CAMPAGNE DE PORTUGAL
céder; les cours de Versailles et de Madrid avaient fait des ouvertures à celle de Lisbonne, mais dans une forme presque comminatoire 1 : Ce fut pour Pombal un prétexte de les repousser. En l'ait, il était lié, ou plutôt inféodé à l'Angleterre, par des intérêts de politique et de commerce2. Par suite de ce refus, la guerre avait été déclarée entre l'Espagne et la France d'une part, et le Portugal soutenu par l'Angleterre de l'autre.
L'Angleterre avait fourni à ses alliés des subsides et un général, le comte de la Lippe Schauenbourg, à demi Anglais par sa mère, lille naturelle de Georges Ier. — Le comte de la Lippe était un de ces petits princes d'Allemagne plus connus dans XAlmanack de Gotha* que dans l'histoire; souverain par état, guerrier par tempérament, condottiere par occasion, rêvant le rôle d'un Maurice de Saxe, il ne cherchait qu'à échanger son obscurité contre une existence plus aventureuse et plus brillante, 11 avait commandé, dans la guerre du Hanovre, l'artillerie du duc de Brunswick; et le grand Frédéric venait de trouver en lui, pendant la guerre de Sept ans, un lieutenant habile et dévoué. Différent en cela de César, le comte de la Lippe aimait mieux être le second sur un plus grand théâtre que le premier dans ses États4.
Le prince de Beauvau (il ne fut maréchal que vingt ans plus lard) avait déjà une brillante carrière militaire; destiné depuis son enfance au métier des armes, colonel à vingt ans au service du roi Stanislas, la guerre de 1741 l'avait fait l'aide de camp du maréchal de Belle-Isle, à Prague. Il s'était fait remarquer successivement à Dettingen , sous les ordres du maréchal de Noailles; au passage de la Bormida, avec le
1. Correspondance seerôte de Louis XV, publiée par M. Boutaric; Mémoire sur la politique étrangère, t. 11, p. 193.