‹ Mémoires;Chapitre 5 sur 137 · BARNAVE. - LA CONSTITUTION FIN DE L'ASSEMBLÉE · texte numérisé non relu

BARNAVE. - LA CONSTITUTION FIN DE L'ASSEMBLÉE

Les séances de l'Assemblée, où j'assistais régulièrement, étaient pour moi d'un poids insupportable. Je n'a\ais pas moins à souffrir dans les comités dont j'étais membre : c'était une lutte ouverte et continuelle. Dans ma province quelques agitateurs s'étaient réunis pour demander ma destitution; de Toulon et de Marseille, je recevais, presque à tous les courriers, des injures et des menaces. M. de Montmorin, que je voyais plus fréquemment depuis lamort de Mirabeau, û'espérait plus rien et me disait sans cesse que nous serions tous massacrés. M. de Bouille ne m'écrivait plus; je craignais que ses lettres et les miennes fussent interceptées. J'ignorais ce qu'il faisait, ce qu'il pouvait, lorsque l'affaire de Nancy rétablit pour quelques instants dans F Assemblée une apparence d'union et de retour aux idées saines et aux moyens de gouvernement l ; mais le Jacobinisme en rede-

I. Au mois d'août 1700, à la suite de mesures relatives à l'armée, une effervescence se manifesta dans la garnison de Nancy, et dégénéra bientôt en révolte de la part des régiments de Chàteauvieux et de Mostre-de-Camp cavalerie, qui s'emparèrent de la personne du général .Malseigne. L'Assemblée envoya des commissaires, fit des proclamations pacifiques, et dans la séance du 1er septembre annonça l'intention de ramener par la persuasion seule le calme dans les esprits. Cependant on apprit le 3 que la subordination avait dû être rétablie par la force

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vint plus furieux et plus puissant. La métaphysique absurde de la Constitution, appliquée à une monarchie et à une grande nation, favorisait tous les sophismes du parti républicain qui commençait à poindre, et c'était là la chaîne que les Jacobins avaient mise au cou des Constitutionnels et avec laquelle il les traînaient à leur suite. La parti la Fayette et le parti Barnave, attachés à cette chaîne, mais divisés entre eux, s'imputaient respectivement le mal auquel ils concouraient en commun. Ils sentaient le poids de leurs fers, sans oser les briser; et quand ils voulurent le tenter, il n'en était plus temps.

Cet état de choses fit sur l'abbé Raynal une grande impression. Malgré tout ce qu'on avait dit de sa faiblesse, malgré ses soixante-dix -sept ans et ses infirmités, il avait dans le caractère toute l'énergie de sa jeunesse et autant de

et que le sang avait coulé. Des députés de toutes les opinions se trouvèrent d'accord pour approuver la conduite du marquis de Bouille, et

le décret suivant fut rendu à l'unanimité : « Le directoire du dé-

« partement de la Meurthe, les municipalités de Nancy et de Lunéville « seront remerciés de leur zèle.... Les gardes nationales qui ont mar- « ché sous les ordres de M. de Bouille seront remerciées du patriotisme « et de la bravoure civique qu'elles ont montrés pour le rétablissement « de l'ordre à Nancy. » (Moniteur, 5 septembre 1790, 248.) Mais cet accord ne fut pas de longue durée ; au mois de décembre suivant, le rapport de Sillery-Genlis sur l'affaire de Nancy et de perfides insinuations de l'abbé Grégoire amenèrent à la tribune Cazalès, qui dans un discours éloquent défendit le général accusé d'avoir fait son devoir. (Séances des 6 et 7 décembre.) Quelques mois après, par une de ces transactions bizarres dont on trouve des exemples dans les temps de révolution, l'Assemblée accordait « des pensions aux citoyens blessés « et aux familles de ceux qui ont perdu la vie tant à Nancy sous les « drapeaux de M. de Bouille qu'à Paris au siège de la Bastille. » (Séance du 5 juin 1791.)

Enfin on vit plus tard l'Assemblée législative réhabiliter les insurgés de Nancy, qui furent portés en triomphe dans les rues de Paris. La postérité n'a pas oublié non plus les strophes d'André Cliénier.

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profondeur que de justesse dans ses raisonnements. Nous nous promenions un soir dans le jardin du Luxembourg, et je lui parlais de je ne sais quel décret qui nous avait fort agités dans la séance du matin : «Peu importent, me dit-il, tous les décrets que vous ferez ; c'est votre début qui est affreux et peut-être irrémédiable. La question est de savoir si la monarchie pourra se rétablir, quelle espèce de gouvernement vous aurez et par quels flots de sang vous pourrez y arriver. » Il voyait plus loin que moi. Ce n'est qu'en 1792 que j'ai cessé d'espérer. Mais il croyait à l'habileté, àla puissance de la faction d'Orléans, et je n'ai jamais cru qu'à sa scélératesse; il jugeait le parti républicain plus étendu qu'il ne' l'était; il y associait tous les Constitutionnels, qui en avaient souvent le langage et les manières, mais non la volonté. Il retrouvait à Paris, dans la tourbe révolutionnaire, la même férocité qui l'avait épouvanté à Marseille et dont il ne croyait susceptibles que les habitants du midi. Il en concluait la corruption universelle de la nation, sans tenir aucun compte des intérêts, des opinions de la masse des propriétaires, qui ne demandaient qu'à être réunis et dirigés pour devenir une force dominante. C'était là mon espoir, ma chimère. Je répondais à ses noirs pressentiments en lui montrant ce faisceau : « Eh, mon ami ! me disait-il, votre faisceau est dispersé : qui le réunira ? Il n'y a point ici de Gustave Wasa; le roi est annulé; vos aristocrates sont des fous qui aimeraient mieux me voir pendre que de me placer à leur tète, si j'étais en état de les sauver. Ils n'auraient pas plus accepté Mirabeau que moi; et ce Mirabeau que vous regrettez aurait eu le sort de mon adresse. Ils disent que je radote ; ils auraient dit avec autant de raison qu'on l'avait gagné à prix d'argent, et il aurait fini parla lanterne. » 11

était si agité, si atterré, qu'il fut attaqué le soir même d'une fièvre catharrale qui l'a tenu alité pendant près de six mois'.

Je n'en étais point à cet excès de découragement. Je considérais toujours sa démarche comme un service important qui détruisait l'alliance dont les révolutionnaires se vantaient avec les philosophes, et qui ne laissait plus aux premiers la ressource de citer à l'appui de leurs systèmes de grandes autorités; mais je soupçonnais déjà, et j'ai été bien convaincu depuis, que cette magie du pouvoir souverain, une fois effacée, était bien difficile à rétablir. C'était là le vice radical de notre situation. Un gouvernement, quelle qu'en soit la forme, pour peu qu'il soit digne de ce nom, est l'arbre de vie qui ne peut être abattu sans que le sol qu'il ombrage soit dévasté et bouleversé. Aussitôt que le pouvoir s'ébranle et se déplace, toute la société est en péril. Le peuple souverain est un monstre sans tête, un assemblage de forces et de volontés sans régulateur. Il ne peut produire, comme nous l'avons vu, qu'un épouvantable chaos.

Depuis l'adresse de l'abbé Raynal jusqu'au départ du roi pour Yarennes, je retombai dans mon effacement politique, usant inutilement à l'Assemblée ma patience et ma faible poitrine, mais ne perdant pas une occasion de provoquer une mesure raisonnable ou de combattre celles qui ne l'étaient pas'2. Je n'avais aucune correspondance directe

1 . Le nom de l'abbé Raynal cessa dès lors d'être mêlé aux événements. Retiré d'abord à Passy, puis à Montlhéry, il mourut à Ghaillot le 6 mars 1796. Parmi les nombreuses réfutations que suscita son Adresse à l'Assemblée, nous remarquons une lettre d'André Chénier, qui reproche, en termes assez durs, à l'auteur de Y Histoire philosophique d'avoir « changé d'esprit et de langage. » (Moniteur du o juin 1791.)

2. Dans cet intervalle du 31 mai au 23 juin, Malouet prit la parole

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a\n- te Château, où j'allais très-rarement. Accueilli avec bonté par le roi, par la reine et par Mme Elisabeth, je n'en avais reçu aucune marque particulière de confiance, et je n'avais pas le droit de m'en plaindre. Je n'étais pas assez influent pour être recherché, et j'étais trop persévérant dans mes opinions pour qu'on eût besoin de me voir pour les connaître. C'est donc gratuitement que, dès le commencement de 1791, on m'a fait figurer dans un prétendu comité autrichien, qui n'a jamais existé ni chez la princesse de Lamballe, ni chez la reine. Je dirai bientôt comment et à quelle occasion je suis entré en correspondance avec le roi, et ce qui en est résulté.

.l'avais parlé à l'abbé Itaynal du plan de Mirabeau. M. de Mmitmorin, depuis la mort de l'auteur, jugeait yiutile d'y revenir. Je n'étais pas de leur avis quant aux mesures à prendre dans les départements. J'osai alors, de concert avec l'abbé Raynal, peu de jours avant sa maladie, proposer un appel au nom du roi, à tous les propriétaires, un rassem-

dans deux circonstances importantes. La première fois il demanda que l'Assemblée, après avoir protégé par une pénalité sévère la libre convocation des assemblées électorales, assurât le calme et l'indépendance de leurs délibérations « en punissant de six mois d'emprisonnement « quiconque attaquerait la liberté d'un opinant par des injures ou par « des voies de fait. » Cette motion ne fut pas adoptée. (Séance du 8 juin, Moniteur, n° ICO.) La seconde fois, tout en approuvant la vérification des bulles par le roi et par l'Assemblée, il s'éleva contre la pénalité qui frappait toute publication d'une bulle faite avant cette approbation. « Le premier article me paraît juste, disait-il, mais le « second vous conduit à la plus odieuse tyrannie.... Si vous voulez « conserver le régime catholique, vous ne pouvez vous soustraire à une « obéissance éclairée. En décrétant que le culte catholique sera main- « tenu, il est impossible que vous ôtiez à son chef le droit d'instruire « les fidèles.... La tyrannie commence là où le Corps législatif dit : « Cette portion du culte est légitime, celle-ci est coupable. » (Séance du !) juin, Moniteur, n" 161.)

blement de troupes d'élite à vingt lieues de Paris, et une déclaration dans le sens des cahiers : ce dernier point seulement à concerter avec MM. de la Fayette et Barnave ; et dans le cas où ils y acquiesceraient, la retraite du roi hors de la capitale leur serait proposée pour être protégée par la portion la plus sûre de la garde nationale , les clubs et les rassemblements devant être interdits le même jour par une proclamation.

Je prenais sur mon compte toutes ces communications, qui auraient pu compromettre M. de Montmorin. Cependant il me dit qu'il s'en chargerait volontiers, et que même la réponse de MM. de la Fayette et Barnave étant négative, il se fierait à leur loyauté ; mais qu'il ne serait pas aussi facile de les réunir pour une action commune; enfin que, d'après l'éloignement qu'il connaissait au roi pour tous les deux, il doutait encore plus que Sa Majesté approuvât mon projet. En effet, le roi dit non assez sèchement. Ce non fit pâlir l'abbé Baynal et lui imprima plus de terreur que la colère de l'Assemblée. Le roi nous laissa ignorer que ces mêmes mesures étaient celles qu'il concertait avec M. de Bouille. Sa Majesté ne me devait point cette confidence. J'avais été presque nécessairement admis à celle relative au plan de Mirabeau, parce que j'y avais en quelque sorte ma place marquée comme membre de l'Assemblée et comme premier confident des bonnes intentions de l'auteur; mais je ne pouvais concourir en rien aux opérations de M. de Bouille. Je n'étais point là un agent nécessaire ; le roi ignorait qu'il y eût quelques rapports entre M. de Bouille et moi; et, quelque opinion qu'eût Sa Majesté de ma fidélité, je n'avais encore aucune part immédiate à sa confiance. Il était donc convenable de ne pas me révéler un secret de cette importance.

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M. de Montmorin était dans une tout autre situation; il était non- seulement le ministre, mais l'ami du roi. Si sa conduite, dans certaines circonstances, avait déplu, sa fidélité ne pouvait être suspecte. C'était plutôt par dévouement que par goût qu'il s'était constitutionnalisé ; il avait un jugement excellent, un courage à toute épreuve, malgré la faiblesse de son caractère, qui était plutôt celle de ses nerfs. Le roi ne devait donc, sous aucun rapport, se dispenser de confier à son ministre le plus intime un parti aussi décisif pour la sûreté de sa personne, de sa famille et de son gouvernement. Et quelle différence dans le succès, si les deux mesures avaient marché de front, si elles avaient été combinées sur les mêmes bases ! Je sais que la répugnance du roi et de la reine pour M. de la Fayette était extrême; mais ils ne pouvaient pas ignorer que M. de Bouille s'était adressé d'abord à lui, parce qu'il avait jugé son concours nécessaire1, et parce qu'il ne le considérait pas comme un ennemi personnel du roi et de la royauté. Les évasions, les réticences de M. de la Fayette n'étaient donc pas une opposition manifeste ; il n'était pas sûr que son cousin agît au nom du roi, qu'il y eût un plan complet de conciliation ; il pouvait craindre dans M. de Rouillé un aristocrate masqué qui le compromettrait. Il aurait eu beaucoup plus de confiance dans M. de Montmorin, et même en moi, si nous lui avions présenté des bases

i . On lit dans les Mémoires du marquis de Bouille : « L'appui de ces deux hommes (la Fayette et Mirabeau) aurait augmenté mes forces; mais Mirabeau fut attaqué quelques jours après d'une maladie violente et il mourut.... La Fayette se livra de nouveau à de petites intrigues : mon crédit et ma popularité s'usèrent, mes moyens diminuèrent, et quand le roi voulut les employer quelques mois après, ils étaient trop faibles pour le servir » (p. 212). Voir à ce sujet Y Essai sur la vie du marquis de Bouille, par son petit- fils.

fixes. IJ avait plus d'expérience et de lumières sur la révolution, il devait être plus pressé d'en finir qu'en 1789. Enfin, en supposant que Sa Majesté ne voulût point absolument l'intervention de M. de la Fayette, comme elle me le dit un an après, ce n'était pas une raison pour ne pas confier à M. de Montmorin ce qu'il considérait comme une ressource plus sûre.

C'est avec une peine sensible que je parle souvent des fautes de cet infortuné prince ; je dois ajouter, pour l'excuser, ce qu'il dit lui-même à son retour de Varennes à M. de Montmorin : qu'il n'avait été empêché de s'ouvrir entièrement à lui * que par une seule considération, la crainte de le compromettre. «Je ne pouvais, lui dit-il, vous emmener: devais-je vous mettre dans le cas d'un parjure, si, sachant mon secret, vous persistiez à le garder, ou vous exposer à la mort, si vous avouiez en être dépositaire et ne m'en avoir pas détourné? » Une autre considération, dont le roi ne parlait pas, dont on lui a fait un crime, mais qu'il est facile de justifier, c'est que sa retraite à Montmédy était concertée avec l'empereur.

Il n'était point du tout dans le caractère du roi ni dans celui de Léopold, qui était presque du parti constitutionnel, de reconquérir l'autorité absolue à main armée 2. Les troupes

1. Une anecdote que l'on trouvera dans les Mémoires de Ferrières prouve l'ignorance dans laquelle était ce ministre du voyage de Varennes.

2. Nous devons à l'obligeance de M. Freteau de Pény, petit-fils du membre de l'Assemblée constituante, la communication d'un curieux document qui se rapporte aux sentiments et à l'attitude de l'empereur Léopold à l'égard de la France et de la révolution. C'est un passage d'une lettre écrite de Vienne à Paris au mois de février 1791. La lettre n'est pas signée. Tout indique qu'elle est adressée au comtedelaMarck

que l'Autriche devait diriger sur Montmédy étaient une garde de protection, de sûreté, et point une armée. 11 n'y avait pas plus de douze mille hommes dans la Belgique, et nous avons vu que, lorsqu'un an après la guerre fut déclarée, il n'y en avait pas davantage. D'ailleurs le roi désirait passionnément et à tout prix sortir de l'affreuse position où il était. Il ne se dissimulait pas que la partie saine de la nation, aussi rassasiée que lui de la démocratie, voulait cependant une constitution fixe. 11 voulait, par-dessus tout, un arrangement prompt qui pût convenir à tous les gens sensés. Enfin, si mes opinions paraissent aujourd'hui raisonnables, il reste

par le comte de Mercy-Argenteau, qui se trouvait alors à Vienne, pendant le cours de sa mission dans les Pays-Bas autrichiens, mission dont nous aurons à parler plus loin.

Le fragment qui suit était réuni à plusieurs billets écrits par Mirabeau à son collègue Freteau.

Le comte de Mercy se désigne lui-même sous le titre de « l'ambassadeur de l'Empereur, » que lui donnent assez fréquemment les documents de la môme époque.

«Le roy de Naples » est Ferdinand IV, ce beau-frère de Léopold, moins connu par lui-même que par sa femme et par son ministre Aclon. Détrôné en 1806 par Napoléon, rétabli en 1817 roi des Deux-Siciles, sous le titre de Ferdinand Ier, ce prince avait en politique la même indifférence que dans la vie privée.

« L'ambassadeur d'Espagne, » que Léopold qualifie d'une expression fort imméritée) est le comte de Fernand-Nunez, dont le tort était d'entretenir la famille royale de France dans les illusions du Pacte de famille. Les correspondances récemment publiées nous ont appris combien Léopold était éloigné de mêler les sentiments à la politique, et Malouet nous dit, avec sa modération habituelle, qu'il « était presque du parti constitutionnel. »

« Conversation entre l'Empereur, le Roy de Naples, l'ambassadeur de l'Kmpereur et l'ambassadeur de Naples.

« L'Empereur : « Si j'ai envoie trente mille homes sur mes frontières « c'est pour les delfendre à tout événement et non pour attaquer. Je

encore quelques témoins qui ont entendu dire souvent à Louis XYI qu'il les adoptait complètement, et ce bon prince m'en a parlé lui-même avec l'accent de la conviction. 11 ne faut donc pas croire, comme on l'a dit dans le temps, que sa retraite à Montmédy eût exposé la nation aune guerre étrangère, aune guerre civile; ni l'une ni l'autre n'auraient eu lieu. Les principaux députés du côté gauche n'en doutaient pas, et avant qu'on fût instruit de ce qui s'était passé à Yarennes, plusieurs d'entre eux s'ouvrirent à moi sur un projet

« veux aus3i empêcher l'entrée de mes États aux Français mal intente tionnés qui viendroient y porter le trouble et la séduction. Mais Dieu « me garde de rien entreprendre de ce qui pourroit être contraire « aux décrets de l'Assemblée nationale. Le Roy d'ailleurs m'a prié « très instament de ne faire aucun mouvement : ce seroit compro- « mettre ses jours et ceux de la Reine. »

« Un des assistans a parlé ensuite du comte d'Artois ; l'Empereur a répondu en plaisantant : « Le comte d'Artois s'est trouvé dans un « grand embarras avant de partir de Venise ; d'une part, sa tête grosse « d'un projet de contre-révolution, et de l'autre, deux femmes évanouies « de douleur de son départ (iMmes de Polastron et de Guiche). » Ensuite, d'un ton sérieux : «Je n'en ai pas voulu chez moi ; il fera bien « d'aller ailleurs ; il est entouré de mauvais conseillers qui le perdront.»

« Puis s'exprimant avec une sorte de sévérité et de mécontentement :

« Il s'embarrasse bien peu de son frère et de ma sœur ; gli im- « porta un frutto. C'est son expression en parlant de la vie du Roy ; il « ne réfléchit pas combien il expose les jours du Roy et de ma sœur « par ses projets et ses tentatives. »

« Un de ceux présents parla ensuitte de l'ambassadeur d'Espagne, de son raprochement avec le comte d'Artois, et des services qu'il paroissoit avoir rendus.

« C'est un intrigant, a dit l'Empereur, qui veut se donner de l'im- « portance. J'ignore si l'Espagne est bien décidée à agir; mais quand « même cela seroit, elle n'est pas suffisante pour agir. »

« Enfin il a dit :

« C'est le temps qui mûrira tout. L'Assemblée nationale s'affoiblira « par elle-même et par ses divisions, et il viendra un temps où le Roy « reprendra assez d'autorité pour être plus heureux. »

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de négociation1. Je n'aurais pas tardé à rejoindre le roi, et je suis fondé à croire que j'aurais obtenu dans cette circonstance la confiance de l'Assemblée, c'est-à-dire du côté gauche plus que du côté droit, dont les espérances s'exaltaient déjà outre mesure ; mais le roi lui-même aurait résisté à cette exaltation, et Léopold, qui n'avait aucune envie de s'engager dans une nouvelle guerre, s'était expliqué sur les conditions de sa coopération à un arrangement. J'ai eu sur cette affaire les détails les plus certains par le comte de Meiey2, lorsque je me rendis de Londres à Bruxelles en

1. On trouvera plus loin une lettre adressée au marquis de Bouille par le comte de Gouvernet, fils de l'ancien ministre de la guerre La Tour-du-Pin, et qui confirme ces dispositions des députés de la gauche.

On lit encore dans les Souvenirs de Dumont : « Le côté droit, inquiet au milieu de Paris, n'osa pas témoigner sa joie ; le côté gauche, inquiet aussi d'un événement qui pouvait être le signal d'une guerre civile, résolut d'agir avec prudence... Si le roi n'eût pas été arrêté, il est très-probable que cette majorité de la Chambre aurait traité avec lui et l'aurait satisfait sur les principaux objets de ses plaintes. Plusieurs membres comprirent qu'en abreuvant de dégoûts un prince bon et vertueux, on l'avait jeté dans les fausses mesures du désespoir. La Fayette commença dès lors à craindre plus les Jacobins que les (loyalistes. Dupori, Barnave, les Lameth virent la nécessité de se rapprocher du monarque et de l'attacher à la Constitution en le liant d'intérêts avec elle. » (p. IMG, 321.)

2. Florimond-Claude, comte de Mercy-Argenleau, né à Liège en 1722. Il représentait depuis vingt-quatre ans la cour de Vienne auprès de celle de Versailles, lorsqu'au mois de janvier 1791 il fut chargé d'une mission importante dans les provinces belgiques. — A la suite de démêlés excités par la suppression d'un grand nombre de couvents et par des taxes arbitraires, le duc et la duchesse de Saxe-Teschen étaient partis pour Vienne. Ils y furent suivis par des députés des États, et le refus de l'empereur de faire droit à leurs réclamations détermina un commencement de révolte. — La mission du comte de Mercy se prolongea jusqu'au moment où les Pays-Bas autrichiens furent envahis par les années françaises. Passé alors en Angleterre, il y mourut le 20 août 1794.

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1793. Cette évasion du roi, dont les suites ont été si déplorables, ne peut être condamnée que par le non-succès, et il faut l'imputer aux mauvaises combinaisons et à un concours de circonstances malheureuses, dont je voudrais absoudre M. de Bouille, qui ne s'en consolait pas lui-môme. C'est dans son désespoir et pour attirer sur lui seul les haines et les vengeances, qu'il écrivit cette lettre si violente, qu'il ne justifiait pas autrement1.

Lorsque le roi fut ramené à Paris, on eut encore une fois la juste mesure de l'opinion publique. Le mécontentement était général à Paris et dans les provinces. On était plus disposé à croire aux projets de vengeance de la reine qu'à la modération du roi et à ses vues de conciliation, dont j'avais la certitude. L'improbation de la démarche qu'il venait de faire était universelle pour tous ceux qui tenaient de loin ou

1 . Le marquis de Bouille dit à ce sujet dans ses Mémoires, p. 2o2 : « Pénétré, à mon arrivée à Luxembourg, des dangers qui menaçaient les jours du roi et de la famille royale, je crus devoir écrire à l'Assemblée constituante une lettre dans laquelle je m'accusais d'avoir été l'auteur du projet du départ du roi, qui avait cédé à mes instances et à mes vives sollicitations pour sortir de Paris et pour se retirer sur la frontière au milieu de ses troupes fidèles. Je crus devoir en même temps menacer le peuple de la vengeance qu'exerceraient tous les souverains alliés du roi, sjil attentait à ses jours ou à sa liberté, et même s'il n'avait pas pour lui le respect, les égards et la soumission qu'il lui devait. Cette lettre.... n'avait d'autre objet que de détourner pour un moment la fureur du peuple, dont je craignais l'effet soudain contre le roi et la famille royale, de la diriger sur moi et d'intimider les ennemis nombreux de ce prince et de la royauté.... Si je n'avais pas eu le désir de sauver le roi, si ce n'avait point été mon unique objet, aurais-je été assez inconséquent pour annoncer l'entrée prochaine des armées étrangères en France, lorsque je n'en voyais aucune disposition, et lorsque je savais que mes menaces ne pouvaient s'effectuer dans ce moment? » On trouvera dans le Moniteur du 1er juillet 1791, n" 182, cette lettre, que ne reproduisent pas les Mémoires de Bouille.

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de pfès à la révolution. Cependant le parti républicain s'agita inutilement. La monarchie constitutionnelle réunissait tous les vœux, et l'on voyait dominer un sentiment de respect et de compassion pour la triste situation de la famille royale. L'Assemblée fut calme. Les projets sinistres furent étouffés. Les plus ardents Jacobins furent contenus ou repoussés. La contenance du côté droit fut parfaite. Il n'y eut cette fois ni timidité ni faiblesse.

L'opposition sentit fort bien qu'il n'y avait que son silence qui pût lui être utile. Je m'abstins, comme tous les membres de la minorité, de monter à la tribune. J'imprimai mon opinion1, qui était celle delà saine partie de la majorité; mais, lorsqu'on lut le projet de décret qui mettait le roi et la famille royale sous la surveillance du commandant de la garde nationale 2, je me levai, je pris la parole sans la demander pour m'opposer au décret, et le profond silence de

1. Nous pensons, faute d'une indication précise, qu'il s'agit ici du discours inséré dans le troisième volume de la Collection des Opinions le Malouet, page 19 : Opinion sur cette question : le roi peut-il être mis en jugement ? Nous reproduisons plus loin ce discours, qui ne porte point la date du jour où il devait être prononcé.

•2. Dans la séance du 25 juin 1791, le décret avait été présenté par Thouret au nom du comité de constitution. C'est le même jour, à sept heures et demie du soir, que le roi rentrait aux Tuileries, ramené de Varennes, et que l'Assemblée envoyait vingt de ses membres pour protéger contre la fureur du peuple les gardes du corps qui l'avaient accompagné.— Malouet,'dans les séances suivantes, prit encore la parole : — le *2(i, contre l'envoi de commissaires chargés d'interroger la famille royale; — le 1er juillet, pour dénoncer l'affiche d'Achille Ducliàtelet, qui demandait l'abolition de la royauté. (L'Assemblée décida à une grande majorité et aux applaudissements du public qu'elle passait à l'ordre du jour.) Enfin le 31 juillet il avait demandé la parole pour répondre à Pétion, qui réclamait avec animation la mise en accusation du roi comme coupable de s'être éloigné de la résidence que lui assignait le décret du 9.8 mars précédent. « Elle me fut absolument

l'Assemblée m'apprit qu'elle me pardonnait mon audace. « Votre intention ne peut être, leur dis-je, de constituer le roi prisonnier. — Non, non, répondit toute la majorité, nous ne voulons pas qu'on attente à sa liberté....)) Le rapporteur fut obligé d'expliquer ses précautions comme moyens de sûreté et de défense de la famille royale contre les malveillants ; mais dans la réalité, le roi fut véritablement en prison aux Tuileries jusqu'à l'acceptation de l'acte constitutionnel. Comme on m'avait refusé, à moi-même, l'entrée des appartements, j'en portai plainte à l'Assemblée, qui parut étonnée, et je sortis sur-le-champ pour me rendre au Château. C'était peu de jours après le retour de Varennes et après le décret ; je trouvai le roi, la reine et Mme Elisabeth plus tranquilles que je ne m'y attendais. Mais leur émotion était sensible lorsqu'ils voyaient quelqu'un dont le dévouement leur était connu. Lorsque j'entrai, la reine dit au jeune Dauphin : « Mon fils, connaissezvous monsieur? — Non, ma mère, répondit l'enfant. — C'est M. Malouet, reprit la reine : n'oubliez jamais son nom. » — C'était l'heure de la messe, le service entra ; le roi ne me dit qu'un mot : « Nous avons été très-contents de Barnave. »

M. de la Tour-Maubourg' avait donné à ses deux collègues

« refusée, dit-il, par les considérations les plus graves et auxquelles « je me crus obligé de céder. Les patriotes les plus accrédités s'étant « chargés de défendre le roi et la royauté, il ne convenait point à des « proscrits comme nous de répandre leur défaveur sur cette cause « sacrée. On alla jusqu'à me rendre responsable des malheurs qui pou- « vaient arriver. »

1. Marie-Charles-César Fay, marquis de la Tour-Maubourg, né en 1758, député de la noblesse de la généralité du Puy-en-Velay. Il était, au moment de la révolution, colonel du régiment de Soissonnais

l'exemple du respect dû à la famille royale dans toutes les circonstances, et le spectacle de cette grande infortune avait amolli le cœur de Barnave1. L'enveloppe grossière de celui de iVtion n'éprouva aucune altération; il développa même dans le retour de Varennes toute la brutalité du Jacobinisme2; mais Barnave, mieux élevé, plus susceptible de bons sentiments, revint à ceux*dont il n'eût jamais dû s'écarter. Il soupçonnait déjà les vices et les dangers du nouvel ordre de choses ; il en était pénétré, et la force seule de son caractère lui fit conserver la mesure nécessaire à sa position.

et se lia étroitement avec la Fayette, dont il partagea plus tard la fuite et la captivité. Son empressement à prêter le nouveau serment décrété par l'Assemblée après le départ du roi, le désigna sans doute pour être un des trois commissaires nommés le 22 juin pour ramener Louis XVI à Paris. Membre du Corps législatif et sénateur sous l'Empire, pair de la Restauration et maintenu pendant les Cent-Jours, il mourut en 1831.

1. « Il importe à la vérité historique de reconnaître que ce qu'on a appelé le changement de Barnave ne date point de ce voyage, ni ne tient point à une simple émotion, bien concevable d'ailleurs et bien naturelle, mais à une modification antérieure et raisonnée de vues et de principes. Les impressions d'alors ne firent qu'y venir en aide et

la confirmer Ce qui arriva tout naturellement et inévitablement,

c'est que la reine, en femme qu'elle était, reconnut dans Barnave l'attitude, l'accent, les égards de ce qu'on appellera toujours en France un homme comme il faut; elle se sentit, de sa part, l'objet d'une pitié respectueuse et discrète ; elle comprit que, dans une certaine mesure, elle pouvait compter sur lui. — Barnave, de son côté, repassant dans sa prison les souvenirs de cette époque, a pu dire d'une conjoncture si louchante, qu'en gravant dans son imagination ce mémorable exemple de l'infortune, elle lui avait appris à supporter facilement les siennes. » (M. Sainte-Beuve, Barnave.)

2. L'auteur aurait certainement flétri d'une expression plus énergique la conduite de Pétion, s'il avait pu connaître l'infâme récit que Pétion lui-même a fait du voyage de Varennes.

Ce récit a été publié pour la première fois dans l'Histoire de la Terreur, par M. Ternaux, t. 1er, page 3o3.

m CHAPITRE XVII.

Antérieurement à l'évasion du roi, le parti constitutionnel s'était séparé presque entièrement des Jacobins, où il ne resta que les plus enthousiastes, et cette autre classe dhommes ardents qui composa bientôt celle des républicains, de laquelle sont sortis les terroristes. Cette première scission des Constitutionnels se rassembla aux Feuillants, et à ce moment il eût été plus sage de leur savoir gré de tout ce qu'ils abandonnaient en mauvais principes et en mauvais compagnons, que de leur reprocher tout ce qu'ils conservaient d'erroné et de dangereux dans leurs doctrines. Je pensais ainsi à leur égard, mais j'étais presque le seul. Le côté droit de l'Assemblée détestait autant les Feuillants que les Jacobins. Après l'arrestation du roi et la conversion de Barnâve et de ses amis, la cour changea d'avis ; le côté droit, au contraire, persévéra dans le sien et prit la funeste résolution de continuer à assister aux séances sans prendre part aux délibérations, sous le prétexte très-spécieux que ni l'opposition, ni le roi n'étaient libres, et que ce défaut de liberté annulait tous les décrets.

Les raisonnements trop rigoureusement conséquents peuvent faire autant de mal que les sophismes. Depuis deux ans nous n'avions pas joui d'un instant de liberté et de sûreté ; il n'y avait que ceux qui ne s'effrayaient ni des injures ni des menaces et même des voies de fait, qui pouvaient se montrer opposants, et il m'arrivait rarement d'oublier mes pistolets en allant à l'Assemblée. Ainsi, en principe, il n'y avait rien de plus illégal que tout ce qui était sorti de nos discussions ; mais pour le peuple c'étaient des décrets, c'était une Constitution, et toute son absurdité n'empêchait pas qu'on ne pût pendre et égorger, lorsque le texte ou le commentaire le permettaient. Il fallait donc combattre à tous risques et

périls cette fabrique journalière de mauvaises lois et tendre à en diminuer le nombre, à en atténuer les funestes effets ; ce qui serait arrivé bien plus souvent, si cent bons députés n'avaient abandonné leur poste, et si ce qui restait ne s'était abstenu de voter, au moment même où le parti constitutionnel consentait à la révision de toutes les lois soi-disant fondamentales. Ce projet de révision, qui me fut confié avant d'être proposé à l'Assemblée, me parut encore une ressource à laquelle je devais m'attacher.

J'eus dans un de nos comités sur les colonies une conférence avec Barnave qui me satisfit. Je savais où il en était vis-à-vis du roi; je savais qu'il y avait de sa part conviction de ses erreurs, désir sincère de les réparer; mais il ne convenait pas de paraître instruit de ses projets, s'il évitait de s'en expliquer avec moi. Il avait tout à craindre des Jacobins, s'ils le devinaient1 ; je ne devais pas me montrer en intelligence avec lui, en supposant même qu'il me fît des avances; et il m'en fit. Il débuta par une déférence marquée pour mon opinion sur la question que nous traitions et qui était relative aux colonies. Comme on m'accordait en cette partie plus d'expérience et de lumières qu'aux députés étrangers à cette administration, on ne fut pas étonné des compliments de Barnave ; mais je compris ce qu'ils signifiaient et je me prêtai volontiers à l'explication qu'il cherchait : il eut l'air, après la séance, de traiter particu-

i. Barnave, énumèrant les hommes auxquels la Révolution a successivement donné et retiré la popularité, ajoute : « Nous la perdîmes dans l'affaire des colonies, mais le scélérat qui nous l'enleva ne put la recueillir, parce que le peuple, tout léger qu'il est, a cependant un tact qui ne pont s'attacher à cette hypocrisie. » Œuvres de Barnave, publ. par M. Bérenger.

lièrement avec moi la même question, et nous restâmes seuls au comité.

« J'ai dû vous paraître bien jeune, me dit-il, mais je vous assure que j'ai beaucoup vieilli depuis quelques mois. » Je lui répondis qu'en effet je le croyais maintenant arrivé à la maturité de l'âge dont il lui restait la vigueur ; qu'il était temps d'en faire un bon usage et qu' il en avait les moyens. Nous entrâmes aussitôt en matière. Voici ce qu'il me dit : « Sauf une douzaine de députés tels quePétion, Rewbel, Buzot, Robespierre, Dubois de Crancé, etc., tous les Constitutionnels ont le même désir que moi de terminer la révolution et de rétablir l'autorité royale sur les plus larges bases. La révision des décrets nous en donnera les moyens, si le côté droit veut y prendre part sans humeur, sans enflammer le côté gauche par une opposition absolue, si enfin vous voulez reconnaître franchement les points principaux de la Constitution. Nous élaguerons tout ce qu'il nous sera possible d'élaguer sans trop alarmer les démocrates; mais que pensez-vous des projets du côté droit? Que veut-il? que ferat-il? » Je lui dis : « La minorité n'a point de projet arrêté et malheureusement elle n'en a jamais eu. Son état habituel est l'exaspération que vous avez excitée, l'humeur, le dégoût de tout ce qui se fait, et une espérance vague que tout cela croulera. Ils n'attendent rien de votre révision, parce que tout ce que vous voudriez conserver comme nécessaire, nous paraît, sauf les vrais principes de la liberté, dangereux et insoutenable. — Quoi! me dit-il, en êtes-vous là aussi? — Oui, avec la différence que je compte pour beaucoup ce que vous voulez et pouvez faire et que j'y concourrai de tout mon pouvoir par moi et mes amis. — Mais combien de voix cela fait-il? — Quarante ou cinquante, pas davantage, et cela

suffit. Ce qui restera d'opposition servira à constater la liberté des suffrages, et vous êtes bien sûr de la majorité. » Je ne pensais pas alors que dans la minorité un si grand nombre persistât dans le projet dont on m'avait fait part, et que j'avais combattu, de ne plus voter.

Chapelier , qui n'avait point assisté à la discussion du comité, y arriva quand nous étions seuls, soit que cela fût convenu, ou qu'il cherchât Barnave. Il n'avait pas moins d'esprit que lui, autant de précision, de clarté dans les idées et plus de modération. Ce fut lui cependant, qui, comme on le verra, manqua indignement à nos conventions. La conversation continua dans le même esprit ; seulement Chapelier insista plus que Barnave sur la nécessité d'obtenir de la minorité son acquiescement à l'acte constitutionnel modifié. Je lui répondais que les modifications étant incertaines et trèsprobablement incomplètes, tandis que les griefs, les motifs d'opposition étaient nombreux et sensibles, il me serait impossible à moi-même de prendre aucun engagement. « Mais obtenez, me répondaient-ils , qu'ils fassent comme vous ; qu'après avoir bien censuré, bien déclamé, ils se soumettent.» Cela n'était pas facile et je ne le dissimulai pas. «Comment voulez-vous, me disaient-ils alors, que si l'Assemblée aperçoit ainsi un foyer de résistance et toutes les arrière-pensées de l'aristocratie, nous en séparions le roi, pour lequel et au nom duquel ils luttent obstinément? Comment consentirions-nous à rendre à l'autorité royale l'énergie dont elle a besoin, si nous avons à craindre qu'on la tourne contre nous? Vous voulez la suppression des clubs, et vous avez raison ; vous voulez la répression de la canaille révolutionnaire, et nous aussi ; mais nous en serons dévorés, si nous nous rapprochons trop de votre ligne, pour

Tl CHAPITRE XVII.

y trouver... (Juoi? Une force commune? Non : des ennemis.»

Je n'étais pas de très-bonne foi en réfutant ce raisonnement, mais il ne me convenait pas d'en reconnaître la justesse ; je ne voulais pas même y croire. Je disais avec conviction que ce qu'il y avait d'exagéré, d'incorrigible dans l'aristocratie était un inconvénient, mais non une puissance ; que le parti constitutionnel, redevenant tout à fait monarchique, abandonnant les sophismes du Contrat social, aurait pour lui la masse des citoyens et n'aurait rien à craindre des deux extrêmes. Enfin je convins avec eux d'un expédient qui leur plut, qu'ils parurent adopter sincèrement, et je crois encore qu'ils étaient sincères avec moi. «Voici, leurdis-je, ce que j 'ai à vous proposer pour remplir vos vues et les miennes ; les débats sur la révision de l'acte constitutionnel vont commencer ; il ne m'en coûte rien de braver la mauvaise humeur de l'Assemblée ; je vous offre d'attaquer votre acte constitutionnel dans toutes les parties qui en sont susceptibles. Je vous promets des observations sages et conséquentes sur les points mêmes que vous voulez défendre, à plus forte raison sur ceux dont vous reconnaissez le vice et le danger. Eh bien ! je ne vous demande que de céder sur ceux-là, mais franchement et complètement; et pour le faire avec avantage, vous, monsieur Chapelier, vous me répondrez, vous m'accablerez, si bon vous semble, de sarcasmes, de reproches sur mon irrévérence pour la Constitution; et quant aux moyens de gouvernement, sur lesquels nous sommes à peu près d'accord, vous direz que vous n'aviez besoin ni des lumières ni des censures de M. Malouet pour reconnaître que tel décret était susceptible de telles modifications, qu'il était dans l'intention du comité de les proposer ; et tout de suite

vous présenterez les bases d'un nouveau décret tel qu'il en résulte un gouvernement vraiment monarchique.»

C'est en conséquence de cette proposition, consentie dans notre conférence1, et que je renouvelai le lendemain au co-

(1) La lettre suivante, adressée au marquis de Bouille par le comte de Gouvernet, lequel était, fort attaché au parti constitutionnel, complète très-bien le tableau do l'Assemblée à cette époque (26 août 1791).

« Je vous avais donné des espérances que ie n'ai plus. Cette fatale Constitution, qui devait être révisée, améliorée, ne le sera pas. Elle restera ce qu'elle est, un code d'anarchie, une source de calamités; et notre malheureuse étoile fait qu'au moment où les démocrates euxmêmes sentaient une partie de leurs torts, ce sont les aristocrates qui, en leur refusant leur appui, s'opposent à la réparation. Pour vous éclairer, pour me justifier vis-à-vis de vous de vous avoir peut-être donné un faux espoir, il faut reprendre les choses de plus haut, et vous dire tout ce qui s'est passé, puisque j'ai aujourd'hui une occasion sûre pour vous l'écrire.

« Le jour et le lendemain du départ du roi, les deux côtés de l'Assemblée restèrent en observation sur leurs mouvements respectifs. Le parti populaire était fort consterné, le parti royaliste fort inquiet. La moindre indiscrétion pouvait réveiller la fureur du peuple. Tous les membres du côté droit se turent, et ceux du côté gauche laissèrent à leurs chefs la proposition des mesures qu'ils appelèrent de sûreté et qui ne furent contredites par personne. Le second jour du départ, les Jacobins devinrent menaçants, et les Constitutionnels modérés. Ils étaient alors, et ils sont encore bien plus nombreux que les Jacobins. Ils parlèrent d'accommodement, de députation au roi. Deux d'entre eux proposèrent à M. Malouet des conférences qui devaient s'ouvrir le lendemain; mais on apprit l'arrestation du roi, et il n'en fut plus question. Cependant, leurs opinions s'étant manifestées, ils se virent par là même séparés plus que jamais des enragés. Le retour de Barnave, le respect qu'il avait témoigné au roi et à la reine, tandis que le féroce Pétion insultait à leur malheur, la reconnaissance que Leurs Majestés marquèrent à Barnave, ont changé, en quelque sorte, le cœur de ce jeune homme, jusqu'alors impitoyable. C'est, comme vous savez, le plus capable et le plus influent de son parti. Il avait donc rallié à lui les quatre cinquièmes du côté gauche, non-seulement pour sauver le roi de la fureur des Jacobins, mais pour lui rendre une partie de

mité de Constitution, que je montai à la tribune le 8 août

son autorité, et lui donner ainsi les moyens de se défendre à l'avenir, en se tenant dans la ligne constitutionnelle. Quant à cette dernière partie du plan de Barnave, il n'y avait dans le secret que Lameth et Duport; car la tourbe constitutionnelle leur inspirait encore assez d'inquiétude pour qu'ils ne fussent sûrs de la majorité de l'Assemblée, qu'en comptant sur le côté droit; et ils croyaient pouvoir y compter lorsque, dans la révision de leur Constitution, ils donneraient plus de latitude à l'autorité royale. Tel était l'état des choses lorsque je vous ai écrit (dans une précédente lettre du 15 juillet 1791). Mais, tout convaincu que je suis de la maladresse des aristocrates et de leurs contre-sens continuels, je ne prévoyais pas encore jusqu'où ils pouvaient aller.

« Lorsqu'on apprit la nouvelle de l'arrestation du roi à Varennes, le côté droit, dans les comités secrets, arrêta de ne plus voter, de ne plus prendre aucune part aux délibérations ni aux discussions de l'Assemblée. Malouet ne fut pas de cet avis. Il leur représenta que tant que la question durait et qu'ils y assistaient, ils avaient l'obligation de s'opposer activement aux mesures attentatoires à l'ordre public et aux principes fondamentaux de la monarchie. Toutes ses instances furent. inutiles; ils persistèrent dans leur résolutibn, et rédigèrent secrètement un acte de protestation contre tout ce qui s'était fait. Malouet déclara qu'il continuerait à protester à la tribune, et à faire ostensiblement tous ses efforts pour empêcher le mal. Il m'a dit qu'il n'avait pu ramener à son avis que trente-cinq à quarante membres du côté droit, et qu'il craignait bien que cette fausse mesure des plus zélés royalistes n'eût les plus funestes conséquences.

«Les dispositions générales de l'Assemblée étaient alors si favorables au roi que, pendant qu'on le conduisait à Paris, Thouret étant monté à la tribune pour déterminer la manière dont le roi serait gardé (j'étais à la séance), le plus grand silence régnait dans la salle et dans les galeries. Presque tous les députés, même du côté gauche, avaient l'air consterné en entendant lire ce fatal décret; mais, personne ne disant rien, le président allait mettre aux voix: tout à coup Malouet se leva, et d'un air indigné s'écria : « Qu'allez-vous faire, messieurs ? Après avoir arrêté le roi, on vous propose de le constituer prisonnier par un décret ! Où vous conduit cette démarche? Y pensez-vous bien ? Vous ordonneriez d'emprisonner le roi? — Non! non! s'écrient plusieurs membres du côté gauche, en se levant en tumulte, nous n'entendons pas que le roi soit prisonnier;» et le décret allait être rejeté à la presque unanimité, lorsque Thouret s'empressa d'ajouter : «L'opinant

BARNAVE. LA CONSTITDTION. 75

1791. Mon discours et mes lettres sur la Constitution, publiés

a mal saisi les termes et l'objet du décret. Nous n'avons pas plus que lui le projet d'emprisonner le roi; c'est pour sa sûreté et celle de la famille royale que nous proposons ces mesures. » Et ce ne fut que d'après cette explication que le décret passa, quoique l'emprisonnement soit devenu très-réel, et se prolonge aujourd'hui sans pudeur. A la fin de juillet, les Constitutionnels, qui soupçonnaient la protestation du côté droit, sans cependant en avoir la certitude, poursuivaient mollement leur plan de révision. Us redoutaient plus que jamais les Jacobins et les aristocrates. Malouet se rendit à leur comité de révision. Il leur parla comme à des hommes à qui il n'y avait rien à apprendre sur les dangers et sur les vices de leur Constitution; mais il les vit moins disposés à de grandes réformes. Ils craignaient de perdre leur popularité. Target et Duport argumentèrent contre lui pour défendre leur ouvrage. Il rencontra le lendemain Chapelier et Barnave, qui refusèrent d'abord dédaigneusement de répondre à ses provocations ; mais ils se prêtèrent enfin au plan d'attaque dont il allait courir tous les risques. 11 proposa de discuter, dans la séance du 8, tous les points principaux de l'acte constitutionnel, et d'en démontrer tous les vices. « Vous, messieurs, leur dit-il, répondez-moi ; accablez-moi d'abord de votre indignation ; défendez votre ouvrage avec avantage sur les articles les moins dangereux, même sur la pluralité des points auxquels s'adressera ma censure ; et quant à ceux que j'aurai signalés comme anti-monarchiques, comme empêchant l'action du gouvernement, dites alors que ni l'Assemblée ni le comité n'avaient besoin de mes observations à cet égard ; que vous entendiez bien en proposer la réforme, et sur-le-champ proposez-la. Croyez que c'est peut-être notre seulo ressource pour maintenir la monarchie et revenir, avec le temps, à lui donner tous les appuis qui lui sont nécessaires. » Cela fut ainsi convenu; mais la protestation du côté droit ayant été connue, et sa persévérance à ne plus voter étant toute espérance aux Constitutionnels do réussir dans leur projet do révision, que les Jacobins contrariaient de toutes leurs forces, ils y penoncèrent.

« Malouet, qui n'avait pas avec eux de communications régulières, n'en fit pas moins son attaque. Il rejeta solennellement l'acte constitutionnel, comme anti- monarchique et d'une exécution impraticable sur plusieurs points. Le développement de ses motifs commençait déjà à foire une grande impression, lorsque Chapelier, qui n'espérait plus rien de l'exécution de la convention, la rompit et cria au blasphème, en interrompant l'orateur, et demandant qu'on |e fit descendre de la

peu de temps après, sont au nombre de mes écrits sur lesquels ma conscience aime à se reposer1. L'Assemblée, pendant plus d'un quart d'heure, m'écouta dans le plus profond silence et avec des signes d'attention et d'intérêt qui alarmèrent les Jacobins. M. Gaultier de Biauzat2 m'interrompit le premier en criant de toute sa force : « Messieurs, ceci n'est rien moins qu'une contre-révolution dont on veut vous prouver la nécessité ! » Tumulte alors dans l'Assemblée, et M. Chapelier, craignant sans doute d'être reconnu pour mon complice, demanda la parole pour conclure à ce qu'elle me fût interdite comme ayant attenté aux bases de la Constitution. On me retira la parole et l'on me fit descendre delà tribune. Comme dans les trois écrits que je viens de citer se trouvent réunies toutes les erreurs de l'Assemblée, et qu'il y a autant d'impartialité que de saine logique dans l'analyse que j'en présente, je terminerai par là cette partie de ces mémoires3, n'ayant trouvé dans aucun de tous ceux dont j'ai

tribune, ce qui fut ordonné. Le lendemain il avoua qu'il avait eu tort; mais il dit que lui et les siens avaient perdu toute espérance, du moment où il n'y avait plus aucun secours à attendre du côté droit.

« Il fallait bien vous faire cette longue histoire, pour que vous ne perdissiez pas toute confiance en mes pronostics. Ils sont tristes maintenant; le mal est extrême, et pour le réparer, je ne vois ni au dedans ni au dehors qu'un seul remède, qui est la réunion de la force à la raison. » [Mémoires de Bouille, p. 282.)

i . L'Opinion sur l'acte constitutionnel et les deux Lettres au Comité de constitution sont à la suite de ce chapitre.

2. Jean-François Gaultier de Biauzat, avocat, membre du conseil, nommé par l'assemblée provinciale d'Auvergne député du tiers état de la sénéchaussée de Clermont. Il s'était fait connaître par un écrit intitulé : Doléances sur les surcharges que les gens du peuple supportent en toute espèce d'impôts, 17S8, in-8°.

3. Les Mémoires de Malouet sont malheureusement inachevés, et l'indication qu'il donne ici répond à une division autre que celle que nous avons dû adopter.

BARXAVE. LA CONSTITUTION. 77

connaissance aucun exposé plus fidèle de toutes nos extravagances et des suites qu'elles devaient avoir1.

Lorsque je reprochai à Chapelier sa conduite, il aurait pu mu répondre comme Mirabeau dans l'affaire de l'hôtel de Castries, et ce qu'il me dit en était l'équivalent. Le silence auquel s'était condamnée la minorité avait fait perdre à la majorité toute espérance d'une conciliation, et renouvelé toutes les défiances contre le roi. Le système absurde d'émigration qui commençait à s'établir, les bruits indiscrets que les aristocrates se plaisaient à répandre, sans aucun fondement, d'une coalition des puissances, étaient recueillis par les Jacobins, qui en faisaient leur profit et cherchaient à exciter ainsi la terreur et les vengeances du peuple. Le parti constitutionnel était dans une pénible situation ; il lui aurait fallu pour s'en tirer toute l'énergie qu'il avait mise à créer ses embarras et ses dangers; mais un tel emploi du courage et des talents les use et les flétrit. La première classe de ses ennemis n'aurait pu être généreuse que par un calcul bien entendu de ses propres intérêts, et les passions calculent toujours mal. Les Jacobins s'étaient emparés de tpus les pouvoirs qu'ils avaient trouvés vacants ; ils se disaient exclusivement chargés de la garde des intérêts nationaux, que le sys-

\ . Vaincu sur le terrain de la révision immédiate, Malouet fit un nouvel elFort lors de la discussion de ce qu'on appelait la question des conventions nationales. Dans la séance du 30 août, combattant encore Chapelier qui, dans son rapport, demandait la convocation pour l'année 1800 d'une convention générale ou assemblée de révision de la Constitution, il s'éleva contre tout délai plus ou moins périodique imposé à la volonté nationale. Le résultat de ce débat fut l'adoption du projet de ïronchet, qui, tout en reconnaissant à la nation le droit de révision, l'invitait à en suspendre l'exercice pendant trente ans, r e> i -m -dire jusqu'en 1821. — Voy. plus loin le discours de Malouet.

tème de l'égalité avait réduits à une vanité, à une cupidité féroce. La garde nationale, les assemblées administratives des départements étaient la seule barrière possible à cet affreux désordre, et un grand nombre de bons citoyens, propriétaires, marchands, cultivateurs, se dévouaient encore dans ces deux services à la chose publique. Des insinuations coupables en éloignèrent tous les hommes que leur naissance, leur fortune ou leurs emplois dans l'ancien régime plaçaient aux premiers rangs de la société. C'était un démérite, une honte, un objet de reproche que de tenir par quelque lien à la Constitution. Les niveleurs, qui voyaient avec ravissement ces résultats de leurs persécutions, les dénonçaient comme preuve des mauvais desseins, des crimes de l'aristocratie. Le peuple s'accoutumait à ne plus voir audessus de lui que des ennemis ; et c'est ainsi que se préparaient les proscriptions et les massacres. Dans cette angoisse universelle on entendait bourdonner de toute part un ralliement impossible à la Constitution. Les Jacobins, qui n'en voulaient pas plus que les aristocrates, la défendaient par leurs clameurs en la minant par leurs intrigues. C'est dans ces circonstances que l'acte constitutionnel fut présenté à la sanction du roi '.

Sa Majesté consulta secrètement sur cette grande démarche plusieurs députés appartenant aux différents partis, excepté à celui des Jacobins.

MM. l'abbé Maury et Cazalès écrivirent avec l'éloquence

1 . Cet Acte constitutionnel, que l'histoire appelle la Constitution du 1791, fut voté le 3 septembre, et le 14, en séance solennelle, Louis XVI jura de l'observer. — L'apparition de ce roi, dépouillé de ses droits politiques, excita une vive émotion. L'Assemblée répondit à son discours par des cris d'enthousiasme. C'était l'adieu de la France à la monarchie.

qui leur était propre de fort bonnes raisons pour ne point accepter. Tout ce qu'ils disaient était incontestable, sauf l'application à la position et au caractère du roi.

Le parti constitutionnel, représenté par MM. de la Fayette, Lameth, Barnave, Duport, Thouret, réunis en conférence chez Le garde dus sceaux ', après avoir retourné la question dans tous les sens, conclut à une acceptation pure et simple.

Mgr l'évêque de Clermont2 ne s'expliqua que sur la constitution civile du clergé, inadmissible dans ses principes religieux, et qu'il Conseillait au roi de rejeter.

Mgr l'archevêque d'Aix 3 était de cet avis, en adoptant le mit 'il, qui était une acceptation conditionnelle ; mais il n'écrivit et ne signa rien. Voici le résumé de mon opinion :

Je faisais dire au roi que l'acte constitutionnel tel qu'il lui était présenté paraissant être le vœu général de l'Assemblée et de la nation, Sa Majesté trouvait plus d'inconvénients aie rejeter qu'à l'accepter; mais qu'en prenant l'engagement de 1 Vxécuter de bonne foi pour tout ce qui serait possible, elle croyait devoir appeler l'attention du Corps législatif présent et futur sur tous les vices des nouvelles institutions, que je parcourais rapidement.

J'ai trouvé parmi les gens éclairés autant de censeurs au moins que d'approbateurs de mon opinion4. C'était cepen-

1. Le garde des sceaux était Duport-Dulertre, qui avait remplacé, le 21 novembre 1790, l'archevêque de Bordeaux, Champion de Cicé.

2. François de Bonnal, né le 9 mai 1724, sacré en 177G. Adversaire de toutes les mesures contraires au clergé, il avait pris la parole dans la séance du 2 juin 1790 contre la constitution civile du clergé. La veille, il avait demandé la convocation d'un concile national.

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