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LES TERRES HAUTES ET LES TERRES BASSES

(Tome I«r, page 119.)

L'extrême rapidité avec laquelle s'épuisent les terres hautes dans leurs portions défrichées semble contredire la puissance de production que révèlent les forêts séculaires dont leur sol est couvert sur d'immenses étendues; mais l'anomalie s'explique si l'on considère que dans les terres hautes, les essences les plus vigoureuses et les mieux appropriées à l'industrie de l'homme, sont des espèces à racines traçantes. On conçoit alors que l'extension horizontale deces racines n'exige pour support qu'un sol relativement peu profond 1. Au contraire, les espèces à racinescheveluesou pivotantes, que ledéfrichement etla culture viennent substituer aux arbres primitifs, ne trouvent dans ce même sol qu'une épaisseur insuffisante, et dès qu'elles ont rencontré le tuf, elles dépérissent. Ainsi, le défrichement en grand des forêts, qui a été sur tant de points du globe une source de richesse pour l'homme et l'une des causes premières de sa civilisation, deviendrait, dans les hautes régions de la Guyane, une cause immédiate de stérilité et de déperdition des richesses que la nature accumule depuis des siècles.

La Guyane, par l'heureuse dissemblance du sol entre ses terres basses et ses terres hautes, est peut-être le seul pays du monde où la culture, libre de se développer sur des terres d'une fertilité incomparable, trouve une infranchissable démarcation qui lui refuse les forêts. Celles de la haute Guyane

1. Par une admirable disposilion de la nature, les racines de ces grands arbres ressorlent de terre et viennent se réunir au tronc, autour duquel elles forment autant d'arcs-boulants, qui finissent par faire corps avec l'arbre luimême. On comprend quelle solidité extraordinaire donne aux arbres celle sorte de revêtement, que l'on appelle arcabu.

pourront un jour être largement aménagées et exploitées; mais elles ne seront jamais défrichées. Dans les immenses régions qu'elles recouvrent, la nature semble destinée à rester seule maîtresse de son œuvre et à conserver indéfiniment la réserve inépuisable de ses forêts pour les besoins futurs de l'industrie humaine. Quant à la colonisation agricole, elle ne peut se développer que dans les terres basses et dans ces vallées noyées que la nature a si bien disposées pour l'a recevoir.

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