‹ Mémoires;Chapitre 91 sur 137 · LES INDIENS · texte numérisé non relu

LES INDIENS

(Tome 1er, page 149.)

M. Ferdinand Denis, dans une note de son édition du Voyage à la Guyane, et sous une tonne aussi bienveillante qu'impartiale, a cherché à concilier des opinions bien différentes sur le parti que l'on pourrait tirer des populations indiennes :

« On n'a rien dit de mieux sur la condition présente des « indigènes que ce qui a été dit en si bons termes par Ma- « louet. La dépopulation des Aidées appartenant à cette

I. Turqot. édition Daire, deuxième volume, pages 551 à ,r>85. II. *1

« race malheureuse a toujours été croissant, mais peut-être « quelques centaines d'individus sont-ils allés chercher un « refuge dans les forêts de l'intérieur. Il y a un peu plus de « dix ans, l'excellent rapport sur la Guyane française qui fut « présenté au Gouvernement, et dont la rédaction est due à « M. Paul Tiby, faisait monter à sept cents tout au plus le « nombre des Indiens répandus autour de nos établissements; « ils appartiennent en général aux débris de ces anciennes « nations que l'on désignait sous les noms de Galibis, d'Ap- « prouagues, d'Émérillons et d'Oyampis. Daniel Lescallier, « auquel notre admiration pour les talents et le caractère de « Malouet ne nous empêche pas de rendre justice, avait étu- « dié ces débris des nations indiennes, et était allé même les « observer dans les solitudes de l'intérieur : rien de ce qu'il « dit au sujet de leur civilisation ne nous paraît impraticable. « Il est certain , et le voyage de Leblond en offre la preuve, « que les tribus disséminées dans l'intérieur sont plus nom- « breuses, et offriraient par conséquent plus de ressources à « la colonie. Les Indiens que l'on rencontre encore dans les « forêts explorées par nos colons ne sont que des débris de « l'ancienne nation des Galibis, sur lesquels Biet nous a con- « serve de si précieux détails au dix-septième siècle, et que le « savant Alcide d'Orbigny range dans son rameau de la race « guarani-brésilienne. »

Sans doute, il est possible d'admettre avec M. Ferdinand Denis que de nombreuses peuplades d'Indiens sont réfugiées dans les profondeurs de la Guyane; mais une colonie ne peut englober que les populations qui lui sont voisines; et il s'écoulera encore bien du temps avant que notre colonie ait atteint ces régions où l'on peut supposer que les tribus indiennes se trouvent aujourd'hui agglomérées. — Celles qui sont disséminées autour de nos établissements n'offrent de «prise qu'à la propagande» individuelle des missionnaires; elles seraient inaccessibles à l'action administrative. Il résulte en effet de la note même de M. Ferdinand Denis, comme du rapport officiel rédigé il y a vingt-cinq ans par M. Tiby et des données fournies par Malouet, que le chiffre de leur population est non-seulement minime, mais essentiellement flottant;

qu'il change et se déplace à chaque instant. (1 faut aux entreprises coloniales une base certaine, et l'esprit pratique de l'intendant de la Guyane jugeait que la colonisation n'en trouverait pas sur ce terrain mouvant.

Page 1