M. PITT AU COMTE DE KINNOUL
Votre Excellence veillera particulièrement à ce que la géîu'ialité des expressions précédentes ne passe pas dans l'esprit du comte d'Oeyras pour le moyen d'éluder une réponse plus catégorique; et pour qu'il en soit bien persuadé, vous pourrez lui dire que, s'agît-il de l'Irlande et d'une attaque la menaçant, il serait à peine possible en ce moment de fixer avec certitude l'importance des secours qui pourraient être envoyés dans ce royaume.
J'arrive maintenant à la demande très-inattendue de restitution des deux vaisseaux français capturés près de Lagos. Malgré la déclaration confidentielle et amicale du comte d'Oeyras : « qu'on ne s'attendait en ce point à aucune concession de noire part, » un tel débat ne pourrait engendrer que les difficultés et les inconvénients les plus grands. La réponse en effet qu'on nous demande devant être publique, il est à craindre (pie, quel qu'en soit le sens, nos ennemis et même les puissances neutres n'en fassent usage contre nous. En repoussant toute espèce de discussion à ce sujet, on peut tout au plus être accusé d'un peu de hauteur, tandis qu'en s'y prêtant, on nese mettrait pas seulement en contradiction avec la mission confiée à Votre Excellence, laquelle a eu pour but avoué d'éviter tout débat, mais on amènerait aussi ce résultat d'ouvrir la carrière à tout ce qu'il y a de plumes ennemies en Europe, et de leur donner matière à s'élever contre les prétentions maritimes de l'Angleterre, ce thème commun de l'envie et de la calomnie.
En présence de ce dilemme, il semble plus sage que Votre Excellence évite de s'engager dans toute espèce de controverse sur ce point, et s'efforce de mettre en évidence un fait capital, et qui mérite de fixer particulièrement l'attention, à savoir que le combat, commencé à une grande distance de Lagos et qui ne s'en est rapproché que par les hasards de la guerre, pour achever la destruction ou la capture des vaisseaux français, ne peut, d'après les principes du droit international, être considéré que comme une seule et même action. A cela Votre Excellence ajoutera que, nonobstant ces sérieuses raisons de douter, le roi, afin d'éviter toute espèce de conflit fâcheux avec la couronne de Portugal, et aussi par
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des motifs de considération et d'amitié particulières pour Sa Majesté Très-Fidèle , n'a pas hésité cependant à donner la preuve la plus éclatante de la sincérité et de l'énergie de son alliance avec le roi de Portugal, ainsi que des sentiments qui l'animent pour la gloire et l'honneur de sa couronne. En conséquence, Sa. Majesté est assurée qu'après d'aussi publiques marques de son bon vouloir, son bon frère et allié le roi de Portugal ne doutera jamais de l'équité de ses intentions envers la nation portugaise.
Le roi désire en outre que Votre Excellence accompagne cette réponse de toute la courtoisie et de toute la cordialité possibles, ainsi que des paroles les plus affectueuses et les plus conciliantes.
L'état de ma santé m'oblige à remettre à une autre fois d'entretenir Votre Excellence de l'important sujet de nos intérêts commerciaux avec le Portugal, et en particulier des compagnies privilégiées pour le transport des marchandises dans les colonies portugaises, dont vous me parlez dans votre dépêche du 1 4. — Aiin de mieux apprécier la nature et l'étendue de ces questions, je désire très-vivement que Votre Excellence m'adresse à ce sujet les informations les plus complètes et les plus détaillées.
Je suis, etc.
W. Pitt1.
LA. CAMPAGNE DE PORTUGAL EN 1762.— LE PRINCE DE BEAUVAU. — LE COMTE DE LA LIPPE.
(Tome Ier, page 13.)
Le Pacte de famille avait été signé le 15 août 1761 . La communauté d'origine des maisons de Bragance et de Bourbonet leur alliance actuelle2 semblaient inviter le Portugal à y ac-