‹ Mémoires;Chapitre 6 sur 137 · M. de Boisgelin · texte numérisé non relu

M. de Boisgelin

4. Voir, sur ce projet d'acceptation conditionnelle présenté par Malouet, les Annales de la Révolution de Bertrand de Moleville, IV, chap. xlv.

dant celle pour laquelle le roi avait le plus de propension, et je crois qu'elle eût l'ait plus d'honneur à sa bonne foi ; mais, livré au parti constitutionnel, il lui obéit.

Il ne nous restait plus qu'une grande faute à faire et nous n'y manquâmes pas. C'est la seule à laquelle j'aie coopéré aussi étourdiment qu'aucun autre de mes collègues.

Dans l'état où était l'Assemblée, corrigée en théorie sur plusieurs points, revenue à des idées et à des vœux plus raisonnables sur le gouvernement monarchique, si sa Constitution, tout informe qu'elle était, pouvait se soutenir, ce n'eût été qu'autant qu'elle eût pris la peine de la défendre, de protéger son ouvrage, et de concourir par son appui, par des explications successives, au rétablissement de l'autorité royale. Le bon sens nous traçait cette marche. Quelque ennui que nous éprouvassions sur nos bancs, quelque rassasiés que le public fût de nous, nous ne devions ni nous dissoudre, ni nous interdire la réélection de nos départements. Il n'y avait que les Jacobins et les aristocrates forcenés qui pussent avoir cette pensée : les premiers, dans l'espérance de faire prévaloir leur projet de républicanisme; les seconds, se flattant d'accélérer par là l'écroulement du nouveau système. Comment les gens bien pensants purent-ils être dupes de cette intrigue? Je l'ai été comme les autres. Je me réunis aux acclamations insensées sur la dissolution et la non-réélection '. Ma tête épuisée de travaux inutiles, mon cœur flétri par l'inquiétude et le chagrin, ne résistèrent pas au désir que j'avais de ne plus participer, ni comme acteur, ni comme té-

1. Nous n'avons rien à ajouter, au sujet de ce vole, aux expressions de l'auteur lui-même. — Ce fut le 30 septembre 1791 que Thourel prononça la clôture de cette Assemblée, à laquelle l'histoire a conservé jusqu'à présent le nom de Constituante.

moin, à ces orageuses séances ; mais à peine le décret fut-il rendu, que de noirs pressentiments m'avertirent que j'aurais dû m'y opposer. Il n'en était plus temps ; mais comme aucun malheur, aucun danger ne me trouvait indifférent, celui de l'émigration excita de nouveau mes efforts et je publiai ma lettre aux émigrants1. C'est mon dernier écrit sur la révolution. Je ne dois pas oublier ici que le roi m'en remercia et m'en parla avec la plus grande sensibilité.

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