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L'APPROUAGUE

(Tome Ier, page 127.)

La préférence que Malouet donnait aux terres basses de Kaw à raison des éléments de fertilité qu'elles contiennent, ne lui luisait pas méconnaître l'importance de créer de grands éta- Missements dans celles de î'Approuague, susceptibles d'une exploitation plus rapide. Leur position sur les bords du seul fleuve de la Guyane qui soit d'un accès facile et que puissent remonter les bâtiments d'un certain tonnage, les recommande d'ailleurs d'une manière spéciale aux entreprises de la colonisation ; aussi, Malouet les comprenait-il essentiellement dans le plan adopté plus tard par la société qu'il vint former à Paris, de concert avec le comte de Broglie, pour la mise en culturc des terres basses de la Guyane. En attendant le dessèchement de la vallée de Kaw, il se proposait d'opérer d'abord sur celle de I'Approuague, et d'y fonder, sous le rapport agricole et industriel, les premières assises de l'œuvrequi devait s'étendre ensuite aux autres parties du pays. A la force administrative dont il était investi, à la puissance des capitaux dont la société disposait, il voulait ajouter le concours des habitants de la colonie. Pour susciter chez ces colons indolents l'esprit d'initiative nécessaire, pour éveiller le sens pratique qui leur manquait, il voulait placer sous leurs yeux un modèle achevé de l'œuvre qu'il se proposait de créer. Esprit organisateur, il avait pour principe qu'il faut, dans tout ordre de travaux et d'établissements nouveaux, commencer par un premier type

destiné à servir de spécimen et de point de départ pour toute entreprise ultérieure. C'était l'Approuague qui convenait le mieux pour cette base d'opérations dans son plan général de dessèchement des terres basses.

Lorsque Malouet eut à sa disposition l'ingénieur Guisan, il le chargea de défricher les pinotières de l'Approuague. C'est surcette contrée que celui-ci concentra toute son activité; c'est là qu'il mit à profit la situation indépendante des autorités coloniales où Malouet, en quittant la Guyane, avait pris soin de le placer. Guisan trouvait dans l'Approuague des terres d'une qualité un peu inférieure, il est vrai, à celles de Kaw, mais d'une nature plus analogue à celles de Surinam, qu'il connaissait bien. En outre, comme l'Approuague est par mer à une trentaine de lieues de Cayenne, cet éloignement du chef-lieu le servait contre les tracasseries et la malveillance des nouveaux administrateurs.

Déployant librement sur ce terrain une rare habileté, Guisan s'établit sur la rive gauche de la rivière, à trois lieues de la mer, avec un atelier de huit cents noir.0, et il créa le spécimen de culture des terres basses qui devait être, dans la pensée de l'ordonnateur, le point de départ d'un système général de défrichement. Mais déjà Malouet n'avait plus à s'occuper de la Guyane; on était en 1781 ; Bessner était gouverneur; d'autres idées avaient prévalu. La société constituée à Paris pour réaliser les plans de Malouet n'existait plus que de nom: le comte de Broglie était mort. Avec ces deux hommes de moins, la pensée, les capitaux, la direction administrative, les appuis, tout manquait à la fois. Guisan ne s'efforça pas moins pendant plusieurs années de continuer le mouvement dont il avait reçu l'impulsion; il construisit un bourg à l'Approuague; il creusa, parallèlement à la mer et à cinq quarts de lieue du rivage, un canal devant servir à une navigation plus directe de l'Approuague vers Cayenne, et se raccorder à la future canalisation du bassin de Kaw, projetée naguère entre lui et Malouet1.

1. On trouve dans l'ouvrage de Guisan sur Les (erres noyées de la Guyane l'exposé et la discussion des travaux de cet habile ingénieur pour la mise en valeur des terres de l'Approuague.

Ces remarquables travaux témoignent de la capacité et de l'étonnante persévérance de Guisan. Il n'aura eu cependant que l'honneur stérile de placer trop tard une pierre d'attente; mais toute restreinte qu'elle a été, l'œuvre de Guisan suffit néanmoins pour faire regretter qu'un homme de cette valeur n'ait pas pu remplir le rôle important que lui réservait Malouet dans l'œuvre générale de transformation de la Guvane.

L'OYAPOC

(Tome Ier, page 127.)

L'Oyapoo a été, à diverses époques, l'objet d'explorations dont les premières avaient surtout pour but de découvrir un chemin pour parvenir à la rivière des Amazones.

En 1677, dois ans après le voyage des PP. Grillet et Béchamel sur le Mahuri et l'Approuague, le chevalier de Lézy, gouverneur de Cayenne, fit à Oyapoc une expédition; il était accompagné du père Louis Frémond, supérieur de la mission de Cayenne; le père Frémond succomba et fut, à ce que disent les relations <lu temps, le premier des Français enterré dans cette terre de l'Oyapoc.

En 1688, M. di' la Motte-Aigron, un des commandants militaires de Cayenne, remonta l'Oyapoc dans l'intention d'aller jusqu'au fleuve des Amazones. Après cinquante lieues de voyage, les difficultés du chemin et les maladies l'obligèrent de revenir sur ses pas.

De 1695 à 1726, d'autres expéditions eurent encore lieu vers l'Amazone, mais en remontant, soit leMaroni, soit l'Approuague, et en traversant seulement le haut Oyapoc, pour de là chercher une voie de terre qui conduisit directement à l'Amazone.

En 1729, le père Fauque, accompagné du sergent Duvillard et de quelques Indiens, remonta l'Oyapoc jusqu'à son confluent

avec le Camopi : c'était l'exploration de la voie fluviale s'ouvrant devant le fort qui venait d'être établi à la pointe d'Oyapoc. Les voyageurs, dans leur trajet, se mirent en rapport avec les tribus riveraines, le père Fauque annonçant l'Evangile aux sauvages et soignant leurs malades; le sergent Duvillard faisant l'office de chirurgien. Quand on mentionne leur voyage, on a l'habitude de ne pas même nommer le père Fauque, ce qui est une omission injuste, et de déclarer qu'il ne reste rien de précis sur les résultats de l'expédition du sergent Duvillard, ce qui est une grave erreur. Cette exploration eut pour résultat la fondation de nouvelles missions, que le père Fauque, quelques années plus tard, créa sur l'Oyapoc et au Camopi. Le père Fauque était non-seulement un homme d'énergie et de dévouement, mais encore un esprit organisateur. Son exploration de l'Oyapoc lui lit reconnaître les points où pourraient s'installer les missions dont il avait conçu le plan. On sait le rôle important qu'eurent ces missions parmi les sauvages, le mouvement de relations qu'elles établirent entre eux et les Européens. — Quand les missions furent supprimées, ce mouvement sur les rives de l'Oyapoc ne fut pas interrompu; sa force acquise s'est perpétuée, et se manifestait il y a peu de temps encore au poste Malouetetdans les parages du nouveau poste Saint-Georges.

En 1748, d'Orvilliers, commandant de Cayenne, et des Essarts, contrôleur de la marine, firent par terre, à Approuague et à Oyapoc, un voyage qui avait de l'analogie avec celui de Malouet; notre but était, dit le Mémoire de desEssarts, « d'exa- « miner les terrains, les plantes, les situations et tous les « avantages à tirer de ces postes. »

C'est en 1769 qu'eut lieu le voyage scientifique du médecin botaniste Patris. Après avoir remonté l'Oyapoc pendant quatre jours, le docteur Patris entra dans la rivière du Camopi, si encombrée de roches qu'il pouvait faire à peine deux lieues par jour. Abandonné par ses guides, il fut obligé de revenir sur ses pas et il eut le malheur de perdre ses cartes et ses collections1.

1 . Patris élait accompagné dans son voyage par Claude Tony, mulâtre libre d' Approuague, qui en a fait une intéressante relation ; il en est parlé

Le géographe Simon Mentelle entreprit, l'année suivante, mais sans succès, de passer du Camopi dans leMaroni.

Quelques années plus tard, le naturaliste Leblond remonta l'Ovapoc et dressa du cours de ce lleuve une carte qui a été conservée.

Les voyageurs Miltiade, Loret, Leprieur, Thébault, ont renouvelé, dans ce siècle-ci, les courageuses tentatives de leurs prédécesseurs. Comme le fait très-bien remarquer M. Bouyer, capitaine de frégate, qui a visité récemment ces parages avec le brick ï Alecton, on doit conclure de tous ces essais infructueux que les expéditions, pour donner des résultats utiles, ne doivent pas être conliées à des individus isolés. C'est ce que les missionnaires avaient bien compris lorsqu'ils avaient partagé le cours del'Oyapoc en cinq missions, dont chacune était un centre d'action et une base d'opérations. L'établissement de Jacques-des-Sauts était un poste avancé d'une de ces missions. Cette prise de possession d'un point situé à l'ext/ême limite de nos établissements et à rentrée des territoires contestés aurait, mieux que les notes diplomatiques, préparé la solution des questions pendantes depuis plus d'un siècle 1.

L'œuvre des missionnaires a été cependant critiquée par certains écrivains. La Harpe, entre autres, déclare que leurs tentatives ont été stériles; il leur reproche de n'avoir pas laissé de bonnes cartes et d'avoir donné des mesures de dislance inexactes; enfin, il leur préfère de beaucoup Wal ter Raleigh et ses récits fantastiques. La Harpe ignorait que dans cette partie du continent américain, le lit et les embouchures des rivières se déplacent; ce qui est une source d'erreurs contre lesquelles les anciens voyageurs n'étaient pas assez

dans le Journal d'un déporté, t. II, p. 289. La relation de Patris a été perdue : le but de son voyage était de trouver une communication navigable de l'Oyapoc à la rivière des Amazones, d'une part, et de l'autre au Maroni. Voir à ce sujet l'exploration du cours du Maroni faite en 1861.

1 . La mission donnée par le gouvernement du Brésil au vicomte de l'Uruguay, pour traiter avec la Franco l'affaire des territoires contestés, vient d'appeler de nouveau l'attention sur le cours de l'Ovapoc. Dans une autre note, nous avons parlé du livre de M. da Silva. où se trouvent tous les développements bistoriques et diplomatiques de la question.

prémunis. S'il avait visité la Guyane, il est probable qu'il aurait rendu plus de justice à l'œuvre des missionnaires et à l'utilité de leurs renseignements.

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