'en même temps Sa Majesté pense que, dans de telles circonstances, il importe à la prudence et à la sagesse du roi de Portugal d'être prêt à tout événement, en mettant son armée sur le meilleur pied possible et en armant autant de vaisseaux que l'état présent de sa marine pouvait en comporter.
En réponse aux désirs confidentiellement et amicalement exprimés par le roi de Portugal, Sa Majesté charge Votre Excellence d'assurer le comte d'Oeyras, dans les termes les plus formels, que Sa Majesté Très-Fidèle peut compter sur le plus énergique et le plus effectif appui si les choses en viennent jamais aux dernières extrémités entre les cours de Lisbonne et de France; — que Sa Majesté, animée des sentiments les plus vifs d'amitié et d'affection pour le roi de Portugal, serait heureuse de pouvoir s'exprimer à ce sujet avec toute la précision désirable, -et particulièrement de déterminer jusqu'où ces secours pourront s'étendre {ces mots sont en français dans F original), si l'étendue et l'incertitude des opérations de la campagne prochaine ne lui défendaient de rien fixer en un sujet qui dépend si complètement des événements ultérieurs;
— mais que cependant Sa Majesté Très-Fidèle doit être convaincue que le roi considérera toujours la défense du royaume de Portugal, cet ancien et naturel allié de l'Angleterre, comme un des intérêts les plus chers et les plus pressants de sa couronne et de l'honneur de son peuple, et comme une chose qui ne le touche pas moins que le soin de la grandeur de la nation anglaise elle-même.