‹ Mémoires;Chapitre 64 sur 137 · Tome 111, page · texte numérisé non relu

Tome 111, page

1. Mémoires sur les colonies, 4e volume, 3'" partie, eliap. ier, Administia- Iioh, page 249.

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définis et limités de manière à prévenir toute espèce de conflit entre l'autorité civile et l'autorité militaire. « Il faut pro- « noncer irrévocablement , écrit-il , que le gouvernement « d'une colonie consiste dans l'exercice d'un pouvoir civil, et « que la force, l'esprit et l'autorité militaires, sont uniquement « affectés à sa défense et à sa sûreté1. »

Ce débat n'était pas autre chose que la question du système hollandais et du système français mis en présence et comparés2. « Lorsque ce chapitre fut discuté dans le comité de lé- « gislation des colonies, écrit encore Malouet, M. de Sartine le « trouvait fort raisonnable ; mais les officiers généraux me « traitaient de novateur, d'homme à système. Je ne connais- « sais point alors Surinam, où je n'ai été que dix-huit mois « après, et où j'ai retrouvé le régime et les institutions que je « préparais8. »

L'envoi de d'Ennery à Saint-Domingue n'impliquait donc aucune désapprobation des vues de Malouet en matière de régime colonial. M. de Sartine, mieux qu'un autre, pouvait comprendre ces vues; il les approuvait, il avait même tout préparé pour leur exécution, mais il reculait devant un changement de système ; il disait sans doute : Video meliora probogue... D'ailleurs il suffit de connaître les circonstances qui avaient amené la nomination de d'Ennery pour voir que cette nomination ne se rattachait en rien aux questions de régime colonial.

Le comte d'Ennery était dans l'intimité du duc de Choiseul; l'ancien ministre conservait l'espoir que le nouveau règne le ramènerait aux affaires : l'entrée d'un de ses amis dans le conseil ne pouvait que servir ses vues; cette pensée fit mettre en avant d'Ennery, que ses services dans les colonies pouvaient rendre propre au ministère de la marine. La présence de la cour à Reims, pendant le sacre, offrit des faci

2. Le dix-neuvième siècle a vu une application grandiose du système français en fait de colonisation. Après trente-sept ans d'une occupation dispendieuse, la France possède en Afrique la terre qui est sous le pied de ses soldats.

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lités pour soumettre à la reine ce projet et pour le lui faire agréer. Les souvenirs de l'alliance de la France avec Alarie- Thérèse, ceux tout récents de son mariage, disposaient favorablement la reine pour les hommes qu'appuyait AI. de Choiseul. Il ne s'agissait plus que de rendre le ministère de la marine vacant en faisant passer AI. de Sartine à celui de la maison du roi. On lui lit des ouvertures dans ce sens; mais M. de Sartine se montrait peu disposé à céder sa place, et cependant il lui était diflicile de contrarier ouvertement une combinaison désirée par la reine, ainsi que le témoigne la lettre de l'abbé de Vermond de septembre 1776 1.

Sur ces entrefaites, Al. de Alaurepas, le ministre dirigeant, qui était resté à Pontchartrain pendant le sacre 2, y fut averti de ce qui se projetait. Avec son flair d'homme d'esprit et de vieux courtisan, il n'eut pas de peine à distinguer le duc de Choiseul derrière d'Ennerv et à pressentir dans ces arrangements" une menace contre sa propre situation. D'un autre côté, Turgot8, déjà menacé dans sa position de contrôleur général, et qui avait besoin pour ses plans économiques de trouver dans le conseil des appuis qui lui fussent dévoués, ne pouvait que craindre l'influence du duc de Choiseul, peu favorable, comme on sait . aux idées nouvelles. Il se lit fort auprès de M. de Alaurepas de parer le coup, en faisant accepter ! e ministère de la maison du roi à Alaleshei bes, dont il était l'ami.

Mais Malesherbes redoutait tout ce qui pouvait troubler les habitudes de sa vie modeste et studieuse; les tentatives de Turgot échouèrent d'abord devant ses refus; on ne parvint à triompher de sa résistance qu'en lui montrant qu'elle pouvait entraîner la retraite de ses amis4. — Une lettre du roi le décida enfin à accepter.

Malesherbes devint doue ministre malgré lui; AI. de Sartine conserva la marine, et les combinaisons qui devaient lui

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